‹ La religion poèmeChapitre 13 sur 69 · I^A RELIGION · texte numérisé non relu

I^A RELIGION

Frémit sar ira amas de lances et d'ëp^es. <

Aux champs de'shonorés par de si longs combats ,

La main du laboureur renâ leurs premiers appas. ‘ Le marchand loin du port , autrefois son asile ,

Fait voler ses vaisseaux sur une mer tranquille. • '

Les poètes , surpris d’un spectacle. si beau ,

Sont saisis à l’instant d’un transport tout nouveau. Ils annoncent que Rome , après tant de miracles , , Va voir le temps heureux prédit par ses oraples*

Un siècle, disent-ils , recommence son cours ,

Qui doit de Vdge dtor nous remener les jours.

Déjà descend du ciel une race nouvelle ;

La lerre va reprendre une face plus belle ;

Tout y deviendra pur, et ses premiers forfaits ,

S'il en reste , seront effacés pour jamais, >

Tant de prédictions qui frappent les oreilles Font d’un grand changement espérer leé merveilles. Vero l’orient alom chacun tourne les yeux ; >

C’est de là qu’on attend ce'Roi victorieux ‘

Qui , sortant des climats 'où le jour prend naissance , Doit soumettre la terre à son obéissance.

Jérusalem s’éveille à des bruits si flatteurs ;

L’héritier de Jacob en cherche les auteurs.

' Jérusalem s' éveille, etc. Les Juifs étai«atsi persuadés que le temps du Messie était arrivé , que quelques-uns d’eux prirent Hérode pour le Messie. Ainsi , en même temps qu’ils attendent le grand événement, prédit par leurs Prophètes , les Romains, de leur côté, attendent: un giand changement qui , suivant leurs sibylles , doit arriver sur la terre : et dan^ cette attente géitérale J. C. paraît.

Des Prophètes sacrés parcourant les volumes ,

Sans peine il reconnaît le siècle dont leurs plumes , Ont écrit tant de fois lès jours délicieux.

' « U est venu ce temps , Pespoir de nos aïeux , w Où le fer dont la dent rend les guérets fertiles ' Sera forgé du fer dès lances mutiles,

« La justice et la paix ^embrassent devant nous.

« Le glaive étincelant d’un royaume jaloux « N'ose plüs aujourd'hui s’irriter contre un autre ;

« Le bonheur des humains noos annonce le nôtre ; - « Sous un foug étranger nous avons succombé ,

« Et des nudns de Juda notre sceptre est tombé.

«c Mais notre opprobre même assure notre gloire :

« Des promesses du Ciel rappelons là mémoire. >*

Cependant il pamtt à ce «peuple étOnnë '

Un homme ( ai ce nom lui peut être donné )

Qui , sortant tout à coup d’une retraite obscure ,

En maître et comme Dieu commande à la nature i A sa voix sont ouverts des yeux long^temps fermés ,

^ Où le fer , etc. 'Conflahunl gladios suos in 'vomercs , et

' lanccas suas in falces. Is. a. v.

Les miracles de J. C. sont l’Aposîat qui s’écria* : Qn'aterre ? A moins qu’on ne regarde comme une grande merveille d’ouvrir les yeux anx aveugles^ de guérir les malades ^ èld. Pourquoi Julien veutil que ce ne soit pas une grande merveille ?\'

En maître etc. Non-seulement la nature obéit quand il

. Cependant il parait , etc.

àvou4 par Celse et par Julien t-il fait de considérable sur la

lui parle , mais quand il lui fait parler ses serviteurs ; il envoie ses Apôtres prêcher , en leur disant : Allez . guérissez les malades , ressuscitez les morts. C’est un maître qui charge de ses commissions ceux qui lui appartiennent.

Du soleil qui les frappe éltlouîs et charmés.

D’un mot il fait tomber lu barrièx e invincible * *

Qui rendait une oreille aux sons inaccessible ;

Et la langue qui sort de la captivité '

Par de rapides chants bénit sa liberté., , ^

Des malheureux traînaient leurs membres inutile^ Qu’à son ordre , à l’instant , ils retrouvent dociles. Le mourant étendu sur un lit de douleurs

De ses fils désolés court essuyer les pleurs. . - a

La mort meme n’est plus certaine de sa proie.

Objet tout à la fois d’épouvante et de joie ,

Celui que du tombeau rappelle un cri puissant '

Se relève , et sa sœur pâlit en l’embrassant.

