‹ La religion et la libertéChapitre 4 sur 21 · ET LA UBBI\TÉ · texte numérisé non relu

ET LA UBBI\TÉ

L'Éy(^Dgile a donc rendu ui^ immense service à rhumauité, il a puissamment servi ^ cause de la liberté quand il a fondé une puissance spirituelle en face du pouvoir temporel, pour le maintenir dans ses limites, l'arrêter dans ses écarts, l'éclairer sur ses devoirs, Tavertir et le redresser au besoin. Depuis ce temps, la vérité, le droit, la justice^ ont toujours eu un organe, un représentant dans le monde, au milieu du désordre et des violences des passions humaines. Aussi les puissances de la terre, même chez les peuples les plus chrétiens, ont tendu instinctivement, quand la puissance spirituelle les a gênés, à combattre, à diminuer, à entraver son influence; et celles qui se sont séparées de l'Église par l'hérésie ou par le schisme, s'emparant de cette influence, ont réuni les deux pouvoirs dans une seule main.

Alors, par l'absorption de l'autorité spirituelle dans la puissance temporelle, a été constituée la plus énorme tyrannie, le despotisme le plus complet qui se puisse concevoir. L'homme est livré tout entier à un pouvoir unique, qui a deux faces, et qui parle tantôt d'une bouche et tantôt de l'autre, mais pour dire toujours au

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fond la même chose en deux langages, sa volonté ; et quand on lui échappe d*un côté , il TOUS reprend de l'autre, en sorte qu'il u*y a plus d'asile à la liberté, plus de refuge à la dignité humaine. La conscience même n'est plus un sanctuaire impénétrable; le pouvoir temporel y entre sous la forme ou plutôt sous le masque de la puissance spirituelle ; il poursuit la liberté dans sa plus intime retraite, et lui fait violence ou illusion.

Voilà, cependant, Messieurs, et j'abandonne cette pensée à vos réflexions, voilà ce que le protestantisme a fait au sein du christianisme, en refusant l'autorité légitime du chef de l'Église, pour soumettre les choses de la conscience et de la foi à l'examen et à la décision des rois et des peuples. Il reprochait aux souverains pontifes de se faire rois de la terre, et il a fait les rois de la terre souverains pontifes. Il s'est appuyé d'un vain prétexte, d'une accusation fausse , pour commettre les plus monstrueux attentats contre la liberté, en armant de la puissance spirituelle la force de ce monde, et par là il a fait reculer la civilisation de quinze siècles. Il l'a ramenée au paganisme, où

triomphait cette confusion ; en sorte que depuis ce temps, là où tr6ne rhérésie, les peuples sont livrés à un pouvoir monstrueux, qui a deux natures et deux visages, qui parle au nom de la terre et au nom dti ciel : espèce de minotaure qui, au milieu du labyrinthe de toutes les erreurs, égare leur conscience, lue leur dignité et se repatt de leur asservissement.

Voyez ce qui se passe au sein de l'hérésie ou dans le schisme^ là où le pouvoir temporel s*est fait pouvoir spirituel. En vérité, Messieurs, on a peine à comprendre de nos jours une telle démence. En quoi, je vous le demande, les choses de la conscience, les choses de la foi, les choses du ciel peuvent-elles ressortir des puissances de la terre? Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : Mon royaume n'est pas de ce monde?

et comment veut-on expliquer les paroles du royaume divin, sinon par Tesprit même qui les a révélées, par Tesprit divin qui inspira les apôtres et qui assiste leurs successeurs?

En vérité, les hommes sont bien punis par où ils ont péché! Us ont réclamé la liberté religieuse ; pour l'obtenir, ils ont refusé l'obéissance à l'Église, autorité indéfectible, toute spi-

riluelle, établie par Dieu m^e ; et qu'y ont-Us gagné? 1^ servitude ou rindififérence, c'est-àdire la mprt de r&me des deux côtés. En s*arrachant ^es mains de Dieu et de son Église, ils sont tombés entre les mains des hommes.

A une autorité universeUe, infaillible, toute morale, toute maternelle, ils ont substitué, car il faut toujours une autorité, la volonté ou le caprice, la raison ou la déraison d'un homme, d'une femme, d'un enfant sur le trône, la sagesse de quelques conseillers, la délibération d'une as^mblée, et même les agitations de tout un peuple ; car on est arrivé, et on devait y arriver, jusqu'à constituer le peuple juge de la foi, et le dogme s'est fait à la majorité des voi:ç. C'est ici que la démence porte tous ses fruits. Le peuple, la masse des fidèles, qui doit être enseigné, dirigé par la parole de Dieu conservée, interprétée et expliquée par l'Église, c'est lui qu'on a fait ministre de cette parole, apôtre, plus qu'apôtre, juge en dernier ressort de la parole de Dieu !

