‹ La religion et la libertéChapitre 17 sur 21 · Hatth., T · texte numérisé non relu

Hatth., T

son bonheur futur. L'Église, en nous présentant cette raison de souffrir, cet encouragement à la patience, n'entend point excuser ni justifier l'injustice dont nous pouvons être la victime. Elle nous enseigne setilement à trouver le bien dans le mal, à l'en faire sortir à l'exemple de Dieu; et, quoi qu'il arrive, elle nous ouvre une source intarissable de consolations et d'espoir au milieu des infortunes de cette vie.

Certes, l'une des plus grandes, des plus terribles, est l'indignité de l'oppression, la misère de la servitude.

Mais tout en acceptant pour un temps ce que nous ne pouvons empêcher, tout en nous résignant à l'injustice, qui devient pour nous une cause de vertu par la patience, la doctrine chrétienne ne veut pas que nous ayons l'air de l'approuver en aucune manière. Il nous est permis de protester contre l'iniquité tout en la subissant, et si même, conformément à notre divin modèle, il nous est donné de prier pour nos bourreaux quand ils nous torturent, ceia ne nous empêche pas de détester le crime et de dénoncer avec force tout ce qui viole les lois divines et humaines.

Le chrétien commencera donc par obéir à des ordres injustes, à des prescriptions tyranniques dans tous les cas où sa foi et sa conscience ne seront point lésées, parce que le pouvoir légalement constitué, et agis^nt avec les^ formes légales, a droit à l'obéissance. Mais ce devoir accompli, il ne lui est pas. défendu de chercher à se soustraire^ aux suites de cette obéissance par tous les moyens que la légalité peut lui fournir, ni même de la diminuer le plus qu*il lui sera possible, sans violer les formes de la loi. Donc, quand les actes de l'autorité lui paraîtront mauvais, illégaux, contraires aux libertés publiques , il obéira parce qu'il ne peut faire autrement, mais le moins qu'il pourra et avec toutes sortes de réserve, de précautions et de protestations. Il ôtera à un pouvoir inique tout ce qu'il pourra lui enlever; il éludera tout ce qu'il pourra éluder ; il l'entravera, le généra, le combaUra dans sa tendance despotique, par tous les moyens pacifiques que la législation lui offre. En contradiction ouverte avec Fautorité, qui abuse de sa puissance, et entreprend sur les droits des citoyens, il t&chera de n'être jamais en opposition avec les lois établies, et

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4e qett^ façon il pomra fair^ à m mauYiôs gouvernemeat uqe guerre légitimât 4éfei^daat par ia légalité la liberté attaquée so^rd^u^oot par les voies légales. Enfin, U fera, i^us ui^ forme on ^us une antr^ et selon Iw «rcPWtWces, ce qu'a fait O'Gonnell penchant qnafapt^ am dans la malheureuse Irl^Ade, oppripaé^ PèT l'Angleterre, et se ^ébattant yainéwent jnpquf^^ là sous son joug.

0*Connell a donné au mond^ un bel e^çipple et un grand enseignements U a appris aux peu? pies et aux rois comment la liberté peut ètr^ réclamée et défendue chrétiennement. U a mis en œuvre, pendant toute sa yie politiqvie et au milieu des conjonctures les pln$ graves, la door trine de la résistance catholique à la puissance établie, selon TlÊvangile et selon TlÉgUse. U a employé successivement, avec une. intelligence prodigieuse, avec une perséyérance plus admi* rable encore, toutes les armes, tPUt^ les res? sources que lui donnait ou lui laissait la légia? lation du pays pour résister à la tyrannie et la combattre sans jamais se révolter contre ell^. A rinsurrection armée, qui n'avait jamais réussi, il a substitué ce qu'on a app^é l'agitation f^Qi&x

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que : espèce d'insurrection légale, q^\ p'employam que des moyens mgr^mx, propre^ è^ agir sur les esprits et si|r les cœpr^, $i plus de force que toutes les violences, mine et détruit le despotisme en le sapant dans sf^ base, et en retournant contre lui ses propres armes.

