‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 85 sur 152 · Saint Basile, Ep. 99, ioa, io · texte numérisé non relu

Saint Basile, Ep. 99, ioa, io

a. Saint Jérôme, Ep. 8a, ad Theophilum.

L’ADMINISTRATION épiscopale.

Un jour, les habitants d’un petit bourg de Cappadoee, perdu dans une contrée déserte et depuis longtemps privé d’évêque, élurent d’un commun accord, et malgré ses protestations, un pieux esclave, appartenant à la matrone Simplicia. Ils l’amenèrent à Basile et à Grégoire, les suppliant de lui donner la consécration épiscopale. Ceux-ci, touchés des larmes de ces braves gens, cédèrent à leur désir, sans attendre le consentement de Simplicia. Elle ne paraît pas avoir revendiqué l’esclave du vivant de Basile (à moins que la lettre ii5 de celui-ci ne soit considérée comme une réponse à une revendication de cette nature). Mais, après la mort de l’évêque de Césarée, elle menacera Grégoire d’un procès, ce qui donnera à celui-ci l’occa* sion d’écrire une fort belle lettre, où il offre à Simplicia de lui payer la valeur de l’esclave, mais la supplie d’avoir égard à la mémoire de Basile, de respecter « la liberté de la grâce, » et« de ne pas contrister l’Es prit Saint en soumettant aux tribunaux civils un litige de cette nature*. »

Les évêques jouissaient, à cette époque, d’une certaine juridiction temporelle. Non seulement ils exerçaient légalement le rôle d’arbitre envers les chrétiens qui préféraient leur sentence à celle des tribunaux ordinaires, mais encore ils connaissaient des délits commis au préjudice des églises et dans l’enceinte des lieux consacrés au culte. Quand il avait à juger quelque infraction de ce genre, le vieux Grégoire de Nazianzc s’entourait quelquefois de l’appareil de la torture ; puis, quand le coupable, tout tremblant, était couché à terre, dépouillé de ses vêtements, il se contentait de lui tirer l’oreille ou de lui donner une légère tape, avec une

i. Saint Grégoire de Nazianze, Ep. 79.

admonition paternelle1. Basile n’avait pas de ces façons de vieillard; mais il tenait à l’exercice de son droit. Il savait que la juridiction épiscopale avait le moyen, qui manquait à la juridiction civile, de tempérer la justice par la miséricorde. Un jour, des voleurs pillèrent, dans une église de son diocèse, le vestiaire des pauvres. Ils furent arrêtés par les gardiens du sanctuaire. Un greffier du tribunal civil estima que ceux-ci avaient usurpé sur ses fonctions, et qu’à lui seul appartenaient l’arrestation et la garde de ces voleurs. Autant pour défendre le droit épiscopal que pour dégager la responsabilité de ce fonctionnaire, Basile lui écrivit, affirmant son privilège de juger les délits commis dans une église, et d’en soustraire la connaissance aux juges civils. Il revendiqua ensuite les vêtements dérobés, dont le greffier avait déjà dressé l'inventaire, et distribua les uns aux pauvres, remit les autres dans le vestiaire pour les distributions futures. Quant aux pillards, il leur fit une sévère réprimande, espérant, dit-il, les rendre meilleurs et amener leur conversion. « Car ce que ne font pas les châtiments corporels infligés par les tribunaux, nous savons que souvent l’accomplit la crainte des terribles jugements de Dieu. » Basile autorisa, du reste, le greffier à faire de toutes ces choses rapport au magistrat, sûr que celui-ci, dont il connaissait le caractère intègre, approuverait cette façon d’agir*.

A cette époque, où les troubles civils étaient fréquents et où les citoyens restaient souvent exposés aux caprices de fonctionnaires sans surveillance et sans contrôle, les conciles avaient fait un devoir aux évêques d’intervenir en faveur des petits, des faibles, des gens injustement accusés, de toutes les victimes de l’arbitraire ou de la

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