LIVRE
GÉUÉMONIES DU SACUIFlGli DES JOURS ORDINAUIKS AU KUN-NING-KONG.
Chaque jour le matin, pour honorer les esprits, au Kunning-kong, on prend d'abord un rideau de soie jaune avec un bord broché rouge, que l'on adapte ;\ un cordon de fils tressés de chanvre jaune; on l'attache par les deux côtés au support triangulaire, verni rouge, fixé au mur de gauche, portant une tête de dragon sculptée i, et auquel on applique des papiers
' Voir planche YI, 9. Nous ne iiouvons, apros celui-ci. répéter k\s renvois planches.
d'or. On plie deux feuilles de papier pur, et l'on en fait quatre monnaies que l'on pend aux deux bouts du rideau.
Puis on place du côté du sud le petit tabernacle du Foucihi d'or, couvert de papier d'or, ainsi que son piédestal ; on ouvre le tabernacle, on suspend ensuite au rideau la tablette de Pousa ainsi que celle de l'ancêtre familier et l'on expose ainsi le tout, dans la direction de l'orient, au-dessus du nagan. Sur celui-ci on pose deux grandes tables basses, vernies rouge, et par-dessus on met, pour les offrandes, trois cassolettes d'encens, trois verres d'eau pure, quatre gâteaux feshen ^ faits en carrés. Le tout partagé en dix parts, dont on met neuf dans neuf plats sur la table; la dixième, dans un dixième vase placé sous la table. Devant le Kuhen, on étend un tapis rouge à fleurs jaunes, et sur celui-ci on pose la petite table sur laquelle le Saman se prosterne (voir pi. III, 1).
Avant cela, les ministres des oblations ont dû poser à terre deux larges feuilles de papier de Corée verni, à la place de la marmite du milieu. Puis ils apportent deux grandes tables vernies rouge, doul)lées de zinc, et les mettent à côté l'une de l'autre, du côte de l'ouest, chacune sur un papier de Corée verni (posé précédemment). Le moment venu, le chef encenseur allume l'encens, les ministres des oblations et leurs servants amènent deux porcs et les mettent en dehors de la porte intérieure, la tête tournée vers le nord, contre la porte du Kun-ning-kong.
S'avancent alors les deux taigiyas des oblations, qui jouent des instruments de musique, le janggin des oblations avec huit servants et deux chefs eunuques (ministres). Les deux musiciens marchent en avant, puis viennent les servants marchant sur deux lignes, et tous vont s'asseoir, les jambes croisées, tournés vers le sanctuaire. On joue des deux instruments et l'on bat des castagnettes.
Après cela les Mandchous des offrandes fléchissent un genou et battent des mains. Le chef encenseur remet le glaive au Saman, les ministres des offrandes jouent de la mandoline,
' Voir page 45.
de la guitare et des castagnettes et battent des mains. Le Saman se prosterne et se relève et les servants murmurent, en chœur^ les prières ordinaires.
Le Saman s'incline trois fois vers le glaive, en chantant une prière, pendant que les servants prient de nouveau, en chœur^ à voix sourde. Après neuf inclinations et trois prières, il se prosterne et se relève, s'incline trois fois encore, puis remet le glaive au chef encenseur. Les musiciens se lèvent et se tiennent quelque peu écartés.
Si l'empereur assiste à la cérémonie, le chef encenseur met un peu plus loin, du côté de l'ouest, la table basse sur laquelle le Saman se prosterne. L'empereur, prenant son bonnet, s'avance vis-à-vis des esprits et se tient debout au milieu, tourné vers le lieu sacré. Le Saman s'agenouille le premier, l'empereur le fait après lui ; le Saman se retourne, l'empereur salue une fois, se redresse et se retire. Le Saman se prosterne, se relève et joint les mains.
Si l'impératrice assiste également, elle se tient et fait les cérémonies du côté du nord, l'empereur les fait au sud.
Le chef assistant des gens d'offrandes fait sortir tous les servants et ministres mâles, les femmes et les eunuques restent.
Le jour où l'empereur et l'impératrice n'assistent pas, le Saman se prosterne, puis fait enlever parle chef encenseur les deux vases d'eau pure offerte à Foucihi et à Pousa; il ferme la porte du petit tabernacle de Foucihi, met de côté la tablette de Pousa et la roule dans le sihmi (étui) de bois, verni jaune. Les eunuques des offrandes saluent et soulèvent le petit tabernacle de Foucihi, prennent les deux cassolettes à encens qui se trouvent à l'intérieur, invitent et emportent Foucihi et vont le déposer dans la grande chapelle qui est à l'intérieur du Kunning-kong, du côté de l'ouest; là ils placent, par devant, les cassolettes d'encens, mettent, sur le côté, le piédestal du petit tabernacle et tirent quelque peu le rideau du côté sud. Ils portent et exposent également à l'intérieur la tablette de l'ancêtre domestique, et présentent, placés au milieu, l'eau pure et les vases à encens.