Cependant, il faut Taiouer, cette espèce de résistance n'est possible que sous un régime constitutionnel, qui met des bornes à l'^^utorité et fournit toujours quelques ressourc^^ ^ \s^ liberté au milieu de Tf^servissement du pays. Ainsi le droit de pétition collectÎYe, le droit de s'associer, de s'assembler et de discuter publiquement, la liberté de la pressa, 1^ faculté de ne pas être arrêté sans m^^ndat, de ne pas étr«i condc^omé sans jugement, de n'être jugé que par ses pairs, par le jury, etc., etc., toutes ces libertés dont jouit l'Angleterre, et qu'elle ne pouvait pas refuser entièrement à l'Irlande, ont offert au grand agitateur, qui a su les ex-. ploiter si habilement, si courageusement, d'im-r menses ressources.

MMs 6te7 tout cela, supposer; un despotisme complet, sans aucun moyen lég^ 4^ réclamer ni de se défendre, comme sous le régime de

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la terreur; au moindre signe, ou même au moindre soupçon d'opposition, l'emprisonnement, la confiscation, le bannissement, la déportation, la mort, et pas un moyen d'échapper à la toute-puissance, ni à la police de la tyrannie! Que faire dans une telle position? sinon supporter en silence jusqu'à des moments plus heureux ; en appeler à Dieu dans le secret de la prière de l'injustice des hommes, et lui demander qu'il brise le sceptre de fer de l'iniquité, le glaive prévaricateur de Timpiété, qui frappe les bons et protège les méchants.

Cependant, même en de si dures conjonctures,' TÉvangile n'autorise point la révolte ouverte, l'insurrection armée, ni les conspirations qui les préparent. L'Église n'excitera jamais les chrétiens à s'insurger violemment contre une puissance établie , qui maintient l'ordre public et conserve les apparences et les formes de la justice. Elle nous donne en exemple les premiers chrétiens, qui ne se révoltèrent jamais contre les empereurs, même quand ils les persécutaient; et cependant, y eut-il jamais un gouvernement plus tyrannique et plus détestable? Ils priaient pour ceux qui Içs envoyaient au

supplice, comme Jésus-Christ a prié pour ses bourreaux. Us ne résistaient qu'en face des idoles. Mais pour tout le reste» leur foi sauve et leur devoir envers Dieu accompli^ ils obéissaient à la puissance du siècle, ne croyant pas, en raison de leur foi et dans Texaltation de leur espérance chrétienne, que le monde, avec tout ce qu'il contient, valût la peine de se disputer, et suivant simplement ce commandement de leur divin matlre : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Nous n'irons pas toutefois jusqu'à dire qu'en tout temps le chrétien soit tenu d'agir de la sorte. Il faut faire en ces choses une large part aux circonstances. Les usages, les coutumes et les croyances politiques varient singulièrement avec les siècles et les peuples. Sous les empereurs, on était habitué au pouvoir absolu, et il n'y avait aucun moyen de résister légalement. Il fallait se soumettre complètement , ou se mettre en révolte pour détrôner l'empereur et l'égorger. On comprend que dans cette alternative le chrétien n'ait pas à délibérer. Il aimera mieux être opprimé qu'oppresseur ; il préférera toujours la souffrance au crime.

Maiis il y a des situations où l*oti peut résister, sans allet* à cette extrémité ; où la loi mènlë dU pays, sa cotostittitioti, ses traditions et ^§ cdutiimes fournissent des garanties et des artnes. Il est donc permis d*en user, et c*e5t le vrai moyen de combattre etQcacement léS mauvaises tendances du pouvoir, de le ramenet* aux voies lèg:ales, et d*éttipècher TaccUttiulatioti de ses torts et de ises injustices, qui Ôtiirdtent pair le ^YÛte avec le peuple qu'il régit. L'Wiahde a expérimenté l^excellënce de cette voie toute Chrètieline, comparée au procédé Vlolétitdei'insmtecUoti armée. La violence appelle la violence, et alors c^est le plus fort qui Teitiporle; ce qui ilë prouve rien ni pour ni contre le droit. La question reste diDhc entière pour une nouvelle lutte, et ainsi sans fin, de réaction en réaction : ce qui ruitte un pays et le met en dissolution.

