‹ La religion naturelle (volume 2)Chapitre 44 sur 45 · LIS CUL · texte numérisé non relu

LIS CUL

la vie si dure sans compensation possible. La Conven-r tion qui, en fondant le culle de la raison, n'avait fait que consacrer, ace qu'elle pensait, Tabolition de tons les cultes, porta un d6cret que Ton a tourne en ridicule , qui Tetait peut-fetre dans la forme , mais qui signifie ceci , pour un philosophe : NuUe society humaine ne pent se passer de Dieu. L atheisme, dans un pareil temps ^ n'avait pu durer six mois, Jusquela tout etait bien dans cette abjuration solennelle de Tatheisme ; mais on ne se borna pas a le renverser ; on voulut organiser des fMes religieuses. On vit la Convention nationale deferer a son president une sorte de pontificat. Des ceremonies furent prescrites, un autel fut eleve, Mais il etait, en verite, plus facile de renverser un tr6ne , de fonder un nouveau droit public , de tenir t^te a TEurope avec des soldats improvises, que de fonder un culle. L'Etat n'a pas mission pour etablir des symboles^ des formules et des ceremonies; il pent reconnaitre une religion, la respecter, la proteger, et non la fonder. II n'a pas de pr^tres; il ne connait que des magistrals. S'il eleve un temple sans le donner a une religion positive, ce temple est vide, comme retail le Pantheon. En un mot , la religion naturelle comporte la pridre et quelques actes religieux, plut6t qu'un culle public. Dans un pays voisin ou Ton decrfele un jeune en conseil des ministres, ou le roi charge un ev6que de publier une formule de prieres pour chaque evenement solennei , la loi n'est pas fondee sur la religion

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naturelle, maissur uae religion d'Etat. Cette religion d'Etat a beau avoir ete faite de toutes pieces pour les besoins de la politique, Tintolerance est restee avec elledans la constitution de TAnglelerre.

II faut done le reconnaitre : aucune Eglise , aucune communion ne pent Sire fondee sur la religion naturelle, ni en dehors de TEtat, ni sous les auspices de TEtat. Le culte philosophique pent 6tre manifeste exterieurement; mais il ne pent jamais avoir un carractere public.

Au reste, Timpuissance de I'Etat n'est que pour le culte proprement dit, pour les formules, pour le rite. L'Etat ne pent jamais Stre sacerdotal ; mais il est n^cessairement religieux. L'fitat ne saurait 6tre athee. II suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler sur quel fondement il repose. L'fitat pourrait etre athee s'il n'etait qu'une convention formee entre les citoyens pour armer Tinleret general contre les convoitises de I'interfef prive, en d'autres termes, si la societe n'etait qu'un contrat social. Mais la doctrine du contrat social est fausse^ ou du moins elle est in-' complete. Elle a ete une reaction a la fois legitime et excessive contre la theorie du droit divin. La theorie du droit divin , abandonnee aujourd'hui par la plupart des defenseurs de la legitimite, en donnant a la royaute une origine mystique, conferait tons les droits aux souverains, et n'enlaissait aucun

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aux sujets. U semblait que les gouvernemeota fussent etablis pour qu*un homme fut puissant, et non pour que la puissance de cet homme assurllt la securite et garantit le bien 6tre de tous les autres. Quand le prince s'oubliait lui-m6me pour ne songer qu'i son peuple I il obeissait a la loi generale qui oblige tous les hommes a faire du bien , et non pas a la loi particuli^re qui oblige un citoyen a se sacrifier pour Tin* t^r^t commun. Tout ce qu'il donnait a ses sujets, ou mSme tout ce qu'il leur laissait, etait re<;u comme un bienfaity et considere comme un don purement gratuit. La philosophic recti fia ces idees, en montrant que la royaute n'a d'autre raison d'etre que TinterSt et la Yolonte du peuple; que le roi n*est que le premier des citoyens et le premier des magistrats ; qu'il n'exerce qu'une puissance deleguee ; et que cette puissance n'est legitime qu'a condition d'etre exerc^e dans I'inter^t des mandants. Si, dans la plupart des monarchies, la royaute est hereditaire , au lieu d'etre ternporaire et elective, ce n'est pas dans I'interfet des families royales, mais dans celui du peuple, quicroit ^viter par la les competitions, les brigues, Tinsta* bilite. 11 y a done un contrat entre les rois et les peuples, ou, plus gen^ralement , entre les gouvernemeats et les gouvernes, car la difference n'est que de forme entre un royaume et une republique : le magistrat est unique ou multiple, ^lectifou hereditaire; mais la source de I'autorite est partout la m^me. Ces principes, sur lesquels repose en partie le nou-