Vous avez entendu parler, Messieurs, de ce qui arrive en ce moment dans un pays voisin, qu'on appelle la terre classique de la liberté,

Vous allez voir comme on y entepçl èa certaines choses la liberté de conscience.

Un évèché est vacant, ta loi dopne au Chapitre le droit de nommer, mais il faut une permission du prince pour élire. La reine donne cette permission, mais à la condition qu'on choisira le candidat du gouvernement, et il existe une loi qui déclare rebelle et menace de la destitution et de la confiscation de ses biens tout chanoine qpi votera contrairement.

Mais ce n'est pas tout. Le candidat h Vépiscopat, qui a pour lui le gouvernement, a contre lui les évéques, qui protestent contre sa nomination. Il a contre lui la censure de la première Université du royaume, signée par les théologiens les plus célèbres, déclarant, après un examen de ses» propres livres, qu'il ne croit pas en Jésus-Christ et n'est pas même chrétien, Qu'importe? la reine le veut; le gouvernement persiste, et le docteur repoussé par les évoques, censuré par la Faculté de Théologie et déclaré non chrétien à la face du monde, sera évêque de l'Église anglicane de par la reine et son gouvernepient ! Et, au fait, pour-

quoi pas? la reine, en définitive, n'est-elle pas le chef suprême de TÉglise ?

Messieurs, si une pareille chose se passait dans un pays catliolique, savez-vous ce qui arriverait? Si le gouvernement venait dire à un Chapitre qui a' le droit d'élire son évêque : Vous nommerez tel ou tel, sous peine d'être destitués et de voir vos biens confisqués ; savezvous ce que ferait un Chapitre catholique? il s'abstiendrait de voter; il protesterait au moins par son silence; puis il aurait recours à son chef spirituel ; il en appellerait au Souverain Pontife. Le Pape parlerait à qui de droit, ou protesterait à la face du monde dans une de ces allocutions adressées à l'univers catholique, et je vous garantis que le pouvoir temporel reculerait Voilà comment les choses se passeraient dans un pays catholique.

Vous rappellerai-je encore ce qui se fait en ce moment dans un autre pays protestant, longtemps présenté par les fauteurs de l'hérésie comme le modèle des gouvernements, comme le peuple le plus sage, le plus éclairé et le plus heureux de la terre, à cause de la religion qu'il professe. Le canton de Vaud était

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conime le paradis terrestre du protestantisme ; nulle part la piété chrjétienne ne florissait avec plus d'éclat, et la liberté, sous toutes ses formes, s'épanouissait au soleil de la grâce sur cette terre de bénédiction.

En un moment tout a changé : et il n'a fallu pour cela qu'un revirement de gouvernement, une petite révolution; et comme, selon les maximes protestantes, le prince ou le gouvernement, quel qu'il soit, est le chef de l'Église nationale, le nouveau gouvernement a fait une nouvelle Église, qu'il déclare l'Église orthodoxe. Il a fait des dogmes, une liturgie, une discipline, à sa façon, et il impose tout cela en vertu de son droit divin , et comme chef de l'Église, à tous ses subordonnés. Il veut qu'on prie à tel endroit et non à tel autre, de telle façon, avec telles paroles et autant de temps qu'il lui plaira; il déclare rebelles tous ceux qui ne veulent pas obéir à ses injonctions et se ralUer à l'Église nationale; il les destitue, les frappe d'amendes, les exile, les persécute de toutes manières, parce qu'ils ne veulent pas penser et prier comme lui. Et voilà les hommes qui ont le plus déclamé contre l'inquisi-

tion, contre Tifitolérancè de rËglîse cathalique ! les mêmes hommes qui ont le plus rédamé, arec Luther et Gal?ii)> Ui liberté de la Tesson iddiYÎduelic dans les choses religieuses !

