Pensées de Pascal, art. VI, 50; éd. de M. Havet, p
naturellement devant notre esprit; elle nous obsède en quelque sorte malgré nous et quand nous fermerions les yeux pour ne pas voir, les mœurs,, les lois, le langage y les monuments publics,, les principales fonctions de la vie, nous la ramèneraient de tous les côtés. Descendons dans la rueîr voilà une église ; entrons dans un tribunal : voilà, un crucifix, voilà une Bible. A chaque pas, nous coiudoyons un prêtre portant le costume de sa profession. Nous trouvons des calvaires au carrefour descbemins. Si nous nous marions, la famille accourt et exige la bénédiction d’un ministre du culte. Si Dieu nous donne un enfant, le même jour, tout le monde autour de nous parle de son baptême. Les uns font appel à notre conviction, et les autres à notre modération. Quand ce n’est pas la foi qui commande, c’est la mode. Après la mort, il faut porter le corps à l’Église. Bien peu s’en dispensent, parmi les incrédules. Lè clergé catholique refuse quelquefois la sépulture à ceux qui notoirement se sont retirés de l’Église : ce sont alors des gémissements et des irritatations. Tel qui ne croit pas en Dieu se récrie. Il veut pour son cadavre une bénédiction dont, vivant,, il s’était raillé. Il y a, pour les incrédules, comme une bienséance de la mort qui se compose d'un prêtre et d’un crucifix. Si les cendres de Voltaire étaient expulsées demain du Panthéon et portées au Père-Lachaise,, on planterait une croix sur son tombeau.
Pour bien se rendre compte de cette question grave, qui ne doit pas être tranchée par des lieux communs d’indignation oratoire, il importe de distinguer trois sortes d’actes religieux. Il y a d’abord ceux qui ne sont pas purement individuels, et qui engagent plus d’une
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conscience ; puis ceux qui supposent une adhésion positixe à la forme d’un culte et au texte d’un symbole, et enfin ceux qui paraissent purement passifs, et qui dans le sentiment dd grand nombre ne peuvent être considérés comme une profession de foi explicite.
Éclaircissons cette distinction par des exemples. Refuser de se marier à l’église, c’est refuser de recevoir la bénédiction d’un prêtre ; mais c’est en même temps refuser à une autre personne la permission de la recevoir. Toilà le premier cas. Nous pourrions aussi choisir pour exemple la confession à l’heure de la mort. Repoussez-la pour vous-même, c’est votre droit. Abusez de la faiblesse d’un mourant pour lui imposer un prêtre par ruse ou par force, c’est un acte d’intolérance et d’oppression. Refusez un confesseur à un mourant qui le demande, c’est un crime.
La distinction établie entre les actes d’adhésion formelle et la simple participation aux prières n’est pas moins évidente, et l’Église catholique nous fournit abondamment des exemples pourla mettre en lumière. En effet, s’agenouiller dans un confessionnal, faire sur son front et sur sa poitrine le signe de la croix, réciter le Credo, s’incliner sous l’absolution d’un prêtre, est-ce la même chose que d’entrer avec recueillement dans l’église, d’y écouter une prédication morale et de s'associer du cœur et des lèvres aux prières qui montent vers l’Éternel ? Se confesser, c’est faire profession de foi de catholicisme ; prier dans une église, c’est simplement prier en même temps et dans le même lieu que des catholiques. Je vois un temple ouvert, j’y entre sans savoir si c’est une église catholique ou un temple protestant. J’y vois une congrégation recueillie; j’entends un ministre qui prêche une morale saine et
fortifiante. Après le sermon, l’assemblée se lève et chante un cantique. Ne puis-je m’associer à ces exercices, et goûter ainsi la douceur d’adorer Dieu publiquement, sans faire pour cela acte d’adhésion à la doctrine d’une religion positive? Voilà la question posée sous ses trois formes principales. Il s’agit maintenant de la résoudre.
Si nous avions à juger la conduite des hommes qui, dans ces trois circonstances différentes, se mêlent aux pratiques d’un culte positif, tandis qu’ils n’admettent en réalité d’autres dogmes que ceux de la religion naturelle, nous condamnerions sans hésiter ceux qui font des actes de foi proprement dits, tels que la récitation du symbole, la confession, la communion. Ils se rendent coupables de mensonge et de parjure, en exprimant devant Dieu et devant les hommes une foi qui n’est pas la leur. Il n’y a pas de subterfuge qui puisse pallier une telle hypocrisie. Mais, sans aller jusqu’à l’approbation, nous aurions assurément plus d’indulgence pour ceux qui ont craint de blesser la conscience d’autrui ; ou pour les âmes religieuses qui se sont associées à une prière sans adhérer à un symbole. En général, il faut être doux et indulgent pour les actions humaines, quand on peut supposer la pureté des intentions. Parmi les incrédules qui se mêlent à la foule des croyants, il y en a qui ne pensent qu’à honorer Dieu, et d’autres qui ne pensent qu’à tromper les hommes. Dieu seul connaît et juge le fond des cœurs. C’est une sainte et salutaire maxime de décider de la doctrine avec austérité, et de juger de la conduite des hommes avec charité.
