CHAPITRE II
DE LA DESTINÉE DE L’aME APRES LA MORT.
« Qa’il prenne donc confiance pour son âme, celui qui pendant sa vie a rejeté les plaisirs et les biens du corps comme lui étant étrangers et portant au mal, et celui qui a aimé les plaisirs de la science; qui a orné son âme, non d’une parure étrangère, mais de celle qui loi est propre, comme la tempérance, la justice, la force, la liberté, la vérité; celui-là doit attendre tranquillement l’heure de'son départ pour l’autre monde, comme étant prêt au voyage, quand la destinée l’appellera. » y Platon, le Phédon, traduction de M. Cousin, t. I,
Quand on a démontré l’immortalité de lame, il reste une tâche à remplir : c’est de rechercher quelle est la destinée qui nous attend au delà du tombeau. Ne pouvons-nous rien savoir de cet avenir si prochain ; et l’espérance qui doit nous consoler et nous soutenir ici-bas a t-elle pour objet une abstraction?
Les preuves mêmes dont on se sert pour établir la nécessité d’une autre vie, nous donnent le droit d’affirmer qu’après l’épreuve de cette vie terrestre, les méchants seront punis et les bons récompensés. Une punition, une récompense, ces mots ne suffisent pas à la curiosité humaine ; ils suffisent à peine pour agir sur notre sensibilité, et pour intervenir efficacement dans nos délibérations. C’est un des griefs du vulgaire contre la philosophie. On compte pour rien d’avoir démontré l’immortalité de l’âme, si l’on ne peut dé-
L’IMMORTALITÉ
crire de point en point ces terres inconnues vers lesquelles le temps nous entraîne.
C’est pour répondre à ce besoin de précision que, dès l’origine de la philosophie, et l’on pourrait presque dire avant l’origine de la philosophie, a été inventé le dogme de la métempsycose. Ce dogme est destiné à résoudre deux problèmes à la fois : celui de l’inégalité en ce monde, et celui des peines et des récompenses futures.
Lorsque les ressorts de la vie sont usés et que notre corps tombe en défaillance, l’âme qui s’en échappe passe dans un autre corps, et recommence une nou- f velle carrière. Tel est le dogme de la métempsycose sous sa forme la plus simple. Si dans une première épreuve cette âme a bien usé de sa liberté, elle obtient en partage, pour une seconde vie, un corps mieux organisé, une destinée plus heureuse; si au contraire elle a abusé des dons de la Providence, sa condition s’en ressent dans l’épreuve suivante, et elle descend quelques échelons de la hiérarchie. Ainsi nous faisons notre sort tout entier, et ce qui paraît tenir au hasard de la naissance est déjà en réalité une récompense ou un châtiment.
Cette doctrine a joué un grand rôle dans l’histoire.
Il suffit de dire qu’on la retrouve en Grèce dans l'école de Pythagore, en Égypte, dans l’Inde, dans la Chine, et qu’elle a été renouvelée de nos jours, à diverses reprises, par des philosophes que l’on pourrait en même temps, pour l’éclat de leur style et la richesse de leur imagination, appeler des poètes.
Avant ces derniers venus, la métempsycose ne pouvait guère passer que pour une légende, puisque, plaçant ici-bas le théâtre de nos métamorphoses, elle nous
faisait revivre dans des corps différents, au milieu de nos parents et de nos amis. C’est en ces termes que Platon a parlé de cette doctrine, mais avec le sourire sur les lèvres, comme un sage qui se joue et non comme un philosophe qui enseigne. Il nous conduit dans une vaste plaine où les âmes des morts sont appelées à choisir une condition nouvelle. Le choix reste libre; mais chacun apporte dans cette grande affaire ses goûts, ses passions ou son inexpérience. Platon nous montre Atalante changée en athlète. Épée, fils de Panopée, en femme industrieuse, Agamemnon en aigle, Ajax en lion, Thersite exilé dans le corps d’un singe. Une fois le partage fait, les juges des âmes les conduisent vers le Léthé, où elles perdent le souvenir de leur condition antérieure *. C’est la règle commune de toutes les théories analogues ; mais si par là l’hypothèse est rendue possible, elle devient en même temps inutile. Quand l’âme, en changeant de corps, a perdu tout souvenir, le châtiment n’est plus un châtiment, c’est une cruauté; et la récompense aussi n’est plus qu’une générosité sans motif. L'erreur d(s la métempsycose ainsi entendue est la même que celle des législateurs qui punissaient le crime du père dans les enfants et les petits-enfants. Celte doctrine qui transforme en châtiment la misère et le vice, devait fleurir en Égypte, où elle consacrait la distinction des castes; mais elle a disparu, avec l’esclavage antique, devant les progrès de la fraternité universelle.
