JIN
«Le joug qu’il nous impose est, dît-on , troppcniî>lo ; * « Ses dogmes sont obscurs,' sa morale est terrible : « Nos esprits et^ios coeurs sont en captivité; m-'
D’une nouvelle ardeur justemènt transporté , '
De ces 'plaintes je veux repousser l’injustice.
Il n’est 4 >as temps encor que ma courte finisse : Poursuivons le déiste en ses détours divers. ♦
Quel sujet fut plus grand et plus digne des vers ?
Des rives du Jourdain, etc. Je parle suivant l’opiuioc commune : les évangélistes ne nomment pas la montagne.
CHANT V, • • f
CHANT CINQOIÈME.'
•• *''• *"* •! ji •» . J
Le, Verbe ëgal a Dieu , splcn'deur de 'sa lumière , ‘
Avant que les mortels sortis' de la poussière- '
Aux rayons du soleil eussent ouvert les yeux ' Avant la terre , avaht la naissance des cieux ./ Etemelle puissance et "sagesse suprême , ' *
Le Verbe était én Dieu, Füs de Dieu, Dieu lui-même.
Fils de Dieu , cependant Fils de Tbomme à la fois , Peut-il , toujours égal... Je «l’anrête , et je crois. ^ Faible etfière raison, dépouille ton audace. ' ' '
Le vent souffle , qui peut en découvrir la trace ? Etonnés de son bruit,, nous sentons Json^ôuvoir : Notre oreille l’entend notre œü ne le,peut voir. Quelque trouble ici-bas que mon aine ressente , .
La foi, fille du Ciel , devant moi se présente.
Sur une ancre appuyée,* elle a lé front voilé T ' '
Et ni éclairaùt du feu dont son cœur est brûlé : '
« Viens , dit-ell^ suis-moi. L’éclat que je fais luire ,
Le Verbe égal  Dieu, etc. Dieu itc produit uéeessaircment qûe son égal: il na créé tout le reste qne par sa bonté. S il n avait rien créé , l’élre manquerait à tout ce qii Un aurait pas 'voulufairc; mais rien ne lui manquerait^ parce qu il est M. Bossuet. ' c ••
Le \ ent soufüe , etc. Spiritus uhl vult spirat', et 'vocem ejtts audis , sednescis undc xteniai^ c^i quô -vadat. Jean. 3. v; 8;
.rf*
9Ô . LA religion ,
«' Qaan<] ta baisses lés yeux, Suffit pour te c<Mnduife. « Est-ue le temps de voir que le temps de la nuit?
M En attendant le jour , docile à qui t’instruit ,
« Tu dois à chaque pas plus adorer qu’entendre ,
« Plus croire que savoir, et plus aimer qu’apprendre. » ' Faut-il , dit le ddiste , éhckalner la raison ? N’estrelle pas du Ciel le plus précieux don ?
Et pouvons-nous penser qu’cn no.us l’Etre suprême Veuille étoulfér uu feu qu’il alluma lui-même ?
U l’allumà sans douté , et cet heureux présent Par son premier éclat guidait l’homme innocent. Aujourd’hui presque éteinte , une flamme si belle Ne prête qu’un jour sombre à l’âme criminelle :
Faut-il, etc. Ceux qui opposent aux mystères la répugnance de la raison ne font pas attention que la certitude d’une vérité vient de sa démonstration , et non du consentement de notre raison. Or tôute vérité révélée est démontrée ; sa résiliation est sa démonstratioU : et toute vérité qui a une démonstratipn a autant de certitude qu’efle eu doit avoir. C’est le principe que Loke établit dans sa troisième réplique à Stillinfléet : La fidélité de Dieu est une démonstration à tôul ce qu il révèle, et le manquement d'une autre démonstration {sosoit celle que la raison y pourrait ajouter ) ne rend pas douteuse une propdsition démontrée.
Ne prête qu’un jour , etc. Nous ne pod^ns avoir que trois guides : les sens , la raison , la révélation. Les sens ne nous conduisent qu’aux choses matérielles , et encore avec incertitude. L’âme étant enveloppée dans le coi'ps,' la raison , qui ne nous conduit aux choses spirituelles qu’avec incertitude, ne peut être le seul fondemfent d'une- religion , comme les déistes le prétendent. La diversité des systèmes de métaphysique prouve l’incertitude de la raison. 11 faut donc un autre flambeau à des âmes qui sont , comme dit Virgile , clauseetenebris et carcere cœco.
. CIHANT V. ' 9-
Mais^la foi le ranime avec un feu plus pur.
Et dlndignes mortels Posent trouver obscur ,
Quand par bonté pour eux un Dieu se manifeste !
U leur en dit assez : qu’Üs ignorent le reste.
Jusqpies au temps prescrit le grand livre est scellé. Pour nous confondre, hélas ! que n^-t-il pas voüé ? Pourrons-nous pénétrer ses mystères sublimes , Quand ses moindres secrets sont pour nous des abîmes?
Jja nature à nos yeux sans cesse vient s’offrir :
De livre à tout moment semble prêta s’ouvrir.
Que de siècles perdus , sans que rien nous, attiré . rechercher du moins ce quç l’homme y peut lire! Dt lorsque nos besoins , le temps et le hasard Wous contraignent ehfin d’y jèter un regard,^
Ipstruite de quelques faits en savons-nous les causes ? Attentif au spectacle , en vain tu te proposes, Philosophe orgueilleux , d’en suivre le dessein. '
En vain tu veux chercher la nature en son seint:
Dà tu trouves eérit : Arrête , téméraire;
IVul de vous n entrera jusqu*en mon sanctuaire.
Uui, même en ces objets si pr^sens à dos yeux. '
Tout devient invisible à l’œil trop curieux ;
Et celui qui capüvé une 'mer furieuse ' . .
Borne aussi des humains la vue ambitieùse. / -
Pour sonder la nature ils font de vains efforts :
Us en verront les jeux, et jamais les ressorts.
a^que adprœJinitumtempus.'Dau. 1^, '
vantons dans notre siècle ^^eclripitc : quand pourrons-nous l’ex-
f)S LA RKLîGrON, .
l’artout elle nous crie ; Adorez volve Maître , ^ ^
Contemplez , admirez , jouissez sans conniiaître, , D’une attentive <?tudc embrassant le parti ,
Du sein de l’ignorance un moMel est parti.
A-t-il tout parc(ÿiru ? pour fr^uit de tant de peine ,
A l’ignorance encor son savoir le ramène.
Tu rougis, fier mortel ; prêta me démentir,
Ta vanité murmure : il faut l’anéantir.
De tes fameux progrès cherchons quelle est la gloire ; Faisons de ton esprit l’humiliante histoire.
L’intérêt nous donna nos premières leçôns ; L’amour de nos troupeaux , le soin de. nos moissons Nous firent d’un temps cher devenir économes ,
Et la nécessité nous rendit astronomes ; Pouvions-nous mieux régler nos travaux et nos jours Que sur ces corps brillans , si réglés-dans leurs cours? Le peuple qui du Nil cultivait le rivage .
Les observa long-temps sous un ciel sans nuage.
Pour mieu.'i les contempler sous difl’érens cantons ,
Il les partage entré eux , et leur cherche des noms. Cassini , Galiiée , excusez vos ancêtres :
Leurs yeux accoutumés à des objets champêtres Ne virent dans le ciel que chiens, béliers , taureaux ; Vous y Saurez un jour porter des noms plus beaux.
jf intérêt nous donna, etc. L’astronomie , la géométrie, l’arithmétique , filles de rintérêt , commencèrent chez les Egyptiens. Comme leur ciel était puret sans ntiage,à\lM. bossue t, ils furent les premiers à observer les astres , et pour reconnaître leurs terres , couvertes tous les ans par les dchordemens du Nil , ils fiirent obliges de recourir à F arpen-
Saiurne et Jupiter vanteront leur corte'gc.
Mais de l’antiquité quel est le piivilçge ?
Les noms qu’auront forgés ces grossiers laboureurs Imprimeront en nous d’étemelles erreurs.
O trop heureux l’enfant qui naît sous la Balance !
De son cruel voisin détcstbns la puissance.
Horace frémira s’il sait que le hasard En naissant l’a frappé de çe triste regard.
Sous la voûte des cicux notre histoire est écrite. . #
Dans ce livre fatal plus d’un,Cardan médite :
Achetons leur faveur. Richelieu, Mazarin, *
Vous-même prodiguez vos bienfaits à IVIorin ;
Ses yeux lisent un chiffre impénétrable aux vôtres : ' Qu’il vous fasse trembler , faites trembler les autres. D’une éternelle nuit le peuple menacé Rappelle par ses ci'is le soleil éclipsé.
Mais quel corps menaçant vient troubler la nature
Saturne et Jupiter , etc. Les satellites de Jupiter furent appelés les Médicis par Galilée , qui vivait sous lesMcdicis ; et M. Cassini appela Bourbons les satellites de Saturne qu’il découvrit j^ous Louis XIV.
Dans ce livre fatal , etc. Cardan, fameux médecin et astrologue , fut un de ces hommes qui eu imposent aux autres avec un peu de science et beaucoup «d’effronterie. Il eut l’impiété de tirer l’horoscope de J. C. Il avait prédit une vie longue et brillante à son fils aîné v qui cependant , à l’âge d’environ trente ans , eut la tète coupée à Milan pour avoir empoisonné sa femme. Gassendi rapporte ce fait dans sa Météorologie. On prétend que Cardan, qui avait prédit le temps de sa mort , se laissa mourir de faim quand le temps prédit arriva. ^
Vous-nitme prodiguez, etc. Astrologue qui eut accès auprès de ces deux ministres , et une pension du second.
loo LA RELIGION ,
Par son étincelante et longue chevelure ?
Qu’un si grand appareil annonce de fureur !
Vil peuple, il ne doit point te causer de terreur;
D’un important courroux ces députés sinistres ,
Si ce n’est pour des rois , partent pour des ministres. Le ciel a du loisir , on nous fait trop d’honneur :
Le seul cri d’un hibou peut nous flétrir le cœur.
De tes astres, ô ciel, n’éteins pas la lumière ;
♦ Verrons-nous sans pâlir tomber notre salière ? Rassurez-nous , devins , charmes, enebantemeus , Amulettes, anneaux, baguettes, talismans.
