SuéL. , Aug., 73. — 2. Dion, liv
part aux cérémonies des frères Arvales *. Il souhaitait que l’exemple qu’il donnait d’obéir scrupuleusement à la loi religieuse fût suivi par les personnages importants de l’empire. Pour que le sénat apportât dans l’accomplissement de ses fonctions un esprit plus grave et plus pieux, il ordonna que chaque sénateur, en se rendant à sa place, s’approchât de l’autel du dieu dans le temple duquel on était réuni, et lui offrît du vin et de l’encens2. En même temps il essayait d’entraîner l’opinion publique par le moyen de ces grands poètes qui l’entouraient et qui se montrèrent si empressés à servir ses desseins. Les Horace, les Virgile, les Properce, les Ovide, tous ceux que Rome écoutait le plus volontiers l’entretenaient sans cesse de ses anciennes légendes ; ils lui rappelaient qu’elle devait ses succès à sa piété, et « que c’était en se soumettant aux dieux qu’elle avait soumis le monde ». La poésie prêtait du charme à cette vieille mythologie, et ce monde léger était surpris d’entendre parler sans sourire de Janus et de ses surnoms ou des fêtes naïves des Lupercales et des Palilies. C’était assurément un progrès ; mais qu’il en restait à faire, pour rendre à cette religion en déclin le prestige dont elle avait autrefois joui !
Ce qui était plus facile que de ranimer des croyances éteintes, c’était de rendre son éclat au culte, d’augmenter les privilèges du sacerdoce, de rétablir d’anciennes cérémonies, de relever les temples. Ces réformes matérielles et extérieures sont vraiment les seules qui soient de la compétence de l’autorité civile ; Auguste le comprit bien. Quand son règne commença, les temples de Rome étaient presque tous en ruine ; les plus anciens, les plus célèbres avaient été dévastés par des incendies ou péiis-
t Mariai, Arvali, tab. 1. — 2. Suét., Aug., 35.
RÉFORMES D‘A ÜGUSTE.
saient de vieillesse : celui de Jupiter Férétrien, fondé par Romulus, avait perdu sa toiture et ses murailles ne tenaient plus1; celui de Juno Sospita était désert et souillé d’ordures 2. « L’araignée, disait Properce, tisse sa toile et les mauvaises herbes croissent dans la de meure solitaire des dieux 3. » Auguste fit honte de ce délabrement des temples aux descendants de ceux qui les avaient construits ; il demanda aux héritiers des grandes familles, quand il en restait , de réparer les monuments qui portaient le nom de leurs ancêtres4; lui-même en fit reconstruire un grand nombre, qu’il énumère avec complaisance dans l’inscription d’Ancyre. Après les avoir bâtis, il dépensa des sommes considérables pour les orner; il évalue à 100 millions de sesterces (20 millions de francs) les dons qu’il consacra dans ces divers édifices 5. Il plaça dans la chapelle de Jupiter, au Capitole, pour plusieurs millions de perles et de pierres précieuses *. Non content de ces travaux de détail qui rendaient au culte des dieux sa splendeur et embellissaient Rome, il prit en 726 une mesure générale. « Pendant mon sixième consulat, nous dit-il dans l’inscription d’Ancyre, j’ai refait à Rome, par l’ordre du sénat, quatre-vingt-deux temples, n’en négligeant aucun de ceux qui avaient alors besoin d’être réparés » Cette munificence , qui s étendait à tous les monuments religieux, frappa beaucoup l’opinion publique; elle fut chantée par les poètes, qui ne manquaient aucune occasion de célébrer les actes de l’empereur. « Sous lui, disait Ovide, les édifices sacrés ne connaissent plus la
1. Corn. Nép., Vita Attici, 20. — 2. Jul. Obseq., 55. — 3. Prop., il, b, 35. — 4. Suét., Aug., 29. — 5. Mommsen, Res gestes clivi Aug., p. GO. — 6. Suét., Aug., 30. M. Mommsen pense que les chiffres donnes par Suétone ne sont pas exacts et que le texte est corrompu — 7. Mommsen, Res gestœ, etc., p. 58.