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veau droit social, sont parfaitement jusles; mais, a cote d'eux, il en faut reconnaitre d'autres. II est vrai que les gouvernements n'existent que dans TinterSt des peuples et par la volonte des peuples; mais il est ne Test pas qu'ils ne representent que la masse des inter^ts. lis ont une mission a la fois plus haute et plus sainte. S'ils n'etaient que des inter^ts coalises, que demanderait-on a la loi, sinon d'etre utile, et aux gouvernements, sinon de veiller a la securite et a la prosperite materielle du pays ? Lorsque le souverain , prince ou magistrat, s'adresse au peuple, s'il ne lui parle que de profits et pertes, parait-il a la hauteur de sa situation? Ne sent*on pas qu'il se degrade? qu'il fait de TEtat une sorte d'association de commerce ? Lorsque , dans une assemblee publique , on discute une loi^ regarde-t-on seulement au profit? La premiere pensee du legislateur n'est-elle pas pour la justice ? N'arrive-t-il pas en mille occasions qu'un peuple doit sacrifier son interfit a son devoir? S'il faut donner du pain au corps, est-il moins necessaire de nourrir les esprits, d'elever les ames? Qu'un pays, sans se soucier du droit et de Thonneur, agrandisse ses possessions , etende son influence, double ses ri« chesses 9 sera-t-il absous du crime et de la honte par cette prosperite mal acquise ? Qu'est-ce done que TEtat, s'il doit Stre juste avant d'etre habile ? L'^tat^ c'est le devoir arme; c'est la morale vivante. C'est un pacte entre les hommes, sans doute; mais c'est d'abord un pacte entre les hommes et Dieu.

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Si rfitat se rattache a Dieu par la justice , il faut qu'il le declare. Si la loi qu'il porte n'est pas une convention purement humaine , et si elle n'est que Texpression ecrite de la loi divine, il faut qu'on reconnaisse en elle ce sacre caractfere. Parler de Teternelle morale, du devouement au devoir et a la patrie, de la Providence divine, ce n'est pas attenter a la liberte de conscience. La societe ne blesse la conscience d'aucun de ses membres, quand elle ne proclame que ces dogmes sacres sur lesquels tous les hommes sont d'accord. Imposer un culte, entraver un culte, c'est exercer une tyrannic, c'est usurper. S'appuyer sur le dogme de la Providence divine, c'est satisfaire la conscience universelle, c'est s'honorer soi-mSme, c'est donner a la loi et a la patrie un caractere religieux. On connait mal la liberty, quand on croit qu'elle ne pent 6tre sauvee que par des negations. On connait mal les hommes quand on compte uniquement sur la force de leur raison, et qu'on s'abstient de parler a leur imagination et a leur coeur. Que les religions et les ecoles enseignent leurs dogmes, mais que I'Etat rappelle la grandeur et la protection de la Providence. Sans doute, la pensee de Dieu viendra d'elle-m^me dans une ^me naturellement pieuse, surtout si, par la meditation, elle a en quelque sorte nourri ses sentiments religieux. Mais Thomme que la nature de son esprit et de sa sensibilite ne porte pas a s'occuper des chose?^ invisibles , celui qui n'a ete eleve