Et tant d’autres secours qu’embrasse une ignorance Si folle dans sa crainte et dans son espérance.
De toutes nos erreurs quand le nombreux essaim Dans l’Egypte produit s’échappe de son sein ,
L’amour d’un doux climat l’emporta dans la Grèce. Un peuple qu’endormaient d^ns une longue ivresse
De toutes nos erreurs , etc. L’Egypte fut la mère des sciences et des erreurs. Les unes et les autres passèrent d’abord en Grèce. Je ne sais pourquoi quelques-uns de nos savans ont prétendu trouver nos nouvelles découvertes dans la physique chez les Grecs. Si l’on juge de la physique des Grecs par le traité de Plutarque , des opinions des philosophes , quel amas d’extravagances! Anaxiracnes disait que les étoiles étaient fichées dans lecristal du ciel comme des têtes de clous. Anaxagore débitait que le ciel était de pieiTe , et le soleil une pierre de féu aussi grande que le Péloponèse. Quand le.s philosophes fameux dans une nation avancent de pareilles opinions , la nation n’est pas savante. Les sages de la Grèce , occupés de la morale , négligèrent l’étude de la nature. Thalès cependant se douta que le soleil devait être plus grand que le Péloponèse , et entrevit la rondeur de la terre.
CHAiNT V.
Ija musique, les vers, Ics danses et les jeux, D’Apelle , de Scopas , et d’Homère amoureux , Consacrant aux beaux arts ses yeux et ses' oreilles , Du ciel et de la terre oublia les merveilles.
Leurs sages rarement en parurent frappe's ;
Et jamais les Romains n’en furent occupés.
Tout plein de son héros , au lieu de la nature Lucrèce leur chanta les rêves d’Epicure.
Ambitieux de vaincre et non de discourir ,
L’art des enfans de Mars fut l’art de conquérir. L’étude a peu d’attraits pour les maîtres du monde ; Le soleil , disaient-ils , va se coucher dans l’onde ; La voûte dont le ciel a pour base la mer Sous son dôme brillant couvre la terre et l’air,
Et le vieux Océan , père de la nature ,
Etend autour de nous son humide ceinture^
Tels étaient leurs progrès , lorsque dn vrai savoir La fureur des combats éteignit tout espoir.
Faible par sa grandeur, ce n’était qu’avec peine Que sur la terre encor Rome étendait sa chaîne. D’esclaves trop nombreux son empire accablé Malgré son double appui se sentit ébranlé ;
Le soleil^ etc. Quelques peuples s’imaginaient que la terre était portée par des éléphans. Les Grecs et les Romains croyaient que la nuit les astres s’allaient rafraîchir dans la mer ; que le ciel nous couvrait comme une voûte , et que l’Océan environnait la terre. Cosmel l’cgjplien débite comme l’opinion commune de son temps que le soleil se couchait derrière une montagne. De là l’inégalité des jours,, suivant qu’il se couchait au haut ou au bas de la montagne.
Malgré son double appui etc. L’empire d’Orient et d’Occident.
ri
lOC: LA RELIGION ,
Et lorsque par les mains du conquérant Jle'rule Le trûne des Césars tomba sous Augustule ,
Sa chute fît trembler celui des Constantins.
Le fameux imposteur , suiyi des Sarrasins ,
Jeta les fondemens d’un pouvoir formidable ,
Que sous un autre nom rendit plus redoutable.
Le peuple que l’Euxin vomit de ses marais ,
Du jour que le second de ses fiers Mahomets ,
La gloire du croissant et la terreur du monde ,
Eut enfin foudroyé- Bysance et Trébisonde.
Jour cruel ! jour fatal ! où sur tant de trésors , Antiques monumens respectés jusqu’alors , \
Par la destruction signalant sa puissance,
Le barbare étendit sa stupide vengeance. ^
Que nos plus beaux palais de cendres so'entcouverts a Mais pourquoi tant d’écrits à nos regrets si chers . Sont-ils brûlés pour toi , vainqueur impitoyable ? ^
L’ignorance à tes vœux sans, dpute -est favorable.
Jeta lés fondemens , etc. X-’empire des Califes , dont Mahomet jeta les fondemens , dèvint beaucoup plus formidable par l’titiion des Tun’S et des Sarrasins.
Que nos plus iteaax palais, etc. Quand Mahomet II se rendit maître de Çonslantinople , les palais des empereurs, les statues , les'tableaux et des V)lbliolbeques plus précieuses encore que tant dç mes mjonumenjS de l’antiquité furent brûlés par un peiipfe’ ennemi des arts et des sciences. Les Musulmansavaient déjà ,eu^4i , cbapffc le^bains d’Alexandrie avec les livres de cette fameuse bibliothèque. L'e Calife, consulté sur ce qu’on devait faire des livres , répondit; 5 ils sont contraires à V Alcoran^, il faut les brûler ; s’ils ny sont pas contraires il faut les brûler encore , parce que V Alcoron suffit. Que de trésors nouâ lu enlevés cette décision!
CHANT V. ^o3
Que crains-tu? son empire est partout affermi , Depuis que du bon sens un savoir ennemi ,
Trouvant Part d’obscurcir , le maître des ténèbres, Forme dans ses écrits tous ces docteurs célèbres ,
(^ui , le dilemme en main prétendent de Vabstrait Calhègoriquement diwisev le concret.
Quand viendra ton vengeur , ô raison qu’on outrage !
De tant de mots pompeux le superbe étalage Trouvait de tous côtés d'ardéns admirateurs , .
Et la nature entière 'était sans spectateurs.
L’intérêt cèpendant va nous rapprocher d’elle.
Un Génois nous apprend , quelle étrange nouvelle ! ' Qu’au-delà de.ee monde il est un monde encor ; Monde dont l’habitant abandonne tout l’or.
Nous volons. Quel que soit l’objet qui nous anime, Comment de tant de mers franchissons-nous l’abîme? Si long-temps sur sa feuille attaché dans un coin ,
Par quel effort l’insccte a-t-il rampé si loin ?
Trouvant V art d‘ obscurcir , etc. Aristote , dont la longue et étonnante fortune commença par l’amour que les Arabes prirent pour ses écrits qu’ils obscurcirent encore par leurs commentaires. Cicéron dit qu’Aristote est inconnu même aux philosophes : Arhtotehs ipsis philosophis iguotus. Le père Rapin , qui em a fait un pompeux éloge dans ses réflexions sur la philosophie , avoue, cependant qu’il semble n’avoir écrit que pour n’etre pas çnteiidu , et pour donner de l’exercice aux siècles suiyans. Aristote n’est pas coupable de sou obscurité. Ses écrits sont venus jusqu’à nous très-défigurés.
Un Génois nous apprend, ç/6\ Chrislophé Colomb , Génois, auquel on doit lu découverte de l’Amérique.
Un aimant ( le hasard dans l’air le fit suspendre ) En regardant le pôle , aux yeux qu’il doit surprendre Révéla cet amour qu’on ne soupçonnait pas ,
Amour heureux pour nous^ et fatal aux Incas. » Nos flottantes forêts couvrent le sein de l’onde ;
La boussole nous rend les citoyens du monde .
Des deux Indes pour nous elle ouvre tous les ports , Et nous en rapportons par elle les trésors.
Tant d’objets diflerens, tant de fruits , tant de plantes ( Que de l’esprit humainles conquêtes sont lentes ! ) Donnent enfin naissance aux désirs curieux ,
El la terre ramène à l’étude des cieux.
Faibles amas de sable , ouvrages de la cendre , Deux verres ( le hasard vient encor nous l’apprendre ) L’un de l’autre distans , l’un à l’autre opposés , Qu’aux deux bouts d’un tuyau des enfans ont placés , Font crier en Zélande , ô surprise ! ô merveille !
Et le Toscan fameux à ce bruit se réveille.
De Ptolomée alors, armé de meilleurs yeux ,
Amour heureux pour nous , etc. Cette propriété de l’aimant découverte nous procura la boussole avec laquelle nous entreprîmes des voyages de long coure. On connut la terre , on étudia la nature et l’astronomie. Mais les Incas, (|ui étaient depuis six cents ans les rois du Pérou lorsque les Espagnols y arrivèrent conduits par Pizaro , eurent bien sujet de détester la boussôle et les Espagnols.
Deux 'verres , etc. Le télescope trouvé dans la Zélande par les enfans d’un lunetier, au commencement du dixseptième siècle , fut cause des découvertes importantes que Galilée fit dans l’astronomie. Ce fut alors qu’il vil, pour ainsi dire , un ciel tout noliveau.
CHAJNT V. io5
U brise les cristaux , les cercles et les cieux ;
Tout change par l’anêt du hardi Galilée ,
La terre loin du centre est enfin exilée.
Dans un brillant repos le soleil à son tour ,
Centre de l’univers , roi trancj[uille du jour ,
Va voir tourner le ciel et la terre elle-même.
En vain l’inquisiteur croit entendre un blasphème ;
Et six ans de prison forcent au repentir D un système effrayant l’infortuné martyr.
La terre nuit et jour à. sa marche fidelle Emporte Galilée et son juge avec elle.
D’un monde encor nouveau que d’habilans obscurs Vous tirez du néant ^ illustres R.éaumurs !
Pourquoi , sans spectateurs , tout un peuple en silence Veut-il nous dérober tant de magnificence ?
Centre de l univers , etc. Piusqu^en poésie on appelle souvent l’univers la terre seule, on peut bien donner ce nom au tourbillon qui emporte la terre et les autres planètes.
Et six ans de prison , etc. La détention de Galilée ne fut que de trois ans, et ce n’est point précisément comme auteur du système du mouvement de la terre que cet as- Irpnome fut condamné par l’inquisition : il fpt condamné comme relaps , parce que déjà ayant été cité au tribunal , il avait promis de ne plus parler en publie de sa découverte , à cause des erreurs où les esprits bornés se laissaient entraîner par les conséquences fausses qu’ils en tiraient. Galilée , loin de tenir sa parole , s’était fait de nouveaux partisans dont la cpnduite aurait pu causer de grands troubles dans l’Eglise.
D un monde encor nouveau , etc. Le microscope a faitconnaître aux observateurs , et surtout à l’illustre Réaumur , un nombre infini de merveilles que nos yeux ne pou • vaient découvrir sans ce secours. <
io6 LA RELIGION,
Sans un verre nos yeu.\ ne le çonnaîtraient pas.
