TROISIÈME CONFÉRENCE
L'institution de r£!glise catholique est l'institution même de la vraie liberté dans le monde.
Monseigneur, Messieurs,
La liberté politique, nous l'avons vu, est une application , une transformation de la liberté morale; elle doit donc en reproduire la nature et les conditions. Or, la liberté morale est le pouvoir d'agir par sov-méme^ « motu proprio» » sans coaction extérieure, sans nécessité interne, en sorte que la raison de l'acte libre soit uniquement dans la raison de Tagent. L'être raisonnable peut donc seul être libre. Sa raison, qui est le principe de son acte, en voit
la fin et les moyens, et cette vue en devient la règle ou la loi.
Donc, point de liberté sans loi, sans la connaissance de la loi, sans la capacité de cette connaissance, et enfin sans la puissance d'exécuter la loi reconnue, c'est-à-dire sans une certaine force de volonté. Tout cela Sj&trpuvedans la liberté politique. Elle est aussi le pouvoir dlogir par spi ^ns la vie p^bliqu^e, s%ns, yi^ole^ce du dehors, saBS oppression au dedans. L'acte politique a son principe dans la raison du citoyen, et sa règle ou sa loi dans la vue de la fin de l'acte, l'intérêt de la société, et des moyens les plus propres à l'atteindre. Donc, point de liberté politique sans la loi, par conséquent sans la capacité de connaître la loi el la puissance de t^ppliquer, c'eàt-à-dire sans un e^lain dévelappemenl moral.
Maintenant, le terme principal de la question étant éclakci, nous pouvons le mettre en comparaison avec le second, qui nou& est connu, savoir, la religion chrétienne, la rehgîon catholique. Or, la religion catholique est réalisée sur la terre par FËglise ; c'est donc l'institution de l'Église et son esprit que nous allons eonsidé-
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rer aulompd'hai. Noua t&cherons de vous moii^ tFer que l'îastitutipn de TÉglise eattioliçue est ViastUution même de la vraie Uherté sur la terre, et que l'esprit de r£glise est identique à l'esprit de la liberté.
Une chose me frappe d'abord, messieurs, c'est la manière dont le christianisme s'est établi dans le monde. Ses voies sont contraires à çeUea des autres religions. Toutes les autres soBt dans la majin des piûssisuacea die la, terre ; le pouvoir spirituel y est confondu avec le pouvoir temporel : ce sont des reUgio^a gomer^^ mmtales, nationales, Il i^'eo est point ainsi de la religion chrétienne ; ^Ue n*est point oatio» nale^ elle est universelle, et c'est jui^enieiit à ce earactère que je reconnais sa vérîté)^ sa divîBité.
GoEiment la véritable religion pourrait-ette être quelque chose de repeint, quelque chose de particulier? Elle doit établir et manifei^a? les rapports de l'humanité avec Dieu. Ck*, Dieu est cdui qui Est^ TÊtre universel, dont tout 6tre particidicF dérive e^ relève; les hommes, créés par Dieu, ont tous la naéme nature, et sont tous par leur nature dMs ua même rap-
port avec leur auteur. Donc la religion vraie, celle qui vient de Dieu, qui doit rattacher rhomme à Dieu et s'appliquer à l'humanité entière, doit être partout la même au fond, la même dans ses dogmes, dans ses principes, dans ses préceptes, dans sa morale.
Une religion nationale, par cela même qu'elle est nationale, est quelque chose de conditionnel, de relatif, borné par le temps et l'espace, par conséquent propre à un peuple et devant périr avec lui. Ce n'est point une institution pour tous les hommes, et le premier caractère de la vérité religieuse lui manque» l'universalité.
L'humanité doit former une grande unité; car tous les hommes ont le même principe et une fin unique; tous, sortis de la même souche, doivent constituer une même famille; et où voulez-vous que cette famille se rassemble et se fonde moralement, si ce n'est dans la religion? Toutes les choses du monde, les circonstances, les institutions, les gouvernements, les nationalités, les mœurs, les intérêts terrestres séparent les hommes, les divisent, et souvent les mettent en opposition, parce que toutes ces
choses, temporelles et limitées de leur nature, sotit en raison des lieux et du temps.