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qu'& penser au corps et k ses besoins , k gagner, a compter, a d^penser de Targent, qui borne volontairement ses pensees a Thorizon de ses inter^ts mat^riels y qui met une sorte d'orgueil a nier ce qu'il ne voit pas , k mepriser ce qu'il ne comprend pas, n'y a-t-il done rien de Dieu dans un tel hbmme, pas une idee, pas un sentiment que quelque formule religieuse puisse faire tout k coup sorlir de la nuit? Si nous-m^mes, habitues a reflechir, nous qui avons chercbe Dieu avec anxi^te, qui avons tressailli de joie quand la science nous a permis de bannir toute incertitude, qui, chaque jour, nous faisons une ^lude de rattacher toutes nos idees a cette idee supreme , et de contempler la synthase du monde dans ses rapports avec le Greateur, si nous avons des moments d'oubli et de defaillance , si nous sommes trop heureux qu'une image plus vive, une exhortation, une priere, nous rappelle au sentiment de la religion , comment pouvons-nous croire que la religion se soutiendra toute seule dans le commun des esprits? Plut a Dieu que I'fltat ne fut pas reduit a quelques formules tr^s-gen^rales de piete , et qu'il efit la force necessaire pour creer un culte ! Le pouvoir de ces symboles exterieurs est si grand et si connu, que, par exemple , tons les legislateurs y ont recours pour entretenir Tamour de la patrie. Les f^tes nationales , les chants populaires , les drapeaux , les cocardes, qu'est-ce autre chose qu'un culte dont la patrie est Tobjet? Cependant, aveugles que nous sommes, la

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patrie est vivante et presenle; son int^r^t est notre interftt, so. gloire est notre gloire; c'est nous-mfemes, en elle^ que nous defendons et que nous aimons. Dieu est tout pr^s^ en realite, mais par la faiblesse de nos vues, par Teblouissement que nous cause le monde, par noire excessive preoccupation du moment, Dieu est si loin, qu'il nous faut un effort pour nous elever jusqu'a lui. Et nous ne comptons que sur nos propres forces? II n'y aura pas un monument religieux sur nos places? II n'y aura pas un mot de Dieu dans les actes du pouvoir public? Pas de solennelles actions de grace rendues a la Providence au nom du peuple entier par ceux qui peuvent parler en son nom? II n*y aura pas dans les foules une voix qui nous dira ; « Soyez justes, au nom de Dieu ; aimez-Yous les uns les autres, au nom de Dieu? »

II ne nous reste plus a examiner d'autre element du culte exterieur , que Tapostolat.

Quand on parle d*apostolat, la pensee se reporte involontairement vers ces douze hommes du peuple qui y apres la mort du Christ , sans autre force que la Bublimite de leur doctrine, ont entrepris de changer la face du monde, et y sent parvenus; ou vers ces h^ros de la pensee qui, dans les len^bres du moyen ige, ont affronte le mepris, la misere, la mort, pour renverser des prejuges et repandre la verite parmi les hommes. Voila les vrais apotres , animes d'une foi invincible, toujours sur la brfeche, donnant leur vie

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pour leur croyance, et laissant apres eux le monde vaincu et transforme. II ne s'agit plus aujourd'hui que d'un enseignement pacifique , d'un apostolal sans peril. Dans cette phase nouvelle, TEglise el surtout TEglise calhoiique a conserve ses ap6tres. Le prtoe parle au nom de Dieu avee autorite. II s'appuie sur la tradition, sur un livre sacre, sur TEglise dont il est le ministre. II a recu une consecration ; il s'assoit dans une chaire qu'entoure la majeste de la religion , il parle dans un temple ou la Divinite semble plus presente. La grandeur de sa situation, le devouement dont elle est la preuve, les sacrifices qu'elle impose , rhabit qu'il porte lui tiennent, s'il le faut, lieu de talent. II parle au cojur et a Timagination plutdt qu'a la raison; et le coeur et Tiraagination sont plus forts que la raison pour entrainer les hommes. Tout lui vient en aide : la pompe exterieure du culte, ou m^me parfois , sa misere / car la pensee religieuse s'exalte dans un temple comrae par une force naturelle, et une eglise de village parle aussi haut qu*une basilique. On le tient quitte le plus souvent de prouver et de discuter, il parle a un auditoire convaincu d'avance qui ne demande qu'a 6tre eclaire et console, Les femmes se pressent autour de sa cbaire avec une confiance sans bornes ; il n'est occupe qu*^ les retenir, car il est dans leur nature d*aimer et de rfever. Elles lui apportent leurs enfants pour qu'il leur donne les premieres notions de religion et de morale. On Tappelle dans Tinterieur des fp^mille^ qomme un