Les musiciens s'avancent et se mettent à leur place habituelle. Les femmes servant aux encensements plient le tapis en trois, l'enlèvent et vont l'étendre près du Kuhen. Le chef encenseur remet au Saman un verre avec plateau. Les taigiyas des oblations amènent un porc et vont le placer sous le Kuhen, la tête tournée vers l'ouest. Un Mandchou pliant le genou frappe le porc. Les servants aux oblations, le Ta-taigiya i et ses gens, jouent de la guitare, de la mandoline et des castagnettes et battent des mains, pendant que le Saman s'agenouille, tourné vers l'angle sud-ouest, sur le tapis rouge plié en trois sous le Kuhen, soulève le verre et le plateau, prie une première fois, et que les servants aux oblations murmurent en chœur.
Après les prières, le Saman, récitant les formules, verse en un seul vase le contenu des deux verres d'eau pure {bolgo). Le Mandchou tient l'oreille du porc écartée et le Saman y verse l'eau lustrale, puis rend le vase au chef encenseur et se prosterne. La musique cesse; le Mandchou prend le porc par la queue et le tient, la tête tournée du côté de l'ouest. Les ministres des offrandes s'avancent, soulèvent et placent le porc étendu sur la grande table couverte de zinc. Le chef encenseur remet de nouveau le vase au Saman. On fait avancer un second porc et, comme précédemment, le Saman prie, pendant que les musiciens jouent et que les servants prient à l'unisson, puis il verse l'eau lustrale dans l'oreille du porc. Après quoi il se prosterne et se relève. La musique se tait, tous se lèvent et s'en vont. On vient alors placer les deux porcs, la tête sur la grande table couverte de zinc, tournés vers l'ouest, en biais, et on les achève. Deux femmes servant aux oblations soulèvent un baquet [oton] doublé d'argent' pour recueillir le sang. Les assistantes de l'encens ramassent le tapis, apportent une longue table haute, vernie rouge, et la placent dans le nagan de l'ouest, du côté du sud, prennent le baquet plein de sang de porc et le posent en offrande sur la table haute. Puis elles emportent les gâteaux des oblations. Lorsque les porcs ont été
' Cheftaigiya.
immolés, les servants aux oblations les étendent sur la table, du côté droit, la tête tournée vers le sud. Ils enlèvent la peau et coupent les corps en morceaux, qu'ils cuisent dans une grande marmite; ils laissent la peau à la tête, aux pieds et à la queue, mais ils brûlent les soies, arrachent ce qui en reste et cuisent la viande dans une grande marmite. Les intestins sont placés sur un grand baquet doublé de zinc et portés ailleurs, pour être lavés et purifiés ; après quoi on les rapporte. On pose ensuite par terre le baquet à sang. Un Mandchou des offrandes s'avance, fléchit un genou devant la haute table, verse le sang sur les intestins et met le tout dans une marmite pour le cuire. Les taigiyas des offrandes mettent la peau sur le baquet à ce destiné, puis emportent les deux grandes tables couvertes de zinc et les longs papiers de Corée vernis, mettent les pieds et le foie dans un petit vase de bois verni rouge et le déposent au bord septentrional de la grande table basse, placée sur le nagan. Lorsque la viande est cuite, on remplit de morceaux un vase plat, on y met les deux bâtonnets et l'on pose le tout en offrande au milieu de la grande table basse, puis on dispose en ordre la viande des deux porcs dans un oton doublé d'argent, les os du bas des jambes avec les jambons et épaules aux quatre coins; la poitrine en avant, le croupion en arrière, les côtes des deux côtés, la tête par-dessus, avec la rate et la graisse tout entière, sur le grouin. On pose le tout en offrande sur la longue table haute devant les esprits. Un chef encenseur allume l'encens, les assistantes étendent un tapis rouge à fleurs jaunes, et y placent la petite table basse sur laquelle le Saman se prosterne. Deux chefs encenseurs s'avancent portant chacun un vase [moro], l'un plein d'eau pure et l'autre vide. Ils marchent ensemble et s'arrêtent. Le Saman s'avance alors et s'agenouille, le premier chef encenseur lui présente la coupe et le Saman bénit trois fois l'eau pure, tandis que les joueurs de mandoline, de guitare et de castagnettes, le janggin, le chef taigiyan, les servants aux offrandes et les Mandchous qui battent des mains, viennent se ranger tout auprès, comme précédemment. Le Saman ayant béni l'eau, le verse dans la coupe vide, puis
prend encore de l'eau lustrale du vase qui sert à la contenir, en verse dans deux verres et les bénit; les servants aux offrandes prient à l'unisson. Après trois bénédictions, le Saman remet la coupe et le plateau au chef encenseur, se prosterne, se relève et joint les mains. Les joueurs d'instruments et de castagnettes cessent la musique, se lèvent et s'en vont. Le Saman s'agenouille et prie.
Si l'empereur et l'impératrice offrent eux-mêmes, ils le font comme il a déjà été dit.
Lorsqu'ils ont fait les cérémonies devant la viande du sacrifice, on l'emporte sur un plat et on la dépose, bien en ordre, sur la longue table du côté du sud.
Si l'empereur et l'impératrice en mangent, si les princes et les magistrats en font autant, c'est réglé par l'édit et on doit l'observer.
