‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 3 sur 45 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

reserve k la philosophic. Ces esprits religieux, mais qui ne reconnaissent d'autre auloril6 que la raison, ne trouverontils pas en elle ee qu'ils lui demandent ? L'humanit6 est-elle plac6e sans autre ressource entre la r6v61ation et le scepticisme? N'y a-t-il rien en dehors de la foi r6v616e, qii? puisse raltacher la terre au del?

Je sais que la religion naturelle est souvent trait6e de chim^re , et qu'on s'exagfere rimpuissance dc la philosophic en voyant dans I'histoire tant de vaines disputes, tant de syst^mes tour k tour fLorissants et abattus ; mais de grandes v6rit6s s'616vent du sein de cet amas d'erreurs , comine un arbre vigoureux croit au milieu des mines. C'est mal connaitre Thistoire de la pens6e, que de croire que Platon, Aristote, Descartes, Leibnitz, ont laiss6 en mourant la philosophic au point oil ils I'avaient prise. La religion naturelle n'est pas un syst^mc ; elle n'est altach6c k aucune 6cole; elle se compose de dexA ou trois dogines aussi simples que sublimes , 16gu6s au sens commun par la science de tons les slides.

On a fait un grand nombre de demonstrations de Texistence de Dieu , la plupart irr6futables. Sont-elles utiles ? On pent en douter. Dans le fond , il y a bien pen d'ath6es , si m6me il y en a. On oublie Dieu , on se fait de lui des id^es fausses, mais on ne peut le nier. II suffit d*ouvrir les yeux; le monde parte, ou mieux encore, il suffit de penser ; car notre raison , en se d6veloppant , s'61feve vers Dieu comme par une force invincible. A d6faut de ma raison , mon coeur est tout plein de lui. Je ne puis souffrir, je ne puis 6tre heureux , sans retrouver en moi le sentiment de sa presence. II est mon soutien et mon espoir, le fondement de ma raison , Tfetoile de mon amour et de ma volont^. Mais si je le connais par ses bienfaits, et pai'ses promesses, je ne puis le connaitre dans son essence m^me. La nature do J'lnfini 6chappe k mon intelligence impar-

PRfiFACE:. Ill

faite. Dicu m*a fait pour tcndre toujours vers liii par toiiles les forces de mon intelligence, de mon amour et de niu volont6, et pour rester toujours infiniment au-dessous de lui. Le premier mot de la philosophic doit 6tre de proclamer qu'il existe , et le second d'avouer qu'il est incomprehensible. Nous Savons de lui tout ce qu'il faut pour Faimer et pour Tadorer.

L'esprit humain a de la peine h se r6signcr h I'impuissance. II aspire k comprendre Dieu, et il n'aboutit qu'A Fabaisser, pour se faire illusion. II lui donne nos sentiments, nos passions, nos besoins; et, pour comble, il lui assigne une puissance analogue k la puissance humaine , c*est-^-dire , une simple puissance de transformation. Cc Dieu humain ne pent plus cr6er ; il n*est plus que la substance du monde : telle est Forigine du panth6isme. Le bon sens repousse cette conclusion comma il a repouss6 le principe; il ne croit ni k un Dieu analogue k Fhomme, ni k un Dieu identique au monde. Le panth6isme n'est que la forme savante de Fath6isme. Le monde divinis6 est le monde sans Dieu. L'idial de Fhumaniti n'est pas cette substance inconnue d'ou sort k la fois, par une necesslte aveugle, tout ce qui est bien et tout ce qui est mal. II est contre la raison de pritendre que le mal est Fexpression nfecessaire de la perfection.

Le panth6isme nous 6te Dieu en le confondant avec le monde ; une autre doctrine nous F6te en le rendant Stranger au monde. II est sans doute difficile de comprendre que celui qui est la perfection par essence , et qui se suffil k lui-m6me , daigne s'abaisser jusqu*^ penser k nous ; mais nous Savons qu'il a pens6 k nous , puisqu'il nous a cr66s : la creation nous r6pond de la Providence. Pourquoi Dieu se d6tournerait-il de son oeuvre ? II ne pent renoncer k ses desseins, ni s'arrfiter dans leur accomplissement , com me un ouvrier malhabile. Cette separation , qu'on voudrait 6ta-

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