Mais, ces réserves faites pour l’indulgence que l’on
LE CULTE
doit à l’erreur involontaire et à la faiblesse, nous devons à la foi que nous professons de déclarer qu’il n’y a pas à hésiter sur la question de principes. La faute est plus grave quand on exprime formellement une croyance qu’on désavoue au fond du coeur, elle est plus excusable quand on se donne pour raison ou pour prétexte l’obligation de respecter la foi d’autrui ; mais il y a toujours faute. Il ne faut jamais déserter sa croyance, il ne faut jamais la cacher ; chacun doit faire ce qu’il croit juste avec calme et simplicité, sans provoquer personne, mais aussi sans craindre personne. Une croyance raisonnée et sûre d'elle-même, est à la fois inflexible et douce, également éloignée de la tolérance et de la faiblesse. Au fond, dire qu’il vaut mieux se tenir à l’écart que de s’associer, même passivement à un culte dont on ne partage pas le symbole,* c’est dire qu’il ne faut jamais paraître ce qu’on n’est pas. Ce précepte de morale ne souffre aucune dérogation. Vous avez beau vous séparer en pensée de la congrégation pendant que vpus assistez à l’oftice : cette assistance même est pour ceux qui vous voient une déclaration explicite, et quand vous la désavouez intérieurement, cela ressemble à s’y méprendre à une restriction mentale. Ainsi, premièrement, cette conduite est équivoque, c’estun acte de mauvaise foi, un mensonge. Une autre raison qui la condamne, c’est qu’elle constitue une désertion formelle de vos propres principes. Il y a donc tout à la Jois faute grave contre la morale ordinaire et contre la morale religieuse.
On ne prendrait pas la peine d’établir une vérité si palpable, si on ne la voyait méconnaître à chaque instant par les esprits les plus droits et les caractères les plus fermes. L’habitude nous bouche les yeux, et nous
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empêche de sentir la honte d'une conduite sans franchise et sans dignité. Il n’y a pas un honnête homme qui voulût laisser une équivoque dans l’esprit de ses amis sur sa manière de penser en fait de politique : par quel oubli du sens commun est-on plus facile en ce qui concerne la religion ? Il ne peut pas y avoir de dignité dans une conduite qui a besoin d’explication. Ce qui est juste et vrai s’explique tout seul, et ne
laisse aucun nuage dans l’e&prit de personne.
Est-il besoin d’avertir, en revanche, que le respect pour la conscience d’autrui et pour le culte d’autrui est un impérieux devoir? Il est permis de discuter les croyances qu’on ne partage pas, et même, dans de certmnes conditions, on est tenu de le faire ; mais il faut^n le faisant, n’avoir d’autre but que la vérité et le bien des âmes. On peut discuter, dis-je, mais non injurier ou scandaliser. C’est un douloureux spectacle que de voir des hommes pieux, des philosophes, employer rinjure et la calomnie contre ceux ([ui ne partagent pas leurs croyances. L’injure appelle l’injure; elle irrite, elle révolte; elle ne convertit personne. Par quel sentiment avouable peut-on être poussé, quand on injurie un homme à cause de sa foi? Ce n’est pas par le désir de l’éclairer; ce n’est pas non plus pour détourner les autres de l’erreur dont il est victime. Ces diatribes, ces violences ne sont pour personne un argument. Si elles prouvaient quelque chose, ce serait contre celui qui les profère , et contre sa croyance qui n’inspire qu’un esprit de haine au lieu d’un esprit de charité. Quand on est fermement convaincu de posséder la vérité, on peut plaindre ceux qui l’ignorent, mais on ne sait pas les haïr.
DigltizedJ^
Nos devoirs envers la religion d’autrui ne se bornent pas à la tolérance. La tolérance n’est qu’un devoir négatif, dont nous dirons seulement qu’obligatoire pour tout le monde, il l’est plus particulièrement pour les philosophes, puisque la liberté est le principe même de la philosophie. Réclamer pour soi la liljerté de penser et ne pas l’accorder aux autres, c’est ajouter une inconséquence à une faute. Mais il ne suffit pas de tolérer les religions : il faut les respecter. Après tout, qu’est-ce qu’une religion, même fausse, sinon un hommage rendu à la Providence? Et qu’est-ce que la piété, même mal réglée, sinon une effusion de sentiments généreux, qui ne peuvent prendre naissance que dans une âme reconnaissante? Nous ne croyons pas à la mission de Mahomet : cependant quel est l’homme de cœur qui oserait blasphémer contre le Prophète en présence d’un musulman ? jQuel est celui qui ne se sentirait touché s’il entrait dans une mosquée, et qu’il y vît une population tout entière, animée par un sentiment de piété fervente? Tout effort par lequel une âme tend à se diriger vers Dieu a quelque chose de sacré. Est-ce à nous qu’il appartient de nous plaindre de formules, de nous montrer difficiles sur tel ou tel dogme, quand nous savons combien de systèmes sur la nature de Dieu ont été tour à tour embrassés et réfutés par les plus grands génies? Lorsqu’un navire est en mer, poursuivi par la tempête, et que la mort paraît voisine, tous les passagers se découvrent et prononcent le nom de Dieu dans ce moment suprême; il se peutqu’ils appartiennent à tous les cultes de la terre ; mais quelles que soient les divergences de leurs théologies, c’est Dieu et le même Dieu qu’ils invoquent alors. Puisque l’homme n’a qu’un
S eulpère, souvenons-nous qu’il peut être adoré dans toutes les langues.
