‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 38 sur 92 · I. Orelli · texte numérisé non relu

I. Orelli

L’APOTHÉOSE IMPÉRIALE. 143

fi fait le compte1, plus de deux mille personnes de la plus basse extraction, esclaves ou affranchis pour la plupart, qui participaient tous les ans, dans une certaine mesure, au gouvernement impérial, et se trouvaient ainsi engagées à le défendre. L’avantage était considérable, Auguste n’eut garde de le négliger. Pour attacher tous ces pauvres gens à son pouvoir, il consentit à se laisser rendre, même à Rome , quelques-uns des honneurs qu’on décerne aux dieux; mais ce n’était encore, comme on le voit, qu’une sorte de culte détourné et qu’une demi-apothéose, puisqu’on n’adorait que son génie.

Telle fut, au sujet de l’apothéose, la politique que suivit Auguste pendant tout son règne. Il eut soin avant tout de ne sembler jamais souhaiter les honneurs divins, et de ne paraître occupé, quand on les lui offrait, qu’à les fuir et à les restreindre. Si par hasard il consentait à les accepter, ce n’était qu’avec des précautions et des ménagements infinis. Par exemple, il se laissait plus volontiers bâtir des temples en province qu’en Italie, et en Italie qu’à Rome. Il savait bien que l’éloignement entretient le prestige, et qu’il est difficile de paraître un dieu quand on est vu de trop près. A Romé même, lorsqu’il crut devoir se relâcher de sa sévérité, ce ne fut qu’en faveur des citoyens les plus humbles, des affranchis, des esclaves. L’incrédulité des gens du monde l’effrayait; il craignait que l’apothéose ne fût de leur part qu’une flatterie sans sincérité, dont ils se moquaient tout bas. Les petites gens lui semblaient de meilleure foi et plus portés à croire naïvement à la divinité du maître. En Italie, comme dans les provinces, il prit soin de rattacher toujours les cérémonies nouvelles qu’on instituait pour lui aux usages et aux traditions du passé. C’était sa

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