Enfin, Messieurs, après l'hérésie^ regardez le schisme, et voyez sî la lîberlé de la consdence et la dignité humaine ont gagûé quelque chose à la réunion des deux pouvoirs dans la main terrible et sauvage des Gzars; Conâdérez TÉglise grecque, si magnifique dans les premiers sièeles, si féconde en saints et en docteurs, quand elle jouissait de la liberté de TËvangile et qu'elle vivait de la sève spirituelle de TÉglise mère et maîtresse de toutes les autr^* Voyez ce qu'elle est devenue depuis sa séparation : un instrument gouvernemental dont le pouv^r teftiporel use et abuse suivant les besoins de sa politique; une servante de la puisse^ce du siècle^ qui la dégrade pour un morceau dé pain ; une esclave ^ qui attend en tremblant que le maître lui intime ses volontés par l'un dé ses soldats.

Voîlà^ Mesâeurs, comment l'hérésie et le schiMne entendent et pratiquent la libertés Rappelez-vous maintenant ce que^ dans tous les

tempsj l'Église catholique a fait pour elle, comparez et jugez. Quel spectacle admirable elle nous offre dans son attittide en face de la puissance du siècle! Elle est toujours là pour prodamer le droit, pour s'opposer à Tinjustice, pour arrêter, autant qu'il est en son pouvoir, Temportement des passions et la violence naturelle des puissances de ce monde. Elle ne cherche point à les entravéï'^ elle ne les combat qu'avec regret, s'ils s'écartent des voies de Dieu; et quand elle est obligée de les blâmer ou de prolester, elle le fait toujours avec déférence, avec humilité, mais aussi avec courage et dignité. Certes, s'il y a quelque chose au monde qui favorise la liberté de l'esprit et garantisse la dignité humaine, c'est la souveraineté spirituelle de l'Église et de son chef, c'est cette puissance spirituelle qui n'a point d'égale sur la terre, puissance toute morale^ tout intelligente j et qui dispose toutes choses comme la sagesse divine dont elle est le repré* sentant ici-bas, avec force et douceur : Omnia fortiter et suaviter.

Il me reste à vous taontrer. Messieurs, que l'esprit de TÊglise catholique est identique à

respritde la liberté. Je le dirai rapidement. Je compare ces deux esprits dans lear essence même, sans m'arrèter aux formes et aux applications; et en discernant ce qu'il y a de plus intime dans l'un et l'autre, je trouTe qu'au fond ils constituent un même esprit.

En effet» qu'est-ce que l'esprit de l'Église? C'est l'esprit de Jésus-Christ, son fondateur, qui l'a transmis à ses apôtres et à leurs successeurs. Qu'est-ce que Jésus-Christ est venu faire dans le monde, et comment a-t-il accompli sa mission divine? Il est venu sauver ce qui était perdu, il est venu conquérir et racheter les âmes qui étaient dans la mort et dans la servi* tude du péché. Comment gagne-t-on les âmes?

en les instruisant, en les éclairant, en les persuadant. Par quels moyens peut-on instruire et persuader? par la parole, et surtout par la parole appuyée de l'exemple.

Jésus-Christ est donc venu sur la terrepour instruire les hommes par la parole du ciel, leur donner l'exemple des vertus qu'il leur annonçait, et confirmer son enseignement par sa vie et par sa mort. Il est venu instruire, guérir et sauver. Il a instruit par ses discours et

par ses œuvres ; il a guéri par la vertu divine qui sortait de lui ; il a sauvé par l'effusion de son sang. L'esprit de Jésus-Christ est donc un esprit de douceur et de patience, qui triomphe par la persuasion et par la souffrance, et de là la vertu de. son enseignement, de sa passion et de sa croix.

Or, Jésus-Christ a envoyé ses apôtres comme il a été envoyé lui-même : Sicut misit me Pater ^ et ego mitto vos. Les apôtres ont dû faire comme leur maître, qui leur a laissé son es* prit; ils ont dû être doux de cœur, humbles comme lui, pleins d*amour et de dévouement pour leurs frères, prêts à tout accepter, à tout souffrir pour sauver les âmes. Ils ont dû employer les mêmes moyens pour les convertir et les gagner, savoir : la parole et la patience.

C'est donc toujours par la conviction, par la persuasion, par l'ascendant de la vérité que le christianisme a agi sur ta terre. Le Maître avait dit à ses apôtres : Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups, pleins de douceur et de mansuétude au milieu des violences et des fureurs du monde, et cependant vous le vaincrez) vous en triompherez^

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Y0Y18 )e cpnyertirex, car j'ai vainci) le monde: Ego vicifnundufn; et je vous envoie pour en i^chev^r la conquête. Vous ferez retentir ma parole jusqu'aux extrémité^ de la terre, et de toutes les extrémités de la terre les hommes se rassembleront, se réuniront dans une société universelle, dans la grande unité d*un corps spirituel q\\\ sera mon Ëglise.