Celui qui fît ces yeux pour veiller sur nos pas Ne nous en donne point pour voir tous ses ouvrages ; Et lorsque nous voulons percer jusqu’aux nuages Où s’enferme ce Dieu de ses secrets jaloux ,
Pour regarder si haut quels yeux esp<5rons-nous ?
Vers de terre , à la terre arrêtez votre vqe. ^
A peine sa beauté jusqu’alors inconnue A plus d’une merveille eut su nous attacher Que l’on vit en'toiis lieux , du soin de les cherchel’ , Naître l’heureux dégoût des questions si follôs^
Dont l’antique tyran des bruyantes écoles ,
Le héros de Stagyre allumait la fureur. ’ .-
Du vide la nature avait encor horreur ;
Rassurons-nous pourtant : le jour commence à naître ; Nous allons tous penser ; Descartes va paraître.
II vit toujours caché ; mais ses brillans travaux Fôrment ses sectateurs ainsi que ses rivaux.
Ils tiennent tout de lui, leurs armes et leur 'gloire , Et même ses vainqueurs lui doiventylçur. victoire,
• ■ ■ 1 ^ . ^ . — I ■ . ■ ■ ,.i - ÿr * "
’ . . pour regarder si haut , etd. « Nous ne savons^ pas ce qui ! > est ànos pieds, f/wciV Démocrile, au rapp^rtdè, Cicéron ^ « ét.-uous voulons parcourir les cieux : est anle
pedes nemo ojidet , et cadi scrutamur plagas'^ ' .
,Le héros de Stagyre , etc. Aristote dont lerrègne a été si long que nous pouvons dire avoir été témoiüs de ses derniers soupirs.
il 'Vit toujours , etc. Retiré tantôt en Hollande , tantôt en Suède où il est mort , que de coutradictions il essuya ! et que d’ennemis eut à combattre parmi nous le vengeur , de la raison !
CttAISflT V
Nou. pouvons m.jourd'hu/porU.rpl„s loin „os p.*!' Nous oourons ; mius sans lui nous neraarcl.oriohs pis S. la Franco n’eul point produit cotte lumii-re . Londres de son Neu ton ne serait pas si fiére.
q«'ils honorent tous dcüs, Instruit de sa grandeur , la reconnaît en eux. ’
Mais S.l6t que trop loin l'un ou l’autre s’avance , L^nt humain par eux apprend son impuissance.
Descartes le premier me conduit an conseil Ou du monde naissant Dieu règle l’appareil. '
„ “ ™ '"î’"l“n amas . berceau de la nature.
Sortent trois diéraens de diverse figure;
Ou brise leur frottement , '
Quand Dieu q„, dans le plein met tout en mouvement , Pour la première fois feit tourner la matière , ’
Se changent en subtile et brillante poussière Neivlon no la voit pas ; mais il Joit ou croit voir Dans un vide étendu tous les corps se mouvoir. ' axerçant 1 un sur l’autre un mutuel empire ,
Par les memes liens l’ün et. l’autre s’attire T^dis qu’au même instant et par le^r miîmcV lois , ' ' V£r^ un centre commun tous pèsent à la fois.
peut entre ces corps de grandeur inégale ' ’
Décrire les combats de la force centrale ?
svsISu mof r'"'’ '«i-meme son
ysteme du monde que comme une hypothèse.
cernTIm iT. I '"i- , '<= de Newton , les
roMo dTTcur. ‘ ou raison di-
lancès Cf Z- 1 . “ ’ '='‘■'■0 ol' ‘*“-
vers Ip*rcm * ■ormes .cis de l’attractiun sont poussés 'crs le centre commun.
io8 LA RELIGION ,
L’algèbre avec honneur débrouillant ce chaos De scs hardis calculs hérisse son héros.
Vous que de l’univers l’architecte suprême Eût pu charger du soin de l’éclairer lui-même ,
Des travaux qu’avec vous je ne puis partager Sij ’ose vous distraire et vous interroger ,
Dites-moi quel attrait à la terre rappelle Ce corps que dans les airs je lance si loin d’elle ?
La pesanteur.... Déjà ce mot vous trouble tous. Expliquez- moi du moins ce qui se passe en vous.
Au sortir d’un repas , dans votre sein paisible , - Quel ordre renouvelle un combat invisible ? ,
Et quel heureux vainqueur a pu si promptement Chercher, saisir , dompter, broyer cet aliment ,
Qui bientôt liqueur douce ira de veine en veine Se confondre en soikcoursdans le sang qui l’entraîne? Dans un autre combat non moins cher à nos vœux , Comment peut une écorce , espoir d’un malheureux , Attaquer , conquérir , enchaîner l’ennemie Qui tantôt en fureur et tantôt endormie A fait trêve avec nous le jour de son sommeil?
Mais au jour de colère exacte à son réveil Elle rallume un feu qui dans nos yeux pétille.
Tous nos esprits subtils , vagabonde famille ,
S’égarent dans leur course ; en désordre comme eux , L’âme même s’oublie j et dans ce trouble affreux ,
Àu sortir , etc. Est-ce là trituration ou la fermentation , ou les deux ensemble? La différence des sentimens prouve fiDcerlitude de la cause.
La mort , prête à frapper , déjà lève sa foudre.
' Que d’alarmes ! quels maux apaise un peu de poudre! Des systèmes savans épargnez-vous les frais Et ces brillans discours qui n’éclairent jamais : Avouez-nous plutôt votre ignorance extrême.
Hélas ! tout est mystère en vous-même, à vous-mémèj Et nous voulons encor qu’à d’indignes sujets Le Souverain du monde explique ses projets ,
Quand ce corps , de notre âme esclave méprisable f Lui cache ses secrets d’un voile impénétrable ! .
De la* Religion si j’éteins le flambeau ,
Je me creuse à moi-même un abime nouveaâ^ y Déiste , que pour toi la nuit devient obscure ,
Et de quel voile encor tu couvres la nature !
A tes yeux comme aux miens peut-elle rappeler Celui qui pour un temps ne veut que m’exiler ?
Si la terre n’est point un séjour de vengeance , Peux-tu dans cet ouvrage admirer sa puissance?
La peste la ravage , et d’affreux^tremblemens Précèdent la fureur de ses embrasemens. ' *
Le froid la fait languir , la chaleur la dévore/
Et pour 'comble de maux son roi la déshonore.
L’être pensant, qui doit tout ordonner , tout voir , Dans ses tristes états , aveugle et sans pouvoir ,
Jouet infortuné de passions cruelles ,
Ei ces brillans discours , etc. Après nous être moqués des anciens philosophes , nous semblons y revenir : par ces mots d’attraction , gravitation , etc . , nous rappelons les qualités occultes , les atomes indivisibles , le vide , etc. Nous circulons de systèmes en systèmes, et nous revenons • toujours au même point , qui est l’ignorance. s
.110 tA RELIGION,
Est un roi qui commande à des sujets rebelles i Et le jour de sa paix est le jour de sa mort, f ' Son e'tat , tu le sais , attend le même sort : . Tout’pc'rira , le feu réduira tout en cendre.
Tule sais dès long-temps ; mais sauras-tu m’apprendre vxPar quel caprice un Dieu déiriiil ce qu’il a fait,?
Que n’avail-il du moins rendu le tout parfait?
S’il ne l’a pu , ce Dieu , qu’a-l-il donc d’admirable ? S’il ne l’a pas voulu , te semble-t-il aimable? *
Tu t’efforces en vain , toi qui prétends lout'vdjr, D’arracher le rideau qui fait ton désespoir.
Pour moi , j’attends qu’un jour Dieu lui-même l’enlùve. U suffit qu’un instant la foi me le soulève ;
J’en vois assez et vais l’apprendre sa leçon ,
^ Qui console à la fois le cœur et la raison.
Oui , le tout doit répondre à la gloire du Maibre ; ' L’imivers est son temple , .et l’homme en est le Prêtre : Jjc temple inanimé , sans le Prêtre , est muet.
Cet imraensc^univers', de la main qui l’a fait , •
Doit par la voix de l’homme , adorer U puissance *
Et rendre le tribut de la reconnaissance.
Ce tribut dura peu : l’ordre Ait renvci-sé.,
Quand par le Prêtre ingrat le Dieu fut offensé; * La nature perdit toute son harmonie :
Avec le criminel la terre fut punie.
, De l’homme et de scs üls Je déplorable sort • •
* Fut la pente au'péché , l’ignorance et la mort.
Fut la pente , etc. L'homme à la concupiscence , dit M. Bossuet dans se.s F.lévatrons , la transmet à sa postérité ; si tôt que tout unit dans la concupiscence , tout neCt • dans le désordre , tout naît odieux à Dieu. Quel crime a commis cet enfant Il est enfant d’Adam; voilà son crime.
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Mais ces fiU n*ètaieut pas; une tvce future.... Lorsque le Créateur fcappe sa créature ,
Est-ce à notre justice à mesurer les coups ?
Et ce, qu’un Dieu se doit , mortels , le savez-vous ?
terre ne fut plus un jardin de délices.
Ministre cependant de nos derniers supplices ,
Et maintenant si prompte à les exécuter,
La mort, sous un ciel pur , semblait nous respecter. Hélas ! cette lenteur à prendre ses victimes Ne fit que redoubler notre ardeur pour les crimes. Une seconde fms frappant notre séjour ,
£st-ce à noire justice j etc. Nous ne devons pas juger de la justice divine par la nôtre. La nôtre est une justice d’égal à égal: la divine est une justice de l’infmiaunni,du Créateur .à la créai lire, (^pendant notre justice même ne punit-elle pas quelquefois les ciifans des crimes de leurs pèrés;et n’a> vons-iiuus pas des luis qui dégradent de noblesse nOn-seuIçment le criminel , mais toute sa postérité ? Ces lois ne nous paraissent pas injustes. J’avoue , dit Cjcé"Oii , qu’il est dur * dé punir les eui'ans du crime de leurs pères; mais les lois ronl sagement établi , afin que l’amour des pères pour leurs' enfans les rende'pliisat lâchés à la pairie. Ainsi c’est Lépide qui a été cruèl envers ses enfans, et non celui qui a jugé Lépide eu ennemi. Nec verb me J'ugitquàm sit acerbum , p<^ renium scelcraJUiorum pœnis lui i sed Uoe- prœclarè legibus çomparalum'est , ut chantas tiberorum amicîorvs parentes reipubltcce redderet. Ita'que lapidas crudefis in libéras ^ non is tpii Lepidimf^wstem judicat. Nous devons dire , suivant ce beau mot de Cicéron , que c’est Adam qui a été cruel envers nous, et non Dieu , et jçn conclure l’obligation . que nous avons à Jésus-<3lirist qur , non-seulement a intercédé pour nous, mais a satisfait.