Ainsi est tracé notre devoir par rapport aux cultes positifs : nous ne devons ni feindre d’avoir la foi si elle nous manque, ni nous associer aux cérémonies d’un culte qui n’est pas le nôtre, ni attenter à la liberté en nous plaçant entre Dieu et la conscience de nos frères, ni refuser notre respect aux cérémonies, aux pratiques, dont les hommes se servent dans la sincérité de leur cœur pour adorer Dieu.
Quand nous parlons des égards dus par tout honnête homme à la religion qu’il ne professe pas, il demeure bien entendu qu’il ne faut pas étendre à la superstition le respect qui n’est dù qu’à des croyances sérieuses. Toute religion qui blesse la morale, loin d’être un hommage rendu à Dieu, n’est, sous le masque de religion, qu’une impiété. Qu’on ne dise pas : a Qui sera juge? » Car tout le monde est juge en ce qui touche aux principes éternels de la morale ; et ce serait offenser l’esprit humain que de lui refuser le pouvoir de discerner, à des signes certains, une religion d’une superstition. La distinction peut embarrasser le législateur, qui est obligé de descendre jusqu’aux derniers détails, mais elle ne fait pas difficulté en philosophie, où il ne s’agit que du devoir général de tolérer et de respecter la croyance d’autrui, quand elle ne blesse pas la morale.
Le culte extérieur, dont nous venons de retrouver les principaux caractères, est toujours un culte privé. 11 n’a aucun caractère public. Faut-il se résigner à cet isolement? Nous venons de voir qu’on peut exprimer
LE CULTE
hautement sa croyance ; mais ne peut-on s’associer pour prier, et rendre le culte public en lui donnant une forme réglementaire?
Il y a deux sortes de cultes publics : celui qui est libre et indépendant de l’État; c’est la situation de toutes les Églises dans l’Amérique du Nord: et celui qui est réglé par l’État, comme en Russie et en Angleterre, ou dont l’État accepte et consacre la règle, comme à Naples et en Espagne. Dans les pays où la société civile est entièrement séparée de la société religieuse, il peut y avoir un grand nombre d’Églises; elles existent publiquement dans l’État, et n’ont aucun rapport avec lui. Dans ces conditions, le culte est public, sans être officiel et légal. D’autres pays au contraire ont réalisé une union intime entre l’autorité temporelle et l’autorité spirituelle. Là il n’y a qu’une seule religion ; ou du moins la religion de l’État a seule une existence officielle, une autorité légale. Les autres ne sont que tolérées sous certaines restrictions.
On a essayé à diverses reprises de fonder un culte public sur la religion naturelle en dehors de l’État.
Ces tentatives, quelles que fussent les intentions de ' leurs auteurs, n’ont pas même réussi à être sérieuses.
Il faut une association régulière; et personne ne saurait puiser dans les dogmes de la religion naturelle ni la mission de fonder un culte public, ni l’autorité nécessaire pour le diriger. L’État lui-même ne saurait parvenir à se donner le caractère religieux, à moins qu’il ne recoure à une révélation. Un moment s’est rencontré dans l’histoire de France où des esprits puissants ont pensé que la société devait être renversée tout entière et reconstruite à nouveau, en partant de ses fondements. L’Église catholique, qui s’était
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associée à la vieille société, au roi et à l’aristocratie fut entraînée avec eux, et proscrite par la loi civile. Elle ne fut pas seulement niée, mais persécutée. A sa place, on ne mit rien que la raison, mais la raison mal comprise, une fausse raison, la raison sans Dieu. On crut avoir réalisé cette fameuse hypothèse, si célèbre au dix-septième siècle': une société d’athées. Cependant, même dans les entraînements inouïs d’une époque dont chaque minute était marquée par des catastrophes, où le sang coulait à si grands flots que les hommes devenaient indifférents à la mort, où les plus grandes choses se fondaient pour l’avenir dans le désespoir et dans les larmes, on commençait à se demander ce rpie c’était que la loi sans un Dieu et si elle était autre chose que l’oppression des minorités; ce que c’était que la société sans un Dieu, et s’il y avait autre chose en elle qu’une association d’intérêts nécessairement résiliable à la merci des contractants ; d’où venaient, pour le citoyen, tous ces devoirs d’abnégation et de sacrifice qu’on avait sans cesse à la bouche, et qui rendaient la vie si dure sans compensation possible. La Convention, qui, en fondant le culte de la raison, n’avait fait que consacrer, à ce qu’elle pensait, l’abolition de tous les cultes, porta un décret que l’on a tourné en ridicule , qui l’était peut-être dans la forme, mais qui signifie ceci, pour un philosophe : Nulle société humaine ne peut se passer de Dieu. Jusque-là tout était bien dans cette abjuration solennelle de l’athéisme; malheureusement on ne se borna pas à le renverser; ou voulut organiser des fêtes religieuses. On vit la Convention nationale déférer à son président une sorte de pontificat. Des cérémonies furent prescrites, un autel fut élevé. Mais il était, en vérité.