coQsolateur^ comme un maitre. II est adm is j usque dans les interieurs d'ou la foi est absente. La coutume, une sorte de bienseance passee dans les moeurs, le rend necessaire, m^me au chevet de Tathee. S'il publie un livre, son nom seul, et son titre de pr&tre, le recommandent k tous les fidMes. II peut, sans crainte , attaquer la doctrine de ceux qui ne partagent pas sa foi. Pourvu que la cbarite ne soit pas blessee , cette attaque est uhe preuve de zele dont tout le monde le loue avee raison. L'auteur blame ne lui repond, s'il I'ose faire, qu'avec respect et timidite; il attenue, il enveloppe sa pensee, il demande gr^ce; avec ces precautions , il n'est pas sur de ne pas courir quelque peril , parce que la loi protege contre la liberte des ^crivains tous les cultes autorises. Dans la religion catholique, I'usaige de la confession auriculaire centuple la force du corps sacerdotal. Un enfant est n6; on le baptise. II commence a penser; on le catechise y on Tadmet a la sainte table. L'hommcy pour se marier, va s'agenouiller aux pieds du prfetre. Moribond, il trouve un prfetre a son chevet. Mort, on le porte a Teglise, on Tensevelit en terre sainte.

Mais qu'est-ce qu'un philosophe? C'est un homme qui a tout juste autant d'autorite que lui en donne son talent. II ne va pas vous prendre dans votre demeure; il n'estpas associ^ aux joies et aux mis^res des families; il n'a de r61e dfficiel nuUe part. II ecrit une page sans savoir qui la lira , ni si elle sera lue. II traite les sujets les plus difficiles, souvent les plus ingrats,

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et ne peut etre compris que par des intelligences tr^sexere^es; cependant le premier venu le juge sans appel. II n*echappe ni a la calomnie, ni au d^dain^ n\, selon les temps, a la persecution. II s'estime heu* reux, s'il obtient, d'un petit nombre d'oisifs, une attention distraite. Le public Tignore , les lettres le raillent, les autres philosophes le discutent sans justice; presque personne ne le comprend, parce que personne ne se donne la peine necessaire pour le comprendre. Lui-m^me travaille sans relache pour edi- 6er^ un systeme dont il n*est jamais entierement satisfait. Tant6t il ne trouve pas la verity, tant6t, I'ayant trouvee, il ne peut Texprimer clairement. Sa Tie n'est qu'une lutte penible contre la passion et Terreur. Plus il aime rhumanite et la yerite, plus il souffre de son impuissance et de son isole* ment. G'est sa grandeur qui fait son supplice.

Cependant, quels que soient les obstacles dont la Yoie du philosophe est semee , il y a quelque chose qui combat pour la philosophic ; c*est la force de la liberte et de la verite, force invincible^ contre laquelle rien ne prevaut. On a beau etouffer la science, fermer les ecoles, interdire les chaires, brlller les livres. La persecution m^me est un enseignement. On ne salt si la pleine et absolue liberte de tout dire porte mieux et plus loin une doctrine. Les discussions me* taphysiques sont pour les savants et ne passent pas le seuil des ecoles; mais quand il se degage de leurs disputes une seule verite , elle va , quoi qu'on fassQ

d'ailleurSy a son adresse, c*est-4-dire au peuple. II est possible qu'elle ne chemine pas vite^ mais elle avance sourdement, infailliblement , jusqu'a ce que tout le monde soit convaiucu , at que le paradoxe d'hier devienne la verite d aujourd'hui. Qu'est-ce que le sens commun, sinon une masse d'opinions evidentes , que T^ducation Fait entfer en nous » et qui font; pour ainsi parler, partie de notre substance? Et pourquoi le sens commun se compose-t-il , a chaque si^cle, d'un plus grand nombre de Veritas nouvelles ? G'est parce qu'il y a des hommes inconnus , d^daignes; qui deposent, dans des livres qu'on ne litpas, une v6rit6 au milieu peut-6tre de beaucoup d*erreurs : Le temps emporte I'erreur , et Thumanite herite du reste,