Voilà l>3prit du christianisme et de TÉglise. L'Église s'est conservée, développée, affermie par l'esprit qui l'a fondée. Dans tous les siècles elle a été forte, triomphante par la parole; elle a été puissante par l'autorité qui lui vient du ciel ; elle a toujours enseigné et souffert; jamais elle n'a! eu recours aux violences, quoiqu'elle lesi ait toutes endurées. Sa mission divine est de convaincre et de persuader ; car elle a les paroles de la via éternelle, elle possède Tétemelle vérité, et sa vocation est d'établir sur la terre la vie et la vérité.

Or, Messieurs, la vie de V&me, la vérité, ne s'impose point par la force ; on ne prend pas les cœurs par la violence; les intelligences ne s'emportent point d'assaut. La vérité s'y introduit par la lumière» par la conviction , par la per-

suasion, par l'amour. Tous ces moyens sont purement spirituels» et ils se résument tous dans l'efficacité de la parole» qui est le grand instrument de Tesprit, le glaive spirituel, gla^ dius spiritûs.

La parole agit de deux manières, ou sur l'intelligence par les moyens de la raison et de la pensée, ou sur le cœur par le sentiment et l'émotion ; elle éclaire ou- elle louche, ou elle fait l'un et l'autre à la fois. Dans tous les cas, c'est une influence spirituelle, comme la vérité même qu'elle doit communiquer. C'est l'action de Fesprit sur l'esprit, de Tàme sur l'âme, et les esprits ne s'ouvrent que sous l'impression de la lumière ; les âmes s'amollissent au contact de la chaleur de l'âme ; semblables à ces fleurs qui, cherchant instinctivement le soleil, s'ouvrent à ses rayons dès qu'elles en sont atteintes, boivent avidement sa lumière, s'en nourrissent, et referment leur calice aussitôt qu'il cesse de les éclairer. Ainsi s'ouvrent et se nourrissent les âmes dans la lumière et la chaleur du soleil des esprits. Ainsi a toujours fait l'Église, qui est le représeiltant, l'organe de Dieu sur la terre, et dont la mission est d'y répandre' la lumière

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et le feu da ciel, de distribuer les grâces et les béDédictions d'en haut, de jeter dans le monde, qui est le diamp de Dieu, les semences ëter* nelles de la vérité.

Eh bien 1 et c'est la conclusion de ce discours, j'affirme que Fesprit de TËglise est l'esprit même de la liberté. Rappelez-vous ce qui a été dit précédemment, et je vous y ramène, parce que, dans une démonstration, tout doit s'enchaîner et se soutenir. L'esprit de la liberté, avons-nous dit, est un esprit de douceur qui ne doit employer que des moyens spirituels, moraux, intelligents. Car il n'y a de liberté que là où Thomme se décide par lui-même, quand il agit par soi, motu proprio^ sans coaction extérieure , sans nécessité interne, donc par sa propre raison. Le principe de l'acte libre est dans la détermination propre, et pour qu'elle soit telle, elle doit partir de lui, du jugement de sa raison, du mouvement de sa volonté. Pour cela il faut que sa raison soit éclairée, que sa volonté soit touchée, et que son âme soit persuadée, en même temps que son esprit est convaincu. Ainsi s'ac-» complit l'acte libres

Or, TOUS le. voyez, c'est aussi par la parole, par la force et la douceur de la parole, que ces admirables effets sont produits» et ils ne peuvent Tôtre que par elle. Et ainsi, ce que l'Église fait dans l'ordre surnaturel pour sauver les hommes, c'est-à-dire pour les affranchir des liens du péché et les réconcilier avec Dieu, la vraie liberté politique le fait de son côté, à sa manière et par des moyens naturels, pour les sauver des servitudes de la terre et garantir leur dignité contre les passions et les violences des puissances du monde.

Donc l'Église et la liberté ont la même tendance, savoir, d'amener les hommes à se gouverner eux-mêmes, raisonnablement, avec intelligence , avec conscience , de les rendre capables, en éclairant leur esprit et en formant leur volonté, de prendre la direction de leur propre existence, la liberté pour les choses de ce monde et l'Église pour celles de l'éternité.