plus fadk de renverser un trône, de fonder un nouveau droit publie, de* tenir tête à l’Europe avec des soldats improvisés, que de fonder un culte. L’État n« a pas mission pour établir des symboles, des formules et des cérémonies ; il peut reconnaître une religion, la respecter, la protéger, et non la fonder. Il n’a pas de prêtres; il ne connaît que des magistrats. S’il élève un temple sans le donner à une religion positive,, ce temple est vide, comme l’était le Panthéon. En un mot, la religion naturelle comporte la prière et quelques actes religieux, plutôt qu’un culte public. Dans un pays voisin, où l’on décrète un jeûne en conseil des ministres, où le roi charge un évêque de publier une formule de prières pour chaque événement solennel, la loi n’est pas fondée, sur la religion naturelle, mais sur une religion d’Etat. Cette religion d’État a beau avoir été faite de toutes pièces pour les besoins de la politique,, l’intolérance est restée avec elle dans la constitution de l’Angleterre ; et c’est tout au plus si l’on parvient aujourd’hui à en effacer les dernières traces.
11 faut donc le reconnaître : aucune Église, aucune communion ne peut être fondée sur la religion naturelle, ni en dehors de l’État, ni sous les auspices de l’État. Le culte philosophique peut être manifesté extérieurement; mais il ne peut jamais avoirun caractère public^
Au reste, l'impuissance de l’État n’est que pour le culte proprement dit, pour les formules, pour le rite. L’État ne peut jamais être sacerdotal; mais il est nécessairement religieux. L’État ne saurait être athée. Il suffit , pour s’en convaincre , de se rappeler
sur quel fondement il repose. L’Élat pourrait être athée s’il n’était qu’une convention formée entre les citoyens pour armer l’intérêt général contre les convoitises de l’intérêt privé, en d’autres termes, si la société n’était qu’un contrat social. Mais la doctrine du contrat social est fausse, ou du moins elle est incomplète. Elle a été une réaction à la fois légitime et excessive contre la théorie du droit divin. La théorie du droit divin, abandonnée aujourd’hui par la plupart des défenseurs de la légitimité, en donnant à la royauté une origine 'mystique, conférait tous les droits aux souverains, et n’en laissait aucun aux sujets. Il semblait que les gouvernements fussent établis pour qu’un homme fût puissant, et non pour que la puissance de cet homme assurât la sécurité et garantit le bien-être de tous les autres. Quand le prince s’oubliait lui-même pour ne songer qu’à son peuple, il obéissait à la loi générale qui oblige tous les hommes à faire du bien, et non pas à la loi particulière qui oblige un citoyen à se sacrifier pour l’intérêt commun. Tout ce qu’il donnait à ses sujets, ou même tout ce qu’il leur laissait, était reçu comme un bienfait, et considéré comme un don purement gratuit. La philosophie rectifia ces idées en montrant que la royauté n’a d’autre raison d’être que l’intérêt et la volonté du peuple ; que le roi n’est que le premier des citoyens et le premier des magistrats; qu’il n’exerce qu’une puissance déléguée; et que cette puissance n’est légitime qu’à condition d’être exercée dans l’intérêt des mandants. Si, dans la plupart des monarchies, la royauté est héréditaire, au lieu d’être temporaire et élective, ce n’est pas dans l’intérêt des familles royales, mais dans celui du peuple, qui croit éviter par là les compétitions, les brigues
LE CULTE
l’instabilité. Il y a donc un contrat entre les rois et les peuples, ou, plus généralement, entre les gouvernements et les gouvernés, car la différence n’est que de forme entre un royaume et une république : le magistrat est unique ou multiple, électif ou héréditaire; mais la source de l’autorité est partout la même.