La jeûné Irlande, impatiente comme toulice • qiii est jéUne, a Voulu de nouveau essayer de la force contre l*nppt^Ssîon anglaise, et eUe n'a rêttsài jùsqtfâ présent *qu*à bbiileVérset-le t^ays et à le diviser; elle h'a fèu^i qu*ft èxéiikt tous les crimes contt^ie!s pël*sbhnés et leSpfô^Hètte,

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igt aibisi & autoriseï* dans la main des oppresseurs des lois plus sévères et un redoublement de rigueur, sous le prétexte raisonnable de maintenir Tordre et d*eUipêcher des âboAinaîtions. Elle eoutribue donc à appesantir le joug ijli^ëlle prétend seeoUèr. C'est une preuve ajoutée à mille autres, que la pàssioU violente, qiii IrèUl tout foire d'uii coup, he fait rien effectivemetit (|ti^àuginénter lé iUal qui la gène.

honneur à O^Gohiiell, lé vrâl chrétien, le grahd éiloyeh, lé Véritable libérateur de sa patrie, qui a obtenu aVéb sa patience infatigable, £ihiinéé jpar sa fbi calliolique, soutenue de sa haute raisoU, et sans verser Une goutte de ^âUg, plus que toutes les conspirationis et les gUerres civiles I Si jamais Tlrlànde est affranchie, si elle obtient ce qU^eUe demande avec tant d'instance él de justice, là révocation de Tàcte d'union et son gouvernement par elle-même, sort parletnehl, ioUt eh restant partie intégrante de Perapîire britannique, elle lé devra à la pensée, à la parole , à l*èhérgiè persévérante de son héros chrétien; et ce bien immense qU'eUe aura reconquis, là liberté, lui sera assurée potnr toujours, parce que la conquête aura ètè pacifi-

que^ sans violence, sans effusion de sang» par des armes toutes spirituelles, c'est-à-dire avec Fintelligence et la force morale du droit et les seuls moyens qui lui conviennent.

Ainsi, en résumé, l'obéissance aux puissances ne pouvant jamais être absolue ni aveugle, il y a toujours lieu à discernement, quelquefois à opposition, et la résistance en certains cas est non-seulement permise, mais prescrite. Mais cette résistance, pour être chrétienne, doit être passive, aussi longtemps qu'il se pourra, ce qui n'exclut pas l'emploi actif de tous les mçyens légaux et moraux pour prévenir ou empêcher les abus de l'autorité. Reste un dernier cas, le plus difficile, le plus périlleux de tous, et sur lequel nous devons dire un mot.

Supposez que l'agitation pacifique ne mène à rien, que l'usage des voies légales soit devenu impossible ou impuissant, que, les abus du gouvernement augmentant tous les jours, le joug s'appesantisse incessamment, et que l'oppression devienne intolérable. Alors le peuple comprimé, foulé, poussé au désespoir, réagit violemment, secoue la force qui l'accable, brise ses liens et renverse par l'insurrection la puis-

sance qui le dominait. Voilà un gouvernement détruit par la révolte, une dynastie chassée, des droits hérédiiaires méconnus, et toute l'autorité renouvelée et changée. Comment doit-on juger ce fait au point de vue catholique? que dira TÉglise au peuple et aux individus qui ont amené, effectué cet événement, ou qui y ont pris part volontairement? L'Église condamnet-elle dans tous les cas l'insurrection armée ?

Cette question, qui paraît embarrassante au premier abord, est cependant facile à résoudre, si on se rappelle ce qu'est l'Église de Jésus- Christ sur la terre et quelle est sa mission.

L'Église fondée par Jésus-Christ et animée de son esprit doit faire sur la terre tout ce qu'a fait son divin Maître. Elle doit enseigner tout ce qu'il lui a enseigné, doc^nteseos servare omnia quxcvmque mandavi vobis^. Elle doit continuer son œuvre jusqu'à la consommation des siècles. Or Jésus a dit : Mon royaume n'est pas de ce monde; c'est-à-dire Je ne suis pas venu pour fonder un royaume sur la terre, mais pour y annoncer le royaume de Dieu. C'est pourquoi

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