Mais il y a dans l'humanité quelque chose de commun^ de un; il doit y avoir en elle un centre, un foyer, principe d'une même vie, qui se répande en tous ses membres et les réunisse dans une certaine sympathie morale, dans une solidarité d'existence spirituelle, supérieure à l'existence physique, et les élève au-dessus des formes multiples et passagères de la vie du monde. Il faut qu'il y ait au milieu des hommes, entre tous les hommes, une société universelle, où toutes les âmes humaines se rassemblent, s'entendent, où toutes les volontés d'homme puissent s'unir, se confondre et s'aimer. C'a été le vœu de Jésus-Christ avant de mourir sur la croix, et c'est la fin dernière du christianisme : Sint unum ! Qu'ils soient un entre eux, ô mon Père! comme vous et moi nous sommes un I
Le propre de la véritable religion est donc d'établir une société universelle, et elle ne peut être universelle que parce qu'elle est spirituelle. Dès que les choses de ce monde, les intérêts temporels s'y mêlent, elle tend sous leur influence à se restreindre, à se diversifier, à se
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partfettlariser. Elle n'a plus toute la liberté ^ toute la beauté de sa nature^ et e'est pourquoi la religion chrétienne^ qui est la vraie religion, parce qu'elle vient de Dieu seuU considérée en elle-même, dans sa nature, dans ses dogmes^ dans ses préceptes, est essentiellement univergeUe, €'est«à-dire catholique^ et ce beau nom ne convient qu'à elle^
Cette religion catholique, cette société univers selle et ^irituelle des âmes, s'est réalisée dans le monde par une institution sans égale et sans pareille^ l'Église. Avant l'Évangile on n'avait point vu sur la terre une chose semblable, et les hommes les plus intelligents de l'antiquité n'en avaient pas même eu la pensée. La pa«3le de Jésus-Ghrist a fondé en ce menée une puissance qui n'est pas de ce monde, qui se déclare supérieure à toutes les puissances de la terre, paf ce qu'elle est divine, et à ce titre univenselfe^ étemelic. Elle relève de Dieu seul qui Ta établie ; elle à rteçu là mission d'enseigner les chose» diô l'étetnité, les vérités du ciel; de guérir, dé régénéifer, de sauver les âmes, de les rapprocher, de les unir eh Dieu ^r la divine charité; en un mot, de faire arriver le royaume
de Dieu sûr la terre. Et, dans l'aceomplissettltent de sa haute mission, quelques obstacles qu'elle reticofltre, quelques assauts qu'elle subisse^ elle pourra êfre ébranlée, mais jajiiais renversée, et toutes tes forées de l'enfer et du monde ne prévaudront point contre elle.
Gomment la puiss«^ce spirituelle s'est'^elle établie? pàï des moyens tout spirituels^ conformes à sa nature. Elle a horreur de la violence ; elle est au-dessus de la force matérielle, qui ne peut pas plus la fonder que l'abattre.
Elle à pris possession du monde par la parole. rÉglise> qui a reçu la parole de la vie étemelle, l'a annoncée aux hommes avec autorité^ avec raut<!>rité dii Fils de Dieu^ du Verbe incarné^ de Jésus-Christ^ qui la lui a transmise.
Elle s'est posée devant lès hommes^ en vertu même de son institution divine^ comme une puissance nouvelle qui s'appellera désormîiîs la puissance spirituelle, et qui sera pleinement indépendante dans ses attributions propres de tous les pouvoirs de ce monde, dont elle ne dérive point, et qui n'ont point de juridiction sur elle.
Je dis qu'à l'origine du christianisme c'était
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là un phéQomène nouveau sous le soleil. L'histoireen fait foi.
Parcourez les annales des peuples avant TÉvangile ; dans tous les lieux, dans tous les temps, vous ne verrez apparaître nulle part un pouvoir spirituel séparé, une religion indépendante de rËtat. Partout le spirituel est mêlé au temporel; la religion est dans TËtat, et les hommes sont livrés aux gouvernements de la terre, ftme, corps et biens.
