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qui s*y rattachent, nous avons été conduit à penser qu'elles renrermaient peut-être sous leur forme, à la fois mythique et historique, l'exposition de l'une des doctrines religieuses les plus anciennes de TArie, ainsi qu'un certain nombre des dénominations par lesquelles furent désignées à l'origine les antiques divinités de ce berceau de notre race.
Dans rhymne ix^ du Yaçna, Zoroastre demande à Hôma, qui lui apparaît au lever de l'aurore sous une forme humaine, quels sont les mortels qui, les premiers, ont eu le privilège de le connaître et de l'honorer; Hôma répond : « Le premier » des mortels auquel je me manifestai fut Vivanghvatj père » de Yima, sous lequel fleurit l'âge fortuné qui ignora le froid » des hivers et la chaleur brûlante des étés, et lai vieillesse » et la mort, et l'envie produite par les Dévas. Le second/ul » Athwyay père de Thraêtana^ le vainqueur du dragon Dahak, » aux trois têtes, aux trois gueules, aux six yeux, aux mille » forces. Le troisième fut le troisième des Çmnas, père de » deux fils UrvâUhohchaya et Kereçttcpa, dont l'un religieux, » fit régner la justice, et dont Fautre terrassa le serpent n Krouvera qui dévorait les chevaux et les hommes. Le qua- » trième enfia fut Pourouschaçpa, père de Zoroastre. »
Spiegel considère ces divers personnages mythologiquips comme la chaîne continue des adorateurs du vrai Dieu, comme la suite des patriarches antiques auxquels fut confiée la doctrine sacrée. M. È. Burnouf voit dans Fima, Tàraêtana et Kerèçaspa, dont les prototypes se trouvent dans les Yama, Trita et Krisasva des Yédas, les représentants de trois des générations -primitives de l'humanité. M. Martin Haug leur assigne le rôle de prophètes primitifs, de représentants anciens de là doctrine révélée par Ahura-Mazda et proclamée plus tard par Zoroastre.
Peut-être est-il permis d'aller plus loin encore que les autorités que nous venons de citer, et de voir dans ces personnages traditionnels non-seulement des patriarches, des saints ou des prophètes, mais encore des divinités anciennes dont les
tribus ou les chefs de tribus ont porté les noms, et qui «e sont dnsi peu à peu, en tant qu^élres divins, effacés delà mémoiriD des peuples, pour ne plus apparaître que sous une forme sinoà purement humaine et historique, du moins interi»4diBttSe eitre le mythe et la réalité.
On ne saurait mettre en doute que le nom de Yima n'ait été porté par Aes souverains des tribus iraniennes. Djemsehid, nom du premier souverain de la Perse, signifie le brillant Yima (Kchâëta-Yima). Thraêtafia et Kereçaspa sous les noms *de Féridun et de Gurshasp, sont des héros mentionnés dans le Shanamed. La plupart des auteurs n'hésitent pas à recon''nattre dans les événements relatifs à ces personnages, un fond historique. C'est ainsi que d'après sir John Malcolm, le serpent DaAafc ou Zohàk^ immolé p2iV Thraêtânay serait la représentation d'une invasion assyrienne, invasion qui se prolonge pendant les mille ans du règne de ce monstre, devenu une dynastie de tyrans cruels et sanguinaires. Feridun, d'après cette interprétation, devient le mède Arbacès, le vainqueur de Sardanapale (1). Quoi qu'il en soit du plus au moins de fondement décès hardies suppositions, elles n'en établissent pas moins d'une manièire certaine que des personnages historiques ont porté les noms ci-dessus. Cette confusion des êtres célestes et des êtres humains commence du reste déjà dans le Rig- Véda; un grand nombre de Dévas sont h la fois des dieux,'des prêtres, des saints ou richis et des prophètes ; Trita. Aptya, entre antres est présenté comme l'auteur de plusieurs des hymnes védiques.
Quant au caractère divin des personnages mentionnés dans l'hymne ix® du Yaçna, il apparaît clairement tant dans les Védas que dans les diverses parties de l'Àvesta.
