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SCÈNE PREMIÈRE

ZACHARIE, RAtiOMITH, LE CHŒUR.

SALOMITH.

Cher Zachàrie, hé bien] Que nous apprenez-vous?

ZACHAfts.

Redoublez au Seigneur votre ardente prière ?

Peut-être nous touohons à notre heure dernière.

Pour l’horiible combat , ma sœur,'l’ordre«est donné.

TRAGÉDIE, r65

SALOHITH.

Que fait Joas ?

ZACHARIE

Joaa yienfe d’être couronné. ’

Le Grand-Prêtre a sur Itd fépandu Vhuile, sainte*

O ciel ! dans tous les yeux quelle joie était peinte A l’aspect de ce roi racheté du tombeau!.

*Ma sœur , on yoit encor la marque du couteau :

On voit paraître aussi sa âdèle nourrice Qui , 'cachée en un coin de ce yaste édifice ,

Gardait ce cher dépôt et n’avait de ses soins Que les yeux de ma mère ^t que Dieu pour témoihs; Nos Lévites pleuraient de joie et de tendresse ,

Et mêlaient leurs sanglots à leurs cris d’alle^gresse. Lui f parmi ces transports , affable et sans Orgueil ,

A l’un, tendait la mam j flattait l’autre de l’œU ,

Jurait de se régler par leurs avis sincères Et les appelait tous ses pères ou ses frères.

• SALOMITH. , '

Ce secret au-dehors est-il aussi semé?

ZACHARIE. ' • ■ '

Ce secret dans le temple est encor renfermé.

Des enfans de Lévi la troupe partagée

Dans un profond silençe aux portes s’est rangée. •

Tous doivent à la fois précipiter leurs pas

Et crier pour signal : Vive le roi Joas !

Mais mon père défend que le roi se hasarde ,

Et veut qu’Azarias demeure, pour sà garde.

Cependant Athalie , un poignard à la main ,*

Rit des faibles remparts de nos portes d’airain.

iSS .ATHÀLÏEV

Pour les rompre elle attend leg, fatales machines , Et ne respire enfin que sang et que ruines. - . Quelques Prêtres , ma sœur , ont d’abord proposé Qu’en un lieu souterrain pâ^ nos pères creusé On enfermât'du nitoiYis notre arche précieuse.

O crainte , a dit mon père; indigne , injurieuse ! L’arche qui fit tomber tant de superbes tours Et força le Jourdain de rebrousser son cours ,

Des ilienx des nations tant de fois triomphante , Fuirait donc à l’aspect d’une femme insolente ?

Ma mère auprès du' roi-> dans un trouble morlèl , L’œil tantôt sur ce prince et tantôt vers l’autel , Muette et succombant sous le poids des alarmé ^ , Aux yeux les plus cruels arracherait des larmes.

Le roi de temps en temps la presse, entre ses bras, La flatté. Chères sœurs , suivex tontes mes pas . Et s’il faut aujourd’hui que notre roi périsse ,

Allons , qu’un même sort avec lui nous unisse. . •

, SALOMITH.

Quelle- insolente ipam frapjJe à coups redoublés? Qui fait courir ainsi ce« Lévites troublés ?

Quelle précaution leur fait cacher leurs armes? Le temple est-il forcé ? -

ZACtlABlE.

* - ' ' Dissipez vos Cannes,

Dieu nous envoie Abner.

TRAGÉDIE. • lèj

~ SCÈNE II

ABNER, JOAD, JOSAgETH , ZACH^IE , SALOMITH, ÏSMAEL , DEUX INVITES ,

LE CHŒUR.’

, JOAD

En croirai-je mes yeux,

Cher Ahner? quel chemin a pü jusqu’en ces lieux Vous conduire au travers d’un camp qui nous assiège ?

On disait que d’Achab la fille sacrilège ' Avait , pour assurer ses projets inhumains ,

Chargé d’indignes fers vos généreuse mainç.,

- . ' - abiver: *

Oui , Seigneur, elle a craint mon zèle et mon courage:

Mais c’est le moindre prix que me gardait sa rage.

Dans l’horreur du cachot par son ordre enfermé J’attendais que le temple ^en cendres consumé ,

De tant de flots de sang non encore assouvie Elle vînt nj’aflranchir d’une importune vie', *

Et retrancher des jours qu’aurait dû mille fois Terminer la douleur de survivre à mes.i^is. . •

JOAD

Par quel miracle a-t-on obtenu votre grâce ?

• ABNER

Dieu dans ce cœur cruel sait seul ce qui se passe.

Elle m’a fait venir , et d’un air égaré t

i6S . ^ ATHALIE ,

Tu vois de mes soldats tout ce temple entocré , Dit-blle : un feu vengeur va le réduire en cendre ,

Et ton Dieu contre moi lie le saurait défendre.

Ses Prêtres toutefois , mais il faut se hâter ,

A deux conditions .peuvent se racheter ; .

Qu’avec Eliaciu on mctfe ep ma puissance - •

Un trésor, dont je sais qu’ils ont la connaissance.

Par votre roi David autrefois amassé ,

Sous le sceau du secret au' Graaad-Prétre laissé.

Va, dis-leur qu’à’ce prix je leur permets de vivre.

