CHAPITRE PREMIER
Objet qu'on se propose dans cet Ecrit.
Je me propose de montrer que la Révolution française, qui semblait devoir être le tombeau du Christianisme , n'a servi qu'à faire mieux éclater sa beauté inaltérable et sa force divine. Il est sorti des plus terribles épreuves auxquelles il ait été exposé depuis sa naissance, sans avoir laissé apercevoir dans sa doctrine aucune erreur qui justifie les accusations de ses ennemis, ni dans sa constitution aucun endroit faible qui autorise leurs espérances. Cette Religion s'est montrée toujours pure , au milieu d'une corruption sans exemple ; et le siècle où nous sommes lui aura cette obligation , que
tous les excès qui l'ont déshonoré seront compensés, aux yeux tle l'avenir, par les traits admirables de magnanimité et de vertu que le Christianisme a fait briller au milieu de tant d'horreurs.
Jamais cette vérité ne fut plus essentielle à retracer que dans le moment présent. La haine contre la Foi de nos pères se renouvelle , et l'on recommence à faire entendre contre ses ministres des invectives atroces (1), qui Rappellent
(1) On lit ces paroles dans un écrit publié récemment, et répandu avec profusion : « Les Rois n'ont pas eu « moins à se plaindre que les peuples de la puissance te usurpée du clergé. Les grands corps , comme les « grands écrivains , ont toujours abusé de leurs lu- « mières et de leur influence. Les fastes de notre his- « toire constatent la turbulence , l'ambition , l'ingrati- « tude et les rébellions criminelles du clergé. Ses dis- « cours ont toujours alimenté nos guerres civiles,; ses « arrêts ont dirigé le poignard des assassins sur le « cœur des Rois. » Est -il sorti des sociétés populaires de o,3 quelque ebose de plus amer et de plus injuste contre les ministres de la Religion? On voulait alors éebauffer le peuple , pour le disposer à des scènes de violence et de carnage : que prétend-on à présent par de semblables déclamations ? Le ton est le même , quoique les accusations soient tout opposées. Nous étions alors les flatteurs des Rois, les coupables appuis de leur autorité;
les pins funestes époques de nos dissensions et de notre délire.
Je sais que l'animositc de ces écrivains qui cherchent à consommer aux yeux des peuples l'avilissement de notre ministère, ne peut faire qu'une faible impression , si on la rapproche du respect de tant de générations et de l'estime de tant de grands hommes. Mais il est des esprits faibles qu'il faut garantir de la surprise, et des âmes susceptibles d'être touchées par des motifs étrangers au fond de la Religion, qu'il faut éclairer sur leurs vrais intérêts.
Je défends ici le Christianisme en général. La dispute n'est plus aujourd'hui entre les Catholiques et les autres communions. C'est la Foi chrétienne , prise dans toute son étendue , qu'on
on nous représente aujourd'hui comme les fléaux de leurs états et leurs enuemis sanguinaires. Mais qu'importent les contradictions à la passion et à la haine? Du reste , que veut dire cet auteur avec ses arrêts du clergé ? Où a-t-il pris cette bizarre expression? Pour nous, nous ne connaissons aucun arrêt, ou, pour parler français, aucun acte, aucune décision du clergé qui ait autorisé le meurtre des Rois ; mais nous ne connaissons que trop un décret i endu par les plus violens ennemis du clergé, qui a fait monter à l'échafaud le dernier et le plus irréprochable de nos monarques.
veut anéantir ; et il s'agit de savoir laquelle de l'incrédulité ou de la Religion a le plus de titres à l'acquiescement de la raison, et le plus de moyens d'assurer le bonheur public.
Voici l'enchaînement et le précis des réflexions que je vais développer. Je ferai d'abord remarquer dans la Révolution certaines cir-r constances frappantes , qui, par leur singularité inattendue, ou par les vertus extraordinaires qu'elles ont fait éclore, sont propres à persuader que le Christianisme est l'ouvrage de celui qui peut donner à la faiblesse même une force invincible. On y verra un exemple unique , dans l'histoire , de l'inutilité des efforts de l'homme pour renverser ce que Dieu a établi. J'exposerai, de plus , toutes les difficultés nouvelles que les conjonctures dont je parle ont fait imaginer contre la Foi, et l'on ne pourra assez s'étonner de ce que l'incrédulité, avec tant de moyens de découvrir le faible de notre croyance , si elle était, fondée sur l'erreur, n'a pu lui donner la moindre atteinte. Enfin, les considérations , tirées soit des causes, soit des effets de la plus funesle catastrophe , feront naître d'autres vues , et donneront un nouveau degré de force aux réflexions que nous aura fournies la Révolution considérée en elle-même.
(5) Du *este , j'irai à mon but par une exposition très-rapide; et peut être , à force de ménager les dispositions de notre siècle, et son éloignement pour les matières de religion, mériterai-je le reproche d'avoir trop accordé à cette prévention , et de n'avoir pas assez consulté l'intérêt de la plus noble des causes.