D ne repousse point les fleuves vers leur source ;

Il ne dérange pas les astres dans leur course.

On ldi demande en vain des signés dans les deux : Vient-il pour coptenter les esprits curieux ? >

Ce qu’il fait d’éclatant , c’est sur nous qu’il l’opère , ‘Et pour nous sort de lui sa vertu salutaire. • '

Il guérit nos langueurs , il nous éappclle au jour ; ’ Sa puissance toujours anùonce sou amour.

Mais c’est peu d’enchanter les yeux par ces merveilles ■

il ne repousse points etc. J’ai dit au troisième chant que Dieu avait, en faveur des Juifs , renversé l’ordre des élémens. La’ mer entr’ouverte , le soleil arrêté , sont des miracles qui paraissent plus éclatans que ceux de J. C. Quand on lui demande des signes dans le ciel, il n’en fait point.> Ce n’est pas qu’il ne soit le maître de la nature. Quand il mourra, les ténèbres couvriront la terre ; rnais pendautsa vie ^pertransiit henefaciendo. Il réconfipense la foi de ceux qui l’accompagnent , fait des miracles de bonté en leur faveur, et prédit que ceux qui croiront en lui en feront de plus grands

II parle ; ses discours^ ravissent les oreilles. ^

Par lui sont annoncés de terribles arrêts ;

Par lui sont re'vélcS de sublimes secrets.

Lui seul n’est point ému des secrets qu’il révèle :

U parle froidement d’une gloire éternelle ,

Il étoilne le mondç et n’est point étonné ;

Dans cette même gloilre il semble qu’il soit né Il parait ici-bas peu jaloux de la sienne.

Qu’enîpressé de l’entendre un q>euple le prévienne ,

Il n’adoucit jamais aux esprits révoltés Ses dogmes rigoureux , ses dates vérités. ' ‘

. C’est en vain qu’on murmure , il faut' croire , il l’ordonne. î C V • ->

D’un œil indifférent il voit qu’on l’abandonne. '

Un disciple qui vient se jeter dans ses bras , • '

Et qui renonce à tout pour marcher sur ses j>as ,

Lui demande par grâce un délai nécessaire , ' •

Un moment pour aller ensevelir son père :

Dès ce moment «uû-moi , lui répond-il alors ,1 Et laisse aux morts le soin d'ensevelir leurs morts. Quittons tout pour lui seul , que rien ne nous arrête Cépendant il n’a pas où reposer sa tète. .

D’un tel législateur quel sera le destin ? , '

Jadis de la vèrtu Platon prévit la fin.

Que son héros, dit-il , attende avec courage Tout ce que des méchans lui prépare la rage. . . . ,

J S’il se montre à la terre , à la terre arraché ,

Proscrit, frappé, sanglant , à la croix attaché :

üw ' LLj

Proscrit , frappé., etc. Fameux passage de Plalpn , appli que à J. G. par Grotius et M. de Meaux. Cicéron et Sénèque l’ont traduit ; ce dernier par ceS mois ,* ExtenJcftda

8o LA RELIGION ,

Paix secrète du éœur , gage de l’innocence ,

G’est toi seide à sà mort <jui seras sa défense.

L’oracle est accompli': le Juste est- immolé.

Tout s’émeut, et des bords dn Jourdain-désolé

Au Tibre en un moment le bruit s’en fait entendre. D’intrépides humains courent pour lé répandre ;

Ils volent’ : l’univers est rempli de leurs voix.'

te Repentez-youà , pleurez , et montez à sa croix , - « Quel que soit le forfait , la victime l’expie.

•t Vous avez fait mourir, le Maître de la vie. m Celui que vos bourreaux traînaient en Criminel ,

« Est l’image, l’éclat, le Fils de l’ Etemel.

<c Ce Dieu dont la parole, enfanta 1^ lumière ,

«c Couché dans un tombeau dormait dans la poussière : et Mais la mort est vaincue, et l’enfer dépouillé, te La nature a frémi , son Dieu s’est réveillé. t< Il vit , nos yeux l’qnt vu. Croyez. » Parole étrange! Ds co mman dent de croire : on les croit ,• et tout change. Simples dans leurs discours , simples dans leurs écrits ,

, Les accusera4;-on d’éblouir nos esprits?

