‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 4 sur 45 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

blir eiilro raction de cr6er le monde et Faction de le gouverner, lient a la constante illusion par laquelle nous rabaissons Dieu aux conditions de notre existence. Dieu est 6temel; il ne dure pas, il ne forme pas un desscin apr^s un autre ; il embrasse dans la ra6me volont6 la creation et le gouvemement du monde. Nous sommes forces de distinguer ce qui se confond en lui , parce que notrc faible esprit, dont Thorizon est born6 et les idies successives, ne pent penser et parler que par le secours de Tarialyse.

Ainsi, il y a au-dessus de nous un Dieu qui nous a cr66s et qui nous gouveme. Quelle place a-t-il faite k Thomme dans la creation? Pour le savoir, nous n'avons qu'i nous regarder, car Dieu ne fait rien en vain, et il proportionnc cxactement les moyens au but qu'il se propose. Tons les autres 6tres ne sont que des parties d'un tout; rhomme seul est un centre; il se connait, il connalt sa force et il en dispose librement. Cela seul est d6jJi une garantie d'immortalit6 , car la vie que Dieu me donne n'a rien de commun avec Texistence de ces creatures ignorantes d'ellesm6mes , qui n'ont plus de raison de subsister dfes qu'elles ont rempli leur tdche d*un jour, ou fait place k un autre individu de leur espfece. Pour moi , je sais que ma duree ne saurait 6tre indiff6rente k Dieu, puisqu'elle ne m'est pas indifferente k moi-m6rae. Mon esprit est 6videmment fait pour penser k ce qui est durable, permanent, 6temel, et mon coeur est enivr6 et comme poss6d6 par Famour de Finfini. Je suis libre sous une loi ; cette loi , quand je la considfere , a tous les caract^res de Finfaillibilit6 et de F6ternit6. EUe appartient k un autre monde, et elle m*y rattache. Elle m'impose presque toujours des sacrifices, ce qui prouve qu'elle n'a pas 616 faite en vue de la terre , et que mon existence actuelle n'est qu'une 6preuve. Une fois en possession de celte pensee que nous avons 616 plac6s ici-bas

PREFACI::. V

pour la lulte, ct que nous sommes atlcudus ailleurs pour la recompense , je dedaigne la douleur et je supporte Tlnjustice sans me plaindre, parce que je crois k Yimmortalite , comme au devoir et k la Providence. II y a entre ces trois grands dogmes une telle solidarity que jo ne puis en accepter un , sans accepter aussi les deux autres. Je crois done , par les seules lumi^res de ma raison , que Dieu est mon criateur ; je crois que, pendant cette vie, je reraplis sous ses yeux la t&che qu'il m*a donnie , et je crois qu*il m*attend au terme de la vie pour me r^compcnser ou me punir. Yoilii ma foi. Rempli de cette pens^e, je ne puis connaltre la solitude, ni le d^sespoir. Dieu mc voit, Dieu m'attend. Je vois le monde invisible par les yeux de mon entendement. Ce monde-ci peutm'icraser; ce n'est qu*une douleur d'un jour, dont je serai pay£ au centuple. Je sais que la carri^re de la vertu est p^nible, que le vice et quelquefois le crime sont des 616ments de succ^s. Je ne demande rien au monde que I'occasion de lutter et de m^riter. Mon repos , ma patrie , mon Dieu sont ailleurs.

Mais comment puis-je m^riter ? En ob^issant h la lol, en faisant le bien. Ma loi est de conserver et de divelopper mes facult^s, d'aimer et de servir mes compagnons d'^preuve, d*airaer et d*adorer I'auteur de mon 6tre. C'est une douce loi , k quelque sacrifice qu'elle me condamne , car Tamour est dans tons ses pr6ceptes. On dcmande comment je puis adorer Dieu ? N'ai-je pas le devoir ? F*aire le bien , c*est adorer. Aimer, travailler, se divouer , c'est adorer , c*e8t prier. Je puis aussi Clever ma pens^e et mon coeur vers bieu, le remercier de ses bienfaits, et lui demander la seule grdce qui importe , la gr&ce de marcher toujours dans la voie droite , et de n'61re pas un citoyen inutile de ce monde^

Telle est la religion naturelle, et tel est le culte nalurel. C'est bien peu; c*est tout pour qui saurait s*en p6n6trer. J*aurais voulu exposer cette doctrine , dans co

Vi t^REFACE.

livre, avec simplicity, el pourtant avec force; resumer les plus solides arguments qui prouvent la Providence el rimmortalit6 de T^me , et montrer comment nous pouvons nous rendre maltres de notre avenir par le bon usage de la liberty ; ripondre aux objections s6rieuses , et d6daigner les sophismes ; rendre, k force de clart6, la science mftme accessible au sens commun, dont elle ne difffere souvent que par une forme plus abstraite. J'aurais voulu aussi marquer d'une main ferme la limite qui s6pare ce que nous pouvons connaltre de ce que nous ne saurions comprendre; car, le plus souvent, c'est pour nous fetre tromp6s , par orgueil , sur la port6e de notre intelligence , que nous nous perdons dans des probl^mes insolubles. Mais j'aurais voulu, par-dessus tout, inspirer k certaines &mes attrist^es et d^soi^es le sentiment religieux, sans lequel il n'y aura jamais ni douce loi , ni soci6t6 fraternelle , ni vertu vraiment solide. Si je pouvais ranimer une esp6rance, relever un courage, raffermir une conscience 6branl6e, consoler, pacifier un cceur souffrant, je croirais que ces humbles pages n'ont pas 6t6 enti^rement perdues.

PREMIERE PIRTIE

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