‹ La religion poèmeChapitre 20 sur 69 · MARDOCHÉE · texte numérisé non relu

MARDOCHÉE

On doit de tous les Juifs exterminer la race.

Au sanguinaire Aman nous sommés tous livrés.

Les glaives-, les couteaux sont tléjà préparés. Toute la nation à la fois est proscrite.

‘ Aman ,• l’impie Aman , race d’Amalécitc ,

A , pour ce coup funeste arme tout son crédit ,

Et le roi trop crédule a signé cet édit ;

' Prévenu contre nous par cette bouche impure ,

Il nous croit en horreur à toute la nature.

Ses ordres sô\it ^on'nés , et dans tous ses états,” Le jour fatal est pris pour tant d’assassinats. Cieux! éclairerez-vous cet horrible carnage?

Le fer né coRnaitra ni de sexe ,- ni l’âg'e.’

Tout doit servir de proie aux tigres , aux vautours ; Et ce jour effroyable aiAive dans dix jours.

-■ ■ ' ‘ ' ESTHERV ■ ' ‘

O Dieu! qui vois former des desseins si funestes^ As-tu donc de Jacob abahdouné les restes?

TRAGÉDIE

Une des plus jeunes Israélites.

Ciel ! qui nous défendra > à tu ne nous défends ?

MARbOCHEE.

Laissez les. pleurs , Esther , à ces jeunes cûfans. En vous est tout l’espoir de vos malheureux frètes. Il faut lés secourir. Maisles heures sont chçrcs.

Le temps vole , et bientôt amènera le jour*

Ouïe nom des Hébreux doit périr sans retour." ' Toute pleine du feu' de taht d î saints Prophètes ,

Allez , osez au rôî déclâfér'quî vous êtes.

ESTHER. '

Hélas! ignorez- vous’ quelles sévères lois . ' ' '

Aux timides mortels, dachent ici' les roié?

Au fond de leur pàlàis'leur majesté^ terrible ' . -

Affecte à leurs sujets de se rendré invisible j - Et la mort est le prix de tout audacieux' ’

Qui , «ans ^e appelé se présente à levrs ;^ux , ■> ; ->

SL le roi , .dans llnstaht y pour sauver le coupable , • .

Ne luidonne à . baiser son sceptre redoutable.- ■

Rien ne met à l’abri de' cet ordre iàtal., " > . ‘

Ni le rang, ni le sexé , et le crime est égal..

Moi-même , sur son trône , à ses côtés assise Je suis à cette loi comme une autre soumise ■

Et sans le prévenir, il faut, pour lui parler ,

Qu’il me cherche , ou du moins qu’il me fasse appeler<ç »

• J , - . MABDOCHÉE.' J > Ji.l'.'. -îi

», ><ii . ‘i. .Vi*-

Quoi ! lorsque vous voyez, périr votre patrie ,

Pour quelque' chose i Estheir, vous comptez votre vie!

. ..v./i. . . :i < li'.- X. ••

•24 , ESYHER,

Dieu parle, et d’un mortel vous craignez le courroux ! ' ' ^ 1

Que dis-je ? votre vie , Ësjther, est ellè à voua ? N’cst-clle pas au sang dont vous êtes issue?

N’est-elle pas à Dieu dont vous l’avez reçue?

Et qui sait,’ lorsqù’au trône il conduisit vos pas,

Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas?

Songez-'y Isien. Ce Dieu ne vous a pas clioisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l’Asie ,

JNi pour charmer les yeux dçs profanes humains ;

Pour un plus noble Usage il réserve ses Saints. S’immoler pour son nom et pour son he'ritage ,

D’un enfant d’Israël voilà le vrai partage.

Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours !

Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours ?, . /,

Que peuvent contre lui tous les rois de la terre ? *

En vain ils s’uniraient pour lui faire la guerre:

Pour dissiper leur ligue ^ il n’a qu’à se montrer ;

Il parle, A dans la poudre il les fait tous rentrer.

Au seul son de sa voix la mer fuit , le ciel tremble : r Il voit comme un ne'ant tout l’univers ensemble :

Et les faibles mortels , vains jouets du trépas ,

Sont tous devant ses yeux comme s’ils n’étaient pas.

S’il a permis d’Aman l’audace criminelle , *

Sans doute qu’il voulait éprouver votre zèle.

C’est lui qui , m’excitant à vous oser chercher ,

Devantmoi, chère Esther, a bien voulu marcher ;

Et , s’il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles , Nous n’en verrons pas zooins éclater ses merveilles. D peut confondre Aman , il peut briser nos fers Par la plus faiblè main qui soit dans l’uaivcrs; *

C)ioiîi7Md by Got^^Ie

TRAGEDIE.'