Ils content leurs erreurs , leur honte , leur faiblesse^

per patibulum manus , désigne clairement le supplice de la croix. Le mot grec , dans 'Platon , désigne un supplice d’esclave , dans lequel le patient était attaché à un pieu;

// vit , nos yeux , etc. Noncontens d’attester cette vérité, ils la scellent de leur sang. Il n’est que trop commun d’oublier après leur mort ceux qu’on a aimés le plus tendrement. Les Apôtres ont abandonné et renoncé J. G. pendant qu’il vivait ; ils meurent pour lui quand il a été sacrifié ; ib l’ont' donc vu ressuscité. Cette belle réflexion eÿt de saint Jean-Chrysostôme;

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'CHANT. IV. 8i

Par eux ; de leur naissance apprenant la bassesse , J’apprends aussi par eux leur infidélité ,

Le trouble de leur Maître et sa timidité ,

A l’aspect de là mort il s’attriste , il frissonne : Languissant, prosterné, la -force l’abandonne,

Et le calice ainer qu’on lui doit présenter , '

Loin de lui', s’il pouvait , il voqdrait l’écarter. ^ Est-il donc d’un héros d’écouter la nature ?

Socrate en étouffa jusqu’au moindre murmure.

L’imposture, féconde, en discours séduisans ,

Eût orné son réçit de charmes plus puissans.

Leurs écrits ) diret-vous ) dépouillés d’artifice f Ne font point dans leurs coeurs sodpçonuer de màlico. Trop simples, en effet , et séduits le» premieis ,

Ils ont dru follement des mensonges grossiers. *

Mais s’ils ont pu les croire , ont-ils pu les écrire Parmi des ennemis prêts à les contredire ?

A peine aux yeux mortels leur Maître est disparu ,

A toute heure , en tout Heu , tout un peuple l’a vu. Qu'elle a dPautorité l’histoire ^’en silence . ' ' Sont contraints d’écouter des témoins qu’elle offense ! Combien de ces témoins , déjà tout pleins de foi , Juifs circoncis de cœur , ont reconnu pour roi De la Jérusalem étemelle , invisible , , < ^ ,

Celui qui , dans la , leur , traité de roi 'risible ,

‘ Pàr eux , de leur naissance'.^ etc. Qui les obligeait de’ nous dire qu’ils étaient des pêcheurs ; qu’au jardin des Oliviers ils ne purent veiller une heure avec leur Maître aeoablé, de tristesse , et qu’ils prirent tous la fuite quand ils le virent en ’péril ? Pourquoi noos apprendre que saint Pierre le renia trois fois ?

8a LA RELIGION,

D’épines couronné par les mains d’un bourreau , Dans les siennes pour sceptre a vu mettre un roseau ! Vrais entans d’ Abraham , bâtez donc votre fuite , Titus accourt. Sortez d’une ville proscrite.

En quel funeste état te découvrent mes yeux , Ville jadis si belle ! O peuple ami des Cieux ! Qu’as-tu fait à ton Dieu? Sa vengeance est certaine. Comment à tant d’amour succède tant de haine ? Son bras de jour en jour s’appesantit sur toi ,

Et tu ne fus jamais plus zélé pour sa loi. •-

Combien d’avant-coureurs annonceqt ta ruine ! ^

Et la guerre étrangère, et la guerre intestine ,

Et les embrasemens , et la peste , et la faim !

Que de maux rassemblés ! L’orage éclate enfin ;

Le nuage est crevé , je .vois partir la foudre. Jérusalem n’est plus , et le temple est en poudre.

Les feux , malgré Titus , prompts à le consumer ,

Ces feux vengeurs , le Ciel saura les rallumer, Quand des audacieux oseront entreprendre De relever encor ce temple de sa cendre.

Que de maux rassemblés , etc. Quarante ans auparavant, Jésus-Christ l’avdit prédit. Dies ultionis là sunt... erii pressura magna , et ira populo hulc.

Jérusalem n’est plus , etc. Ils ne l’ônt jamais pu l’élever ; ils l’entreprirent sous Julien l’Apostat , mais ils furent repoussés par des flammes qui brûlèrent les hommes et les pierres. Ce fait n’est point douteux , puisqu’il est rapporté par un histprièn païen , et que saint Jean-Chrysostôme l’objecte plus d’une fois ayx Juifs.

Les feux , malgré Titus , etc. Titus qui , lorsqu’il vit le temple en (eu , éçcv\d\\.: Sauv, cz.la merveille.de Tunivers , ne put empêcher qu’il ne fût entièrement consumé.

w O peuple. qae je plains! ton vainqueur est-ce moi?

