DEUXIEME PARTIE
premier coup dedaigner une question de degre, II fallait, dites-vous, qu'il y eut du mal, mais il n'en fallait pas tant. Et par ou done Testimez-vous? Quel estvotre terme de comparaison*? Vous le mesurez, non par lui-m^me , mais a votre couardise , et c'est pourquoi \ous le faites si grand. Supposez qu'aujourd'hui , a rheure qu'il est, Dieu, par sa volonte souveraine, 6te du monde la moitie du mal qu'il y laisse : que diront demain les ennemis de la Providence ? lis diront ce qu'ils disaient hier, a moins que leur coeur ne soit change.
Le mal est comme toutes les choses de ce monde qui sont exclusivement de ce monde : il n'a pas de mesure fixe. II est grand ou petit suiyant la force avec laquelle on le supporte. Dans une salle d'h6pital, ce n'est pas le plus malade qui gemit le plus , c'est le plus tendre. Dans une disette a la mer, I'un supporle bravement les privations , Tautre se d^sespere et succombe. L'habitude y fait beaucoup. II y a tel riche qui Be trouverait malheureux s'il etait r6duit a se contenter de I'ordinaire d'un ouvrier. La misere de celuici sufQt a Tambition et au bonheur de celui-la. Le m^me homme pent changer selon les circonstances. Tel qui s'est evanoui pour un coup de bistouri supporte heroiquement un coup de sabre. II faut d'autant plus rougir de Timpatience avec laquelle nous souf-
1. « Undecumqoe ex aequo ad coBlum erigitur acies, paribus inter- « Vallis omnia divina ab omnibus humanis distant. » Senec. , Consolatia ad Helviam, cap. ix.
LA PROVIDENCE. 21 i
frons la douleur, que la douleur est presque toujours la juste mesure de notre faiblesse.
Ainsi done il y a du mal, nous I'avouons; et il ne faut pas dire qu'il y en ait trop , car c'est se confondre dans ses propres pensees. Mais ce mal enfin, quel qu'il soity est-il conciliable avee la puissance et la bonte de Dieu? Ce pen de mal, en presence d'un si grand bieui n'emp^che pas que le monde ne soit bon; mais pourquoi Dieu y a-l-il laiss^ subsister quelque mal?
C'est demander pourquoi Dieu , qui nous a fails a son image ^ ne nous a pas faits du m^me coup k sa mesure. Quoi done! vouliez-vous 6tre parfaits? Est-ce \k ce que vous demandez? Et ne pouvez-vous en conscience vous conlenter a moins? Dieu , qui pent tout 9 ne pouvait pas cela. II ne pouvait pas faire un 6tre parfait, car il y aurait deux dieux, ce qui est absurde. II est de Tessence d'un fetre parfait de ne pas 6tre cree , et de se sufiBre a lui-mfeme et pour etre et pour subsister. Quand vous d6montrez I'existence de Dieu, vous vous appuyez sur ce principe qu'il faut un fetre necessaire, subsistant par lui-mSme, pour expliquer la possibilite de Texistence du reste des fetres, Et quand vous raisonnez sur cet fetre necessaire, la premiere verite que vous apercevez, c'est qu'aucun defaut ne pent fetre en lui, et qu'il n'y a aucune raison quelconque qui puisse faire qu'il y ait en lui une limite. La necessite de son existence et la perfection de sa nature sont deux dogmes du mfeme