Pour que le dogme de la transmigration des âmes ne soit pas en contradiction manifeste avec le principe du mérite et du démérite, il faut supposer, com-
l. Platon, la République, liv.X; trad. de M. Cousin, t. X, p. 292.
l’immortalité.
me on l’a fait dans plusieurs écoles qu’au lieu de passer après cette vie dans le corps d’un autre animal terrestre, nos âmes, sans perdre le sentiment de leur , identité, vont animer dans une autre planète un corps d’une autre espèce. A cette condition, la seconde vie peut être la récompense ou la punition de la première et rien n’empêche de supposer que, cette seconde épreuve étant suivie de plusieurs autres, Pâme tombe de chute en chute, ou s’élève de degré en degré, jusqu ’ù ' ce que l’épreuve soit complète, et la série des transformations arrêtée. Rien de plus poétique que cette conception qui nous fait voyager d’étoile en étoile. L’imagination peut se donner carrière, et supposer, dans cliaque planète, des corps doués des propriétés les plus merveilleuses et servis par les organes les plus parfaits, et des sociétés dont les institutions laissent bien loin derrière elles nos sociétés humaines. C’est vérital)lement dans cette hypothèse que l’homme peut se croire le roi de la création. Au lieu d’être relégué pour toujours sur ce globe terrestre qui n’est qu’un atome, le ciel étoilé est à lui. Lorsque le soir le soleil descend à l’iiorizon, et qu’au milieu du silence de la nature on regarde à travers une douce et tranquille clarté ces clous d’or qui étincellent sur le bleu du firmament, on peut se demander où est le monde qu’on habitera d’abord après avoir dépouillé l’enveloppe mortelle qui nous couvre, et quel est celui où respirent, affranchis ou puissants, ceux que nous avons pleurés, dont nous gardons les cendres enfer-
1. « Integer ille, nihilque in terris reliquens, fugit, et totus exces- « sit; paulumque supra nos commoratus dum expurgatur et inhæren- « tia vitia situmqiie oninis mortalis ævi excutit, deinde ad excelsa sub- « latus, inter felices currit animas. • Sénèque, Consolation à Marcia,
mées dans des tombeaux, et qui, du ciel où ils sont montés, prennent en pitié nos ignorances et nos misères.
a Sub pedibusque vident nubes et sidéra. »
Malheureusement, il ne suffît pas qu’une hypothèse soit brillante et séduise l’imagination ; si on ne l’appuie pas sur des preuves solides, elle reste à l’état de rêve, et ne peut entrer dans la science. Il ne faut p^s dire que nos âmes ont déjà vécu avant d’habiter le corps dont elles se servent aujourd’hui : que cette existence antérieure est nécessaire pour expliquer l’inégalité de nos aptitudes et de nos fortunes, et que, si notre vie actuelle a été précédée d’une ou de plusieurs autres, il est naturel de ne la considérer que comme un anneau intermédiaire dans une série de transformations. Ce serait nous ramener à la métempsycose antique, c’està-dire à la métempsycose sans souvenir, sans identité, sans justice. Il est très-vrai que la somme des biens et des maux n’est pas également répartie entre les hommes, et qu’il est très -difficile de concilier cette inégalité avec la justice de Dieu ; mais ce qui serait bien plus difficile encore, ou plutôt ce qui serait absolument impossible, ce serait d’admettre que Dieu nous punisse en cette vie de fautes dont nous aurions perdu le souvenir. 11 n’y a aucune solidarité entre ma vie actuelle et ces vies antérieures dont je ne retrouve en moi aucune trace. Dans cette ignorance invincible où je suis de mon ancienne condition et de mes anciennes fautes, je ne puis me soumettre à un châtiment et l’accepter comme légitime. C’est un tyran qui punit ainsi, et non un père. C’est parce que la punition ne peut être séparée du souvenir de la faute commise, que je suis assuré de ressusciter avec la pleine et en-
l’immortalité.