Une secondé fois , eia Voilà le second supplicéde la terre , le déluge. On ne peut nier que ce bouleversement général
I la liA RELIGION ,
Le Ciel défigura l’objet de notre amour.
, La terre par ce coup jusqu’au centre ébranlée ^
' Hideuse en mille endroits et partout désolée ,
Vit sur son sein flétri les cavernes s’ouvrir ,
Les pierres , les rochers , les sables la couvrir f Et s’ékver sur'Tcllc en. ténébreux nuages De funestes vapeurs , mères de tant d’orages.
Les saisons en désordre et les vents en courroux ^urnissent à la mort des armes contre nous ;
Et toute la nature , eu ce temps de souflrance , Captive, gémissante, attend sa délivrance ,
Au criminel soumise obéit à regret ,
8e cache à nos regards et soupire en secret.
Oui, tout nous est voilé jusqu’au moment terrible , Moment inévitable , oèt Dieu , rendu visible , Précipitant du ciel tous les astres éteints ÿ
n’ait flétri sa beauté , altéré la piuelé de l’air , et n’ait été ^ cause que la vie^de l’homme a été depuis si abrégée. Mais Dieu dérangea-t-îl l’âxe de la terre? Y avait-il un équinoxe perpétuel avant le déluge ? et le printemps dont les poètes ont parlé , ver erat œiernum , a-t-il été véritable , comme Brunet l'a prétendu? On lit avec plaisir tout ce que M. riuche a écrit dans le Spectacle de la nature, et dansla révision de l’Histoire du ciel , jK)ur appuyer cette conjecture ; mais je me borne à dire que, par ses sables, ses crevasses , ses exhalaisons funestes , la terre nous présente eu mille et mille èudrcûls les marques du gf%nd coup dont elle a' été frappée ; que la pâture souffre et gémit, comme lè dits. Paul, Rôm. 8; Exspectatio creeUurœ rewelcUionem JUiorum Dei exspectat. P^anîtali enim creaturœ subjecta est non volens... Omnis creatura ingemiscit et parturit... L’origine du mal physique , ainsi que celle du mal moral , est la même , c’est-à-dire le péché du premier homme.
CHANT V. ■ iiZ
Remplacera le jour et <^cra pour ses Saints Cette unique clarté si long-temps attendue.
Pour eux- mêmes sévère , ici-bas à leur vue Il se montre , 'il se cache , ct'pqr l’obscurité Conduit ceux qu’autrefois perdit la vanité.
De quoi se plaindre ? II peut nous ravir sa lumière : Par grâce ibne veut pas la couvrir tout entière.
Qui la cherche est bientôt pénétré de scs traits i Qui ue la cherche pas ne la trouve jamais.
Ainsi de nos malheure j’explique le mystère.
Dans un maître irrité j’admire un tendre père ;
Et je ne vois partout que rigueurs et bontés, • , Chàtimens et bienfaits , ténèbres et clartés. f
Si ma Religion n’est qu’erreur et que fable ,
Elle me tend. , hélas ! un piège inévitable.
Quel ordre! quel éclat et quel enchaînement!
L’unité du dessein fait mon étonnement.
Combien d’obscurités tout à coup^éclaircies 1 Historiens , martyrs , figures , prophéties ,
Dogmes , raisonuemens , écrits , tradition ,
Tout s’accorde, sc suit ; et la séduction
Remplacera le jour , etc. La Jérusalem céleste non egeC solc^ neijue lunâ; nam clavitas Del lllumînabit eam , et lucerna ejus est j4gnus. Apec. 21.
Si ma Religion , etc. Cette pensée de La Bruyère est fameuse : Si ma Religion était fausse, 'voilà le piège le mieux dressé qu'il soit possible d’imaginer. Il était inévitable de ne pas donner (but au travers , etc. Cette pensée est imitée de ces belles paroles de Richard de Saint-Victor : Domine , si error est , quem cYedimus , à te decepti siimus : quoniam iis signis prœdita est Relîgîo , quœ non nisi à te esse po^ tuerunt.
A la vérité meme en tout point est semblable. '
Déistes, diles-nous quel |;éuie admirable - Nous fait de toutes parts si bien envelopper ,
Que vous -devez rougir vous-mêmes d*échapper? Quand votre Dieu pour vous n’aurait qu’indifTérence Pourrait-il , oubliant sa gloire qu’on oflcnse Permettre à cette erreur qu’il semble autoriser D’abu|ser de son nom pour nous tyranniser ?
f Par quel crédit encor, si loin de sa naissance ,
Çe mensonge en tous lieux a-t-il tant de puissance ? De l’Islande à Java, du Mexique , au- Japon ,'
Du hideux Hottentot jusqu’au transi Lapon ,
Nos* Prêtres de leur zèle ont allumé les flammes ;
Ils. ont couru partout pour conquérir des âmes t Des esclaves partout ont chéri leurs vainqueurs.
Que leur fable est heureuse à soumettre les cœurs !
Si des rives du Gange aux rives de la Seine , Entraînés par l’ardeur qui vers eux mous entraîne , D’éloquens Talapoins , munis d’un long sermon, Accouraient nous prêcher leur Sominonokodon ,
Si des rives , e/c. Celle pensée esl encore dans La Bruyère. Si l'on nous assurait que le molij secret de l’ambassade des Siamois a été d’exciter le rai très-chrétien à renoncer au christianisme,’ à permettre l’entrée de soa>rojahme aux Talapoins , qui eussent pénétré dans nos maisons pour persuader leur religion à nos femmes , a nos en fans , à nousmêmes; avec qtielic risée, quel étrange mépris n entendrionsnous pas des choses si extravagantes I A^ous faisons cependant à tous ces peuples des propos'ilions qui doivent leur paratfre très-folles et tres-rid’icules , et ils supportent nos ' religieux et nos Prêtres... Qui fait cela en eftx et en nous è Ne serait-ce pas la force de la vérité ?
Ou que , prédicateurs au boa sens moins contraires , L’Alcoran dans leurs maip$ , des^ Derviches austères ^
De par le grand pro])hèfe , en termes foudroyans , Vinssent nous proposer d’être de vrais croyans ; >
Quelle moisson de cœurs feraient de lela apuras?.' *’ Leurs peuples cependant ont tous .reçu le^;ij.^ltos, 4 i. .'t Dn Dieu né dans 'le sein de la virginité , •
Un Dieu pauvre , souffrant ^ mort et ressuscité, ^
Ne commande par eux que pleurs et pénitence.
Est-ce de leurs discours la brillante éloquence Qui peut à sa pagode arracher un Chinois ?
Quel champ pour l’orateur que la crèche et la croix l
Celui qui Ta prédit opère ce miracle.
Tout peuple , toute terre entendra son oracle.
Sa loi sainte sera publiée en tous lieux ;
Je me soumets sans peine à ce joug glorieux.
Quoique captive enfin , la raison qui m’éclaire N’y voit point de lumière à la sienne contraire.
Mais son flambeau s’unit au flambeau de la Foi ,
Et toutes deux ne sont qu’une clarté pour moi.
Le Verbe s’est fait chair; je l’adore et m’écrie :
Trois fois saint est le Dieu qui m’h donné la vie.!
De l’horreur du néant à ton ordre tout sort :
En toi seul est la vie , et sans toi tout est fnort ,
O Sagesse ! ô pouvoir dont le monde est l’ouvrage!
Du Très-Haut, ton égal, la parole et l’image I
Tout peuple, etc. Il n’est pas nécessaire jque toute la terre ait été convertie ; il suffit qu’elle ail entendu ce qui q été prédit et accomplit
ii6 LA RELIGION,
Quand , sous nos traits caché , tu parus ici-bas ,
Les ténèbres , grand Dieu !*ne te comprirent pas. Aujourd’hui que ta gloire éclate à notre vue ,
Que ta Religion est partout répandue ,
*' De superbes esprits , ivres d’un faux savoir ,
Quand tu brilles j^ur eux refusent de te voir.
Leur déplorable sort ne doit point nous surprendre j Les ténèbres jamais ne pourront te comprendre.
' L’aveugle , environné de l’astre qui nous luit , Couvert de ses rayons , est toujours dans la nuit.
En. vain ces insensés parlent du premier Etre ;
Sans toi, Verbe éternel , peuvent-ils le connaître? Ouvre leurs cœurs ; mes vers ne les pourront ouvrir. Change-les. Mais pour eux quand je veux l’attendrir, Moirmême ai-je^ oublié que ton arrêt condamne Le pécheuè insolent dont la bpiiche profane Aux hommes , sans ton ordre , ose annoncer ta loi ? Et dois-je t’implorer pour d’aulrcs'que pour moi? L’impiété s’armait d’une fureur nouvelle :
L’arche sainte en péril m’a fait trembler pour elle ;
Et j’ai cru que ma main la pourrait soutenir :
Oui , j’ai couru. Tu vas peut-être m’en punir ,
Et mon zèle peut-être irrite ta colère , ’
Quand je crains pour ta gloire et celle de ton Père. , 0 crainte que la foi doit chasser de mon cœur ! .
Tu n’as point parmi nous besoin d’un défenseur.
Du prince des enfers que la rage frémisse ;
L'arche sainte ^ etc. Personne n’ignore la punition terrible d’Osa.qur, voyant l’arche près de tomber, courut pour la soutenir.
Qa'il branle, s’il peut, ton auguste (fdifîce :
Quand mes yeux le verraient tout prêt à succomber , L’arche du Dieu vivant ne peut jamais tomber.