Vivaswan^ \eVivanghvat perse, est, d'après le Rfg, l'une des formes du soleil; on l'appelle souvent aussi du nom de Gandharva^ génie, esprit aérien, oiseau céleste qui se con-
{{) Bu?îSEN, Outlines of th€ philosophical history.
i^ LA REUGION PRIMITIVE
fond avec le Soleil, avec AgDi et parfois avec Indra. Vivaswan serait donc le dieu solaire par excellence, le dieu suprême lui-même; M. Laogloisle traduit par c IMeu briUant. » Vivasivan reçoit l'épithète de sacrificateur, qualification donnée aussi à Indra et à Âgni considérés comme créateurs, la création étant assimilée à un sacrifice (1).
Le jour et la nuit sont ses enfants, il est le père des dieux ; sa demeure, comme celle d'Indra et d'Âhoara, est située dans la région élevée d'oii découlent tous les fleuves, par lesquels sont arrosées les trois régions du ciel, de l'air et de la terre (2). .
Dans le mazdéisme, Vivaswan sous le nom de Vivanghvat, perd son caractère divin pour devenir le premier des mortels qui ait extrait le jus du Hôma pour le sacrifice. Dans une religion où le dieu suprême était nettement dénommé et personnifié, et oii les principaux attributs divins devenaient les assesiseurs du dieu suprême, les divinités anciennes devaient être nécessairement reléguées à un rang inférieur et souvent humain.
C'est ainsi que la plupart des Izeds, empruntés par Zoroastre aux Védas, ne sont plus d»is la doctrine dp réformateur persan, des dieux, des êtres célestes, mais plutôt des rds puissants, ainsi que l'a remarqué M. Langlois.
Si Vivaswan est, dans les Védas, la représentation du dieu céleste, Yama ou Yima, son fils, est le dieu terrestre, la personnification de la terre* Dans le célèbre dialogue entre Yama et sa sœur Yami, ces deux divinités telluriques se distinguent nettement des dieux célestes : « Nous avons^ dit Yama, la mime » origine que les autres dieux (c'est-à-dire nous sommes » comme eux créés par le Dieu suprême (mais notre forme » est différente (la forme terrestre est différente de la forme » céleste). Les enfants du grand Asoura (les dieux célestes),
(l)Rïc, IV, p.471,230.
p) Rig-Vêda, IV, 205, 265, 277. — /d., 284, 460. - M., iv, 305.
DES INDO-EUROPÉENS. loi
» sont des héros qui soutknnent le ciel (1) » (landis que Yama soutient, protège la terre).
Le caractère terrestre de Tama est nettement marqué dans divers hymnes du Rig, et entre autres dans Thymne adressé au nuage sous le nom de Vena : « Quand ceux qui te désirent, Yéna, te voient voler dans le ciel sur ton aile d'or, ils reconnaissent le messager de Varouna (dieu des endes)> l'oiseau qui porte la pluie au sein de Yama » {la terre) (2).
Yama^ comme nous Tavons vu dans la première partie de ce travail, fut dans la suite considéré plus spécialement comme la terre souterraine, la terre réceptacle des nM)rts, et il devint à ee titre le roi et le juge des morts (3).
Un troisième caractère d' Yama, est celui d*ancétre du genre humain, de premier des mortels auquel ait été révélé la loi divine. A ce titre Yama se confond avec Manou qui, lui aussi, est un fils de Yivaswan (4).
C'est surtout sous ce dernier aspect, c'est-à-dire comme ancêtre de rhitmanité que Yama, sous le nom de Yima, apparaît dans le mazdéisme. Les traditions d'un ftge d'or se rattachent à son nom béni des peuples, parce qu'il leur rappelle une ère de prospérité et de bonheur sans mélangé*: « Yima, dit le » Yaçna, est le chef des peuples, le plus resplendissant des » hommes nés pour voirie Soleil ; car il a, sous son règne, af- » franelii de la mort les mâles des troupeaux, dé la sécheresse » les eaux et les arbres, et il a rendu inépuisables les ali- H ments dont on se nourrit (5). »
Vivaswan ,et Yama^ comme toutes les divinités des Ariens, se révèlent sous une forme lumineuse. Le principe igné, inséparable dans ces époques reculées, de toute conception divine, entre comme partie essentielle dans la formation de leur double
(t)RiG-VÉt)A, IV, p. 144.
(2) Rig-Véda, IV. p. 413.
(3) Lois de Manou.
(4)RiG, m, p.294.
(5) Yaç.na, IX, § '1.
