‹ La religion poèmeChapitre 41 sur 69 · JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

JOAD, ABNER

ABIVER.

Oui , je viens dans son temple adorer rEternel.

Je viens , selon l’usage antique et solennel ,

Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.

<)ué les temps sont changés ! Si tôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour ,

Ou temple omé partout de festons magnifiques Le peuple saint en foule inondait les portiques;

Et tous devant l’autel avec ordre introduits ,

Oe leurs cham,ps dâns leurs mains portant les nouveaux fruits , . , . ' .

Au Dieu de l’univers consacraient ces prémices.

Les Prêtres ne pouvaient suflire aux sacrifices. *

go • • . ATHALIE , ; •;

L’audace d’une femme arrêtant Ce concours

En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.

D’adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

Le reste pour son Dieu montre un oubli* fatal,*

Ou même s’empressant aux autels de'Baal Se fait initier à ses honteux mystères Et blasphème le nom qu’ont adoré leurs pères.

Je tremble qu’ Athalie , à ne vous rien cacher , Vous-même de l’autel vous faisant arracher , . N’achève enfin sur vous ses vengeances funestes •

Et d’un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD

D’où VOUS vient aujourd’hui ce noir pressentiment ?

ABiVEB.

Pensez- vous être saint et juste impunément?

Dès long-temps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joc^d l’éclat de la tiare.

Dès long-temps votre amour pour la Religion Est traité de révolte et de sédition.

Du mérite éclatant cette reine jalouse Hait surtout Josabeth, votre fidèle épouse.

Si du Grand-Prêtre Aaron Joad est successeur ,

De notre dernier roi Josabeth est la sœur.

Mathan , d’ailleurs , Mathan , ce prêtre sacrilège , Plus méchant qu’ Athalie , à toute heure l’assiège j Mathan , de nos autels infime déserteur Et de toute vertu zélé persécuteur.

C’est peu que , le front ceint d’une mitre étranger , Ce lévite à Bàal prête son ministère,

TRAGEDIE. • ç)i

Ce templa l’imporhme , et son irapietc , • . .

Voudrîiit anéantir }e Dieu qu’il a quitté. '

Pour TOUS perdre n’est point de ressorts qu’il ne . joue.

Quelquefois il vous plaint , souvent même, il vous loue : ,

Il affecte pour vous une fausse douceur ;

Et par-là de son fiel colorant la noirceur ,

Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,

Tantôt , voyant pour l’or sa soif insatiable ,

11 lui feint qu’en un lieu que vous séul connaissez Voi^ cachez des trésors par David amassés.

Enfin depuis deux jours la superbe Âthalie Dans un sombre chagrin parait ensevelie. ,

Je l’observais hier , et je voyais ses yeux Lancer snr le lieu saint des regards furieux,

. Gomme si dans le fond de ce vaste édifice Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice. Croyez-moi , plus j’y pense, et moins je puis douter Que sur vous son courroüx ne soit près d’éclater.

Et que de Jézabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu’en son sanetnaire.

JOAD

Celui qui met un frein ê la fureur des flots Sait aussi des méchans ari'éter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je crains Dieu , cher Abner , et n’ai point d’autre crainte. * ^ •

Cependant je rends grâce au zèle officieux Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux*

ga • • ATHALIE,

Je Toù que l’injustice en secret vous irrite^ .

Que vous ayez eiitor le cœur israë^te.

Le Ciel en soit l)éni ! Mais ce secret courroux , ■

Cette oisive vcrlu , j^^ous en contentez-vous? '

La foi qui n’agit point est-ce une foi sincère?

Huit ans de'jà passés , une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits ,

Se baigne impunément dans le sang de nos rois , Des enfans de son fils détestable homicide ,

Et même contre Dieu lève son bras perfide ;

Et vous , l’un des soutiens de ce tremblant état , Vous , nourri dans les camps du saint roi Josapbat, Qui sous son fils Joram commandiez nos armées , Qui rassurâtes seul nos villes alarmées Lorsque d’Ochozias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l’aspect de Jéhu;

Je crains Dieu , dites-vous , sa vérité me touche. Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche : Du zèle de ma loi que sert de vous parer?