Telle est la philosophie du contrat social, et ces principes. sur lesquels repose en partie le droit des sociétés modernes , sont parfaitement justes , mais à côté d’eux, il en faut reconnaître d’autres. Il est vrai que les gouvernements n’existent que dans l’intérêt des peuples, par la volonté des peuples; mais il ne l’est pas qu’ils ne représentent que la masse des intérêts* Ils ont une mission à la fois plus haute et plus sainte. S’ils n’étaient que des intérêts coalisés, que demanderait-on à la loi, sinon d’être utile; et aux gouvernements, sinon de veiller à la sécurité et à la prospérité matérielle du pays? Lorsque le souverain, prince ou magistrat, s’adresse au peuple, s’il ne lui parle que de profits et pertes, paraît-il à la hauteur de sa situation? Ne sent-on pas qu’il se dégrade? qu’il fait de l’État une sorte d’association de commerce? Lorsque, dans une assemblée publique, on discute une loi, regarde-t-on seulement au profit? La première pensée du législateur n’est-elle pas pour la justice? N’arrive-t-il pas en mille occasions qu’un peuple doit sacrifier son intérêt à son devoir? S’il faut donner du pain au corps, est-il moins nécessaire de nourrir les esprits, d’élever les âmes ? Qu’un pays, sans se soucier du droit et de l’honneur, agrandisse ses possessions, étende son influence, double ses richesses, sera-t-il absous du crime et de la honte par cette prospérité mal acquise? Qu'est-ce donc que l’État, s’il doit être juste avant d’être habile?
L’État, c’est le devoir ai-mé ; c’est la morale vivante. C’est un pacte entre les hommes, sans doute ; mais c’est d’abord un pacte entre les hommes et Dieu’.
Si l'État se rattache à Dieu par la justice, il faut qu’il le déclare. Si la loi qu’il porte n’est pas une convention purement humaine, et si elle n’est que l’expression écrite de la loi divine, il faut qu’on reconnaisse en elle ce sacré caractère. Parler de l’éternelle morale, du dévouement au devoir et à la patrie, de la providence divine, ce n’est pas attenter à la liberté de conscience. La société ne blesse ,1a conscience d’aucun de ses membres, quand elle ne proclame que ses dogmessacrés sur lesquels tous les hommes sont d’accord. Imposer un culte, entraver un culte, c’est exercer une tyrannie, c’est usurper : s’appuyer sur le dogme de la providence divine, c’est satisfaire la conscience universelle, c’est s’honorer soi-mème, c’est donner à la loi et à la patrie un caractère religieux. On connaît mal la liberté, quand on croit qu’elle ne peut être sauvée que par des négations. On connaît mal les hommes quand on compte uniquement sur la force de leur raison, et qu’on s’abstient de parler à leur imagination et à leur cœur. Que les religions et les écoles enseignent leurs dogmes, mais que l’État rappelle la grandeur et la protection de la Providence. Sans doute, la pensée de Dieu viendra d elle- même dans une âme naturellement pieuse, surtout si par la méditation, elle a en quelque sorte nourri ses sentiments religieux. Mais l’homme que la nature de son esprit et de sa sensibilité ne porte pas à s’occuper des choses invisibles, celui qui n’a été élevé qu’à penser au corps et à ses besoins, à gagner, à compter, à dépenser de l’argent, borne volontairement ses pensées à l’horizon de ses intérêts
LE CULTE
matériels, et met une sorte d’orgueil à nier ce qu’il ne voit pas, à mépriser ce qu’il ne comprend pas; n’y a-t-il donc rien de Dieu dans un tel homme, pas une idée, pas un sentiment que quelque formule religieuse puisse faire tout à coup sortir de la nuit? Si nous-mêmes, habitués à réfléchir, nous qui avons cherché Dieu avec anxiété, qui avons tressailli de joie quand la science nous a permis de bannir. toute incertitude, qui, chaque jour , nous faisons une étude de rattacher toutes nos idées à cette idée suprême, et de contempler la synthèse du monde dans ses rapports avec le Créateur, si nous avons des moments d’oubli et de défaillance, si nous sommes trop heureux qu’une image plus vive, une exhortation, une prière, nous rappellent au sentiment de la piété, comment pouvons-nous croire que la religion se soutiendra toute seule dans le commun des esprits? Plût à Dieu que l’État ne fût pas réduit à quelques formules très-générales de piété, et qu’il eût la force nécessaire pour créer un culte ! Le pouvoir de ces symboles extérieurs est si grand et si connu, que, par exemple, tous les législateurs y ont recours pour entretenir l’amour de la patrie. Les fêtes nationales, les chants populaires, les drapeaux, les cocardes, qu’est-ce autre chose qu’un culte dont la patrie est l’objet? Cependant, aveugles que nous sommes, la patrie est vivante et présente; son intérêt est notre intérêt, sa gloire est notre gloire ; c’est nous-mêmes, en elle, que nous défendons et que nous aimons; Dieu est tout près, en réalité : mais par la faiblesse de nos vues, par l’éblouissement que nous cause le monde, par notre excessive préoccupation du moment. Dieu est si loin, qu’il nous faut un effort pour nous élever ^ jusqu’à lui. Et nous ne compterons que sur nos pro-
près forces? Il n’y aura pas un monument religieux sur nos places? Il n’y aura pas uri mot de Dieu dans les actes du pouvoir public? pas de solennelles actions de grâces rendues à la Providence au nom du peuple entier par ceux qui peuvent parler en son nom? Il n’y aura pas dans les foules une voix qui nous dira : « Soyez justes, au nom de Dieu; aimez-vous les uns les autres, au nom de Dieu? »
§ 3. De l'apostolat philosophique.