vieillesse. Ce n’est pas assez d’être utile aux hommes, il oblige même les dieux. O saint fondateur de temples ! O toi qui répares les monuments ruinés, puissent les dieux te rendre tout ce que tu fais pour eux 1 ! »
Le plus grand théologien de l’époque de César, Varron, attribuait la décadence de la religion romaine à l’ignorance et à l’abandon des anciens rites, et il consacra son livre des Antiquités divines à les faire connaître. Auguste pensait sans doute comme lui, et il ne négligea rien pour rétablir ces pratiques dont Varron regrettait la perte. Les vieilles cérémonies de Y Augurium salutis, dans lesquelles les augures priaient les dieux pour la prospérité de l’État, étaient négligées depuis la guerre de Mithridate ; il les fit célébrer de nouveau 2. 11 rendit tout leur éclat aux fêtes de Luperques, interrompues pendant la guerre civile, et qui après lui devaient encore durer quatre siècles3; il renouvela les jeux séculaires et ceux des carrefours; il ajouta plusieurs jours aux Saturnales4. Il augmenta le nombre des prêtres, il accrut leurs privilèges, surtout ceux des Vestales, pour lesquelles il professait un respect particulier. « Comme à la mort de l’une d’elles qu’il s’agissait de remplacer, il voyait beaucoup de personnes faire toute sorte de brigues pour obtenir que leur fille ne fut pas choisie, il déclara avec serment que si quelqu’une de ses petites-filles avait l’âge requis il l’offrirait très- volontiers 5. » On n'avait plus nommé de flamine de Jupiter depuis Sylla : il en fit créer un3; il ne souffrit pas qu’il y eût aucune négligence dans la nomination du roi des sacrifices, comme cela était arrivé trop
1. Fast., 2, 61. Un des vers de ce morceau : « Templorum positor, templorum sancte repostor ! «rappelle ce mot de Tite-Live (iv, 20) : « Augustus Cœsar templorum omnium conditor aul restilutor. » —
2. Dion, li, 20. — 3. Suét., Aug., 31.- 4. Macrobe, Sat., I, 10, 23.
— 5. Suét., Aug., 31. - 6, Dion, uv, 36.
souvent dans les dernières années1. Les actes les plus anciens des frères Arvales que nous ayons conservés datent de la (in de son règne; on en a conclu qu’il avait réorganisé aussi cette célèbre corporation. Tous ces collèges sacerdotaux, dont l’existence semble si obscure à la fin de la république, reprirent leur importance avec lui, et c’est sans doute pour lui plaire que les grands personnages recommencèrent à briguer l’honneur d’en faire partie. Ce fut donc une restauration générale de l’ancien culte, et comme il consistait en pratiques plus qu’eu dogmes et en croyances, en renouvelant tous ces rites oubliés, Auguste pouvait croire qu’il lui avait vraiment rendu la vie.
Ce n’était pourtant pas assez, pour le dessein qu’il se proposait, de rebâtir des temples et de restaurer de vieilles coutumes. L’esprit religieux a besoin d’autres stimulants pour se ranimer. 11 a tout à la fois le goût de l’ancien et du nouveau; il aime sans doute à revenir au passé; mais pour qu’il reprenne son élan et son ardeur, quand il les a perdus, il est bon que le passé soit rajeuni par quelques innovations. Aussi voyons-nous les réformateurs religieux, en même temps qu’ils rétablissent les anciennes pratiques dans leur pureté, ne pas manquer d’instituer des dévotions nouvelles; c’est ce que fit aussi Auguste. Cette partie de sa tâche lui était assez facile : il n’y avait rien de plus aisé que d’augmenter autant qu’on le voulait le nombre déjà si grand des dieux dans les religions antiques. Une qualification nouvelle donnée à une ancienne divinité suffisait pour en faire un dieu nouveau. C’est par ce moyen qu’Auguste créa ou renouvela trois cultes importants, qui se rattachaient tous à sa dynastie, celui