Hais voici qu*à la parole de Jésus-Christ, la puissance spirituelle se dresse en face du pouvoir temporel et lui dit : Je viens du ciel ; je tiens ma mission d'en haut, et je suis envoyée ici-bas pour annoncer Téternelle vérité. Je suis envoyée par Dieu même pour établir son règne dans les ftmes, pour leur apprendre à connaître et à faire sa sainte volonté. Au nom de Jésus- Christ, le Fils de Dieu fait homme, je viens instruire, guérir et sauver les hommes. Je viens combattre le mal, protéger Finnocence, proclamer le droit, faire respecter la justice, poursuivre le crime et enseigner la vertu. Telle est la puissance que je dois exercer en ce monde ; elle s'étendra sur tous, peuples et rois, parce
que tous sont des hommes, et que tous les hommes ont été créés par Dieu et rachetés par Jésus- Christ, qui m'envoie pour exercer sa puissance et consommer son œuvre. Celui qui m*écoute, écoute Dieu même; celui qui me méprise, le méprise.
Voilà, messieurs, comment FÉglise a été fondée sur la terre, et je dis, d'après les explications données précédemment sur la nature et les conditions de la vraie liberté, que cette institution d'une puissance toute spirituelle, supérieure au pouvoir temporel par sa nature, indépendante de ce pouvoir par son autorité et dans sa juridiction, et ne s'exerçant que par des moyens spirituels, est ce qu'il y a de plus favorable à la liberté.
Je dis que cette institution est la réalisation même de la liberté dans le monde ; qu'elle y a fondé et consolidé par l'Église et dans l'Église, d'une manière positive et durable, la vraie liberté, propriété essentielle de l'esprit, et qui est diamétralement opposée à l'inertie du corps et à la force aveugle de la matière. Par là, il a été reconnu et proclamé que l'âme des hommes dépend de Dieu seul; que le devoir le
plus sacré) qui doit prévaloir sur tous hfs au^très, est le devok envers Dieu^ et ce* devoir, par cela qu'il domine tous les autres^ est aussi pour rhomme ^ et par son obligation surtoainente , une garantie d'indépendance et de di* gnité devant les puissances du monde.
En effet, l'Église dit aux hommes: Vous avez une âme, celte àme a été créée immédiatement par Dieu; Dieu seul en est le principe, dohcelle n'appartient qu*à lui ; donc vous êtes tellement grands par voire origine et par votre nature^ que vous ne devez obéir qu'à Dieu ou à ses représentants. Telle est votre dignité, que votre volonté ne doit s'abaisser que devant sa loi> et encore cette loi qu'il vous impose, parce qu'il est votre créateur, votre supérieur naturel, Dieu même ne veut pas que Vous l'accomplissiez en esclaves ç il respecte tellement votre liberté, qu'il demande une obéissance volontaire. C*ést pourquoi, dans ses rapports avec vous, quand il promulgue sa loi soit au Sînaï devant Israël, soit en la personne de Jésus-Ghrist, qui vient annoncer le commandement nouveau, en pi-oposant ce qu'il faut croire et observer pour lui être agréable, il ne contraint personne, il pac-
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tise avec tes liociimes et demamle leur assentimenU II réclame vo^e tîolisehlement, parce qu'il ne peut pas être contraire à lui-même^ parce qu'il vous a donné là liberté pour que vous en \isiez^ et eafin parce qu'il veut être ainûé librement, avec préférence^ par prtdilecticm. C -est l'aiDour libre qui charme son coeur, et les hommages forcés ou aveugles ne lui \?laisent pas.
L'Église dit racore aux hommes : Non-seulenient votre Ame a été créée par Dieu, mais elle a été rachetée par le sang d'un Dieu ; et ainsi vous lui appartenez à un nouveau titre, au titre du rachat. Il a payé votre délivrance, et il l'a payée d'un grand prix, de son sang et de sa vie. Dtmc, chrétietis, votre âme est à Dieu^ à vous^ et à personne autre. Donc, toute autre domination est indigne de Dieu et de vous : indigne de Dieu, car elle serait une usurpation de ses droits; indigne de vous, parce que^ tenant de Dieu ttîême et rachetés par lui, vous n'appartencÉ qu'à luii Vous n'avez qu'un naaltre, le MalU^ du cî^l et de ta tertre ; vous n'avez qu'un roi, et c'est le Roi des rois.