Il ne nous reste plus à examiner d’autre élément du culte extérieur, que l’apostolat.
Quand on parle d’apostolat, la pensée se reporte involontairement vers ces douze hommes du peuple qui, après la mort du Christ, sans autre force que la sublimité de leur doctrine, ont entrepris de changer la face du monde, et y sont parvenus; ou vers ces héros de la pensée qui, dans les ténèbres du moyen-âge, ont affronté le mépris, la misère, la mort, pour renverser des préjugés et répandre la vérité parmi les hommes. Voilà les vrais apôtres, animés d’une foi invisible, toujours sur la brèche, donnant leur vie pour leur croyance , et laissant après eux le monde vaincu et transformé. 11 ne s’agit plus aujourd’hui que d'un enseignement pacifique, d’un apostolat sans péril. Dans cette phase nouvelle, l’Église, et surtout l’Église catholique, a conservé ses apôtres. Le prêtre parle au nom de Dieu avec autorité. Il s’appuie sur la tradition, sur un livre sacré, sur l’Église dont il est le ministre. 11 a reçu une consécration; il s’asseoit dans une chaire qu’entoure la majesté de la religion , il parle dans un temple où la Divinité semble plus pré-
LE CULTE
sente. La grandeur de sa situation, le dévouement dont elle est la preuve, les sacrifices qu’elle impose, l’habit qu’il porte, lui tiennent, s’il le faut, lieu de talent. Il parle au cœur et à l’imagination plutôt qu’à la raison pour entraîner les hommes. Tout lui vient en aide : la pompe extérieure du culte, ou même parfois, sa misère, car la pensée religieuse s’exalte dans un temple comme par une force naturelle, et une église de village parle aussi haut qu’une basilique. On le tient quitte le plus souvent de prouver et de discuter, il parle à un auditoire convaincu d’avance qui ne demande qu’à être éclairé et consolé. Les femmes se pressent autour de sa chaire avec une confiance sans bornes; il n’est occupé qu’à les retenir, car il est dans leur nature d’aimer et de rêver. Elles lui apportent leurs enfants pour qu’il leur donne les premières notions de religion et de morale. On l’appelle dans l’intérieur des familles comme un consolateur, comme un maître. Il est admis jusque dans les intérieurs d’où la foi est absente. La coutume, une sorte de bienséance passée dans les mœurs, le rend nécessaire, même au chevet de l’athée. S’il publie un livre, son nom seul, et son titre de prêtre, le recommandent à tous les fidèles. Il peut sans crainte attaquer la doctrine de ceux qui ne partagent pas sa foi. Pourvu que la charité ne soit pas blessée , cette attaque est une preuve de zèle dont tout le monde le loue avec raison. L’auteur blâmé ne lui répond, s’il l’ose faire, qu’aVec respect et timidité; il atténue, il enveloppe sa pensée, il demande grâce; avec ces précautions, il n’est pas sûr de ne pas courir quelque péril, parce que la loi protège contre la liberté des écrivains tous les cultes autorisés. Dans la religion catholique l’usage de la confession auricu-
qüatbiî:me partie.
laire centuple la force du corps sacerdotal. Un enfant est né; on le baptise. 11 commence à penser^- on le catéchise, on l’admet à la sainte table. L’homme pour se marier, va s’agenouiller aux pieds du prêtre. Moribond, il trouve un prêtre à son chevet. Mort, on le porte à l’église, on l’ensevelit en terre sainte.
Mais qu’est-ce qu’un philosophe? C’est un homme qui a tout juste autant d’autorité que lui en donne son talent. Il ne va pas vous prendre dans votre demeure ; il n’est pas associé aux joies et aux misères des familles; il n'a de rôle afüciel nulle part. Il écrit une page sans savoir qui la lira, ni si elle sera lue. Il traite les sujets les plus difficiles, souvent les plus ingrats, et ne peut être compris que par les intelligences trèsexercées ; cependant le premier venu le juge sans appel. 11 n’échappe ni à la calomnie, ni au dédain, ni, selon les temps, à la persécution. Il s’estime heureux, s’il obtient, d’un petit nombre d’oisifs, une attention distraite. Le public l’ignore, les lettrés le raillent, les autres philosophes le discutent sans justice; presque personne ne le comprend, parce que personne ne se donne la peine nécessaire pour le comprendre. Luimême travaille sans relâche pour édifier un système dont il n’est jamais entièrement satisfait. Tantôt il ne trouve pas la vérité, tantôt l’ayant trouvée, il ne peut l’exprimer clairement. Sa vie n’est qu’une lutte pénible contre la passion et l’erreur. l*lus il aime l’humanité et la vérité, plus il soulTre de son impuissance et de son isolement. C’est sa grandeur qui fait son supplice.