tière conscience de mon identité. Si l’on abandonne ce principe, dont l’évidence n’est plus contestée dans l’application de la justice humaine, il faut avouer que la vie à venir sera, comme les vies antérieures, séparée de celle-ci par des abîmes infranchissables, et que l’immortalité promise n’est que l’immortalité de la ! substance, non de la personne. Aussitôt les deux plus grands dogmes de la philosophie morale périssent : car d’un côté le principe du mérite et du démérite est faussé ; de l’autre, l’immortalité, sans la conscience et le souvenir, devient inutile et indifférente. Enfin, s’il faut encore ajouter cela, la doctrine qui transforme les biens et les maux de la vie actuelle en récompenses et en châtiments, détruit les sources de la charité, en ne nous faisant plus voir dans les malheureux que des coupables. Le principe des vies antérieures est donc faux et suranné. Il a pu séduire les esprits il y a deux mille ans; mais les pythagoriciens modernes doivent y renoncer, par respect pour l’idée de la justice.
On tire une autre preuve en faveur de la métempsycose de la brièveté de cette vie humaine. Une épreuve si courte, ne saurait, dit-on, être décisive; elle ne peut suffire à la justice de Dieu. Mais qu’appelle-t-on la brièveté de l’épreuve ? A quoi la compare-t-on ? Si c’est à l’éternité, une pareille comparaison n’a pas de sens. On peut rendre la vie mortelle cent fois plus longue sans changer son rapport avec la vie éternelle *. Ainsi l’épreuve est complète en une courte vie. Il est vrai, nous le reconnaissons, que les conditions de 1 épreuve
1. • Undecumque ex æquo ad cœlum crigitur acies, paribus inter- « vallis omnia divina ab omnibus humanis distant. • Sénèque, Consolation à Helvia, chap. iz.
ne sont pas égales pour tous les hommes ; mais que peut-on conclure de ce fait pour la vie à venir, sinon que le jugement de Dieu tiendra un compte exact et scrupuleux de toutes les circonstances? Nous savons que chacun sera puni et récompensé selon ses œuvres et que la récompense ou la peine sera équitablement proportionnée à la difficulté et aux conditions de l’épreuve. Voilà ce que nous pouvons affirmer, parte que cela ressort de la notion de la justice : le reste n’est qu’une conjecture sans preuve et sans ressemblance.
Mais, nous dit-on, pourquoi le coupable ne pourrait-il en subissant sa peine, satisfaire par son repentir à Injustice divine, et mériter un pardon plus prompt et plus complet? et qui nous empêclie si le temps de la peine devient ainsi une seconde épreuve, de supposer, même dans le Juste, le pouvoir de mériter encore, et d’arriver par un plus grand mérite à une récompense supérieure? Notre réponse sera bien simple. On demande s’il est impossible que, pendant la durée du châtiment, le coupable mérite un pardon? Non, cela ne paraît pas impossible. Est-ce à dire que cela soit? Nul ne peut, sur un tel sujet, faire autre chose que des conjectures. Hors de la proportionnalité des peines, tout devient conjectural. Qu’est-ce donc que cette théorie de la métempsycose, sinon une conjecture fondée sur des conjectures? Ajoutons qu'il n’est pas exact de dire que, si le pécheur peut obtenir un adoucissement à sa peine, il s’ensuit que le juste doit obtenir un accroissement de bonheur. On tenterait en vain d’établir un parallélisme entre le châtiment et la récompense, et la justice peut être tempérée par la miséricorde, sans qu’il en résulte pour les justes aucun droit à une félicité plus parfaite.