V arche du Dieu, etc. La fureur avec l&quelle elle est attaquée depuis quelque temps est cause que la main invisible qui la soutient ne doit plus être invisible pour nous. I.’Évêque de Londres , comme je^l’ai rapporte dans le, troisième chant , se plaignait autrefois de ce que>son diocèse était le théâtre des attentats contre la Religion. Ce lliéàlre a change de placer et la France qui ,*dans le dix-septicme siècle , voyait la Religion défendue par ses grands hommes ( elle en avait alors en tous genres ), se vpii 'aujourd’hui inondée d’ouvrages donl l’objet est de renverser toute religion , qui ne sont pas , à la vérité , composes par de grands hommes #mais auxquels tin certain attrait, qui les fait lire, ne manque jamais. Mais les efforts de üimpie sont vains; et malgré tous les systèmes auxquels il a recours i <
L’arche du Dieu .vivant ne peut Jamais tomber, •
LA i\ELIGION ,
CHAJVT SIXIÈME.
Non , des mystères saints l’aliguste obscurité 'Ne me fbit point rougic de ma docilité :
Je ne dispute point contre uu)lVIaître suprême.
Qui m'instruira de Dieu , si ce n'est Dieu lui-même ? Dans un sombre nuage il veut s'envelopper :
Mais il est un rayon qu'il en- laisse échapper. *
Que me faut-il de plus ? Je marche avec courage,
Et conteut du rayon j’adore nuage.
Il a dit , et je crois. Aux pieds de son auteur IVla raison peut sans honte abaisser sa hauteur.
Mais pourquoi, non content de ce grand sacrifîce,
Ce Dieu veut-il "encor que l’homme se haïsse ?
Je m'aime ; faut-il donc que , m’armant de rigueur ,
Toujours le glaive en main , j’aille aü fond de mon cœur ,
( Sacrifice sanj^laiit! guerre longue et cruelle! )
Couper de cet amour la- racine étemelle?
11 veut , jaloux d’un bien qu’il n’a fait que pour lui ,
De nos cœurs isolés être le seul appui.
Suis-je un objet si grand pour tant dé jalousie ?
De l'or ni des honneurs l’indigne frénésie
Ne lui ravira point Ce cœur qu’il doit avoir,
Faut-il à si bas prix sortir de son devoir?
Mais pour quelque doîiceur rapidement goûtée , ^
Qui console en sa soif une âme tourmentée ,
chant VI. iig
Croirons-nous qu*en effet il s’irriCe si fort ?
El pour un peu de miel condamne-t-il à moj^t ?
Je sais qu’il nous demande iln amour sans partage : % Mais en(in la nature est aussi son ouvrage ;
Et lorsqu’à tant de maux tu mêles quelques biens O nature ! tes dons ne sont-ils pas les siens ? • '
Ce ii’cst pas qu’attendant de toi les biens solides ,
Chez tes amis fameux je choisisse mos guides.
L'arbitre renommé dp plaisir élégant .
M’étalerait en vain tout son luxe savant :
L’art de se rendre heureux ne s’apprend point, d'un maître...
Habile seulement à ne se point connaître ,
Qui , mettant de sang-froid la prudence à l’écart.
Veut vivre à l’aVenture et mourir au hasard.
Ce rimeur enjoué m’inspire la tristesse :
Et que m’importe à moi sa goutte et sa vieillesse ? L’ennui de ses malheurs dicta ses vers badin^ , ■ «
Il m’y dépeint sa joie , et j’y lis ses chagrins i Il me chante l’amour d’une voix affligée j ' '
Et , suivant mollement sa muse négligée ,
V arbitre renommé^ etc. Saint-Evremonl, fameux par l’esprit et par la volupté , fut appelé le PéU'one dé son siècle. Dans son discours sur les plaisirs il se vante de ne point se connaître. Je ne veux avoir sur un commerce trop long et trop sérieux avec moi-même... Puisque lui prudence a eu si peu de part aux actions de mfl vie , U me fâcherait quêlie se mêlât fen régler la fin.
■ Ce rimeur ertjoué , etc. L’abbé de Chaulieu , dans les poésies qu'on a imprimées sous son nom , 'revient à tout moment à son âge, à sa goutte et à sou mépris pwir la mort: P lura de extremis loqui , pars ignavice est. ïxcitb.
lao LA RELIGIO]^ ,
Duonëpris de la'mort me parle à cliàquc pas ;
H m’en parlerait, moins s’il ne la craignait pas.
Illustres paresseux dont Pétrone est le maître ,
O vous I mortels contens , puisque vous croyez l’étre,
Vous me ^vantez en vain vos jours délicieux ;
Ne ihe comptez? jamais parmi vos envieux.
Hélas ! dans ce temps même à vos cœurs favorable ,
Règne affreux de Vénus , quand l’honunc déplorable Consalcra ses plaisirs sous des noms empruntés Et de ses passions fit ses divinités ,
Le sage dut toujours , honteux de sa faiblessç,
Encenser à regret les dieux de la mollesse.
Leurs charmes quelquefois peuvent nous entraîner. Malheureux sous le joug qui se laisse enchaîner !
Mais contre un ennemi qui souvent est aimable ,
Faut-il faire , à toute heure , une guerre implacable?
' Un seul moment de paix me rend-il criminel ?
Et le Dieu des Chrétiens n’est-il pas trop cruel ,
Quand il veut que pour lui renonçant à moi-même ,
Pour lui mettant ma joie à fuir tout ce que j’ahne , .
-J’étouffe lâ nature et, maître. infortuné ,
Je gourmande en tyran ce corps qu’il m’a donné?
Dans,^ sa morale enfin trouverai- je des charmes ,
Quand il appelle heureux ceux qui versent des larmes?
Je gourmanch , etc. Les philosophes païens avaient raisonné de plusieurs façons différentes sur le souverain bien. Jésus-Christ commença son sermon sur la montagne par décider cette grande question : Heureux ceux qui pleurent , heureux ceux qui souffrent , etc. Et le premier à qui il assure , suivant la réflexion (|^e M. Bossuet , une place dans wn paradis , est un compa^on de sa croix , mquraut sur
elle à côté de lui. ' .
CHANT VI. r
Ainsi parle un mortel qui combat à regret ' Une Religion qu’il admire en secrèt. >
Frappé de sa grandeur, il la croit, il l’adore.: Troublé par sa morale , il veut douter encore.
Il repousse le Dieu dont il craint la rigueur. Achevons le triomphe en parlant à son cœur;.
Et cherchant un accès dans ce cœun indocile-, Chassons l’impiéjté de son dernier asile. , '
A la Religion si j’ose résister ,
C’est la raison dn moins que je dois écouter.
A la divine loi quand je crains de souscrire ,
Celle de la nature a sûr moi tout l’empird.
Je veux choisir mon jpug , et qu’entre ces deux lois Mon intérêt soit juge et décide mon choix.
Sans doute qu’indulgente à nos âmes fragiles La raison ne prescrit que des vertus faciles : N’ailons point toutefois les chercher dans Platon, Et laissons déclamer Sénèque et Cicéron.
Ces fastueux censeurs de l’humaine faiblesse ,
Ainsi parle, etc. Les hommes , ‘dit Abadie-, sont incrédules parce qu’ils 'veulent l’être ; et ils 'veulent l’être parce que cest l’intérêtde leurs passions. Ce n’est point ordinairement l’incrédulité qui fait les voluptueux, c’est .la volupté qui ^ait presque tous les incrédules.
N’allons point, etc. Dans la science de la naline lés anciens philosophes nîont débité que des erreurs. Dans la science dp la morale ils ont débité les plus grandes vérités , • parce que la loi naturelle grave ces vérités dans nos cœurs. Quel sévère casuiste que Cicéron dans ses OlfîceS ! Mais ces vérités se trouvent même •chez les poètes , d’où l’on peut tirer un abrégé de morale. et les grands principes sur nos devoirs envers Dieu , envers les hommps et envers nous-mêmes.
luspires par Torgiicil plbs que par la sagesse,
Peut-être en leurs ébrits remplis d’austéritêt Ont suivi, la raison moins que Ict/r vanité.
Fuisons.parler ici des docteurs moins rigides-;
'Que les poètes seuls soient nos aimables guides.
De leurs vers enciiutiteurs , où tout doit nous charmer, 'X.a morale n’a rien qui nous doive alarmer.
Cherchons-y ces devoirs qui , tous tant que noos sommes ,
Nous attacbeât au Ciel , à nous , à tous les hommes.
« De Jupiter partout l’honame est environné, Rendons tout à celui qui nous a^tout donne; Jetons-nous dans le sein de sa bonté suprême.
Je suis cher à mon Dieu beaucoup plus qu’à mdi* même.
Notre encens pourrait-il , par sa stérile odeur ,
D*un Etre souverain contenter la grandeur?
D’un méchant qui le prie ibrejette l’ofTrande. ,
Un coeur juste , un cœur saint , voilà cc qu’il demande, ' ,A l’un de ses côtés la justice debout Je^tc sur nous sans cesse un coup d’œil qui voit tout. Et, le glaive à la main , demandant ses victimes , Présente devan^lui la Jiste de nos crimes.
Mais d^ l’autre côté la clémence à genoux- ,
Lui présentant nos pleurs , désarme 'son courrouX;,
De Jupiter , etc. Jovis omnia plena. Yirg. Hinc omn» principium^i hue rvfert exitum.HoK. •
A l'un tle scs côtés ^ de. Cette image delà justice di^ne est dans Hésiode^ et celle de la clémence est dans Stace, Théb. 13, • • .
■ Quand pour moi si souvent fimplorela clémence i N'en aurah;je jamais pour celui 'qpi m'offense ? ,,
Je plains le malheureux qui prétend qa'oufrager)
Et j’abandonne au Ci<d le soin de me v>nger. " ' Si je n'ose hai'r l’ennemi qui' m'aflligc ,
Que ne dois-je donc pas à l’ami qui m’oblige l Je donne à ses defauts des noms officieux.;
Mon cœur pour l’excuser me rend ingénieux.
Il m’excuse à son tour , et de mon indulgehée, ^ Celle qu’il a pour moi devient la récompense.
Ma charité s’étend sur tous ceux que je voi.
Je suis homme , tout homme est un ami pour moi.
cc Le pauvre et l’étranger, le Ciel me les envoie , . Et mes mains avec eux partagent avec joie . • ' Des biens qui pour moi seul n’étaient pas destinai i Les solides trésors sont ceux qu’on a donnes.