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mythe. Vwaswan est le feu solaire luUméme, Yama est une diviDité brUkuUe^ resplendissante; il a le premier répandu parmi les populations ariennes la lumière sacrée qu*il avait reçue d'Aboura-Mazda (1). Les Védas représentent Yama comme le chef d'jin royaume de bonheur et de lumière, dans lequel il réunit autour de lui les immortels, quelquefois il est assimilé à Agni, au feu lui-même, dont il ne serait qu'une forme, une déification particulière, sans doute le feu souterrain, le feu caché qui féconde et vivifie la terre.
C'est donc sous une forme lumineuse qu'apparaissent Vivaswan et Yima, ces dieux primitifs semblables sous ce rapport aux Ahouras et aux Dévas qui les remplaceront par la suite. Les Indiens comme les Perses, quelles que fussent leurs idées sur le caractère, sur Tessence même de la divinité, ont toujours conçu son image sous une forme ignée et lumineuse. Selon Texpression d'un écrivain moderne : « La révélation s'est faite » pour eux par la lumière. »
Dans cette antique doctrine, dont nous croyons avoir retrouvé la trace, le feu est.personnifié dans Athwya; père de Thraêtana^ identique à l'Âptya, père de Trita, des Védas. Aptya, selon M. Langlois, est l'un des noms d'Agni, Tune des personnifications de l'élément igné. M. E. Burnouf pense que ce nom vient du sanscrit atovi ; atavyiasigni&emtr homme sorti des forêts. Le feu serait qualifié de ce nom, soit parce qu'il jaillit du sein du bois, du bois frotté^ selon l'expression fauiilière aux Yédas et à l'Avesta ; soit parce que les forêts embrasées par le feu de la foudre, furent le premier, foyer auquel les hommes allèrent se réchauffer et demander l'élément indispensable à leurs besoins journaliers.
Si nos observations sont fondées, nous retrouvons donc, dans le triple mythe de Visvaswan^ de Yama et A'Aptyay les trois éléments essentiels, constitutifs et primitifs des religions ariennes : le ciel, la terre, le feu, ou en d'autres termes, la
(l) YAç.>iA, IX, g 4. — Gathas, ch. xxxii, g 8.
divinité céleste^ la divinité terrestre, le principe intermédiaire^ médiateur. Toutes les manifestations diverses, toutes les modifications successives des doctrines et des cultes de Tlnde et de la Perse, peuvent se ramener à ces trois termes dans lesquels elles se résument, et que nous retrouvons à leur début, comme i^ous les retrouverons au terme extrême de leur développement, tantôt sous une forme grossière et matérielle, tantôt sous une forme élevée et spiritualiste, mais toujours identiques en eux-mêmes et faciles à reconnaître sous les ornements variés et multipliés à l'infini dont les revêt la riche imagination des sectateurs d'Indra ou d'Ahura.
Les autres saints ou héros imentionnés dans l'hymne ix'^ du Yaçna, représentent également des mythes généraux et qui ont été l'objet d'un riche développement mythologique dans le brahmanisme et dans le parsisme.
Thraêtano est le Traitana ou Trita, fils d'Aptya des Védas, le Féridunàe la tradition postérieure des Perses. Le changement de Thraêtano en Féridun est expliqué par Burnouf. La forme pehlvi du mot qui sert de transitioù entre les deux formes extrêmes est Phrédun. Ce changement d'une aspirée dentale en aspirée labiale n'est pas rare, comme on le voit par les exemples de Dhumus et de Fumus.
LeTriia védique est le principe humide, c'est Soma ou Indou. Dans le sacrifice, le feu, Agni ou Aptya, naît d'abord; la libation,' Soma, Trita, nait ensuite; c'est ainsi que Trita est dit fils d'Aptya. Traitana, l'un des noms védiques de la même divinité, se rapproche davantage que Trita du zend Thraêtano, mais ce nom n'est mentionné qu'une fois dans lesVédas. Traitana ou Trita est représenté dans l'Inde comme Tune des nombreuses puissances qui régissent le firmament, qui dissipent les ténèbres et qui font pleuvoir, ou, selon le langage imagé des Védàs, qui viennent au secours des vaches célestes et terrassent les démons, leurs ravisseurs. Trita prend souvent la place d'Indra dans sa lutte contre les Asouras qui arrêtent la pluie. Dans les Védas le combat a lieu entre Thraêtana et