L'Église nous dit encore : Votre âme a été
faite à Timage de Dieu ; elle en est la ressemblance. Sa perfection est donc de s*en approcher, car la perfection d'une image est de reproduire son modèle. Votre fin dernière est donc la perfection même ^e Dieu, et c'est pourquoi le divin Maître vous a dit : c Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Or, Dieu est la suprême intelligence et la souveraine liberté. Donc, faits à son image, il faut que Tintelligence reluise en vous, il faut que la liberté s'exerce ; donc vous devez travailler à votre affranchissement et secouer le joug de la chair, qui appesantit l'esprit et entrave la volonté. Vous devez briser la servitude des sens et des passions, qui vous dégradent en vous soumettant à une influence contraire à la loi de Dieu. Car Dieu, qui a fait l'homme âme et corps, substance spirituelle unie à une substance matérielle, deux substances associées dans l'unité d'une même personne, a touIu aussi que la partie la plus noble dirigeât l'existence humaine par l'intelligence et la liberté. Donc, pour rester dans la dignité de votre humanité, votre âme doit conduire votre corps, comme elle obéit elle-même à la loi divine, afin c|ue
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votre personne tout entière soit dans Tordre de sa création. Donc, l'âme humaine, créée de Dieu immédiatement, image de Dieu, et rachetée par Dieu, ne relève que de Dieu, ne dépend que de lui, et ainsi ne doit obéir qu'à lui.
Par là, et suivez la conséquence, je vous en conjure, l'Église catholique a proclamé et enseigné la véritable liberté de l'âme dans toutes les situations où l'homme peut se trouver, dans tous les rapports qu'il peut soutenir. Le monde a compris par les principes et les conséquences de l'Évangile qu'une âme humaine, où qu'elle se trouve, quelque corps qu'elle habite, par cela qu'elle est une âme créée par Dieu, rachetée du sang de Dieu, image de Dieu, ne ressort en définitive que de Dieu. Eh bien, cette vérité si simple a fait un changement immense dans le monde ; elle a bouleversé toutes les sociétés païennes et organisé la société chrétienne sur de nouvelles bases.
Ainsi, dans la famille, le christianisme a établi la vraie liberté , et avec elle la dignité et la sécurité des membres qui la composent.
L'Évangile a proclamé la liberté de la femme, la dignité de l'épouse; car il a enseigné que
la femme, en face de l'homme , Fépouse en face de l'époux , est une créature libre , une àuie créée et rachetée par Dku, et par conséquent en rapport intime et personnel avec Dieu. Cette $ine reste chargée et responsar ble â*eUe-BQême eu ce qui concerne son saint ; eUe a aussi un for intérieur- où personne que Dieu n^a le droit d'entrer, et quand elle passe dans l'état de mariage, elle s'unit à l'homme temp^H'ellement; elle ne doimepas son âme, qui est la propriété de Dieu ; elle ne livre ni sa conscience ni sa foi; elle concède des droits sur son existence de ce monde comme on lui en accorde, msds il y a des choses egài restent en dehors du contrat : les choses cte Fâme el de Féternilé.
C'est là, messieurs, ce qui fait la dignité et la grandeur de la femme chrétienne* EUe se donne librement , mais jamais sans réserve ; cette réserve maintient le droit de Dieu sur elle^ garantit l'accomplissement de so» devoir principal, et l'accompHssement de ce devoir. Cest sa force dans^ ce monde et son salut dans Tautre. Il n^en était point ainsi chez les aai^ien^. Vous connaissez le triste sorl de la
femme dans la cîvil^tîon paienue ; elle était la première des esclaves de la maison, traitée par le mari comme une propriété, comme une chose dont il pouvait disposer à son gré; et chez les Grecs et les Romains, il n'était pas rare de voir les femmes vendues par leurs époux.
J'en dirai autant de la liberté de Fenfant au sein de la famille. Naturellement, les hommes peuvent s'imaginer qn*ils sont les créateurs, et ainsi les possesseurs de leurs enfants ; et de là la puissance exagérée qu'ils s'arrogent sur eux, et qui ne va à rren moinsqu'à la vie et à la mort. L'enfant est regardé comme une propriété dont on peut disposer, user et abuser, qu'on peut même abandonner ou détruire, si elle devient onéreuse ou désagréable. Vous savez tout ce qui se passait chez tes anciens à cet égard.