D’une âme généreuse 6 volupté suprême t •
Dn mortel bienfaisant appix)che de Dieu même. L’amour de ses pareils sera toujours en lui Des humaines vertus l’incbranlablc appui.- Voudrait-il, alarmant ma tendresse jalouse.
Me faire soupçonner la foi de mon épouse ?
Et J abandonne y etc. La vengeance , dit Juvénal , est le partage d’un pc^it esprit. Jnjirmi est animi esciguijue voluptas ttUio. ^
- Je donne à ses , etc. dtpater ut nati , sic nos debemus amici ^ etc. Ce bel endroit d’Horace est su de tout le monde.'
Les solides trésors, etc. Fameuse épigramme de Martial: Solas quas dederis semper habebis opes, .
ia4 LAREUGION, \
O criniel qüi des lois trains partout la rigueur A tes ;preçiiers attraits il a fermé son cœuri Qui nourrit en secret un désir téméraire ,
Même dans uû corps pur porte une âme adultère.
La pudeur est’le donlè plus rare des Cienx.
Fleur brillante j l’amour des hommes et des. dieux ,
Le plus no'Ee ornement’ de la plus riche plaine , Tendre fleur que flétrit une indiscrète haleine. L’amour , le tendre amour flatte èn vain mes désirs ; L’hymen' J le seul hymen en permet les plaisirs.
« Des passions sur moi- je réprime l’empire.
Le monde à mes regards n’offre rien que j’admire.
Libre d’ambition , de soins débarrassé ,
Je me plais dans le rang où le Ciel m’a placé ;
Et, pauvre sans regret j ou richç saas attaçhe,
L’avarice jamais au sommeil’ ne m’arrache.* ‘ '
Je no vais point, des grands enclave fastueux.
Les fatiguer de moi , ni me fatiguer d’eux.
Faux honneurs ! ^ vains travaux î vrais enfahs que
vous êtes , ' ' • ■ ,
Que de vide , ô mortels I dans tout Ce que vous faites ! Dégoûté justement de tout ce que je voi ,
Je me hâte de vivre , et de vivre avec moi.
Je demande et saisis avec un cœur avide Cesvmomcns que m’éclaire un soleil si rapide, • Dons à peine obtenus qu’ils nous sont emportés ; Momens.que nous perdons et qui nous sont comptés.
La pudeur , 'etc. Cette sentence est dans Euripide. 'Que,de vide, etc. O curas hominum ! ô quantum est in
rçijtis inane ! V%K&, - '
* ' tHANT Vf.’ ■ 1*5
L’estiinfe des mortels flatte peu mon envie.
J’e'vite leurs regard» et, leur caclie ma Vie,
Que mes jours , pleins*^de calme et de sérénité , , Coulent dans le isUçnce et dans l’obscurité :
Ge jour même des miens est le dernier peut-être. , Trop connu de la terre , on meurt san 3 se connaître. Je l’attends celle mort sans crainte ni désir ;
Je ne puis l’avancqr , je ne puis la^.choisir. . L’exemple des Caton est trop facile à suivre.
Lâche qui veut mourir ; courageux qui peut v\vre. Demeurons dans le poste où le Ciel nous a mis. •
Et ,• s’il nous en rappelle , à ses ordres soumis' , Partons. Heureux ^alors qui , tournant en arrière Un regard sur les pas de toute sa carricrè ,
Sur tant de jours passés , qu’il se rend tous prescris, Quelque nombreux qu’ils -soient, les voit tous ihiiocens ! ^ . *
Quel doux contentement goûte une âme ravie !
Ah ! c’est jouir deux fors du plaisir de la vie. »
J’évite leurs regards, etc. Dcne qiiilatult, bcne'vlxit. Maxime d’Ovide.- v \
Ce jour même , etc. Omnem crede dlcm tîhi dduxisse supremum. Grata superveniet , etc. Hor. , , ‘
^Mcfie qui veut mourir , etc. C’est Martial (|ui l'a dit ;
- Behus in angustis facile est contcmn'ere yilam.
Fortiiis ille jacity qui miser esse, polest.
Platon et Cicéron , en disant qu’il n’est pas permis à une sentinelle de sortir de son [)oste sans l’ordre de celui qui l’y a placée , ont condamné l’Jiomicide de soi-nième par une meilleure raisun. Il n’est pas étoitnant que les païens aient condamné ce que rien ne peut justifier.
Ahl. c^st jouir f etc. Belle épigranitue«le Martial sur un
Voilà donc qette loi si pleine de douceurs ,
Cette foute où jjai cru njàrchcr parmi les fleurs.
Quoi ! je trouve phriout la mo*ale crucUe.
Catulle m’j^- ramène / Horace m’y rappelle.- TibuUe'm’en réveille un triste souvenir ,
Lorsque de sa Délie il croit m’entretenir.
La règle de mes mœurs , cette loi si rigide ,
Est e'erite. partout et même dans, Ovide.
Oui , c’est dans ses écrits , dont jfétâis amoureux ,
la raison in’impose un joug si ngonreux.
Que m’ordonne de plus , à quel joug jJui pénible
•Me. condamne le Dieu qu’on m’a peint si terrible?
Mon choix n’est plus douteux , je jic balance pas.
Eh quoi ! déjà vertu respectant les appas , L’amour de mon bonheur me pressait de la suivre Dohx, chaste , bienfaisant, pour moi seul j’allais vivre : O grand Dieu ! sans changer j'obéis à ta loi ;
Doux*, chaste , bienfaisant, je vais vivre pour toi. Loin d’y perdre*. Seigneur , j’y gagne l’assurance De tant de biens promis à mon obéissance.
Que dis-je ? La vertu qui m’avaitrenchanté ? •
\ ieillard qui ne se repen t d’aucun jour de sa vie ; Præleriios- • ^ue dies et tutos ivspicU annos ; ce qui fait dire à Martial :
Ampliat œtalls spatium sihi vîr bonus ; hoc est Viveve bis vhq posse priore f'iti.
Doux, chaste, etc. Cicéron dépeint dans ses Offices ce contentement d’une âme vertueuse :-5/ considerare votumns sit In n'alurd cxcellentia et digjiUas^; inlelligemus fjnàni sit turpe difjluere lu^urid , et delicalh ac laoUiter 'viveiv , fjuàmqùd h^nestnift , parce , contuicnler , severè , sobnè.
CliANT VI: • lar
Sans toi , gu| m’eût servi chérir sa beauté ?
De ses^attraits , hélas! admirateur stérile ,
J’aurais poussé vers elle un soupir inutile.
Qu’était l’homme , en eflTet, qu’crreur, illusion,
Avant le jour heureux de la Religion? ' ’ •
Les sages, dans leurs mœurs , démentaient leurs maximes.
Quand Lycurgue s’oppose au torrent.de, nos^çrimes , '*
Législateur impur il en grossit le cours.
Ovide est quelquefois un Sénèque en discours :
Sénèque dans ses mœurs est souvent ün Ovide.
A l’amour qui ne prend <(ue sa fureur pour-^uide Des mains de Solon' même un temple fut construit.
De tes lois, ô Solon ! quel sera donc le fruit?
Et quel voluptueux rougira de ses vices ,
Ouand ses réformateurs deviennent ses complices ?
Toute lumière alors n’était qu’obscurité ,
Et souvent la vertu n’était que vanité.
Je déteste ces jeux d’où Caton se' retire ,
En méprisant Caton qui veut que je l’admire.
Je déleste, etc. Les jeux de Flore se repèésentafient avec des licences très-scandaleuses. Caton (|ui y a^islait s’apercevant que, par respect pour sa présence', le peuple u’osajl demander aux acteurs letirs licences ordinaires, se relira pour laisser toute liberté, ce qui a fait djre à Martial: Puisque tu savais ce qui se passait à ces jeux , pourquoi , Sévère Çaton, y venais-tu? .Tu ny venais donc que pour en sortir?
Nosses jocoscç dulce cum sacrum Florœ , ' ‘ ’
^ , Feslosque lusiis et Ucentiam vulgi ,
Cur in theatrum , Cato severe ,venisti? ^
• Jn ideb tantîun vénéras ut exires ? ^
ta réflexion de Martial est juste ; maiselle ne va pas-assci ^ •
iî»6 • LA RELIGION,
De rhinnaine vertu reconnaissant rdcue^j' • < , Quand l’homme n’est qu’à lui , ' tout l’hoin'me est à . l’orgueil. ^ ‘
Il n’aime que lui seul \ dans ce désordre extrême ,
Il fant pour leJguérirl’arracher à lui^mêrae. ’
Mais qui pouma' porter ce grand dôup dans son cceor? De la Religion le charme ^est son- Vainqueur.
Elle sculfe'a'détruit le plus.grànd des obstacles; Reconnaissons aussi le plus ^rahd dès miracles.
Le cœur n’est jamais vide. Un amour ciTacé ,
Par un nouvel amoilr est toujours. remplacé ; .
Et tout objet qu’elTacc un objet pUis aimable ,
Si tôt qu’il est chasse , nous paraît haïssable. L’hommcs’aimait; Dieu vient, ilnousdit : y^i/nez-moi, j4ime:^-vous : Varnonr seid comprend toute ma loi. Nouveau commandement. Le maître qui lé donne Allume, dans les cœurs cet amour qu’il ordonne. L’homme se sént brûler d’une ardeur qui lui plaît : Plein du Dieu qui l’enchante aussitôt il se bail.
Tout en lui jusqu’alors lui parut admirable ;
Tout en lui maintenant lui paraît rhéprisable.
Il s’abaisèe', dû sein de son humilité
Sort un homme nouveau qu’a fait la charité ,
Quand fcc n’est plus pour lui , mais pour son Dieu , qu’il s’ainfe.
Use réconcilie alors avec lui-même.
loin. Caton est condamnable de veïîir à des jeux où la pudeur défend d’assister. Caton ii’esl-pas' moins condamnable de se retirer quand il voit que sa pi^ence contient le peûpie. Son indigne complaisance est'Ia prétive de savanità.
CHAIST VL lag
Si tôt q^e par l’amour l’ordrje fut rétabli , »
Des plus grandes vertus l’upivers .fut rempli..