Par de stériles vœux pensez-vous m’honorer?

Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ? ’*•

Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?

Le sang de vos rois crie et n’est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l’impiété;

Du milieu de mon peuple exterminez les crimes ,

Et vous viendrez alors m’immoler vos victimes.

ABNER

Hé ! que pnis-je au mili eu de ce peuple abattu? Benjamin est sans force et Juda sans verte.

Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race

TRAGÉDIE. . p5.

Eteignit tout le feu de leur antique' audacé.

Dieu meme , disent-ils , s’est retiré de nous. '

De l’honneur' des Hébreux Autrefois si jaloux ,

Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée ,

Et sa miséricorde à la fin s’est lassée.

On ne volt plus pour nous ses redoutables mains De merveilles sans nombre efirayer les humains ; L’arche saint^st muette et ne rend plus d’oraclcs.

JOAD

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ? Quand Dieu par plus d’effets montra-t-il son pouvoir ? Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir? Peuple ingrat ! Quoi! toujours les plus grandes merveilles

Sans eT)ranler ton cœur frapperont tes oreilles ! Faut-il , Abner , faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours?

Des tyrans. d’Israël les célèbres disgrâces Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;

L’impie A chah détruit , et de son sang trempé Le champ que par le m^/artre il avait usuipé ;

Près de ce champ fatal Jézabel immolée .

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée;

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,

Et de son corps hideux les membres déchirés ;

Des prophètes menteurs la troupe confondue ,

Et la flamme du ciel sur l’autel descendue ;

Elie aux élémens parlant en souverain ;

Les cieux par lui fermés et devenus d’airain ,

Et la terre trois ans sans pluie et sans rose'e ;

,[ ATHATJE,

Jjci> morts se ranimant à la vmx d’Ëlisëe Reconnaissez , Abner , à ces traits ëclatans ,

Un Dieu tel aujourd’hui qu’il fut dans tous les tem^îs. II sait , quand il. lui plaît , faire e'clatep sa gloire .

Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.

ABNER

Mais où sont ces honneurs à David tant promis Et prédits même encore à Salomon son fils ?

Hélas ! nous espérions que de leur race heureuse Devait sortir de rois uneTptti^hombreuse ;

Que sur toute tribu , sur toute nation ,

L’un d’eux établirait sa domination ,

Ferait cesser partout la discorde et la guerre Et verrait à ses pieds tous les rois de la terre. -

JOAD*

Aux promesses du Ciel pourquoi renoncez-vous ?

ABNER

Ce roi , fils de David, ou le chercherons-nous?

Le Ciel même peut-il réparer les ruines <

De cet arbre séché jusque dans ses racines?

Athalie étouffa l’enfant même au berceau.

Les morts après huit ans sortent- ils du tombeau? Ah ! si dans sa fureur elle s’était trompée !

Si du sang de nos rois quelque goutte échappée...

JOAD

Hé bien ! que feriez-vous?

TRAGÉDIE

ABNCR. • i

; " O jour heureux pour moi !

De quelle ardeur j’irais reconnaître mon roi ! Doutez-vous qu’à ses pieds nos bibus empressees... Mais pourquoi me flatter de ces vaines pensëes ? Déplorable héritier de ces rôis triomphans ,

^ Ochozias restait seul avec ses enfans.

Par les traits de’Jéhu je vis percer le père ,

Vous avez vtf les fils massacrés par la mère.

JOAD

Je ne m’explique point. Mais quand l’astre du jour Aura sur l’horizon fait le tiers de son tour ,

Lorsque la troisième heure aux prières rappèle , Retrouvez-vous au temple avec cc meme zèle.

Dieu pourra vous montrer par d’importans bienfaits Que sa parole est stable et ne trompe jamais. Allez , pour ce grand jour il faut que je m’apprête , Et du temple déjà l’aube blanchit le faite.

‘ ABNÉR.

Quel sera ce bienfait que je ne comprends pas? L’illustre Josabeth porte vers vous ses pas.

Je sors et vais me joindre à la troupe fidelle Qu’attire de ce jour la pompe solennelle.

ATHALIE

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