Cependant, quels que soient les obstacles dont la voie du philosophe est semée, il y a quelque chose qui combat pour la philosophie, c’est la force delà liberté
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et de la vérité, force invincible, contre laquelle rien ne prévaut. On a beau étouffer la science, fermer les écoles, interdire les chaires, brûler les livres : la persécution même est un enseignement. On ne sait si la pleine et absolue liberté de tout dire porte mieux et plus loin une doctrine. Les discussions métaphysiques sont pour les savants et ne passent pas le seuil des écoles ; mais quand il se dégage de leurs disputes une seule vérité, elle va, quoi qu’on fasse d’ailleurs, à son adresse, c’està-dire, au peuple. Il est possible qu’elle ne chemine pas vite, mais elle avance sourdement, infaillil)lement jusqu’à ce que tout le monde soit convaincu, et que le paradoxe d'hier devienne la vérité d’aujourd’hui. Qu’est-ce que le sens commun, sinon une masse d’opi-nions évidentes, que l’éducation fait entrer en nous, et qui font, pour ainsi parler, partie de notre substance? Et pourquoi le sens commun se compose-t-il à chaque siècle, d’un plus grand nombre de vérités nouvelles? C’est parce qu’il y a des hommes inconnus, dédaignés, qui déposent, dans des livres qu’on ne lit pas, une vérité au milieu peut-être de beaucoup d’erreurs. Le temps emporte l’erreur, et l’humanité hérite du reste.
Qu and üescartesécrivitau commencement du seizième siècle cette phrase célèbre ; « Ne rien recevoir en sa créance, qui ne paraisse clairement et évidemment être vrai, » il ne lit d’émotion que parmi les lettrés. Un siècle après, sa doctrine, malgré sa force, était momentanément oubliée; mais cette phrase était restée; ce principe était devenu la foi commune de tout ce qu’il y avait d’ardent et d’agissant dans le monde ; il engendra d’abord l’Encyclopédie, et l’Encyclopédie engendra la Révolution. Le Code, qui promulgua poux la première fois la liberté et l’égalité, n’est qu’une consécra-
tion légale du principe de la philosophie cartésienne. L’histoire d’un siècle n’est que le développement d’une idée.
11 y a donc aussi un apostolat de la science; et il n’est pas nécessaire, pour l’exercer, d’être un homme de génie. Tout ce qui se fait en ce monde pour déraciner les préjugés, pour répandre l’instruction, pour donner aux hommes le goût et l’intelligence de la liberté, profite à la philosophie. C’est un devoir, quand on croit posséder une portion de la vérité, d’essayer de la répandre, de se consacrer à son service, de tenir pour rien les intérêts personnels, l’ambition, la vanité ; de persévérer sans jamais faiblir, sans jamais reculer;
' d’honorer soi-même sa doctrine, de lui rendre témoignage par sa conduite, de s’identifier avec la cause qu’on a embrassée, et de se tenir toujours prêt à la soutenir, à la défendre, à se sacrifier pour elle. A défaut d’autre consécration, que la noblesse morale soit le sceau de l’apostolat philosophique. Un cœur droit est le premier organe de la vérité. C’est descendre au rang de sophiste, que de disputer sur le vrai et le bien sans croyance véritable ; mais les chercher avec passion, les enseigner avec respect et tremblement, c’est faire l’œuvre d’un homme et d’un philosophe. Quelle que soit la faiblesse d’une intelligence, Dieu doit bénir et féconder des efforts qui n’ont que la vérité pour objet et ne cherchent pas d’autre récompense.