' • JOAl). '

■ Quel coUseil , cher Abner , croyez-vous qu’on doit . suivre?

ABNER

Et tout l’or de David , s’il est vrai qu’en eflfet Vous gardiez de David quelque trésor secret,

Et tout cç que des mains -de cette reine avare . • , .Vous avez pu sauver et de riche et de rare,

Donnez-le. Voulez-vous que d’impurs assassins Viennent briser l’autel , brûler les chéruliins ,

Et, portant sur notre arc&c une main téméraire»

De votre propre sang souiller le sanctuaire ?

JOAD

Mais siérait-il, Abner, à des coeurs généreux

De livrer au supplice un enfant malheureux ,

Un enfant que Dieu même à ma garde confie ,

Et de nous racheter aux dépens de sa vie?

* „ ^ ABNER

, Hélas ! Dieu voit mon cœur, Plût à ce Dieu puissaht Qu’Àthalie oubliât un enfant innocent ,

TRAGEDIE

Et que du sang d’Abner sa ciuautë contente Crût calmer par ma mort le Ciel qui la tourmente! Mais què peuvent pour lui vos inutiles soins ?

Quand vous périrez tous , en pe'rira-t-il moins? •

Dieu vous ordonfae-l-il de tenter l^impossible ?

Pour obéir aux lois d’un tjrran inflexible ,

Moïse par sa mère au Nil abandonné , ‘

- * Se vit , présqu’en naissant , à périr condamné ;

Mais Dieu le conservant contre toute espérance, • * Fit par le tyran même élever son énfance.

Qui sait ce' qu’il réserve à, votre Eliacin,.

Et si , lui préparant un semblable destin ; ,

ü n’a point de pitié déjà rendu capable ' ^

De nos malheureux rois l’homicide implacable?

Du moins , et Josabeth comme moi l’a pu voir ,

Tantôt à son aspect je l’ai vu s’émouvom t J’ai va de son courroux tomber la violence. %

( ^ Josabeth. )

Princesse , en ce péril vous gardez le siléncç?

Hé quoi ! pour un enfant qui vous est étranger Souffrez-vous que sans fruit Joad laisse égorger Vous , son fils , tout ce peuple , et que le feu dévore Le seul lieu sur la terre où Dieu veut qu’oii l’adore ? Que feriez-vous de plus si des rois vos aïeux . '

Ce jeune enfant était un reste précieux?

JOSABETH tout bas à Joad,

Pour le* sang de ses rois vous voyez sa tendresse.

Que ne lui parlez-vous ?

JOAD

* n n’est pas temps y princesse.

Jt

ATHÀLIE ;

ABNER.'

Le temps est çhçKy Seigneur;, plus ,q^e vous ne penser.' Tandis qu’à me répondre ici vous balancezr, ^ ' ,

Mathan , près d’i^tbalie élincelaat.de ragje ) L • ^

Demande -le signal et presse le cannage.. , ;■ -

Faut-il que je mciette à vos sacte's, genoux ?

Au nom dudicu si saint qui n’, est ouvert qu’à, vous , fcieu terrible, oii, de Dieu la majesté repose,

Quelque <îure‘ que soit la loi qu’on, vpus impose ,

De ce coup imprévu sopgeons à.nous parer. J v Donnez-moi seulement Je temps.„de, respirer. *;

Demain, dès cette nuit, je prendrai des mesures •* ■

Pour assurer le temple et venger ses injures.

Mais je vois qu,è mespleur,s et que mes vains discours,. Pour vous persuader sont un faible secours.

Votre^austère vertu n^en peut être frappée. •*

Hé bien 1 trouvez-moi donc quelque arme ^ quelque

♦ épée , « ' .

Et qu’aux portes du temple' où l’ennemi m’attend Abner puisse' du'irioins mourir en combattant.

• - V . . - -n' ■ ■ ■ • JOAp. . I -

Je me rends, VouS m*ouvréz un avis <pié j’embrasse^ De tant de maux , Abner , détournons la menace.

Il est vrai , de David un, trésor est resté: '•

La garde en fut commise à ma" fîdélité. ' *.

C’était des tristes Juifs l'espérance dernière ^

Que ipes soiûs vigilans cachaient à la lumière :

Mais pmsqfi’à votre reine il faut le* découvrir ,

Je vais la contéilter , nos portes vont s’ouvrir.

‘De ses plus bravés chefs qu’elle entre accompagnée. •

TRAGÉIHE. 171

Mais^e nos saints autels qu’elle tienne éloignée ' D’un ramas d’étrangers l’indiscrète fureur : . .

- Du pillage dü temple épargnezTmoi l’horreur.

Des prêtres , des enfans lui feraient-ils quelque ombre? De sa suite a,vec vous qu’elle règle le nombre.

Et quant à cet enfant si craint , si redouté ,

De votre cœur, Abner, je connais l’équité^

■Je vous veux devant elle expliquer sa naissance. .Vous verrez s’il le faut remettre en sa puissance,

Et je vous ferai juge entre Atbalie et.lui.

f •••*{ ' * ‘ ABlVCRs Â,

Ah ! Je lé prends'déjà, Seigneur , souJ mon appui. Ne craignez rien. Je cours vers celle qui m’envoie.

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