Hor., Carm., iv
142 L’APOTHÉOSE IMPÉRIALE
Ce n’en était pas moins un acte de la plus adroite politique de mettre ainsi l’apothéose impériale à sa naissance, et quand elle pouvait être contestée, sous la protection de ce que les Romains respectaient le plus, la religion du foyer. Ce qui était bien plus habile encore, c’était d’intéresser à ce culte nouveau et au pouvoir dont il émanait les petits bourgeois, les affranchis, les esclaves, toutes les classes inférieures et déshéritées. La république les avait fort négligées, l’empire leur tendait la main. De ces pauvres gens, dont on s’était encore si peu occupé, il faisait des magistrats. Ces esclaves avaient le droit de se réunir et ils élevaient à frais communs des monuments au bas desquels on lisait leurs noms obscurs. Ces affranchis prenaient plusieurs fois par an la robe à bande de pourpre, comme les préteurs et les consuls; ils donnaient des jeux, ils présidaient des cérémonies publiques, et se faisaient précéder par deux licteurs pour écarter la foule devant eux. Tous ces privilèges, auxquels ils étaient d’autant plussensiblesqu’on les avait plus humiliés jusquelà, ils savaient bien qu’ils les tenaient uniquement du prince; ils n’ignoraient pas que leur importance était intime ment liée au culte impérial. Aussi les voit-on fort occupés d’embellir la chapelle où l’on honore les Lares du carrefour, devenus les Lares impériaux; ils en refont le toit, ils en réparent l’autel quand il y est survenu quelque accident *. Indépendamment des deux petits dieux, avec leur tunique relevée et leurs vases à boire, tels que l’antiquité les avait toujours représentés, et du génie d’Auguste qu’on venait de leur associer, ils y placent souvent d’autres divinités populaires, Hercule, Silvain, et surtout cette Stata mater fort aimée des pauvres, parce qu’elle avait la réputation d’arrêter les incendies. C’était, on en