Nous voyons aussi ce qui arrive de nos jours, partout où l'influence de l'Évangile ne règne point, et même chez les chrétiens' sans foi ou dont la foi n'est pas vivante. Ils reviennent naturellement à cette opinion toute païenne, que leurs enfants leur appartiennent d'une manière absolue, et qu'ils peuvent tes traiter comme
bon leur semble. L'Évangile réprouve ces ipaximes.
La doctrine chrétienne enseigne que Dieu seul crée les âmes; qu'ainsi dans l'ordre de la filiation naturelle, les âmes qui viennent animer les corps sont indépendantes des ascendants. Donc, si Dieu seul les fait, elles n'appartiennent à aucun homme. Donc les parents ne sont point les propriétaires de leurs enfants ; donc le pouvoir paternel a ses limites; donc l'enfant a les droits de sa liberté, liberté innée à son âme, à son humanité, et qui entre en exercice à l'âge de raison, quand il devient capable de discerner la vérité, de comprendre la loi et de l'exécuter. L'enfant a sa conscience, il a sa dignité, il a ses droits d'homme et de chrétien, que la paternité même doit respecter.
Ainsi , en vertu de l'indépendance de son âme, il est libre au milieu de l'obéissance.
Soumis h l'autorité des parents en ce qui concerne son éducation, son instruction, son développement physique et moral, et jusqu'à ce que l'âge et la loi l'aient émancipé, il reste cependant libre dans son for intérieur et dans ses rapports avec Dieu. Il a aussi sa réserve en
face de l'autorité paternelle dans les choses de Ja conscience et de la foi, et il peut (ou jours en appeler à Dieu. Ainsi partout TÉvangile, en faisant intervenir la souveraineté de Dieu, pose des limites à l'autorité humaine et donne des garanties à la liberté.
Je dirai la même chose de l'esclave dans ses rapports avec son mattre. Le christianisme tend à affranchir l'esclave, et pourquoi ! C'est qu'à ses yeux l'esclave est un homme comme un autre, a la même origine , la même nature, la même fin, car cet homme a une âme, et cette âme humaine, créée par Dieu, ne rélève que de lui.
Et c'est pourquoi, même quand le corps est asservi, l'âme au fond reste libre ; car elle est inaliénable.
L'homme ne s'appartient pas à lui-même, et il ne peut jamais se donner tout entier. Il peut louer ou vendre pour un temps ou pour toute sa vie l'usage ou le service de son misérable corps, tiré delà poussière, et qui est le domaine de son âme, mais louer ou vendre son âme, la propriété de Dieu, il n'en a pas le droit, il ne le peut pas. C'est pourquoi^ même au milieu de l'ignominie de l'esclavage vQlontaire ou involontaire,
quand le corps est sons le joug, la liberté de Fâme» sa dignité, snrtoot si elle est chrétienne, subsiste. L'esclave a aussi sa résenre, son refuge intérieur en tout ce qui se rapporte à sa foi, à ses conyictions, à son salut. Aucune puissance humaine ne peut entrer dans sa conscience, et là il ne reconnaît d'autre maître que Dieu.
L'Église n'a jamais employé la force ni même Tautorité pour détruire l'esclavage ; elle a ton* jours respecté les droits acquis, mais en enseignant aux hommes qu'ils ont le même Père, qu'ils sont tous frères, mwnbres de la même famille, et que tous, sans distinction, ils ont été rachetés par Jésus-Ghrist ; et qu'ayant tous le même Sauveur, le même Seigneur, le même baptême et la même foi, ils ont aussi la même espérance et la même fin ; l'Église, en jetent ces vérités dans le monde, en inspirant aux maîtres et aux esclaves une charité réciproque, a porté les maîtres à se relâcher de leurs droits, à traiter les esclaves comme leurs frères, à res* pecter en eux les droits et la d^ité de l'âme, a porté les esclaves à i^ soumettre chrétiennement, à obéir avec résignation, avec paliehcCj avec conscience, et ainsi, d'ùii côté comtoe de
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l'autre, par celte voie douce et intelligénle, l'esclavage a élé miné (Jans sa base, et l*affranchissement s'est convenablement préparé.
Enfin, et ceci se rapporte plus particulièrement à notre question, TÉglise, en faisant connaître à l'homme son origine, sa nature, sa loi et sa destination, a proclamé par cela même l'indépendance de l'âme vis-à-vis des gouvernements humains.