Et vous qui n’aiure* point accepté nette grftbe ,* '

Vous i^rirez peut-être et toute votre mce. ~ ■

ESTHEH. ^ ,

Aljcz. Que tous les Juifs dans Suse r^andus ,

A prier avec vous jour et uoitjassidus , .

Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire , ,

Et pendai^t ces trois jours gardent un jeûne austère. . Déjà là sombre Huit a commencé sou. tour^ - Demaiu , quand le soleil rallumera le jour/ . Contente de périr s’il faut que je- périsse , .

J’irai pour mon pâys m’offrir en sacriQcç. ,

Qu’on s’éloigne im moment. , -, , .

. , Le Choçur se relire vers le /ondi^^lhèdp'e.

. M ■ «i imHi.nV. nU '■ > *»■'■'•’? «T -l........

ri;:.,. '

1 . -SCÈNE IV

, ‘ i"’ -, .{il" \ i

ESTHER,.ÉUSE, LE.CÆC^yR/. . ,

»-.'*** ' ' r »*ïv

ESTUER« ^

fc ^ î m * *

^ .0 mon souverain Rdî’ T - *

Me voici donc tremblante et seule devant toi. '

Mon père mille ’ fois tti'a dit /'dans mon' enfiancé, Qu’avee nous tu juras ûni^^ sainte altinnee, ' ..

Quand , pour te fairp un peuple agréa^e à tes <

II plut à ton amour de choisir nos aïeux. . '

Même tu .leur promis de ta bouche sacrée ■ ;»r. .

Une postérité d’étemelle durée. a: ■'

llélas! ce peuple ingrat a mé^sé talons .. r ■■

. La nation chérie a violé safôii ’ » .

^6 ESTHER

Elle a répudie son époux et son père ,

Pour rendre à d’autres dieux un honneur adultère. Maintenant elle sert sous un maître étranger;

Mais c’est peu d’être esclave, on la veut égorger! Nos superbes vainqueurs , insultant à nos lamies , Imputent à leurs dieux leM>nheurtie leurs armes ,

Et veulent aujourd’hui qu’im même coup mortel Abolisse ton'nom , ton peuple et ton autel. . ^

Ainsi donc un perfide , après tant de^iracles , ' •

Pourrait anéantir la foï de tes oracles ; • î' • =

Ravirait aux mortels le plus cher.dé tes dons ,

Le Saint que tu pnomèts ,'et que nous attendons! ’ ' Non , non, ne souffre pas que ces peuples farouches,' Ivres de notre sang , ferment les seules bouches Qui dans tftut l’univers célèbrent tes bienfaits ; «

Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.

Polir moi , que tu retiens parmi ces infidèles ,

Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles ;

Et que je mets àtr rang des profanations Leur table , leurs festins, et leurs libations :

Que' même cette pompe où je suis condamnée ,

Ce bandeau dou(. il faut que je paraisse ornée ,

Dans ces jours solcnnçjs à l’orgueil d(*diés , -

Seule. et dans le secret je les foule à‘mes pieds; .. r Qu’à CCS vains, ornemens je préfère la cendre ,

Et n’ai de goût «qu’aux pleurs que tu me vois répandre. . ’ ~ • '■

J’attendais le moment marqué dans ton arrêt , . i‘‘:

Pour oSer de ton peuple embrasser l’intérêt. ■ • *

‘ jGe moment est Venu. Ma prompte dbéissance '■

Vad ’uu roi redoutable àflronter la présence.' ' ^

^ - ; TRAGEDIE. ^ 37

C’est pour toi que je marche. Accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connaît pas.

Commande , en me voyant que son courroux s’apaise^ Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. «Les oragw , les vents , les cieux te sont soumis ; Tourne enfin sa fureur contre nos- ennemis.

, SCÈNE V

* ÊE CHCEDR.

, ^ Une Israélite seule (i). . C

^Pi.EURONS et gémissons, mes fidèle? compagnes;

' A nos sanglots donnons un libre cours :

Levons les yeux .vers les saintes montagnes ,

D’où l’innocence attend tput son secours ;

i O inortelles alarmes ! ^ '

Tout Israël périt. Pleurez, mes tristes yeox :/

II ne fut jamais sous les cieux ■ Un si juste sujet de larmes. ^ *

Tout le Choeur. • *

O mortelles alarmes ! " ^

Une autre Israélite.

JV’était-ce pas assez qu’un vainqueur odieux

De l’auguste Sion eût. détruit tous lés charmes ,

Et traîné ses enfans captifs en^mille lieux ? ’

(i) Toute cette scène est chantée.

Page 1