‹ La religion naturelleChapitre 31 sur 67 · Article 2 . du Code d'instruction criminelle · texte numérisé non relu

Article 2 . du Code d'instruction criminelle

mérite devienne l’objet du trafic des courtisans, et que la faveur prenne la place de la justice ; c’est que toute institution humaine engendre des abus : la distinction accordée à l’intrigue usurpe le nom de récompense ; elle devrait changer de nom, si la vérité était connue, et s’appeler flétrissure. Si quelquefois les honneurs sont héréditaires, c’est qu’on n’a pas trouvé d’autre moyen de récompenser le père ; et dans ce cas, la distinction accordée à la famille est une récompense pour le père ; pour le fils elle n’est qu’un bienfait. En un mot, le principe du mérite et du démérite et la notion de punition et de récompense sont nécessairement inséparables. Nul ne peut être puni et récompensé sans l’avoir mérité, et sans savoir qu’il l’a mérité. Cela est vrai, même des funérailles illustres que l’État décerne à un héros. 11 lui donne la gloire, ne pouvant plus lui donner le bonheur.

Ce caractère n’est pas particulier aux peines et aux récompenses que distribue la justice humaine. Nous ne pouvons admettre que Dieu nous punisse dans- une autre vie, si nous n’avons transgressé aucune loi ; ou qu’il nous traite après la mort comme il traitera un homme vertueux, si nous avons violé nos serments, outragé la majesté divine, et préféré notre intérêt à nos devoirs. C’est cette conviction qui ajoute au poids du remords, et qui mêle la peur du supplice à venir au sentiment de la dégradation. C’est sans doute trop ravaler la nature humaine que de la croire uniquement menée par la crainte du châtiment ou l'espoir de la récompense ; mais, sans nier la valeur des autres mobiles, celui-ci est au nombre des plus puissants, et quiconque s’est trouvé plusieurs fois au chevet d’un mourant sait ce que la pensée de la vie future mêle

l’immortalité. SOS

de joie ou d’amertume aux douleurs de l’agonie. Qu’au moment où le criminel est bourrelé d’inquiétudes à la pensée de Dieu qui l’attend, on lui apprenne que la vie future n’est qu’une invention des philosophes et des prêtres, peut-être se trouvera-t-il soulagé par cet espoir du néant. Mais supposons qu’au lieu d’un athée, ce soit un partisan de la métempsycose, qui s’approche de lui, et lui dise : « Votre âme ne peut pas périr; elle vivra, et elle vivra malheureuse; mais vous, vous n’en saurez rien. Votre mémoire va s’arrêter, votre conscience va s’éteindre. C’est une nouvelle vie qui va ' commencer dans votre substance, sans autre communauté avec vous que cette identité d’une substance inerte. » Quelle différence fera le mourant entre de telles paroles et la promesse du néant? Sait-il ce que c’est que sa substance quand on en détache sa vie? Il ne s’intéresse même pas à son corps qu’il connaît ; et il se prendrait d’amitié pour cette substance qui ne peut être vue, ni touchée, ni sentie, et qui, séparée des facultés qu’elle développe, n’est plus qu’une vaine et incompréhensible abstraction ! Eh ! que me fait une souffrance que j’ignore? Puis-je souffrir sans le savoir ? Quel homme prendra jamais au sérieux une menace attachée à de telles subtilités métaphysiques?

De même pour les récompenses. Voilà Brutus arrivé au dernier moment de sa vie. Il meurt vaincu, et, voyant le triomphe d’Octave, il s'écrie : « Vertu, tu n’es qu’un nom I » C’est une imprécation qui lui échappe, et que l’histoire a trop avidement recueillie : ce seul mot, s’il est réfléchi, flétrit une vie de dévouement et de sacrifice au devoir. Il était digne de l’âme de Brutus d’aimer la vertu pour elle-même, sans espoir de récompense. La vertu qui demande un salaire change fie

