‹ La religion naturelleChapitre 4 sur 67 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

ment de ma raison, l’étoile de mon amour et de ma volonté. Mais si je le connais par ses bienfaits et par ses promesses, je ne puis le connaître dans son essence môme. La nature de l’infini échappe à mon intelligence imparfaite. Dieu m’a fait pour tendre toujours vers lui par toutes les forces de mon intelligence, de mon amonr et de ma volonté, et pour rester toujours infiniment au-dessous de lui. Le premier mot de la philosophie doit être de proclamer qu’il existe, et le second d’avouer qu’il est incompréhensible. Nous savons de lui tout ce qu’il faut pour l’aimer et pour l’adorer.

L’esprit humain a de la peine à se résigner à l’impuissance. Il aspire à comprendre Dieu, et il n’aboutit qu’à l’abaisser, pour se faire illusion. Il lui donne nos sentiments, nos passions, nos besoins ; et, pour comble, il lui assigne une puissance analogue à la puissance humaine, c’est-à-dire, une simple puissance de transformation. Ce Dieu humain ne peut plus créer; il n’est plus que la substance du monde ; telle est l’origine du panthéisme. Le bon sens repousse cette conclusion comme il a repoussé le principe; il ne croit ni à un Dieu analogue à l’homme, ni à un Dieu identique au monde. Le panthéisme n’est que la forme savante de l'athéisme. Le monde divinisé est le monde sans Dieu. L’idéal de l’humanité n’est pas cette substance inconnue d’où sort à la fois, par une nécessité aveugle, tout ce qui est bien et tout ce qui est mal. Il est contre la raison de prétendre que le mal est l’expression nécessaire delà perfection.

Le panthéisme nous ôte Dieu en le confondant avec le monde ; une autre doctrine nous l’ôte en le rendant étranger au monde. Il est sans doute difficile de comprendre que celui qui est la perfection par essence, et qui se suffit à lui-même, daigne s’abaisser jusqu’à penser à nous :mais

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