Depuis l'établissement du cliristianisme , et en vertu de la foi chrétienne, il y a deux hommes dans le citoyen ; il y a l'homme du temps, l'homme du pays, le Français, l'Anglais ; il y a l'homme de réternité, l'homme de Dieu, le chrétien. En sorte que tout en faisant partie d'une association terrestre, particulière, qu'on appelle peuple ou nation, chaque chrétien est aussi membre d'une association plus étendue, d'une société universelle, qu'on appelle f-É^to. En même temps qu'il appartient à un royaume temporel <pii se nomme France ou autrement, il appartient aussi à un royaume spirituel, qui est le royaume de Dieu.
Donc la souveraineté temporelle se trouve limitée par une souveraineté spirituelle. Cromme
chrétiens, nous ne sommes plus voués tout entiers à la, société politique où nous vivons, nous ne sommes plus, comme les païens, les victimes nées et presque les esclaves de la chose publique. Nous ne sommes point pour la société, mais la société est pour nous. Elle n'est plus la fin dernière de notre existence terrestre, elle est le moyen d'une fin supérieure et d'une vie plus haute.
J'entre, et je vis en société à la condition d'y trouver mon intérêt véritable, mon véritable bien; mais à moi, chrétien, mon intérêt est double. L'intérêt de la terre ou du moment, c'est le bien du citoyen ; mon intérêt éternel, mon salut, c'est l'intérêt de ma conscience, le bien de mon âme pourrétemîté. J'ai ces deux grands intérêts à satisfaire, et il faut que la société politique m'y aide et m'en fournisse les moyens; je dois trouver en elle des ressources pour l'un et pour l'autre, des moyens d'arriver à ces deux fins, ou au moins, ni sur l'un ni sur l'autre chemin, elle ne doit me jeter des obstacles.
Si elle accomplit cette condition, je pourrai faire mon salut en chrétien > tout en accomplis-
sant mes devoirs de citoyen. Mais si j'y trouve des empêchements à mes convictions chrétiennes, s^il s'y passe des choses que repousse ma conscience catholique, si Ton veut m'im poser, dans rintérèt prétendu de TÉtat, ce qui répugne à ma foi, alors toute la liberté de mon flmeseretrouve» toute l'indépendance du chrétien doit se manifester, et nous pouvons, nous devons dire avec les apôtres : Non possumusj nous ne pouvons pas.
Or, jamais les citoyens des républiques anciennes n'ont poussé la liberté jusque-là, jamais ils n'ont osé dire à la société : Je ne veux pas, je ne puis pas. C'est qu'ils ne connaissaient pas cette liberté de T&me que l'Évangile a enseignée aux hommes; c'est qu'ils n'étaient point, comme nous, en communication avec le royaume du ciel; c'est que, idol&tres de la patrie terrestre, qu'ils aimaient avec fanatisme et jusqu'à l'adoration, ils ne connaissaient point la patrie céleste avec sa lumière, sa gloire et son éternel bonheur. C'est que, séparés de Dieu et assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort, ils ne pouvaient participer à cette force surnaturelle qui nous élève au-dessus des inté-
rêls deçen^onde, au-dessus de iioufr-m^mes, et nous rend capables de dire aux pouvoirs les plus formidables de la, terre^ et en face des bûchers, des glaives et des échafauds: Non possumus^ je ne le peux pas, je ne le ferai pas; TOUS prendrez ma vie, mais non ma conscience; vous aurez mon sang, mais vous n'aurez pas m^ foi.
II y a là. Messieurs, une grande liberté, une liberté nouvelle en face de la puissance du monde, même la plus légitime, quand elle excède ses droits et veut commander dans la sphère de la conscience et de la foi , où elle n*est point compétente. C'est que dans cette sphère toute spirituelle règne une puissance supérieure aux pouvoirs temporels. Là domine une loi qui dépasse toutes les lois humaines. C'est la loi même de Dieu, promulguée au Sinaï, enseignée par Jésus-Christ, proclamée et interprétée par l'Église qui en a le dépôt, et au nom de cette loi divine et par sa vertu, nous pouvons dire en conscience à toutes les puissances de la terre, rois ou peuples : Nous ne le pouvons pas, non pos^umus ; car il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes.