‹ La religion nationale des Tartares orientaux [microform] Mandchous et Mongols, comparée à la religion des anciens Chinois, d'après les textes indigènes, avec le rituel tartare de l'empereur K'ien-LongChapitre 35 sur 76 · CHAPITRE I. — Cérémonies du grand sacrifice célébré · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — Cérémonies du grand sacrifice célébré

AVEC MAI dressé DANS LE TANGZE.

Chaque année, aux deux saisons du printemps et de l'automne, on fait le grand sacrifice avec mât (mai) dressé au Tangze. Le mois précédent, un chef de maison, choisi à tour de rôle pour fournir le mai de sapin nécessaire à la cérémonie, prend trois sergents avec vingt cuirassiers et tous se rendent à Yangkingtcheou ^, ville dépendante du Pe-tche-li. Là, réunis aux magistrats de l'endroit, ils coupent ensemble sur la montagne un tronc de sapin haut de 2 judas 2 et épais de S jurhun 3. Laissant avec leurs feuilles les neuf branches qui couronnent l'arbre, ils coupent toutes les autres et de ce tronc font un mai qu'ils enveloppent d'une toile jaune; puis ils viennent le placer obliquement sur la traverse du milieu du support de bois verni rouge, placé près du mur, à l'intérieur du Tangze, du côté du sud 4. Le jour avant le grand sacrifice, on dresse ce mai sur la pierre placée au milieu de l'espace, vis-à-vis de la chapelle du Tangze [oi^do). Le jour même du sacrifice, on vient d'abord attacher le rideau de soie jaune, à bord rouge broché, par un cordon de fil jaune tressé, au milieu de la salle du sacrifice, et on le suspend au mur par les anneaux de fer y attachés à ses deux extrémités, du côté de l'ouest et de l'est.

Au milieu du nagan s du nord, du côté de l'ouest, on pose le piédestal du tabernacle de Foucihi. Sur cette banquette on place deux grandes tables basses, vernies en jaune et, sur les tables, trois vases à parfum. Sous le kuhen on met deux moi^os de porcelaine à fleurs bleues, sur la table basse de cèdre qui s'y

1 Déparlenient du Pe-lche-li et son chef-lieu, au sud de Pe-king.

- Aune.

s Pouce.

* Voir planche I.

s BanqueUe le long du mui.

trouve et par terre, des deux côtés de la table, deux petits vases de porcelaine à fleurs rouges. Devant la table on étend un tapis rouge à fleurs jaunes.

Sur la haute table de cèdre placée dans l'ordo on met en oblation une cassolette à parfums en cuivre rouge, et sur la petite table de cèdre posée devant la grande, deux grands vases {moro) de porcelaine à fleurs bleues; puis par terre, des deux côtés de la table, deux petits vases de porcelaine jaune bleuâtre, parsemés de dragons de couleur foncée; dans la grande salle du sacrifice 1, deux couples de lanternes recouvertes de gaze jaune et deux autres, toutes semblables, dans la grande chapelle (ordo). Sur le passage du milieu on étend des nattes, ainsi que sur tous les chemins cimentés, et sur ces tapis on range, en ordre, trente-deux lanternes recouvertes de papier rouge.

L'heure venue, huit taigiyas, vêtus de soie jaune-or, viennent prendre le brancard [kiyoo] du petit dais de soie jaune qui sert à transporter les (images des) esprits et, traversant les trois portes, vont le déposer en dehors de la porte intérieure du Kun-ning-kong. Deux Mandchous des oblations vêtus de soie jaune, viennent inviter (les esprits) et emportent le tabernacle de Foucihi, les étuis renfermant les tablettes de Pousa et de l'ancêtre originaire et les placent sur le brancard, Leshuit taigiyas le soulèvent et l'emportent en passant par la porte du milieu de la grande salle {cleyen gouroîing)^; deux couples de porteurs de bâtons et deux de porteurs de lanternes, les précèdent et marchent en avant.

