‹ La religion poèmeChapitre 42 sur 69 · JOAD., JOSABETH · texte numérisé non relu

JOAD., JOSABETH

JOAD

Les temps sont accomplis ; princesse , il faut parler , Et votre heureux larcin ne se peut plus celer : . Des ennemis de Dieu la coupable insolence Abusant contre lui de ce profond silence ,

Accuse trop long-temps ses promesses d’erreur.

Que dis-je ? Le succès animant leur fureur ,

Jusque sur notre autel votre injuste marâtre Veut offrir à Baal un encens idolâtre.

Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauvé , Sous l’aile dà ^eigneur dans le temple e'ievé.

De nos princes bébrëùjiL fl aura le courage , '

Et déjà son esprit a devancé* son âge.

Avant que son destin s’explique par ma voix ,

Je vais l’offrir au Dieu par qui régnent les rois. Aussitôt , assemblant nos Lévites , nos Prêtres - Je leur déclarerai l’héritier de leurs maîtres.

JOSABETH

Sait-il déjà son nom et son noble destin?

JOAD

Il ne répond encor qu’au nom d’Eliacin Et se croit quelque enfant rejeté par sa mère ,

A qui j’ai, par pitié daigné servir de père.

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TRAGÉDIE

‘ • JOSABETH

Hélas ! de quel pe'ril je Payais su tirer!

Dans quel péril encore est-il près de rentrer !

JOAD

Quoi ! déjà votre fbi s’affaiblit et s’étonne ?

' ' JOSABETH

A VOS sages consens , Seigneur , je m’abandonne. Du jour que j’arrachai cet enfant à la mort ,

Je remis en vos mains tout le soin de son sort. Même de mon amour craignant la violence , Autant que je le puis j’évite sa présence ,

De peur qu’en le voyant quelque trouble indiscret Ne fasse avec mes pleurs échapper' mon secret. Surtout j’ai cru devoir aux larmes , aux prières , Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. Cependant aujourd’hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder?

Abner, le' brave Abner viendra-t-il nous défendre? A-t-il près' de son roi fait serment de se rendre ?

JOAD

Abner , quoiqu’on se pût assurer de sa foi , Ne sait pas même encor si nous avons un roi.

JOSABETH

Mais à qui de Joas confiez-vous la garde ?

Est-ce Gbed? Est-ce Amnon que cet honneur regarde ?

De mon père sur eux les bienfaits répandus....

98 ' ATHALIE

♦ >'■ ■ JOA». . > . ■

A l’injuste Atlialie ils se sont tous vendus.

JOSABETH. * / ' Î

. Qui doue ôpposdz-vous contre ses sàtelUtes ?

roAD. ^

Ne vous rai-Je pas dit? nos Prêtres ; nos Lévites.

JOSABETH

Je sais que près de vous en secret rassemblé Par vos soins prévoyans leur nombre est redoublé ; Que , pleins d’amour pour vous , d’horreur’' pour ^Athalie, ,

Un serment solennel par avance les lie A ce fils de David qu’on leur doit réve'ler.

Mais quelque noble ardeur dont ils puissent brûler, Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle ? Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle? Doutez-vous qu’Athalie , au premier brujt semé Qu’un fils d’Ochozias est ici renfermé ,

De ses fiers étrangers assemblant les cohortes , N’environne le temple et n’en brise les portes ? Suffira-t-il contre eux de vos Ministres saints . , Qui , levant au Seigneur leurs innocentes mains ,

Ne savent que gémir et prier pour nos crimes , ^

Et n’ont jamais versé que le saiig des victimes? *

^ Peut-être dans leurs bras Joas percé de coiq>s. . .

' JOAD*' '

Et comptez-vous polir rien Dieu qui combat pour nous?

Dieu <^i de l’orptielin protège rinnocence Et fait dans la faiblesse éclater sa puissance ;

Dieu qui hait les ^ans et qui dans Jezrael Jura d’exterminer Achab et Jézabel : ' • «

Diet/ qui frappant Jnram \ le mari de leur fille ,

A jusque chez son fils poursuivi leur famille ; Dieu dont le bras vengeur , pour un temps pendu , •

Sur cette race impie est toujours étendu ?

.. ‘ JOSABETIl.

Et c’est sur tous ces rois sa justice sévère

Que je crains pour le fils de mon malheureux fièi

Qui sait si cet enfant |^ar leur crime entraîné

Avec eux en naissant ne fut pas condamné ? •

Si Dieu , le séparant d’une odieuse race ,

En faveur de David voudra lui faire grâce?

Hélas I l’état horrible où le ciel me l’offrit

Revient à tout moment effrayer mon esprit.

De princes égorgés la chambre était remplie.

Dn poignard à la main , l’implacable Athaüc

Au carnage animait ses barbares soldats

Et poursuivait le cour de ses assassinats.

Joas laissé pour mort frappa soudain ma vue.

Je me figure encor sa nourrice éperdue

Qui devant les bourreaux s’était jetée en vain,

Et faible , le tenait renversé sur son sein.

Je le pris tout sanglant. En baignant son visage Mes pleurs du sentiment lui rendirent l’usage.

* Et , soit frayeur encore , ou pour me caresser ,

De ses bras innocens je me sentis presser.

loo ATHALIE,

Grand Dieu ! que mon amour ne lui soit point funeste !

Du fidèle David c’est le précieux reste :

Nourri dans ta maison en l’amour de ta loi, .

II ne connaît encor d’autre père que tpi.

Sur le point d’attaquer une reine homicide ,

A l’aspect du péril si ma foi s’intimide ,

Si la chair et le sang se troublant aujourd’hui Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui , Conserve l’héritier de tes saintes promesses Et Qe punis que moi de toutes mes faiblesses.

' JOAD

Vos larmes , Josabeth , n’oni rien de criminel ;

Mais Dieu veut qu’on espère en son soin paternel.

Il ne recherche point , aveugle en sa colère ,

Sur le fils qui le Craint l’impiété du père.

Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux Lui viendront aujourd’hui renouveler leurs vœux. Autant que de David la race est respectée ,

Autant de Jézabel la fille est détestée.

Joas les touchera par sa noble pufteur ,

Où semble de son sang reluire la splendeur. ^

Et Dieu , par sa voix même appuyant notre exem- " pie,

De plus près â leur cœur parlera dans son temple. Deux infidèles rois tour à tour l’ont bravé.

Il faut que sur le trône un roi soit élevé ,

Qui se souvienne un jour qu’au rang de ses ancêtres Dieu l’a fait remoMer par la main de ses Prêtres ,

L’a tiré par leur main de l’oubli du tombeau

TRAGÉDIE. lO]

Et de David éteint rallumé le flambeau.

Grand Dieu ! si tu prévois qu*indigne de sa race 11 doive de David abandonner la trace ,

Qu’il soit comme le fruit en naissant arraché ,

Ou qu’un souffle ennemi dans sa fleur a séché.

Mais si ce même enfant , à tes ordres docile ,

Doit être à tes desseins un instrument utile ,

Fais qu’au juste héritier le sceptre soit remis ;

Livre en mes fad)les mains ses puissans ennemis ; Confonds dans ses conseils une reine cruelle.

Daigne , daigne , mon Dieu , suv Mathan et sur elle Répandre cet esprit d’imprudence et d’erreur ,

De la chute des rois funeste avant-coureur.

L’heure me presse; Adieu. Des plus saintes familles Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.

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