Elles ont aussi le même procédé; car elles emploient l'une et l'autre les mêmes moyens, des moyens tout spirituels : le même instrument, la parole. Dans l'Église rien ne se fait que par la parole, même les choses les plus

sacrées. Dans le règne de la Traie liberté, tout doit s'accomplir par la parole^ c'est-à-dire par la délibération^ dont la parole est Torgane.

Toute autre influence est contraire à la liberté et la dorade; cor elle tend à substituer à l'acte propre de Tesprit, à la détermination intelligente, la force aveugle de la matière ou de la nécessité. Enfin, l'Ë^ise et la liberté ont le même but, c'est de gagner les Ames, comme les âmes se gagnent (et quand on a l'âme de l'homme on a tout le reste), par la conriction, par la persuasion et par l'amour.

Après cela, Messieurs, yotis ne serez plus surpris de notre affirmation si positire, que l'esprit de l'Église est Tesprit même de la liberté. Vous Toyez maintenant que ces deux esprits sont identiques, ou plutôt que c'est un seul et même esprit, et c'est pourquoi nous avons proclamé que l'institution de TËglise catholique dans le monde a été l'institution même de la véritable liberté !...

Mais je dis aussi en terminant, afin que cette pensée salutaire reste dans vos esprits et serve à vos méditations, si la vraie liberté existe dans le monde, si nous en avons l'idée véHtcMe, in-

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connue à Tantiquitê païenne, si nous jouissons des avantages et dé la gloire dé la liberté politique, d'Une liberté vi*aié, généreuse, qui n'exclut personne et qui ne supposé ni l*esclaVagé, ni l'ilotisme, c'est à l'Évangile que nous le devons; c'est par Tesprit du christianisme âeul qu'elle peut se développer et s'affermir; c'est l'Église catholique qui Ta fondée et qui la maintiendra*

Oui , Messieurs,, elle a fait celle grande œuvre, et elle la continuera comme elle l'a commencée, avec douceur, mais avec force.

Elle y met des siècles, parce qu'elle est éternelle; elle prend son temps pour affranchir les peuples, parce que les choses de la Providence n'arrivent qu'au terme marqué. Les fruits delà liberté, comme tous les fruits de la terre, ne sont bons et salutaires qu'à leur point de maturité. Elle sait que la violence, qui détruit en un moment, né peut rien fonder; oU si elle établit sdiidainement, avec tous lés efforts des hommes et comme par. miagie , Tiilstant qui va suivre verra crouler rédilice sans base.

L'Ëglise ne renverse jamais ce qu'elle a édi-

fié; c'est pourquoi elle construit lentement et sur des fondements inébranlables. Elle avance doucement, mais jamais elle ne recule : c'est la condition du vrai progrès. Et quand nous affirmons, Messieurs, qu'elle a introduit dans le monde la vraie liberté, nous ne voulons pas dire qu'elle a donné aux nations des chartes, des constitutions et des lois politiaues. Ce n'est point là sa mission ; elle n'a point été instituée pour gouverner la terre ni pour réformer les gouvernements humains, pas plus qu'elle n'établit des systèmes de philosophie ou des théories scientifiques, quoiqu'elle possède l'éternelle Vérité, source de toutes les vérités.

Elle est faite pour enseigner à la terre les choses du ciel, omnia quœcumque mandavi vobis docete. Elle jette dans le temps les paroles de l'éternité comme des semences impérissables et fécondes, et avec les siècles ces semences lèvent, se développent et fructifient. Elle répand sur les hommes l'esprit de Dieu, que lui a envoyé son divin mattre, et l'esprit de Dieu renouvelle la face de la terre partout où il est reçu. Esprit de sagesse, d'intelligence, de science, il pénètre, illumine, vivifie tous les enseignements hu-

mains sans se laisser enchaîner par leurs formes : esprit de force et de liberté, il se mêle aux institutions de la terre sans s'y fixer; il les pousse en ayant, les anime, les perfectionne paF un progrès continu et sûr; il donne aux gouvernements l'autorité véritable; il inspire aux peuples le sentiment et le désir de la liberté vraie. Par lui, et par lui seulement, les rois et les peuples pourront se comprendre et se tendront la main; et ainsi s'opérera par degrés, doucement, mais avec fermeté, si les hommes ne dérangent pas les voies de Dieu, le véritable affranchissement de l'humanité.

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