L’IMMORTALITÉ
On nous dit à la vérité qu’en vertu des principes sur lesquels repose la croyance à l'immortalité de l’àme, l’homme doit ressusciter toutentier, et se retrouver dans un autre monde avec la même intelligence, le même cœur, la même liberté. S’il est libre après cette vie, nous dit-on, il doit exercer la liberté dans les conditions où la liberté s’exerce, c’est-à-dire avec chance de mérite et de démérite; il est donc encore dans l’épreuve; il a donc à espérer ou à craindre. Ce raisonnement est fondé sur ce point, que l’action est nécessairement partout et dans tous les êtres ce qu’elle est en nous ici-bas. Qui le prouve? Qui prouve même que l’action, l’action limitée, variée, diverse, soit nécessaire à la liberté ? De ce que l’homme ne peut être libre qu’à la condition de pouvoir faillir, s’ensuit-il que la liberté, dans son essence absolue, implique la possibilité de la faute ? Pour soutenir une pareille doctrine, il faudrait dire ou que Dieu peut faire le mal, ou que Dieu n’est pas libre. S’il est évident que la liberté ou l’infaillibilité appartiennent également à la nature de Dieu, il en résulte que la possibilité de faillir n’est pas comprise dans l’essence de la libertés Qu’y a-t-il donc encore une fois de solide dans ces preuves accumulées, qui ne reposent que sur des données ou fausses ou conjecturales?
Enfin, on veut nous persuader que nous ne saurions être heureux dans le ciel, si nous n’y avons pas, comme ici-bas, une tâche à remplir, et l’on en conclut que la vie qui nous attend doit être, comme la vie actuelle, une transition. Aimer Dieu, dit-on, connaître Dieu, ce sont deux éléments du bonheur, ce n’est pas tout le bonheur : il faut de plus tendre vers le divin idéal par la lutte, par l’action. Ainsi tous les termes sont renversés ; jusqu’ici les hommes se plaignaient des fati-
gués de l’épreuve, et la philosophie répondait : « Il faut bien mériter le repos par le travail ; » mais voici une doctrine qui aime la lutte pour elle- même, qui nous récompense d’une victoire par la promesse d'un nouvel effort à tenter, et qui fait de la vie éternelle un mouvement éternel. N’y a-t-il pas de la témérité à vouloir déterminer les conditions d’un bonheur que nous ne saurions goûter, ni peut-être imaginer dans notre condition présente? Et sur cette conception si hasardée, est-il possible de fonder tout un système ? L’action est sans doute de l’essence de la perfection ; mais l’action est-elle le contraire du repos? Le Dieu d’Aristote est à la fois essentiellement immuable et essentiellement actif ; toute métaphysique conclut à une cause immobile. Admettons, quoiqu’on ne le prouve pas, que l’action et le repos ne puisent se concilier qu’en Dieu ; de ce que l’action diverse, multiple, limitée, importe à notre bonheur dans la vie actuelle, il n’y a pas lieu de conclure qu’elle continue à nous être nécessaire dans la vie à venir. L’action importe à notre bonheur ici-bas, parce que la vie actuelle est une épreuve ; et elle importera à notre bonheur dans la vie prochaine, si cette vie n’est elle-même qu’une épreuve : mais c’est précisément ce qui est en question.
Il s’en faut donc bien que la doctrine de la métempsycose soit autre chose qu’une poétique hypothèse. Cette hypothèse, destinée à éclaircir le mystère de la vie future et à donner, comme on le prétend, un corps à nos espérances, est certainement plus vague qu’une simple promesse d’une récompense, à laquelle se borne le plus souvent la philosophie. En effet cette ascension d’étoile en étoile, dont on compose notre avenir, doitelle se prolonger à l’infini ? Alors l’hypothèse n’est
• L’IMMORTALITÉ
plus qu’une abstraction vide. C’est une série de transformations dont aucune ne nous est connue, un éternel voyage vers un but qui n’existe pas. Si on répond au contraire que l’âme, après plusieurs migrations successives, vient s’abîmer dans le sein de Dieu; pourquoi ne pas être panthéiste plus tôt? Pourquoi faire un si long trajet s’il faut à la fin tomber dans ce gouffre? Ne dirons-nous pas à ces poètes du monde invisible ce que le courtisan de Pyrrhus disait à son maître : «Reposez-vous dès le premier jour?»
Après avoir renoncé à la métempsycose, il faut en revenir à chercher ce que la philosophie nous permet 1 d’affirmer avec certitude. Nous avons vu qu’il y aurait nécessairement récompense pour les bons et punition pour les méchants ; nous pouvons ajouter que l’âme ne perdra pas le souvenir de ce qu’elle a été : c’est ' une condition indispensable pour qu’elle puisse être récompensée ou punie. Ainsi nous devons tenir pour évidents ces deux points : persévérance de la personnalité, récompense ou punition suivant les mérites.