nom et s’appelle de l’habileté ; même quand le salaire est éloigné, la vertu n'est plus qu’upe négociation à long terme. Si les maîtres et les martyrs du stoïcisme étaient sortis de la tombe pour assister aux derniers moments de Brutus, s’ils avaient paru sous sa tente, celui-ci en habit d’esclave, cet autre avec les instruments de la torture subie, ils auraient renié ce faux stoïcien, qui croyait avoir perdu la partie parce que la fortune se rangeait du côté du- vice. Était-ce pour estimer ainsi. la vertu, qu’il avait embrassé la philosophie stoïque ? Zénon lui avait-il promis la richesse et la domination? C’était quand la vertu* se montrait à lui avec un cortège de ruines que Brutus devait l’adorer. Il devait la reconnaître à cette auguste marque. Sa mort avec une telle parole est indigne de sa vie.

On pouvait demander à Brutus d’aimer la vertu pour elle-même : on ne saurait attendre un tel effort des âmes vulgaires. Les récompenses de la vie à venir sont un ressort puissant, dont nous devons remercier la bonté de Dieu. Il faut aux hommes cette espérance pour les consoler de la vie et de la mort. Quelle est l’âme pénétrante et sympathique, qui n’ait rencontré des martyrs autour de soi? Les martyrs les plus à plaindre ne sont pas ceux qui meurent tragiquement, et dont l’histoire arrache des pleurs. 11 y a des infortunes moins visibles, des douleurs dé chaque jour, des déceptions sans cesse renouvelées, des amitiés trahies, des tendresses refoulées, des injustices subies, supplices obscurs et sans nom qui durent soixante ans, et n’obtiennent pas même cette dernière des consolations humaines, la pitié ! Quand une vie s’est ainsi traînée si longtemps de douleurs en douleurs jusqu’à là mort, que lui réserve Dieu pour récompense? Le

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néant? Lui qui a vu la lutte et la victoire intérieure, qui sait la fidélité au devoir, et qui a mesuré ce qu’elle a coûté ; quand il a soixante ans refusé à cette âme blessée un bonheur, un répit, une lueur dans ces ténèbres, n’a-t-il rien à lui dire au moment où la force lui manque pour soulfrir plus longtemps, et où le corps épuisé va retourner en poussière? Que la religion veille sur ce lit de mort; qu’elle murmure à l’oreille du mourant des paroles d’immortalité. Il a souffert de la faim et de la soif ; il a aimé sans être seulement compris; il a créé de grandes œuvres, qu’on a rejetées avec dédain ; le monde n’a voulu ni de son génie, ni de son cœur : répétez-lui qu’un père l’attend au delà du tombeau, un père qui l’a éprouvé, qui maintenant î le bénit, et qui va le recevoir fatigué de la route, brisé, torturé, à bout de forces, mais renaissant pour une vie nouvelle. Voilà des paroles qui le feront sourire au milieu de l’agonie. Voilà une idée juste, de bonnes promesses ; voilà le véritable oreiller pour s’endormir du dernier sommeil. Mais disparaître en Dieu, c’est vraiment mourir. Perdre le souvenir de son identité, même en conservant sa substance, c’est vraiment mourir. On dirait que cette phase sonore : s’absorber dans ' le sein de Dieu, est autre chose qu’une métaphore; et une métaphore qui, quand on la presse, ne rend qu’une contradiction et une absurdité. EsUce qu’un être fini peut se fondre avec l’infini de telle sorte que ces deux êtres unis ensemble n’en fassent plus qu’un seul ? Est-ce que cette union et cette identification de deux êtres est possible, meme dans la sphère des êtres créés? Est-ce que le retour dans le sein de Dieu d’une de ses créatures ajoute quelque chose à l’être de Dieu? Et s’il n’y ajoute rien, quelle différence y a-t-il entre cette

absorption et l’anéantissement? Si Dieu est la substance unique, il ne reste rien de moi après que ma conscience s’est éteinte ; si les êtres créés ont aussi leur substance, quelle plus monstrueuse pensée que de fondre ces substances contingentes dans la substance absolue ; et quelle plus triste équivoque que d’appeler cette mort immortalité, ou de proposer ce néant du cœur et de la pensée comme une récompense I Nous retrouvons ici le pantliéisme à la fin de la philosophie, comme nous l’avons trouvé au commencement; et nous le retrouvons aussi dénué de preuves, aussi contradictoire, et, pour dire le mot vrai, aussi cruel. Oui, c’est une cruelle doctrine, qui nous dispute également le présent et l’avenir, qui fait de ce monde un rêve au lieu d’une réalité, et, au moment où nous nous éveillons, nous détruit.

