‹ La religion prouvée par la RévolutionChapitre 2 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Christianisme a triomphé de la double persécution des talens et du pouvoir.

On ne vit jamais rien d'égal au déchaînement dont le Christianisme a été l'objet depuis près d'un siècle. Jamais société religieuse n'a eu en tête une réunion d'adversaires si étroitement unis , si ardens , si nombreux et menés , pour ainsi dire, au combat par des chefs si habiles. Qui pourrait représenter quels ressorts une fausse philosophie a mis en œuvre, quels talens elle a déployés contre la foi de l'Evangile? Que d'esprit ! que de dérisions! que de satires ! que de recherches d'érudition ! que d'attaques de tous les genres ! Toutes les sciences, tous les arts sont devenus tributaires de l'incrédulité. La dialectique lui a prêté ses ressources et ses sophismes , la poésie ses illusions et ses agrémens , l'éloquence toute sa majesté, toute sa force , toute la chaleur et toute la véhémence de ses mouvemens. On n'a qu'à se rappeler les Voltaire , les Rousseau , et cette foule d'écri-

(7 ï vains qui marchaient sur leurs traces et tendaient au même but; et en se retraçant leurs efforts , leur haine implacable , leur empire sur l'opinion, il est sensible qu'on aura l'idée de l'aggression la plus violente, la mieux concertée et la plus formidable à laquelle ait jamais été en butte une institution humaine. A cette guerre de l'esprit a succédé la persécution du pouvoir ; et puisqu'il s'agit d'événemens dont nous comptons au milieu de nous tant de témoins , qu'ai-je besoin de rappeler la fureur avec laquelle , dès la naissance de nos troubles, on a attaqué, désolé la Foi sous le nom de fanatisme ? La Religion en a été si abattue , et eu a paru même à une certaine époque si près de sa ruine, que la secte persécutrice s'est enfin persuadée qu'elle l'avait éteinte sans retour. Les monumens de ce vain triomphe subsisteront toujours. On n'oubliera point qu'un des hommes qui gouvernaient alors la France , alla jusqu'à proclamer en quelque sorte l'abolition du Christianisme ? et qu'ii crut devoir proposer un autre cuite qui remplaçât l'ancienne croyance. Ainsi Dioclétien prétendit autrefois s'immortaliser par deux colonnes qu'il se fit ériger, et qui portaient cette inscription : « Pour avoir détruit la superstition tf du Christ 3 vSuperstitione Christi ubique cfe-

(8) îetâ(i). Mais le fol espoir de cet empereur ne tarda pas à être confondu. Constantin releva presqu'aussitôt ces autels qui semblaient renversés à jamais. Et pour nous, quoique la Religion, depuis l'époque que je viens d'indiquer, ait éprouvé une persécution plus dangereuse encore, nous voyons le Christianisme sorti de ses ruines et délivré de ses ennemis. La France, à laquelle la destinée de l'Eglise a semblé toujours liée, est rendue au fils de saint Louis; la Foi est ranimée parmi nous par les plus illustres exemples. La nation, d'accord avec son Roi, semble n'avoir pas de plus grand désir que de voir refleurir (2) son empire au milieu d'elle. Au dehors , tout se réveille en sa faveur ; les peuples ne montrent plus que du dégoût pour les systèmes impies. L'Europe , représentée à Vienne , d'une manière si auguste et si nouvelle, a reporté le Souverain pontife sur son trône , et lui a rendu ses états. Enfin , de puissans Monarques forment une ligue sans exemple , dont le but est de ranimer le Christianisme dans toutes les parties de l'Europe.

(1) "Vid. Baro. an. 3o4.

(2) "Voy. le discours prononcé par S. M Louis XVIII, à l'ouverture de ta dernière Chambre des Députés.

(9) Qu'annoncent tons ces rnouvemens ? Tant de

persécutions inutiles et un retour si inespéré marquent-ils un ouvrage humain , ou plutôt ne justifient-ils pas cette image si familière aux fidèles, qui leur représente l'Eglise chrétienne comme une barque jetée au milieu des écueila et des orages, mais qu'une main divine soutiendra toujours sur les flots ?

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