« C’est ton Dieu , dit Titus , qui se venge de toi :

« , Oui , sans doute , le Ciel les punit d’nue offense ; ,

«< Je n’ai fait que prêter mon bras à sa vengeance. » Ils l’ont bien mérité , châtiment alireux : , ,

Le sang de leur vjetime est retombé sur eux.

Le père a pour long-temps proscrit, ses fils rebeUcs; ’ Le maître a retranché les branches infidèles ; . ,

Il n’a. pdint toutefois arraché l’arbre ingrat ; , ’ , j ^ Mais un nouveau prodige en a cliangé l’éclat.. : ^ ,

Sur cet arbre étonné que de braQchea nouvelles , Sauvages autrefois , aujourd’hui naturelles ! ,

Que^vois-je ? L’étranger dépouille l’héritier , , •

.* Et le f^ls adopté succède le premieç. . ; ' *

De rvs nouveaux enfans que la mère est féconde ! ' Ils ne font que de naître', et remplissent le mofidé.

Le sang de leur 'victime , etc. Ils avaient prononeé contre eux-memes cette imprécation , en s’écriant ; Sanguis ejus sùpe'r nos et super Jiiios nostros. Matth. 27. a 5 .

Le maître a retranché, etc. Ainsi ce peuple , dépositaire • ' de La révélation , avec qui Oii^ a fait alliance, à qui il a envoyé ses Prophètes et sibn Fils j ce peuple , • d’où sont sortis les Apôtres, dispersé jusqu’aujomd’hui se présente à nous en tous lieux , pour nous rapjiel.er ces pârolcs de »• S. Paul : Noli altwn sapere , sed time : si.enim Deus natura- Ubus ramis non pepercit , ne forte nec tibi pdreaUKoxw. 1 1.

De cesjiouyeaux enfqns ^etc. Ce n’est point ici unde ces dénorobremèns que grossit jme iinaginalion poétique : on le trouvera bien plus considérable dans le .traité de Grotius , De <vera Beligione , titre De admirabili propagatione Re- . UgionÀs. - ... ; .. V - ;

On peut bien appliquer au triomphe de la,.iFpi les vo'S

Les maîtres des pays par le Nil arrosds ^

D’une antique sagesse enfin désabuse's ,

Ont déjà de la croix embrassé la folie. <

, A l’aspect d’un bois ville Parthe s’humilie : i •

Et réunis entre eux pour la première fois ,

Les Scythes vagabonds reconnaissent des'^ lois. '

A l’auteur du soleil le Perse offre un hommage Que rerreur si long-temps luf fît rendre à l’ouvrage.

• Des déserts libyens le farouche habitant ,

Le Sarmate indocile et l’Arabe inconstant , ' •

^ De ses sauvages mœurs adoucit la rudesse.

Corinthe se réveille et sort de sa mollesse.

Athènes , ouvrant les yeux , reconnaît le pouvoir t

Du Dieu qu’elle adora Ion g- temps sans le savoir :

IMf^ux instruite aujourd’hui, cet. autel qu’elle honore N’est plus enfîn l’aùtel d’un maître qu’elle ignore.

IJ est trouvé , ce Dieu tant cherché par Platon ,

de Virgile sur le triomphe d’Auguste :

Incedunt viciœ lofigo oreUne gentes , ,

Quàm varice linguis , habita tam vestis , etc. .

Terfullien , au second siècle , soutenait que l’empire d^ Jésus-Christ était plus étendu que ne ' l’avait été celui ' d’Alexandre ët celui des Romains. Saint Justin compte, d’innombrables nâtiqns dans l’Eglise ; saint Irénée en fait un catalogue encore plus nombreux ; cent ans après , Ori- ‘ gène et Arnobe ' disent que le christianisme est répandu partout où le soleil porte Sa lumière.

Athènes ouvrant les yeux, etc. Quod ignorantes colitis ^ hoc ego annuntio vobis^ dit S. Paul dans l’Aréopage , à l’oc- ” casion d’un autel qu’il avait trouvé dans Athènes , sur lequel était cette inscription : Igaoto Deo. Pausanias, Philostrate et Lucien ont parlé de c^l autel.

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L’Aréopage entier retentit de son nom.