L’immortalité à laquelle nous croyons n’est donc pas cetie immortalité dérisoire de la substance qui rend l’immortalité inutile, la peine et la récompense impossibles, et qui ne repose que sur des non- sens et des contradictions ; c’est l’immortalité de tout ce qui constitue l’homme, de son cœur et de son esprit; en un mot, c’est l’immortalité de la personne. Au moment venu, le trépas jette son ombre sur nous, le monde s’enfuit, et nous nous retrouvons tout entiers de l’autre côté de la tombe.

Quel sera, dans ce monde nouveau, le châtiment des coupables? Et quelle sera l’occupation des justes? En quoi consistera leur félicité ? C’est là ce qu’on demande, ce qu’on reproche à la philosophie de ne pas savoir. Il semble quelquefois que, si elle ne parvient à décrire l’état des âmes après la mort, on doive lui compter pour rien tout le reste. On oublie qu’il est dans les

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nécessités de notre condition de ne pouvoir décrire et comprendre que ce bas monde. C’est beaucoup que Dieu nous ait accordé le pouvoir d’affirmer et de prouver la réalité invisible. Quand nous ne saurions rien de Dieu, sinon qu’il existe, et de la vie future, sinon qu’elle est assurée, nous devrions nous estimer heureux, et placer ces deux connaissances au-dessus de toutes les autres. Mais nous pouvons aller.au delà, quoique dans une très-humble mesure.

Écartons d’abord ce qui concerne la punition des coupables. Ils seront punis, cela seul nous importe, parce que cela seul importe à la justification de la Providence; la nature de cette punition nous est indifférente'. Nous savons qu’elle sera proportionnée à la faute, parce que le juge est infaillible. On doit espérer que, mêlant > la miséricorde à la justice. Dieu permettra aux coupables de mériter par le repentir un adoucissement. La peine a une double raison d’être : l’expiation de la faute, l’amélioration du coupable. On demande si la peine durera éternellement? c’est une question qui ne se serait pas introduite d’elle-même dans la philosophie. Cette éternité supprime un des deux caractères , de la peine, la purification, l’amélioration; elle exagère l’autre au delà du possible ; car il n’y a pas de faute temporelle qui appelle une punition éternelle. Aucun principe de la raison ne conduit à l’éternité des

1. « Ne me demandez pas si les tourments des méchants seront éternels, et s’il est de la bonté de l’auteur de leur être de les condamner à souffrir toujours : je l’ignore et n’ai point la vaine curiosité d’éclaircir des questions inutiles. Que m’importe ce que deviendront les méchants? Je prends peu d’intérêt à leur sort. Toutefois, j’ai peine à croire qu'ils soient condamnés à des tourments sans fin. » J. J. Housseau, Profession de foi du vicaire savoyard, éd. Lahure, t. II, p. 75.

peines et ne permet de l’admettre*. Ce dogme de l’éternité des peines est exclusivement du domaine de la révélation; encore ne doit-il pas être séparé d’autres dogmes révélés qui l’adoucissent, tels que la rédemption et la grâce. Mais écartons ce qui est étranger à la philosophie; etmême, dans l’ordre des spéculations accessibles à la raison humaine, écartons celles qui ne roulent que' sur les châtiments, et revenons au bonheur des justes.

Puisque nous ressuscitons tout entiers, l’âme des justes conserve après la mort ses trois facultés essentielles, la sensibilité, l’intelligence et la volonté. Mais comme elle est all'ranchie de tout lien corporel et que le temps de ses épreuves est passé, elle n’a plus de lutte à soutenir, et toutes ses facultés s’appliquent directement à leur objet, sans être détournées par les douleurs et les défaillances de la vie mortelle.