Deux chefs-assistants des offrandes, deux servants et deux Mandchous, viennent au-devant d'eux de l'intérieur du gouroung. Cinq rangs de gardes viennent de la porte Kien-tchingmen; un membre de la cour des rites, un chef des oblations et huit taigiyas les suivent.

Un sergent place avec respect le vase de vin distillé pour le sacrifice, les pains tôtne, les cordons, le papier, etc., sur les

• Voir planche JJ.

2 Voir planche 1.

piédestaux et buffets et les portent à la suite. Arrivés au Tangze, les Mandchous invitent et prennent les esprits. Ils exposent le tabernacle de Foucihi sur son piédestal posé h l'ouest et suspendent au rideau, en oblation, les tablettes de Pousa et des ancêtres.

Réunissant les bouts des trois cordons, ils les attachent à un anneau qui tient au milieu du mur du nord, et font passer l'autre bout -^ à travers la lucarne du milieu, au-dessus de la porte à treillis de la salle du sacrifice, et les y assujettissent. Ils font ensuite passer les cordons au milieu des deux supports vernis rouge placés au milieu de la ligne de passage, puis à travers les trois trous du bois transversal [halbala moo) ; après quoi, ils y attachent vingt-sept feuilles de papiers coupés en monnaies, de trois couleurs, jaune, vert et blanc, attachées neuf à neuf et les y font pendre à côté l'une de l'autre. Réunissant alors de nouveau les trois bouts, ils les font passer, en droite ligne, à travers la lucarne du milieu, au-dessus des deux portes à grille du devant et du fond de la chapelle, et les attachent au mai, auquel ils suspendent un drapeau de toile jaune, en l'honneur des esprits.

Au bois de saule placé devant la haute table, à l'intérieur de la chapelle, on attache vingt-sept monnaies de papier de Corée, de trois couleurs également, et on présente sur deux grandes tables basses, posées sur la banquette latérale de la salle du sacrifice, trois verres de vin distillé et neuf plats de gâteaux tome et mudan 2. Le chef encenseur ouvre la porte de la chapelle et allume l'encens, puis verse en oblation le vin distillé, bénit, dans deux grands vases de porcelaine à fleurs bleues, placés sur la table basse, devant le Kuhen.

A l'intérieur de la chapelle, on pose en offrande, sur la grande table, trois plats de gâteaux tome et mudan et un verre

' Les cordons traversent ainsi tout le Tangze, depuis la porte de la salle du sacrifice, passant par les bois plantés devant la chapelle, la chapelle ellemême et vont s'aliacher au support du mai et aux anneaux du mur du sud.

* Voir page 43.

de vin distillé, dans les deux grands plateaux de porcelaine à fleurs bleues posés sur la table basse.

Deux taigiyas, joueurs de mandoline et de guitare, viennent se placer du côté ouest du chemin cimenté, en dehors de la salle du sacrifice ; vingt gardes, battant des castagnettes, s'y placent également, rangés des deux côtés, font entendre leurs instruments et battent des mains.

Deux Samans, vêtus de longs manteaux i, s'avancent et s'agenouillent. Deux chefs encenseurs apportent deux verres avec plateau et les remettent, chacun, ù l'un des deux Samans. Ceux-ci les prennent et bénissent ensemble le vin, neuf fois.

A ce moment, un chef-assistant des offrandes, posté au l)as de l'escalier de la salle du sacrifice, du côté de l'est, donne le signal 2 et tous les instruments se font entendre, on bat des mains. Les Samans versent le vin bénit dans les deux vases latéraux de porcelaine à fleurs rouges, reprennent dans leurs verres du vin nouveau, du vase à vin distillé, et le bénissent. Pendant ce temps, au signal donné par le chef-assistant, les gardes répètent les prières en chœur.