Quand Descartes ^criviti au commencement du XVI® si^cle, cette phrase cel6bre : « Ne rien recevoir en sa cr6ance, qui ne paraisse clairement et evidemment 6tre vrai , n il ne fit d'emotion que parmi les lettr^s. Un sidcle apr^s , sa doctrine , malgre sa force , 6tait momentan^ment oubliee; mais cette phrase etait rest^e; ce principe etait devenu la foi commune de tout ce qu'il y avait d'ardent et d'agissant dans le monde; il engendra d abord I'Encyclop^die , et TEncyclopedie engendra la Revolution. Le Code , qui promulgua pour la premiere fois la Liberte et T^galite^ n'est qu'une consecration legale du principe de la philosophic cartesienne. L'histoire d'un si6cle n'est que le d6veloppement d*une idee.

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II y a done aussi un aposlolat de la science ; et il n'est pas n^cessaire, pour I'exercer, d'etre un homme de genie. Tout ce qui se fait en ce monde pour deraciner les prejuges, pour repandre Imstruction , pour donner aux hommes le goilt et Tintelligence de la liberte, profile k la philosophic, C'est un devoir, quand on croit posseder une portion de la v6rit6 , d 'essay er de la repandre , de se consacrer a son service, de tenir pour rien les interfels personnels, Tambition, la vanity ; de pers6verer sansjamais faiblir, sans jamais reculer; d'honorer soi-m^me sa doctrine, de lui rendre temoignage par sa conduite , de s 'identifier avec la cause qu'on a embrassee , et de se tenir toujours pr6t a la soutenir, a la d^fendre, a se sacrifier pour elle. A defaut d'autre consecration, que la noblesse morale soit le sceau de Tapostolat philosophique. Un cceur drrfit est le premier organe de la verite. C'est descendre au rang de sophiste, que de disputer sur le vrai et le bien sans croyance veritable; mais les chercher avec passion, les enseigner avec respect et tremblement, c'est faire Toeuvre d'un homme et d'un philosophe. Quelle que soit la faiblesse d'une intelligence, Dieu doit benir et feconder des efforts qui n'ont que la verite. pour objet, et ne cherchent pas d'autre . recompense.

Remettons-nous sous les yeux , avant de clore ces pages, les principaux dogmes de la religion naturelle, et les principaux preceptes ^n culte, Uq Dieu tout*

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puissant et immuable^ qui a cree le moiide, et qui ie gouverno par des iois generales; une vie a yenir qui remplira toutes les promesses decelle-ci, et en r6parera toutes les injustices : voila le dogme ; un eoeur rempli de Tamour de Dieu et de Taraour de rhumanile , une volonte ferme d'aecomplir le devoir et de servir les vues de la Providence en faisant le bien, voila la pri^re, voila le precepte. Ainsi toute la doctrine tient en deux paroles ; et ces deux paroles , il n'est pas d'esprit qui ne puisse les comprendre , et qui deja ne les connaisse. La religion naturelle n*est pas, comme la metaphysique , reservee aux esprits d'elite; elle ne s'appuie sur aucun systeme; elle ne demande pas a la reflexion de trop grands efforts. Elle est simple, facile, populaire; elle parle au coeur en mSme temps qu'a la raison; elle semble moins nous ouvrir des horizons nouveaux que nous rappeler des lieux connus et cberis. C'est qu'en effet la religion naturelle nous prend d^s le berceau ; ses enseignementS) mMes a beaucoup d'autres, font la force et la douceur de nos premieres pensees ; ils nous re* viennent, a mesure que nous nous formons, par tons les c6tes a la fois : la nature, d^s que nous savons Tadmirer, nous parle de la grandeur et de la bonte de Dieu; la societe, d^s que nous commenqons a en comprendre les ressorts, nous ram^ne a la pensee du Dieu sans lequel il n'y a point de justice. La douleur est aussi notre institutrice : pendant que notre ^me est dechiree, et que nos liens les plus chers se bri*-