Remettons-nous sous les yeux, avant de clore ces pages, les principaux dogmes de la religion naturelle, et les principaux préceptes du culte. Un Dieu toutpuissant et immuable, qui a créé le monde, et qui le gouverne par des lois générales ; une vie à venir qui
LE CULTE
remplira toutes les promesses de celle-ci, et en réparera toutes les injustices : voilà le dogme ; un cœur rempli de l’amour de Dieu et de l’amour de l’humanité, une volonté ferme d’accomplir le devoir et de servir les vues de la Providence en faisant le bien, voilà la prière, voilà le précepte. Ainsi toute la doctrine tient en deux paroles; et ces deux paroles, il' n’est pas d’esprit qui ne puisse les comprendre, et qui déjà ne les connaisse. La religion naturelle n’est pas, comme la métaphysique, réservée aux esprits d’élite ; elle ne s’appuie sur aucun système; elle ne demande pas à la réflexion dé trop grands efforts. Elle est simple, facile, populaire; elle parle au cœur en même temps qu'à la raison; elle semble moins nous ouvrir les horizons nouveaux que nous rappeler des lieux connus et chéris. C’est qu’en effet la religion naturelle nous prend dès le berceau ; ses enseignements, mêlés à beaucoup d’autres, font la force et la douceur de nos premières pensées : ils nous reviennent à mesure que nous nous formons, par tous les côtés à la fois : la nature, dès que nous savons l’admirer, nous parle de la grandeur et de la bonté de Dieu; la société, dès que nous commençons à en comprendre les ressorts, nous ramène à la pensée du Dieu sans lequel il n’y a point de justice. La douleur est aussi notre institutrice : pendant que notre àme est déchirée, et que nos liens les plus chers se brisent, une douce et consolante voix s’élève au fond de notre cœur ; c’est la religion avec ses promesses, ou plutôt, c’est Dieu avec son amour. Pour résumer les préceptes de la religion et en faire un corps de doctrine, nous n’avons qu’à prendre dans notre esprit les idées qui l’ont fécondé, dans notre cœur les sentiments qui l’ont ému. Notre croyance
est formée de tout ce qu’il y a de bon en nous ; elle est notre conscience, notre espoir,, notre poésie ; c’est par elle que nous valons quelque chose,. si nous valons quelque chose. Telle est la sainteté des idées religieuses, que le jour où nous avons fait une bonne action est aussi celui où nous les comprenons le mieux.
Nous n’avons pas besoin, pour adorer Dieu, pour l’aimer, de* le rabaisser jusqu’à nous.. Au contraire, c’est parce que nous le savons incompréhensible que nous comprenons qu’il est le Créateur et le* père du monde. Plus notre foi est humble, plus nous la croyons divinel Elle est vraiment l’espérance du genre humain, car elle est accessible, facile, évidente. Il suffit, pour la comprendre, d’avoir le cœur bien placé et quelque droiture d’esprit. Elle ne serait pas une religion, si elle ne se dévoilait qu’au petit nombre.. Dieu est le vrai père, de famille, qui éclaire tous ses enfants et se proportionne à la faiblesse des intelligences.
Rien ne prouve, mieux la grandeur et la vérité de la religion naturelle que l’efficacité de ses préceptes. Il faut bien , qu’elle soit divine, puisqu’elle est fondée sur la charité et sur la justice. Sa première loi est d’accomplir le devoir ; elle met tout le culte dans ce mot sacré. La prière, pour elle, c’est le travail et la bienfaisance. Une âme pieuse est celle qui honore Dieu en respectant sa liberté et celle de ses frères, en les aimant, en les secourant, en les éclairant. La science, le travail, la liberté, l’amour, voilà tous les préceptes de la religion naturelle, et voilà sa consécration.
Les progrès dé la vertu sont les progrès de< la religion naturelle. Dans des temps heureusement éloignés de nous, les sages ont cru qu’il suffisait de ne pas nuire. Ils ont mis la. grandeur de la vertu dans l’or-
LE CULTE
gueilleuse satisfaction de se jjréserver de toute souillure. Ils ont fondé une école dont l’abstention était le premier précepte. C’est le stoïcisme, aussi éloigné du l)ien que du mal, à la fois courageux, austère et inutile. C’est la liberté sans la fraternité, la raison sans le cœur. Dieu ne nous a pas faits pour cette innocence stérile. Il nous prête ce qu'il nous donne. Richesse, intelligence, sensibilité, force, trésors de l’humanité dont un homme est dépositaire, c’est en vous répandant qu’on vous sanctifie. Le temps de l’aumône est venu après l’orgueilleuse et stérile sagesse de l’antiquité. Le cœur des hommes s’est ouvert à la pitié sous la douce et puissante influence du christianisme. Ils ont été chercher le pauvre et le malade au nom de Dieu ; ils ont donné du pain, des remèdes et des larmes. Enfin a lui le jour où la religion s’est complétée par l’intelligence plus complète de la grandeur et de la destinée humaine. Ce jour-là, l’heureux, le maître, le savant, le riche s’est senti le frère de celui qui ignore et qui souffre. Il a compris que le premier acte de la piété envers le ciel était d’éclairer et de féconder les intelligences et de venir en aide à la liberté, en facilitant le travail. Déjà les haines nationales ne sont plus (ju’un préjugé vieilli, il n’y a plus de castes, l’intolérance ressemble désormais à de la folie : l’esprit de paix remplace partout les héroïques fureurs de la guerre : l’oisiveté n’est plus qu’une faute et un malheur ; et tous ceux qui savent aimer et penser, se liguent dans une sainte croisade contre l’ignorance. Votre religion, ô mon Dieu , est amour, espérance, raison, paix, liberté I