Le jour où l'empereur ne goûte pas de la viande, on fait venir les gardes de service et on la leur fait manger. Après quoi, les taigiyas des offrandes emportent la peau et les os et vont porter la peau et la graisse à la cuisine, (juant aux os, au foie et aux pattes, un préposé des oblations va les brûler dans un lieu purifié et jette leurs cendres dans le fleuve. On enlève alors le rideau, on remet en magasin les monnaies de papier qui y étaient suspendues; à la fin du mois, on les met dans les sacs de papier de Corée, et le dernier jour de l'an on va les prendre dans le Tangze pour les brûler avec les autres papiers qui y sont encore suspendus et le mai des sacrifices. Ensuite on enlève la tablette de l'ancêtre originaire, on la roule dans le sihan de bois verni rouge; on reprend, en les invitante venir, le petit tabernacle de Foucihi et le sihan de Pousa, ainsi que les deux cassolettes à parfum, de la place à l'ouest où ils étaient, et l'on expose le tabernacle de Foucihi sur son reposoir ordinaire. Les tablettes de Pousa et des esprits des ancêtre avec leur sihan se placent contre le mur de l'ouest, sur la table-buftet à bords vernis rouge et ornée de fleurs de diverses couleurs; et les trois cassolettes à encens sont exposées sur la table-buftet dans l'angle du côté de l'est.
Le soir, quand on sacrifie aux esprits, on doit d'abord attacher à son support le rideau de soie bleue, à bord rouge, broché. Du côté de l'ouest on rassemble les sept clochettes grandes et petites, on les attache et suspend par la courroie au poteau (voir pi. IV, 2). On attache également à côté l'une de l'autre, au support, les (tablettes) des esprits mourigan. On suspend au milieu du rideau les esprits représentés sur les tablettes, et l'on pose les Gobelins mongols sur leur piédestal à bord, verni bleu du côté gauche; le tout exposé sur le nagan du nord tourné vers le midi. On y met également deux grandes tables basses vernies rouge, puis on prend cinq cassolettes à parfum, cinq vases d'eau lustrale, et les pains feshen; on partage le tout en dix portions et on les pose sur la table dans neuf plateaux, en offrande aux esprits, et dans un dixième vase posé sous la table du côté de l'ouest. Avant d'amener le porc, on apporte, après invitation, Foucihi, Pousa et deux cassolettes à parfums, et on les offre dans le grand tabernacle du côté de l'ouest. Mais, avant cela, les taigiyas des offrandes ont dû étendre les papiers vernis et poser la table, comme au sacrifice du matin. L'heure venue, on amène le porc et le met au lieu ordinaire. Le chef encenseur allume l'encens. Les femmes apportent et posent devant l'autel le siège que le Saman occupe quand il bat du tambourin. A côté de ce siège un taigiya des offrandes place le tambour avec son support. Le Saman met la grande ceinture, se lie la petite ceinture à sonnettes, prend le tambourin avec les baguettes et s'avance vers l'autel. Deux Mandchous des oblations arrivent alors et viennent se placer debout, la face tournée vers l'ouest. Un taigiya bat du tambour, un autre des castagnettes. Le Saman alors se place sur le siège tourné vers le sanctuaire, et bat du tambourin en récitant des formules. Le taigiya du tambour répond à chaque coup de tambourin, par un coup de sa caisse frappée d'une main. Le Saman se lève ensuite, fait un pas en arrière et bat du tambourin en l'agitant à droite et à gauche; le taigiya lui répond en frappant des deux mains sur le tambour, trois coups de suite. Le Saman avance d'un pas, agitant et frappant le tambourin; le tambour
lui répond par cinq coups frappés des deux mains. La première fois que le Saman s'arrête et récite les formules, le tambour bat cinq fois, les castagnettes trois fois à la suite. La deuxième fois qu'il recule, puis avance en agitant et battant le tambourin, le tambour seul bat sept fois. Puis quand il s'arrête et prie, le tambour bat cinq fois, et les castagnettes, trois. La troisième fois que le Saman bat du tambour, le tambour seul bat onze fois ; lorsqu'après cela, il s'arrête et prie, le tambour bat quatre fois, puis les deux baguettes frappent un coup ensemble pour finir, et les castagnettes y répondent trois fois, comme de coutume. Quand tout cela est fini, le Saman bat du tambourin. Le taigiya bat quatre fois, trois coups, puis cesse et se retire. Le Saman alors rend le tambourin et la baguette aux femmes servant aux encensements et ôte ses deux ceintures; les femmes étendent un tapis rouge à fleurs jaunes.
Lorsque l'empereur officie, ces femmes placent la table aux prostrations du Saman, sur le côté, à l'ouest. L'empereur prend son bonnet. Si, à l'approche du soir, il s'avance vers le sanctuaire et se place debout au milieu, tourné vers le lieu sacré, le Saman s'agenouille d'abord et prie, puis l'empereur fait la révérence comme au sacrifice du matin.
Lorsque l'impératrice l'accompagne, tout se fait comme à la page 104, à cette différence près que l'eau est substituée au vin dans toutes les opérations.