Ainsi notre sensibilité, dans ce monde, est partagée entre les sentiments purs et élevés que donne la pensée de Dieu, et les sensations plus humbles qui naissent de notre commerce avec le corps, de la nécessité de le préserver, et de l’entretenir. Même, chez la plupart des hommes, le corps fait un tel bruit qu’il occupe la sensibilité presque tout entière. Dès qu’il s’éveille, les images entrent à profusion par les yeux; les oreilles sont assaillies de mille bruits confus, mille parfums sollicitent l’odorat, tous les corps autour de nous nous pressent, nous menacent, nous apportant

1. « A défaut de la certitude religieuse sur l’éternité des peines et des récompenses, la philosophie présente, au moins à titre de conjecture non réfutable, aux bons une espérance sans homes, aux pervers un doute terrible. • Th. Henri Martin, la Vie future, partie II', ch. vu p. 294.

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tour à tour du plaisir et de la douleur; au dedans la faim se fait sentir, et va croissant jusqu’à ce qu’elle nous oblige de consacrer une heure du jour à l’apaiser; à peine a t- elle disparu que les aliments intro-duits dans notre estomac attirent notre attention. Le froid et le chaud surviennent aussi, et la nécessité d’un travail mécanique. Au milieu de tout cela, ([ue nous reste-t-il pour sentir ce qui est éternel, pour éprouver les délices de l’amour de Dieu? Tout notre temps est pris par lés besognes de notre destinée mortelle; et c’est ainsi que le corps nous domine, nous abaisse, et, de maîtres que nous sommes par l’excellence de notre nature, nous transforme en serviteurs. Il en est de même de notre intelligence. Son objet est le vrai; sa destinée est de le cherciier; son bonheur^ sa grandeur, de le connaître; mais, quand elle voudrait se dirigervers levrai, vers l’universel, fé corps l’oblige à se détourner pour gagner, par quelque indigne labeur, les aliments dont il a besoin. Il faut quitter la! philosophie pour le commerce. On se met l’esprit à la torture pour concilier l’intérêt de Pierre avec celui de Paul ; on étudie les plantes, non pour admirer la sagesse du Créateur, mais pour savoir si elles contiennent delà substance nutritive. Car il faut beaucoup de choses à ce corps : il lui faut de la nourriture et de la boisson, des couvertures, du feu, un abri, des remèdes. Si tout cela ne lui est pas fourni à propos, il s’emporte, il se livre à des excès dont l’âme est toute troublée. Même quand elle vient à bout de se recueillir pour vaquer à l’œuvre qui lui est propre, c’est-àdire à la science, le corps s’impose comme auxiliaire. Elle ne peut guère penser que sur son rapport. Aussitôt

qu’elle veut connaître Dieu'^dans ses œuvres, il faut

qu’elle en croie le témoignage de ses yeux et de ses oreilles. Elle subit tous les inconvénients de l’extrême petitesse de ce corps, dont l’horizon est nécessairement borné, de la faiblesse, de l’inexactitude des organes que le moindre travail fatigue, que la moindre maladie détraque, et qui, même dans l’état normal n’apportent que des renseignements que nous sommes hors d’état de contrôler. Enfin notre volonté s’épuise à quelque travail mécanique^ et ne se détermine en général que sur des affaires mal' étudiées. Il y a, en grand nombre, des créatures faites à l’image de Dieu, capables de ressentir tous les charmes de la poésie et de comprendre les plus hautes vérités de la science, qui pendant leur vie entière sont occupées depuis le matin jusqu’au soir à scier une longue poutre, ou à piquer sans discontinuer un moellon avec un marteau de fer. A quoi 'leur sert, pour ce métier, leur intelligence? Elle leur nuit. Un automate ferait mieux qu’eux, plus vite, plus uniformément la même besogne. Dans les actions où la morale est intéressée, le corps intervient toujours avec ses passions pour nous tirer du côté du mal. C’est proprement lui qui s’appelle l’intérêt. Tous nos vices viennent de cette source. C’est lui qui nous rend injustes, ingrats, personnels, luxurieux ; qui nous occupe à la bagatelle, et nous fatigue à accomplir des actions dont il ne reste rien, des actions de néant qui ne fortifient pas celui qui les fait, et ne concourent pas à la perfection du système dont nous faisons partie.