Et qu’cst-ce que l’amour trouyerait .de pénible.? <• •
Les supplices , la mort n’ont rien'qui soit terrible : D’innombrables martyrs se bâtent d’y dourir, .. .
Dieu ne veut plus de sang; amourebx de souffrir j- Les Saints s’arment contre- eux de rigueurs îyalutaircâ.
Les de'serts sont peuple's d’exile's volontaires ,
Qui toujours itinoccns se punissent toujours. *
A la virginité l’on consacre ses jours ;
Le corps n’a plus d’empire , et l’âme toute pime Impose pour jamais silence à la nature. ^ *
Deux cœurs tendres qu’unit la main qui les a faits.. Goûtent dans leurs plaisirs une innocente paix ,
Et leur cbainc est pour eux aussi sainte que chère.
Le pauvre et l’orphelin dans le riche ont un père.
Au plus juste courroux qui peut s’abandonner ,
Quand le prince lui-même apprend à pardonner ?
Théodose est en pleurs /'‘Arhbroîse en est la cause. J’admire également Ambroise et Théodosc.
A ces traits éclatans reconnaissons les fruits .
Que, fertile en héros , l’amour seul .a produits.
IJn culte sans amour n’est qu’un stérile hommage : L’honneur qu’on doit à Dicun’adm'et point de partage»
Les déserts sont, etc. Après le spectacle des martyrs , la Religion offre celui des solitaires. Il semble que Dieu ait voulu les opposer à ces philosophes qui avaient prêché à leurs discqdesla retraite elle silence; mais ces disciples-de Jésus-Chrîsl , loin de chércher la science dans leur retraite , souvent ne savaient pas lire ; ils ne dicrchaienl que 'les austérités , la prière et l’oubli du mpnde.
i3o LA RELIGION,
Ses temples sont nos cœurs. Quel terme , dirèz-vous , Doit avoir cet amour qu’il exige de nous ?
$i vous le demandez, vous n’aimez point cncôre :
Tout rempli de l’objet dont l’ardciii^^e de'vore ,
Quel autre objet un cœur pouriait-il recevoir ?
Le terme de l’amour est de n’en point avoir.
forgeons point ici de chimère mystique.
Commcbt faut-il aimer ? La nature l’explique.
De toute autre leçon mèpri.^afit la langueur,
Ecoutons seulement le langage du cœur.
M La grandeur, ô mon Dieu ! n’est pas ce qui m’en-
c^iantu ;
Et jamais des ticsors la soif ne me tourmente.
IVIa seule ambition est d'être tout à loi.
Mon. plaisir , ma grandeur, ma richesse est ta loi;
Je rte soupire point après la renornmée.
Qu’inconnue aux mort» ls , cri toi seul renfermee ,
Ma gloire n’ait janiais qiie les yeux pour témoins. C’est en toi que je trouve un repos dans mes soins ; Tu me tiens Jieu du jour dans celte nuit profonde ;
Au milieu d’un de'sert tu nic<re'nds tout le monde.
Les hommes vainement m’offriraient tous leurs biens, • Les hommes ne pourraient me séparer des tiens.
Ceux qui ne t’aiment pas , la loi leur fait entendre Qu’aux malheurs les plus grands ils doivent tous s’attendre.
O menace , mon Dieu , qui ne peut m’alarmer !
Le plus grand desmalh.eurs est de ne point l’aimer: Que la croix dans mes mains soitsVma dernière heure, Et'que les ye'ux sur foi , je L^embrassc et je meure ! » C’est d ans ces vifs transports. que s’exprime l’amour.
CHANT VI. ‘ . i3i
llélaS ! ce feu dWin s’éleint de jour en jour , ^
A peine il jette encor de languissantes fldmnes. L’amour meurt dune les coeurs , et la foi dansles -âmes; Qu’êtes-vous devenus , beaux siècles, jours naissans , Temps heureux de l’Eglise , 6 jours si florissaas!
Et vous , premiers Chrétiens, 6 mortcIs^ admirables ! Sommes-nous aujourd’hui vos enfans ve'ritablés ? Vous n’aviez qu’un tre'sor et qu’un cœur entre vous; Et sous la même loi nous nous haïssons tous.
Haine affreuse , ou plutôt impitoyable rage ,
Quand par elle aveuglés nous croyons rendre hommage
Au Dieu qui ne prescrit qu’amour et que pardon. Dieu do paix , que de sang a coulé sous ton nom ! N’out-ils jamais marché que sous ton orrflammo , Imprimaient-ils aussi (on image en leur âme ,
Tous CCS héros croisés qui , d’infidèles mains Ne voulaient, disaient-ils , qu’arracher les lieux saints? Leurs crimes ont souvent fait gémir l’infidèle :
En condamnant leurs mœurs vanüonS -da moins leur zèle ; . .
Mais détestons toujours celui qui parmi noos De tant d’affreux combats alluma le courroux.
Quels barbares doctehrs avaient pu nous apprendre . Qu’en soutenant un dogme il^faut pour le 'défendre , Armé du fer saisi d’un saint 'emportement , ,
Dans un cœur obstiné plonger son argument ?
A la fin de mes chants je me hâte d’atteindre;
Et si je ne sentais ma voix prête à s’éteindre ,
Vous me verriez peut-être attaquer vos erreurs ,
Vous qui, de l’hérésie épousant les fureurs ,
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i3a LA RELIGION ,
Enfans da même ‘Dieu , nés de la même mère ,
Suivez un étendard au nôtre si contraire.
Unis tous autrefois , maintenant écartés ,
Qui l’a voulu ? C’est vous qui nous avez quittés ;
Vos pères ont été les frères de nos pères ;
Vous le savez : pourquoi n’ètes-vous plus nos frères ? Avez-vous pour toujours rompû-des nœuds si chers'. Accourez , accourez ; nos bras vous sont ouverts.
De coupables aïeux déplorables victimes ,
Ils vous ont égarés ; vos erreurs sont leurs crimes. Revenez au drapeau qu’ils ont abandonné.
Par le Père commun tout sera pardonné.
Songez, songez que même à nos aînés perfides ,
Aux restes odieux de ses fils parricides ,
Ce Dieu tant outragé doit pardonner un jour Contre toute espérance espérons leur retour.
Oui , le nom dè Jacob réveillant sa tendresse , n se rappellera son antique promesse.
Il n’a point épuisé pour eux tout son trésor ;
L’arbre long-temps séché doit refleurir encof.
. Qui l’a voulu ? H jr a toujours , dit M. Bos^et , ce fait malheureux contre les hérétiqueSi Ils se sont séparés du grand corps do V Eglise. Mais pour hous quelle consolation de pouvoir , depuis notre souverain Pontife , remonter sans interruption jusqu à. saint Pierre , établi par Jésus- Christ; d’où , en reprenant les pontifes de la loi, on 'va jus-'' quà Aàron et Moïse; de là jusqu’aux patriarches et jus- . qu’à l’origine du monde! Quelle suite !^ quelle tradition ! quel encLainément merveilleux ! i
Contre toute espérance , etc. Leur fetoiir nous est annoncé par saint Paul , Rom. XI , comme M. Bossuet l’a si bien développé.
CHANT VI. i33
Us sont prédits les jours où > par des pleurs sincères ^ L’enfant eflacera l’opprobre de ses. pères.
Tremblons à notre tour ; ils sont aussi prédits Les jours on l’on verra tous nos cœurs refroidis :
•Ce temps fatal approche. O liens salutaires ! ' .
Vous captivez encor quelques âmes vulgaires :
/ Mais un süblime esprit vous brave hautement Et se vante aujourd’hui de pènscr librement.
D doute , il en fait gloire , ,et sans inquiétude Porte jusqu’au tombeau sa noble incertitude'.
Tout était adoré dans le siècle pa'ien : ' *
Par un excès contraire , on n’adore plus rien.
11 faut qu’en tous ces points l’oracle s’accomplisse :
Il faut que par degrés la foi tombe et périsse , Jusqu’au terrible jour tant de fois annoncé ,
Ce jour dont l’univers' fut toujours meAacé ;
Jour de miséricorde , ainsi que de vengeance.
Déjà je crois le voir, j’en frémis par avance.
Déjà j’entends des mers mugir les flots troublés:
Déjà je vois pâlir les astres ébranlés.
. Le feu vengeur s’allume , et le son des. trompettes ' Va réveiller les morts dans leurs sombres 'retraites.-
Porte jmquau tofnbcau , etc. On rapporte qu’une dame de Londres , après avoir lu un ouvrage de Sherlock , sur l’immortalité de l’âme , se pendit dans sa chambre , et écrivit auparavant sur sa cheminée ce vers :
• .1 Sherlock, je doute encore, et je vaif m écledrcirt
LA-KELIGîON,
Ce jour Cbt le -ilurriicr «les jours de Tunivcrs#
Dieu çitc devant lui tous les peuples divers f F,t pour en se'parcr les Saints , son héritage ,
De* sa Religion vient consommer l’ouvrage,
La terre , Ib soleil „le temps., tout va p^rir , •
Et de Vetemitc les portes vôht s’ouvrir.
Elles Vouvrent. Le Di'eu^si long-temps invisible V.
S’avance , précédé de. sa gloii^e terrible ; ,
Entouré (bf tonnerre , au milieu des éclairs , '
Son trône étincelant s’élève dans les airs ;
Le £[rand*rideau se tire , et ce Dieu vient en maître.
Malheureux qui pour lors çommmence à le connaître !
Ses Anges ont partout fait entendre leur voU ; »
Et , sortant de la poudre une seconde fois ,
Et sortant J, efc;l,oin que laxaison nou.s prouve J’impocsibilité de la résurrection des corps, elle nous en assure la possibilité. La nhiure semble clle-inéme nous en offrir une image dans une brillante résurrection des plus vils insectes * dont j’ai parlé au premier chant: prodige que la ph)sique ne peut e.xpüquer. Celui qui peut changer une chenille en ». papillon ; eelui qui a fait le corps humain , ouvrage si admirable j-ceKii- qui a pu l’unir avec lame, a pu rendre cctle union élcruelle ; et, s’il veut la rompre pour un temps , il peut'Ia rétablir cnstiile. Là raison nous dit qu’aucune substance n’est anéantie. Dieu peut sans doute séparer celles qu’il a unies, et-réunir celles qu’il a séparées. La raison nous persuade qu’il le peut , et la Religion nous assure qu’il le veut. La société entre l’àme et le corps devait d’abord , être éternelle. La mort fut la peine du péché. Dieu ordonna 4)ue la société serait rompue pour un temps , mais il a prédit qu’il la rétablirait un jour.