Les Gaulois , détestant les honneurs. homicides Qu’offre à leurs dieux cruels lé fer de leurs Druides , Apprennent ^e pour nous le Ciel moins rigoureux Ne demanda jamais le sang d’un mialheureux ,

Et qu’un cœur qu’a brisé le repentir du crime Est aux yeux d’un Dien saint la plus sainte victime.

. Tes illustres martyrs sont tes premiers trésors y ‘ Opulente cité , là gloire de ces bords Où la Saône enchantée à pas lents se promène , ^ a

N’arrivant qu’à regret au Rhône qui l’entraîne.

Toi que la Seine embrasse , et qui dois à ton tour L’enfermer dans le sein de ton vastë contour ,

Ville heureuse , sur toi brillé la Foi naissante. ,

Qu’un jour tes sages roLs la rendront florissante !

Sur vos têtes- aussi luit cet astre divin ,

Vous que baignent les flots du Danube et du 'Rhin ; Vous qui buvez les eaux du Tage et de Tibère ;

Vous que dans vos forêts le. jour à peine éclaire ;

Et vous que , réparant du reste des humains ,

Les mers avaient sauvés des fureurs des Romains ; Lieux où ne put voler leur aigle ambitieuse ,

Qu offre à leurs dieux ^ etc. Les Druides , qui étaient les prêtres des anciens Gaulois , ^immolaient aux dieux des<. victimes humaines. Horninum fibris considéré deos fas ha- ' éeéoR/. Tac. ann. 14. * ‘ •

Tes illustres martyrs , efè. Saint Pothin et saint Irénée , successeurs des disciples des Apôtres , fondèrent TEgtise de Lyon. Iæ nombre des martyrs fut si grand daiis cette ville , que les places publiques furent pleines de morts , et les deux rivières teintés de sang.

Lieux où ne put voler , etc. Ils ne pénétrèrent pas fort

vj«

Je vois dans vos climals la Foi victorieuse.

Au grand nom qui du monde a couru les deux, bou^ Ded’Inde à la Tamise on nécliit les' 'genoux.

La Croix a tout conquis , et l’Eglise s’écrie : Comment à tant d’enfans ai^ie donné la vie ? ,

Sur les rives du Tibre e'clate sa splendeur ; lÀ de son règne saint s’élève la grandeur;

Et dans Rome est fondé son trône inébranlable ,

A tout ambitieux trône peu désirable.

Sur ses degrés sânglans je ne vois que des morts ; C’était pour en tomber qù’oii y montait alors. ^

Dans* ces temps bù là foi conduisit aux supplices D’un troupeau condamné glorieuses prémices ,

Les Pasteurs espéraient des supplices plus grands.

Tel fut chez les chrétiens l’honneur despremier.'v rangs.

. ■ iî

Quel spectacle en effet à mes yeux se présente! * Quels tourmens inconnus que la fureur, invente !

De bitume couverts ils servent de flambeaux ; , ’

Déchirés lentement , ils tombent .en lambeaux ;

Dans ces barbares jeux, - théâtres du carnage ,

Dés tigres , des lions on irrite la rage. '

Que de feux ! que de croix ! que d’échafauds dressés !

' avant dans la Germanie ; ils connoient peu les peuples du Nord ; à peine savaient-ils , ,du teïpps d’Agi’icola , que l’Angleterre était une île. ,

De bitume couverts , etc. C.e supplice qu'on faisait souffrir aiut chrétiens est rapporté par Tacite : Pereuniibus addita ludibria , ul ferarum Lergis conlecli , laniatu canum interirent ^ aul crucihus affu i , aiil injlammandi , atque tibi defecis^et dies , in usum^ noclurni Imninis urerentur. ,

" ,, .CHi^T ly. 87

Combien de bourreaux las , de glaives émoussés ! Injuste contre eux seuls , le plus juste des princes Par ce sang odieux contente ses provinces.

Pour eux tout empereur > .Trejan mêine , est Néron. Ils sc nomment Chrétiens ,- et letn crime est leur nom. Ils demandent la mort , ils courent aux supplices :

Les plus longues douleurs prolongent leurs délices ; Les rigueurs des tyrans leur semblent d'heufeuf dons ;

Ils bénissent la main qui détruit leurs prisons. , . ^

Qui peut leur inspirer la haine de la- vie ?

D’étemiser son nom 1^ ridicule envie Quelquefois, je l’avoue, en étouffe l’amour.