Otez le corps, tout change. Les sensations du plaisir et de la douleur physique disparaissent, et laissent notre âme libre pour l’amour de Celui qui est la Beauté par essence. Nous n’avons plus besoin désormais de

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trouver la beauté dans les images terrestres; elle agit directement sur nous, pour nous remplir de sa douce et pure ivresse. Notre intelligence n’est plus sollicitée par les impressions sensibles qui l’empêchaient de se retrouver elle-même, et de retrouver Dieu, qui est son étoile; elle est tout entière à la contemplation de l’absolu. Ici-bas notre esprit est sans cesse écarté de sa route; pour qu’il puisse s’appliquer à l’objet propre de la connaissance, c’est-à-dire à la vérité éternelle, il faut que par un énergique effort il bannisse de sa pensée toutes les image s et tous les bruits de ce monde, qu’il étudie les faits, non pour les connaître, mais pour apercevoir les lois qui les dirigent, qu’il entre, par la conception de ces lois, dans la sphère des réalités invisibles, qui sont les réalités les plus solides; qu’une fois possesseur des lois, il les compare entre elles, reconnaisse leurs analogies et les exprime dans une loi supérieure, dont elles ne sont plus à ses yeux que des transformations; qu’il monte ainsi, parles degrés de la dialectique, depuis ces phénomènes si multipliés et si variés jusqu’à la puissante unité qui embrasse le monde dans un seul système, et qu’enün, s’élançant de la conception du monde à celle du Créateur, il entrevoie, sous les nuages éblouissants qui la cachent, l’éternelle et immuable essence qui a fondé tout être et toute vérité. Arrivé ainsi, à force de peine, au sommet de la connaissance, notre esprit saisit, dans un instant rapide, toutes les vérités qu’il a rêvées ; il oublie ses infirmités et ses misères dans la pleine possession de celui qui est par excellence l'objet de la pensée; il semble que le temps et l’espace s’enfuient, et que l’éternel se manifeste dans sa splendeur. Puis tout se trouble, tout s’efface, notre cœur s’apaise, la

science nous reprend avec sa rigueur inexorable; ce grand rêve ne nous laisse qu’un souvenir; et nous recommençons à chercher et à travailler dans l’espérance d’une nouvelle extase. Ce moment, qui passe comme l’éclair, est un avant-goût du bonheur céleste* . «11 n’y aura ]dus dans le ciel, ni mort, ni cris, ni douleurs^. » Noire cœur, qui a tant aimé, et des objets si divers, et si fragiles, et si indignes, n’aimera plus que Dieu; et notre esprit, qui s’est tant égaré, qui si souvent a fait fausse route, débarrassé de toutes ses inutilités et de toutes ses cliimères, ne pensera plus que Dieu; et notre amour, et notre intelligence, ayant trouvé l’objet (jui leur est propre, et k possédant pleinenaent, sans intermédiaire, nous rempliront de tout le bonheur que comporte un être infini. Le divorce qui existe si souvent entre notre volonté et notre raison cessera, parce que nous n’aurons plus qu'une seule idée et (lu’un seul amour. Notre liberté sera d’autant plus parfaite que nous ne connaîtrons plus la lutte entre les passions ennemies. Tout notre être pacifié, réconcilié avec lui-même, tendra de toutes ses forces vers la Perfection absolue, qui est à la fois le vrai, le beau et le bien, c’est-à-dire le triple et unique idéal vers lequel aspirent dès ce monde, notre cœur, notre esprit, notre volonté. Tel est l’avenir que la philosophie peut promettre à l’homme, en se fondant sur des inductions infaillibles. En présence d’un tel résultat, on ne comprend plus ceux qui reprochent à

1. « Dieu possède le bonheur parfait dont nous ne jouissons que par instants ; il le possède continûment, ce qui nous est impossible. Jouir, pour lui, c’est agir ; et voilà pourquoi veiller, sentir, penser, est pour nous le plus grand plaisir; et, par conséquent, espérer et se ressouvenir. * Aristote, Métaphysique, liv. XII. chap. vu.

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