Après les neuf bénédictions, les deux Samans remettent les verres et plateaux aux deux chefs encenseurs, se prosternent, se relèvent et joignent les mains ensemble. Le chef assistant donne le signal <^ et la musique cesse. Les deux Samans s'avancent alors au milieu de la chapelle et fléchissent le genou ; puis ils prennent de nouveau, des mains des chefs encenseurs, un verre avec plateau et bénissent neuf fois le vin ; le jeu des instruments et toutes les cérémonies se font comme à la grande salle. Le tout achevé, ils rendent les verres, se prosternent, se relèvent et joignent les mains; alors un des deux reste dans la chapelle, tandis que l'autre va dans la salle du sacrifice, y prend le glaive des mains d'un chef encenseur et s'avance vers l'autel. La musique et le battement des mains recommencent au signal

' Eli soie brodée.

^ Carki là! Castagnettes, battez

CarkiUi! Caslagnetles, arrêtez-vous

donné ; le Saman se prosterne et se relève, et l'on murmure les prières en chœur. Le Saman vénère trois fois le glaive et chante une prière de conjuration pendant que les gardes prient en chœur. Après trois prières et neuf révérences accompagnées du jeu des instruments comme la première fois, le Saman entre dans la chapelle, où tout se fait comme dans la salle du sacrifice. Puis il retourne dans cette salle, s'y prosterne et, relevé, vénère encore trois fois le glaive tandis que les gardes, au signal ordinaire, prient en chœur.

Le Saman rend alors le glaive au chef des encensements ; la musique s'arrête, on se relève et se retire.

Le Saman renouvelle les génuflexions, prosternations et prières, puis se relève et s'en va également.

Le Saman resté dans l'ordo y fléchit le genou, puis en se prosternant joint les mains et part à son tour.

Le chef encenseur ferme la porte de la chapelle de Foucihi, enlève les tablettes de Pousa et de l'Esprit de l'ancêtre et les remet dans le fourreau. Les porteurs reprennent le brancard et, précédés des porteurs de lanternes et de bâtons, comme à l'arrivée, ils reportent le tout au Gouroung.

Si l'empereur assiste et prend part à la cérémonie, des membres de la cour des rites étendent un coussin, pour l'empereur, dans la salle i et dans la chapelle. Le président de la cour des travaux publics pose d'abord le coussin de l'empereur, en dehors de la porte de la salle, du côté de l'ouest.

L'empereur s'assied sur le coussin placé à l'ouest, sous l'auvent et le visage tourné vers l'est. Un de ses aides de camp prend les castagnettes et les lui donne. Les deux taigiyas qui jouent des instruments à corde s'avancent; puis, sur le passage pavé, du côté de l'ouest, se pose le chef assistant joueur de castagnettes; dix de ses servants s'y placent des deux côtés. Les Wangs et Belle se rangent sur le pavé, les Beise et Kong 2, à côté, vis-à-vis l'un de l'autre. Les membres de la cour des rites font prendre

• Wecere deyen, la grande salle (voir pi. I).

* Voir nasfi fiS. not« b.

Voir page 68, note 5

les castagnettes aux Wangs et Belle. Puis le chef assistant placé sous l'escalier commande, et la mandoline, la guitare, les castagnettes se font entendre, on bat des mains, pendant que le Saman bénit le vin et vénère le glaive.

L'empereur alors s'avance dans la salle du sacrifice, tenant son bonnet et s'incline, puis va faire la même chose dans la chapelle i. Cela fait, le président de la cour des travaux pose le coussin de l'empereur du côté de l'ouest et le monarque s'assied tourné vers le sud. Le préposé aux grains, etc., et le chef assistant des oblations lui présentent un des gâteaux offerts, sur une petite table, le préposé au thé 2 lui présente de même un verre de vin du sacrifice. L'empereur en goutte et en donne aux Wangs, Beile, Beise et Kong. Cela fait, l'empereur monte au Gouroung, et l'on donne le vin et les gâteaux des offrandes aux gardes et servants qui ont assisté au sacrifice.

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