Lorsque sur un bûcher Peregrin , las du jour , f D’un trépas éclatant .cherche la renommée » . *4 ’

Un cynique orgueilleux s’évapore en' fumée.*'-*'

Mais cet immense amas de femmes et d’enfans , Qu’immolaient les Romains , q«*é gorgent les Persans , T ant d’hommes doptles nom^sont restés sansmémoire , . Couraient-ils à la mort pour vivre dans l’histoire? ‘

Plaignez , me dira-t-on , leur triste aveuglement. L’erreur a ses martyrs : le bonze follement Ose offrir à son Dieu', stérile sacrifice ,' 'x*-'

On cofps qu’a déchiré son bizarre capriC^e.

Victime d’un usage antique et rigoureux,, j

Lorsque sur un bûcher y etc. Peregrin , philosophe, cynique , qui , après avoir clé quelque temps chréli,en , se brûla par vanité aux jeux olympiques ; de même que C^a^ lanus , philosophe braclunane , s’était brûlé du temps d’Ajexandre. Ces philosophes ont fait voir jqsqu^où peut aller, la vanité humaine. . .s -C > ,

J'ictime d’un usQge , etc. J\cruier , très-heUde voyageui’, as-

La veuve , sans frémir , s*élance dans les feux Pour rejoindre un époux que souvent elle abhorre : Chez un peuple insensé cette loi vit encore.

Egarement cruel ! loi digne dç nos pleura !

Queja Religion enfante de malheurs !

Respectons des mortels que Dieu même autorise. Oui , de ses plus grands dons le Ciel lès favorise , Et le Ciel n’a jamais favorisé l’erreur, lis chassent cet esprit et de haine et d'horreur | ■ Cet infernal tyran dont nos maux font la joie.

A la voix des chrétiens abandonnant sa proie j Des corps qu’il tourmentait il s'enfuit consterné ;

Le prince do mensonge est eofii^ détrôné. ;

U usurpa l’empire et sans peine et sans gloire , Lorsque l’homine , emporté par la fureur de croire f Sans que l’art eût besoin d’ébloufr sa raison ,

sure avoir été spectateur d’une de ces affreuses cérémonies.

Oui, de ses plus gran^, etc. Je parlerai bientôt de leurs miracles. Je ne parle ici que de leurs dons surnaturels et de leur pouvoir sur les démons. Ils ne sont point dans l’erreur , puisqu’ils chassent le prince du mensonge. A l’égard des dons surnaturels , comme de parler diverses langues , dç les interpréter , de prophétiser, etc., ils étaiait si communs et si publics, que S. Paul, i. Ori/i/A. XII, en fait un dénombrement. Eût-il écrit ainsi à toute une Eglise, si ces faits n’avaient pas été certains .!* Un homme peut se vanter à faux d’avoir le don des miracles ; mais il ne fait poiut croire à d’autres qu’ils ont le même don , s’ils ne l’ont pas.

Des corpsquil tourmentait, etc. A la vue même des païens, comme leur dit Tertullien i De corporihus nostro imperio § cxcedunt inviti , et dolentes , et vobis prdesentibus. On ne parle pas en ces termes d’un fait rare ou douteux.

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# chant IV. ' ' , 89

Au plus'vil impc&tèur se livrait sans soupçon.

Mais ces temps ne sont plus i la Grèce la première A sa du moins ouvrir la route à la lumière.

On la cherche ; Platon par ses fameux écrits Des honteuses erreurs inspire le m'épris.

Pleines de ses leçons', des écoles célèbres De l’enfance du monde écartent les ténèbres.

Le grave philosophe est partout révéré :

Souvent même à la cour il se voit honoré.

Son crédit peut nous perdre , et sa haine y conspire. Mais en vain cette haine arme C^lse et Porphyre : Que peuvent contre nous leurs traits injurieux ? '

. Il fallait nous porter des coups plus sérienx, Approfondir des faits récens à la mémoire ,

Et sur cesfondemens renverser notre histoire.