-Il est quelquefois utile d’insister sur des assertions qui paraissent incontestables. Leibnitz en donne le conseil. C’est qu’une même vérité peut avoir plusieurs aspects suivant le côté par lequel on y arrive. Quand on tient un principe important, il faut bien l’examiner, pour être sûr de le reconnaître même en y revenant par un chemin de derrière. Est-il vraiment nécessaire que notre âme garde le souvenir de ce qu’elle a été, pour qu'elle puisse être récompensée ou punie? Comprenons bien l’idée de punition et celle de récompense.
La punition est une douleur infligée â l’auteur d’un acte coupable ; la récompense est une satisfaction accordée à l’auteur d’un acte méritoire. Ici-bas, dans
notre justice distributive, nous arrive-t-il de punir Jean pour la faute de Paul? Gela nous arrive quand nous nous trompons sur les faits ; mais si nous connaissons le coupable, c’est lui, et lui seul, que nous voulons punir. Autrefois avant les progrès de la philosophie, on établissait une solidarité entre les membres d’une famille ; et parce que, dans certains cas, la récompense accordée au père s’étendait à toute la postérité, ou en concluait que la société pouvait étendre la punition comme elle étendait la récompense. C’était confondre deux idées très-différentes ; car un bienfait peut être gratuit, tandis qu’une punition, par son essence même, suppose la culpabilité de celui qui la souffre. Que la société, pour mieux récompenser le père, accorde gratuitement un bienfait à sa postérité, elle le peut; mais la punition est absolument, nécessairement, rigoureusement personnelle. Elle l’est à un tel point, que, si le coupable n’a pas la pleine possession de son intelligence au moment où il commet la faute, la société se trouve désarmée pour le punir; elle peut prendre des précautions contre lui, l’enfermer dans un but d’intérét général ; mais elle commence par l’acquitter : le mot même de coupable ne lui convient pas’. Bien plus, si, après avoir commis son crime en pleine connaissance de cause, en pleine possession de ses facultés, l’accusé est frappé de folie avant de comparaître devant ses juges, il semble que la loi, éclairée par la philosophie, ne puisse lui infliger aucune peine et doive se borner à le mettre dans l’impuissance de nuire. Il faut que l’accusé comprenne qu’il est puni;
1. « Il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action. » Code pénal, art. 64.
l’immortalité.
sans cette condition, la justice humaine n’est plus.que de la barbarie et de la violence. Enfin, ajoutons encore que la mort de l’accusé met fin à toute procédure*. Dans les siècles d’ignorance, on faisait le procès même à un mort. Un reste fort adouci de cette coutume se retrouve encore chez un peuple voisin. Elle peut sembler raisonnable, pourvu qu’on la renferme dans certaines limites ; car la punition a un double but : punir le criminel, effrayer le crime. Le criminel ne peut plus être puni, puisqu’il est mort; mais la sentence peut être prononcée pour l’exeinple. Cependant la loi française’, sous l’inspiration de la philosophie, a sagement décidé que la mort du coupable arrêtait tout. Il importe sans doute de qualifier les actes pervers : mais il importe encore plus de faire pénétrer dans tous les esprits le véritable sens, le véritable caractère de lapeine. Or, nous ne saurions trop le redire, pour que la justice ne perde pas son nom, il faut que le coupable comprenne qu’il est puni.
Nous ferons quelques réflexions analogues sur les récompenses. 11 y a une grande différence entre donner et récompenser.. Je puis donner à qui je veux,^ quand je veux, autant que je veux. Celui à qui je donne n’a aucun droit à mes bienfaits. J’exerce, en donnant, ma libéralité ; je fais un acte de pure bienveillance. Au contraire, je ne puis récompenser que le mérite', et celui que jé récompense a un droit formel sur ce que je lui donne. Je m’honore sans doute en récompensant généreusement, mais parce qu'on s’honore en rendant justice. Ces principes sont élémentaires. 11 arrive souvent qu’une institution destinée à payer le