IJO
Lo genre humain tremblant , sans appui , sans re^ fuge ,
Ne voit plus de grandeur que celle de son Juge ; Ebloui des rtiyons dont il sc sent percer ,
L’impie avec horreur voudrait les repousser.
Il n’est plus temps. Il voit la gloire qui l’opprime / Etlonibc enseveli dans l’éternel abîme ,
Lieu de larmes, de cris et de rugissemens.^
Dans ce séjour affreux quels seront vos tourmens, Infidèles chrétiens, cœürs durs , âmes ingrates , Quand , malgré leurs vertus, les Titus , les Socrates ( Hélas ! jamais du Ciel ils n’ont connu les don»)
Y sont précipités ainsi que les Gâtons ? ^ *
Lorsque le Bonze étale en vain sa pénitence ; ‘ *
Quand le pâle Braminu , après tant d’ abstinence Apprend que contre soi bizarrement cruel Il ne fit qu’avancer son sppplice éternel ?
De sa chute surpris le Musulman regrette Le paradis charmant propaîs par son prophètfe ,
Et , loin des voluptés qu’attendait son erreur ,
Ne trouve devant lui que lainage et l’horreur.
Le vrai Chrétien lui seul ne voit rien qui l’étonno ,
Et sur ce tribunal que la foudre environne n voit le meme Dieu qu’il a cru sans le voir ,
L’objet de son amour ', la fin de son espoir*
Mais il n’a plus besoin de foi ni d’espérance :
Un éternel amOur en est la rédompensc.
Sainte Religion , qu’à ta grandeur offerts Jusqu’à ce dernier jour puissent durer mes vers I D’une musc toujours compagne de ta gloire, Autant que tu vivras , fais vivre la mémoire.
i36 LA RELIGION , CHANT VL,
,La sienne Qu’ai-je dit? où vais-je m’ëgarerî Dans un cœur tout à toi l’orgueil veut-il entrer? Sois de tous mes désirs la règle et l’interprète / Et que ta seule gloire occupe tou poète.
Flî« DU POÈaiJB DE LA BELIGIOX.
PIV^ÉFACE
DÈ L’AHTEÛR.'
La célébré maison de Saînt-Cyr ayant été principalement établie pour, élevef dans la piété un, fort g^r^pd nombre de jeunes Demoiselles rassemblées de tous les; endroit» du royaiimey on n’y a rien publié de tout ce qui pouvait contribuer à les rendre càpables- de .servir. Dieu- ‘ ^ # •
dans les différens états où il, lui plaira.de les appeler. Mais en leur montrant les choses ej^sen-i tielles et nécessaires , on np, néglige pas de Leur apprendre ceîles,qui peuvent servir à leur polir l’esprit et à leur former le jugement. On a i^giné pour cela plusieurs nao^ens qui, sans, les; détourner de leur travail et de leurs ezeucices
, ordinaires, .les instruisent en les divertissant.
On leur met,,^pouf ainsi dire,.^à proùt-leur» heures de récréatioiM. Onleurfait,fi|üre entr’elles
sur leurs principaux devoir^j ' des conversations 'ingénieuses , c[u*on’ *kur % composées’^'ou qu’elles-mêmes composent sur-lecharnp. On' les l'c^t parler sur les histoires qu’on
leur a lues.» ou sur .les importantes vérités qu’on leur a enseignées. On leur fuit réciter par cœur et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poètes. Et cela leur sert surtout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations qu’elles poufraiènt avoir apportées de leurs provinces. On a soin aussi de faire apprendre li'chanter à celles qui ont de la voix, et On ne leui* laisse pas perdre un talent qui
peut les amuser Innocemment et qu’elles peu-
,vent employer un jour à chanter les louanges
dO'Dieu. . : r i ' .
• Mû,is la plujikrtVdës .plus eXceîlenfS' vprs de
nôtre langue ayanÉ été composes ‘sur des ma- « ^ • • tiéres fqrt profanes i'.et' nos plus beaux cirants
étant des' par’oiès e^trêrrremënt, molles et. ■■elféminées , capables de faire dfels îtnpfessions
dangereuses sdr dé' feunés esprits les' persOnnfes; iljustres quf ont 'bien vouki prendre la principale dii'éction de cette maison ^ ont sou-
haité qu’il y eût quelque 6uvrage,qaî ,^saUs avoir toiisçes déûigts, pût produire une partie de ces sons effets. Elles me fir^t l’ironneur de me communiquer leur dessein e^même de me demander si je ne pourrais pas faire, sur quelque sujet de piété et de morale , une espèce de poème où le* chant fût mêlé avec le récit , le tout lié par une a^ction qui rendît la chose plus
vive et moips capable d’ennuyer. . , »
Je leur proposai^ lé sujet d’Esther, qui les frappa d’abord y cette histoire leur paraissant pleine de grandes leçons d’amour de Dieu Çt de détachement du monde aü milieu du monde ' même. Et je crus de mon, côté que je trouverais assez de facilité à traiter ce suj.et; d'auUint plus qu’il me sembla que^, ^ns allirer aucune des circonstances tant soit peu essentielles ‘dé
l’Ecrituî'e- Sainte , ce qui Serait à mon avis une espèce de sacrilège^, je pourrais^ remplir tpute mon action avec les seules scènes que Dieu
lui-même , pour ainsi dire , a préparées.^
J’entrepris* donc la chose, et je m’japerçus qu’en travaillant sur le plan ■qii’nn.» m’avait donné j’exécuterais en quelque sort*e ün dessein
<j PRÉFACE.
qui m'avait souvent passé' dans l’esprit, qui
était de lier ,, comme dans les anciennes tragédies grecques, Je chœur et le chànt avêc l’action , et d’employer à chanter les Jouanges du vrai Dieu cette partie du chœiir que les païens employaient à chanter les louanges de leurs fausses divinités.
'A dire vrai, je ne pensais guère queda chose dût être aussi publique qu’elle' l’à été.' Mais les ^ grandes vérités de l’Ecriture et la manière sublime dbnt, elles y sont énoncées , pour peu qu’on les .présente , même imparfaitement, aux yeux des hommes , sont si propres à les frapper , et 'd’ailleurs ces jeuneç Demoiselles ont déclamé et chanté cet ouvrage' avec tant
de grnte, tant de modestie et tant de piété , qu’il n’a pas été possible qu’il demeurât renfermé' dans le secret de leur maison. De sorte qu’un ’divertiSsémenft d’enfans est devenu le
sujet de l’empréssetnent de toute la cour: le
roi lui-même, qui en avait été touché, n’ayant
pu refuser à tout ce qu’i}^ y a de plus grands seigneurs de les y mener, a eu la satisfaction de ^voîr ,• p&r.ré plaisir qu’ils ont pris, qu’on
peut atassî bien sç diFcrtlr aux sujets de piété , <ju’à tous'ies spectacles profanes.' *
Au reste, 'qubkiiie j’aie évité soigneusement de mêler le profane avec lesacré, j’aî cru néan- . moins que je pouvais emprunter 'deux ou trois . . traits d’Hérodote pour mieux peindre Âssuénià. Ga^ j’ai suivi ie sentiment de plusieurs savant interprètes de rEcriture , qui pensent que ce roi est le même que' le 'fameux Darius, fils d’Hystaspe, dont parlé cet historien. En-effet . ils en ‘ràppprtent , quantité ”de preuves, dont quelques-unes irte paraissent des démonstra- , tions. Mais je li’aî pas jugé à propos de croire ce même Hérodote sûr sa parole ,'lorsqu’il dît que les Perses n’élëvaient ni temples , ni au- ‘ tels, ni statues à leurs dicnt,' et qu'ils ne se serveient point de libationsAl/iH^ leurs sacrifices.
Son témoignage est expressément 'détruit par l’Ecriture ,'’aus8Î bien que par Xénophon beaucoup mieux instruit que ^jiii des mœurs' et des affaires de la- Perse, et enfin parQuînté-CurCe.
On peut dire que l’unité d’n lieu est observée
dans cette pièce, en ce que toiite l’action se
passe dans le palais d’Assuérus'.'^Gependant «
ô ‘ - préface;
comme on voulait reodie ce divertissement plus agréai)Ie à deg enfans, eo jetant .qiielque variété dans les décorations,, cela a été cause que je n’ai pas gardé, cette unité avec la même rigueur’que ^ RaT fait autrefois, dans mestracédies.v
Je crois qu’il est bon d’avertir ici que^ bien qn’il y ait dans Esth>er des persponagé^ d’hom- • mes , ces personnages n’oni; pas, laissé d’être
représentés par des filles ayec doute la bien-
séapce de leur sexe, la chqse leur a été d’autant plus aisée qu’ancienne ment les habits des Persans et des Juifs étaient de longues robes
qui tombaient jusqu’à terre. .
Je ne pui? 'me i^oudre à finir cette préface sans rendre pelui qui à fait Ja, musique la justice qui jqi jési due Vjct sans cpnfpsscr’ franchement que ses chants ont fait un des plus grands agréjnens de la pièce. Tousles. connaisseurs .demeurent d’accord que ^depuis longtemps on n’a point entendu d’airs plus tou-
chans, ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la musique du dernier choeur^un peu trop longue, quoique très-
belle.. Maïs qu’auraît-on dit de ces jeunes Is-
raélites , qui ayàient tant fait de, fœti^ à Dieu pour être délivrées de l’horrible péril où elles étaient, si. ce péril étant passé, elles luv^n avaient rendu de médiocres actions^de grâces? Elles auraient directement ' péché contre la louable coutume de leur nation , où l’on ne recevait de Dieu aucun bienfait signalé qu’on ne l’en remerciât sur-le-champ par de fort longs cantiqées ; témoins ceux de Marie; soeur de Moïse, deiDèbora et de Judith, et tant d’au- •
très dont l’Ecriture est pleine. On dît même que les Juifs, encore aujourd’hui, célèbrent |lar de grandes actions de grâces Je jour où leurs ancêtres furent délivré? par Esther de la cruauté d’Âman.