‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 98 sur 152 · Ep. i3o, 1 3 1 , 224, 2 I J · texte numérisé non relu

Ep. i3o, 1 3 1 , 224, 2 I J

Cette indigne conduite dissipa enfin les illusions de Basile. Il demeura, comme il le dit, « muet, frappé de stupeur, pensant à la profondeur de dissimulation d’Eustathe, et à la manière dont celui-ci s’était de tout temps insinué dans sa confiance. » Il se souvint alors qu’Eustathe avait eu Arius pour maître; se rappelant un proverbe populaire : « L’Ethiopien, dit-il, ne peut changer la couleur de sa peau, ni la panthère effacer les taches de son pod. » Cependant son âme fut ébranlée, comme le sont les âmes droites au spectacle de l'injustice : « J’avais le cœur serré, la langue hésitante, la main sans force, le courage défaillant; j’ai été sur le point de haïr le genre humain, de le juger incapable d’affection, à la pensée de cet homme qui s’était gardé pur de l’enfance à la vieillesse et qui, pour des motifs insignifiants, s’emportait jusqu’à oublier ce qu’il savait de moi pour prêter l’oreille aux plus viles calomnies. Que n’avais-je pas le droit de penser des autres hommes, avec qui je n’avais pas échangé tant de gages d’amitié et qui ne m’avaient pas donné tant de preuves de vertu1? » Mais Basile n’était pas de ceux qui, en face des plus cruelles épreuves, s’abattent ou s’irritent. « Prie pour moi, écrivait-il à Théodote, afin que le Seigneur me fasse la grâce d’éviter la colère, de garder la charité, qui est modérée et sans enflure. Vois comme ceux qui en manquent sortent des bornes de l’humanité et agissent mal, osant des choses dont les âges précédents n’ont pas d’exemple*. »

Saint Basile donna alors d'admirables preuves de patience. Pendant trois ans, il souffrit en silence « la flagellation de la calomnie, » se contentant de prendre

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