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sent, une douce et consolante voix s'ele^e au fond de notre coeur ; c'est la religion avec ses pronaesses , -ou plut6ty c'estDieu avec son amour. Pour resumer les preceptes de la religion et en faire un corps de doctrine, nous n'avons qu'a prendre dans notre esprit les idees qui Tont feconde, dans notre coeur les sentiments qui Font emu ; notre croyance est formee de tout ce qu'il y a de bon en nous; elle est notre conscience , noire espoir , notre poesie ; c'est par elle que nous valons quelque chose , si nous valons quelque chose. Telle est la sainlete des idees religieuses, que le jour ou nous avons fait une bonne action est aussi celui ou nous le comprenons le mieux.

Nous n'avons pas besoin, pour adorer Dieu, pour Taimer, de le rabaisser jusqu'a nous. Au contraire, c'est parce que nous le savons incomprehensible que nous comprenons qu'il est le createur et le p^re du monde. Plus notre foi est humble, plus nous la croyons divine. Elle est vraiment Tesp^rance du genre humain^ car elle est accessible , facile , evidente. II suffit, pour la comprendre, d'avoir le coeur bien place et quelque droiture d'esprit. Elle ne serait pas une religion, si elle ne se devoilait qu'au petit nombre. Dieu est le vrai pfere de famille , qui eclaire tons ses eufants ei se proportionne a la faiblesse des intelligences.

Rien ne prouve mieux la grandeur et la yerite de la religion naturelle que Tefficacite de ses preceptes. II faut bien qu'elle soit divine, puisqu'elle est fondee sut* la chants et sur la justice. Sa premiere loi est d'ae-

obmplir le devoir; elle met tout le culte dans ce mot sacre. La priere, pour elle y c'est le travail et la bienfaisance. line kme pieuse est celle qui honore Dieu en respectant sa liberte et celle de ses freres, en les aimant, en les secourant, en les eclairant. La science, le travail, la liberte, Tamour, voila tous les preceptes de la religion naturelle, et voila sa consecration.

Les progres de la vertu sont .les progres de la religion naturelle. Dans des temps heureusement eloignes de nous , les sages ont cru qu'il suffisait de ne pas nuire. lis ont mis la grandeur de la vertu dans Torgueilleuse satisfaction de se preserver de toute souillure. lis ont fonde una ecole dont Tabstention etait le premier precepte. C'est le sto'icisme, aussi eloign^ du bien que du mal, a la fois courageux, austere et inutile. C'est la liberty sans la fraternite, la raison sans le coeur. Dieu ne nous a pas faits pour cette innocence sterile. II nous prete ce qu'il nous donne. Richesse, intelligence, sensibilite, force, tresors de Thumanite dont un homme est depositaire , c'est en vous repandant qu*on vous sanctifie. Le temps de Taumdne est venu apr^s Torgueilleuse et sterile sagesse de Fantiquite. Le coeur des hommes s'est ouvert a la pitie sous la douce et puissante influence du christianisme. lis ont ete chercher le pauvre et le malade au nom de Dieu ; ils ont donne du pain , des remedes et des larmes. Enfin a lui le jour oil la religion s'est completee par T intelligence plus complete de la grandeur et de la destinee humaineSi

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Ce jour-la, Theureux, le maitre, le savant, le riche s'est senti lefrfere de celui qui ignore et qui souffre. II a compris que le premier acte de la piete en vers le ciel etait d'eclairer el de feconder les intelligences et de venir en aide a la liberte en facilitant le travail. Deja les haines nationales ne sont plus qu'un prejuge vieilli ; il n'y a plus de castes, Tintolerance ressemble desormais a de la folie ; Tesprit de paix remplace partout lesheroiques fureurs de la guerre; I'oisivete n*est plus qu'une faute et un malheur ; et tous ceux qui savent aimer et penser, se liguent dans une sainteerdisade contre Tignorance. Votre religion, 6 mon Dieu, est amour, esperance, raison , paix , liberte !

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