Marquardt, Rômische Aller th., iv, p
de Vénus Mère ( Venus Genetrix), celui de Mars Vengeur ( Mars Ultor ), et celui d’Apollon Palatin ( Apollo l’alatinus).
Vénus était regardée comme la mère des Romains, et c’est à ce titre que Lucrèce l’invoque au commencement de son poëme; mais elle était surtout la mère de la famille des Jules, qui se prétendaient issus d’Énée. César, tout incrédule et tout démocrate qu’il était, se vantait beaucoup de cette origine, et quoique cette prétention fît sourire les gens éclairés, qui l’appelaient quelquefois par raillerie le beau fils de Vénus1, il n’est pas sûr qu’elle n’ait pas servi sa politique : la démocratie romaine aimait assez à prendre ses chefs dans les plus anciennes familles, et elle était fière d’eux quand ils portaient un grand nom. A la bataille de Pharsale, César promit d’élever un temple à sa divine aïeule, s’il était victorieux. Il le fit construire dans le forum somptueux qu’il bâtissait en ce moment et dont l’emplacement seul lui avait coûté 100 millions de sesterces (20 millions de francs), 11 l’avait dédié en toute hâte deux ans avant sa mort; cependant l’œuvre n’était pas encore entièrement terminée aux ides de Mars, et ce fut Octave qui l’acheva. Octave aussi était très-fier de cette illustre naissance et pendant les premiers temps de son pouvoir, l’image de Venus Genetrix paraît souvent sur ses monnaies.
Le culte de Mars Vengeur doit son origine à la mort de César. Pendant la campagne entreprise contre Brutus etCassius, Octave fit vœu d’élever un temple à Mars, s’il parvenait à punir les meurtriers de son père. Il fit plus tard de ce temple le centre du forum qu’à l’exemple de César il se proposait de construire. L’ouvrage marcha
1 Cic., Ad fam , vin, 15, *.
très-lentement1; il n’était pas encore achevé quand les Parthes, effrayés des préparatifs qu’Auguste faisait contre eux, se décidèrent à rendre les étendards de Crassus. Cet événement glorieux donnait à Rome les satisfactions de la victoire sans les embarras de la guerre. 11 remplit les Romains de fierté, et Auguste voulut construire un monument qui en conservât le souvenir. C’était une vengeance aussi que Rome tirait, après un demi-siècle de honteuse patience, du désastre le plus humiliant qu’elle eût subi depuis les guerres puniques. Auguste la célébra en faisant bâtir un petit temple à Mars Vengeur dans le Capitole, en face de celui de Jupiter Férétrien qu’il avait réparé, et l’on y plaça les étendards reconquis. Quant au grand temple du forum, il ne fut achevé qu’en 757 ; mais aussi c’était un ouvrage admirable : les portiques qui l’entouraient contenaient les statues de tous les grands hommes d’autrefois, en habits de triomphateurs, avec des inscriptions qui rappelaient leurs victoires. Auguste, en les mettant à cette place et en les traitant avec tant d’égards, semblait vouloir prouver que l’empire ne se séparait pas des traditions de la république et qu’il avait la prétention de les continuer.
Le culte d’Apollon Palatin était plus personnel à l’empereur que les deux autres. Auguste parait avoir eu de tout temps pour Apollon une dévotion particulière : déjà dans ce repas des douze dieux, que les malins lui reprochaient, on remarque qu’il avait pris le rôle d’Apollon pour lui. Il aimait à se faire représenter avec les attributs
i. Cette lenteur fut l’occasion d’un jeu de mots d'Auguste rapporté par Macrobe ( Sat ., ii, 4, 10). L’orateur Cassius Severus avait peu de succès dans ses accusations, ceux qu’il déférait aux tribunaux étaient toujours absous. Auguste, jouant sur le double sens du mot absolutus, qui signifie absous et achevé, disait:» Vellem Cassius et meum forum accuset.» .
et sous les traits de son dieu favori. Les flatteurs disaient qu’il en était le fils, et un savant Égyptien lui attribua très- sérieusement cette origine dans un ouvrage de théologie b A la bataille d’Actium, il se trouva par hasard qu’un temple d’Apollon s’élevait sur le rivage, près de l’endroit où l’on avait combattu : il n’en fallut pas davantage pour qu’on lui accordât une part dans le succès de la journée : le dieu, selon Virgile, avait tendu son arc et lancé ses traits inévitables contre les ennemis de son protégé. 11 en futbien payé parla reconnaissancedu vainqueur, qui institua en son honneur des fêtes somptueuses. Auguste tint surtout à loger son protecteur auprès de lui et à l’avoir dans sa demeure. La maison modeste qu’il habitait sur le Palatin s’augmentait avec ses victoires. Après la défaite de Sextus Pompée, il avait envoyé l’ordre à ses intendants d’acheter les habitations voisines pour agrandir la sienne 5 mais comme il redoutait les commentaires des mécontents, il voulut dans cette augmentation faire une large part pour le public et pour les dieux. La foudre venait justement de tomber sur sa maison ; les haruspices consultés déclarèrent que les dieux réclamaient la partie qu’ils avaient frappée, et Auguste s’empressa de la leur abandonner. C’est sur ce terrain que fut construit le temple célèbre d’Apollon Palatin i c était un édifice magnifique, de marbre de Carare, rempli des chefs-d’œuvre de l’art grec et surmonté d’une statue du Soleil sur un quadrige d’or. Les portiques dont il était entoure abiitaient les deux bibliothèques grecque et latine dont il est tant question dans les auteurs anciens et qui contenaient les ouvrages et les statues des grands écrivains des deux pays2. La dédicace du temple et des portiques eut lieu