‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 13 sur 92 · Tite-Live, xxu, 9. — 2. Val. Max · texte numérisé non relu

Tite-Live, xxu, 9. — 2. Val. Max

A LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE

perte des traditions nationales: c’est le goût de plus en plus vif que cette aristocratie éprouvait pour les arts et les sciences de la Grèce. Dès l’époque des guerres puniques, les gens distingués commencèrent à lire les écrivains grecs. Ils admirèrent Homère et les tragiques, d’abord dans des traductions fort incomplètes, puis dans la majesté de l’original ; plus tard on leur fit connaître les orateurs et les philosophes : « Ce fut, dit Cicéron, non pas un faible ruisseau, mais un large fleuve d’idées et de connaissances qui pénétra chez nous1. » Au milieu du Y Ie siècle, « la Muse au vol rapide vint visiter la nation sauvage de Romulus* ». La littérature latine commença, sous la protection et avec l’aide de l’aristocratie. Elle ne fut d’abord qu’un pâle reflet de celle des Grecs; issue de l’imitation, elle n’a pas connu cette période de foi naïve que traversent d’abord celles qui naissent et croissent par ûn effort libre et spontané. Comme elle se modela dès ses débuts sur un art vieilli, elle n’a pas eu de jeunesse. Elle commence par le théâtre, la dernière forme que l’art des Grecs eût inventée, celle qui demande le plus de réflexion et de science, et dans le théâtre grec, le poëte qu’elle imite de préférence, c’est le plus récent de tous, Euripide, un philosophe, un sceptique, un raisonneur, le dernier produit d’une muse fatiguée. C’est vraiment un spectacle étrange que de voir cette littérature débuter par où les autres finissent, de lui trouver tant d’inexpérience avec si peu de naïveté, et de rencontrer a la fois chez elle la marche hésitante d’un enfant et la sagesse désenchantée d’un vieillard. Le premier poëte qu’on ail conservé d’elle, le comique Plaute, n est pas précisément un incrédule, mais c’est un indifférent, qu aucun scrupule n’arréte quand il s’agit d’amuser ses spectateurs. 11

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