Qui ne sait que railler évite un vrai combat. '

Mais ces temps ne sont plus, etc. Le godt dé la philosophie s’était répandu^ partout : le platonisme était le système dominant. On ne peut pas dire que le christianisme se soit établi à la feveur de l’ignorance. Quoique les Apôtres nous paraissent simples et grossiers , ne nous imaginons pas qu’ils aient persuadé d^ hommes simples et grossiers comm^ eux. Dieu a voulu confondre la sagesse humaine , par des hommes en qui ‘cette sagesse ne brillât ni par l’esprit ni par la science. Mais après ce miracle - accompli, combien d'illustres esprits soumis à la Religion chrétienne en deviennent les défénseurs ! On voit , dans les trois premiers siècles , des Cyprien , des Tertullien , des Origène, des Ârnobe et des Lactance : dans les deux siècles suivans , des Athanase , des Basile , des Grégoire de Nazianze,desChrysostôme,desEusèbe, des Jérôme, des Ambroise , des Cyrille ; enfin , un Augustin , l’iin de ces rares et vastes génies qui font l’admiratiou de tous les siècles.

f)0 ' LA RELIGION, ^

O» traite les chrétiens d’ennemis de l’étjit. .

On impute le crime à ceux dont la doctrine, ,

N’a pu que dans le ciel prendre son. origine. ;

Ainsi que dans leurs jncçurs , tout estpur dans leurs lois» C’est par eux qu’on apprend à respecter les rois ,

Et que même aux Néron on doit l’obéissance.

* « De Dieu f .nous disent-ils^ descend toute 'puissance jl cc Le prince est son image , et , maître des humains , « Tient du Maître des deux le glaive dans ses mains. « Sujets, obéissez : le murmure est un crime. » ,

En vain contre un pouvoir cruel , mais légitime , • Des peuples révoltés s’arment de toutes parts.

Les chrétiens sont toujours fidèles aux Césars.

Ont-ils donc par faiblesse une âme si soumise ?

' Leur pouvoir éclatant redouble mn sürprise.

La nature obéit et tremble devant eux.

Quel spectacle étonnant de miracles nombreux !

• Que de tristes mourans qui fermaient leur paupière Sont tout à coup rendus à la douce lumière !

Et du fond des tombeaux que de morts rappelés I De deux camps ennemis par la soif désolés ,

Quand d’un soleil brûlant la chaleur les embrase , L’un périt , le ciel tonne , et la foudre l’écrase j. ' , Et tandis que ses feqx écartent le Germain , ■ .

'XJn torrent salutaire 'abreuve le Romain : , - ■

Le soldat demi-m^rt dans une heureuse pluie ' Trouve tout à la fois la victoire et la vie.

De deux camps ennemis , etc. Tertullien renvoie deu.x fois les païens à,la lettre de Marc-Aurèle sur ce miracle que Claudien attribue aux eurbauteurs , vis ubî nulla diicum , etc. de 6. cons. Hou. »

De ce hienfait.le pviace admire les âutèurs j* "* •• ‘ •

£t le peuple obstmë les appelle enchanteurs, £uchdal.eD^ent divin qui commande auddnnerre !

Le charme vient du Ciel , quand ii-^cbange la'terre.

Prodige inconçeyable I un instrumenjt d’horreur , ‘ ' La croix est l’ornement du front d’un empereur. ^ Constantin triomphant fait tiiomplier la gloire Du signe lumineux, qui promit sa .victoire. >

Cërès dans Eleusis voit ses inilie's

Fouler' robe , couronne et corbeille à leurs pieds. '

Diane , tu n’es plus ; soutiens de ta puissance','

Tes orfèvres d’Epbèse ont perdu l’espéranoe. ‘ Les temples sont déserts , et le peuple interdît , Renversant l’encensoir de son dieu sans crédit, ’ Abandonne un autel toujours vide d’oflrândes. ' Delphes jadis sr prompt à répondre aux demandes, D’un silence honteux 'subit les tristes' lois :

Enfin , comme Apollon , tous les dieux sont sans voix. Aux tombeaux des martyrs fertiles en miracles Les peuples et les rois cherchent de vrais oracles , - On implore un mortel qu’pu avait massacré ,

Et l’on brise le dieu qu’on a^it adoré. . . 1

A ce torrent vainqueur .Rome longrtemps s’oppose

Tes orjévres d'Ephèse , etc. On lit; dmis les. Actes des Apôtres , chap,. XIX , la sédition qu’excitèrent contre eux les orfèvres qui gagnaient leur vie à faire de. petits temples d’argent de la grande Dianef d’Ephèse. ' .

Enfin , comme Apollon \ etc. Il est certain que tous les oracles cessèrent quelques temps après Jésus-Christ.

jice torrent 'vainqueur, etc. Ce n’est point l’autorité des

Et de éoa Jupiter veut de'fendre la cause. '

Mais contre elle il est temps de venger les chrétiens : Du sang de tes enfans , grand Dieu ! tu te souviens : Tant de cris qu’éleva sa fureur idolâtre '

Ont assez retenti dans son amphithéâtre.

