VIII PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
prenant qu’on ne fait pas sa part à la parole de Dieu, et qu’il faut l’accepter ou la rejeter tout entière, se sentent obligés de renoncer à la religion positive, et se livrent sans réserve à la philosophie. Ces esprits religieux, mais qui ne reconnaissent d’autre autorité que la raison, ne trouveront-ils pas en elle ce qu’ils lui demandent ? L’humanité est-elle placée sans autre ressource entre la révélation et le scepticisme ? N’y a-t-il rien en dehors de la foi révélée, qui puisse rattacher la terre au ciel?
Je sais que la religion naturelle est souvent traitée de chimère, et qu’on s’exagère l’impuissance de la philosophie en voyantdans l’histoire tant de vaines disputes, tant de systèmes tour à tour florissants et abattus ; mais de grandes vérités s’élèvent du sein de cet amas d’erreurs, comme un arbre vigoureux croît au milieu des ruines, d’est mal connaître l’histoire de la pensée, que de croire que Platon, Aristote, Descartes, Leibnitz, ont laissé en mourant la philosophie au point où ils l’avaient prise. La religion naturelle n’est pas un système ; elle n’est attachée à aucune école ; elle se compose de deux ou trois dogmes aussi simples que sublimes, légués au sens commun par la science de tous les siècles.
On a fait un grand nombre de démonstrations de l’existence de Dieu, la plupart irréfutables. Sont-elles utiles? On peut en douter. Dans le fond, il y a bien peu d’athées, si même il y en a. On oublie Dieu, on se fait de lui des idées fausses, mais on ne peut le nier. Il suffit d’ouvrir les yeux ; le monde parle, ou mieux encore, il suffit de penser ; car notre raison, en se développant, s’élève vers Dieu comme par une force invincible. A défaut de ma raison, mon cœur est tout plein de lui. Je ne puis souffrir, je ne puis être heureux, sans retrouver en moi le sentiment de sa présence. 11 est mon soutien et mon espoir, le fonde-