Tu vas lui demander compte de ses arrêts.

O Dieu des conquérans ! tes vengeurs sont tout prêts , Et Rome va tomber d’une chute étemelle Ainsi que Babylone et ta ville inhdelle !

Oui, c’est ce même Dieu qui sait à ses desseins Ramener tous les pas des aveugles humains.

Sous d’orgueilleux vainqueurs quand les villes succombent , ’ .

Quand l’affreux contre*cQup des empires qui tombent Dans le monde ébranlé jette au loin la terreur,

Que sont tous ces héros qu’admire notre erreur ? '«

Les ministres d’un Dieu qui punit des coupables , ’ Instrumens de colère et verges méprisables.

Que prétend Attila ? Que demande Alaric ?

empereurs qui a fait tonoher le' paganisme , comme Jurieu l’a prétendu. Rome soutii# long-temps ses dieux ; mais la chute de Rome entraîna celle du paganisme. •

Jinsi que Babylone, etc. La punition de ces trois villes a clé différente. On ne trouve plus sur la terré aueun reste de Babylone , et l’on ignore où a été sa place. On trouve les restes de Jérusalem , mais nulle trace de son temple. Rome tant de fois ravagée subsiste avec gloire.

■ Que prétend Attila , etc. Alaric , roi des Goths , saccagea Rome en 4io. Attila , roi des Huns j surnommé le fléau de Dieu , ravagea , en 452 , plusieurs villes d’Italie. Il allait à Rome ; mais les prières du Pape saint Léond'arretèrent. Gehseric , roi des Vandales, la prit en 455 , et la livra au

CHANT IV.* 93 r

Où s’emporte Odoaere ? Où"^yoie Genseric ?

Ils. sont, sans le savoir , armes pour la querelle Du maître qui du Nord tour à tour les appelle.

.Devant leurs bataillons il fait marcher l’horreur ;

Rome antique èst livrée au barbare en fureur > ‘ •

De sa cendie renaît une ville plus belle , 1,

Et tout sera soumis à la Rome nouvelle.

Je la vois cette Rome où d’augustes vieillards , Héritiers d’un apôtre et vainqueurs des Césars , Siouverains sans armée et conquérans sans< guerre ,

A la triple cottrcmne ont asservi la terre.

Le fer n’est pas l’appui de leurs vastes état^ ;

Leur trône n’est jamais entouré de soldats.

Terrible par ses clefs et son glaive invisible , Tranquillement assis dans un palais paisible , .

Par Vanneau d'un pécheur autorisant ses lois ,

Au rang de ses enfans un prêtre met nos rois ; ' '

Ils en ont le respect et l'humble caractère.

Qu’il ait toujours pour eux des entrailles de père !

D’une Religion si prompte en ses progrès Si j’osais jusqu’à nous compter tous les succès ,

Peindre les souverain^ humiliant leur tête , 1 Et la suivre partout de conquête en conquête',

Quel champ je m’ouvrirais ! quel récit glorieux !

Mais que pourrais-je apprendre . à quiconque à de.* yeux ? .

L’arbre couvre la terre , et ses branches s'étendent Partout où du soleil les rayoïu se répandent.

pillage. Odoacre , roi des Hérules , acheva," en 47® > détruire l’empire romoin eu Italie.

De l’aurore au couchant on adore aujourd’hui *

Celui (|ui de sa croix attira tout à lui.

Dans le temps que ce Dieu parmi nous daigna vivre-| L’auraiç~je mieux' connu , quand f aurais pu le suivre Des rives du Jourdain au sommet du Thabor? -

Non, maintenant sa gloire éclate plus encor.

Je vois à ses côtés Moïse avec Elié.

Tout Prophète l’annonce et la loi le pid)lie. .

Ses Apôtres enfin sont sortis du sommeil.

Que de nouveaux témoins m’a produits leur reteil ! C’est énamourant pour luiqu’ilsluirendenthommage. Ils sont tous égorgés : voilà leur témoignage.

Je le vois , c’est Im-méme ,-et je n’en^puis douter. Mais c’est peu de le voir il le faut écouter.

La voix de tout ce sang que l’àmour fit répandre Me répète la voix que le Ciel fit entendre Quand le Thabor brilla de l’un de ses rayons t Ouij'c’cftcc Fils si cher; écoutons et croyons.

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