‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 43 sur 92 · Corp.inscr. lal-, il · texte numérisé non relu

Corp.inscr. lal-, il

L’APOTIIÊOSE IMPÉRIALE.

Ce titre très-dévcloppé, et qu’on abrégeait dans l’usage de diverses façons, nous fait comprendre quel sens on attachait au culte impérial dans les provinces. 11 n’avait pas un caractère uniquement personnel; il s’adressait moins à tel ou tel César en particulier qu’à la dignité impériale dans son ensemble : c’était l’ado;ation du pouvoir monarchique ; on lui rendait hommage dans la personne des princes à qui l’on croyait que leurs vertus avaient mérité le ciel, mais encore plus dans celle de l’empereur qui régnait. Tandis qu’à Rome on éprouvait d’ordinaire quelque répugnance à diviniser l’empereur vivant, c’est au contraire à lui que s’adressaient sans détour les prières des provinces i. 11 représentait plus directement Rome et sa puissance ; or rien n’avait plus frappé le monde que la puissance romaine. Les peuples disposés à voir toujours la main de Dieu dans le succès, et qui, « à toutes les heures et dans tous les lieux, invoquaient alors la fortune comme par un concert unanime 2 », devaient être frappés d’une sorte de terreur superstitieuse en présence d’une si longue suite de victoires et devant la conquête de l’univers. D’ailleurs ce pouvoir irrésistible était en même temps un gouvernement tutélaire. Après avoir conquis le monde, il le maintenait en paix; il avait pris l’Occident barbare et l’avait civilisé, il lui donnait le bien-être et l’aisance; il arrêtait ce flot d’ennemis que par moments on entendait gronder derrière le Rhin. Est-il surprenant que la reconnaissance des peuples l’ait pris pour une des formes de la Providence et l’ait adoré sous

1. Les prêtres de Rome et d’Auguste à Lyon s’appellent quelquefois eux-mêmes, sacerclos ad avant Caesaris n(ostri) (Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 1 14). - 2. Pline, Ilist. nat., il, 7, 22 : « Toto qutppe mnndo, ez omnibus lotis, omnibusque horis, omnium vocibus Fortuna soia invocalur. »

ce nom 1 ? Rendre un culte à la puissance romaine personnifiée dans l’empereur régnant et dans ses prédécesseurs divinisés, c’était faire une sorte de profession de foi solennelle par laquelle on reconnaissait l’autorité de l’empire. Dans les pays où les légions pénétraient pour la première fois, elles commençaient par élever un autel à l’empereur pour en prendre possession, comme aujourd’hui les soldats y plantent leur drapeau, et les peuples y venaient prier quand ils voulaient faire acte de soumission. Tel était, sous Auguste, cet autel des Ubiens, élevé en pleine Germanie, et dont le beau-frère d’Arminius était prêtre2; tel était aussi ce temple de Claude en Bretagne, où l’on donnait des fêtes qui épuisaient la fortune des Bretons 3. Tacite nous dit qu’il blessait les yeux des patriotes de la contrée, comme le signe insolent de la domination étrangère. Au contraire, les nations que Rome s’était assimilées après les avoir vaincues, et qui acceptaient son autorité sans répugnance, tenaient à célébrer avec empressement le culte impérial pour faire voir qu’elles étaient franchement devenues romaines. Les inscriptions de Lyon nous montrent que les petits-fils de ces Gaulois qui avaient résisté avec le plus d’énergie à César briguaient l’honneur d’être les prêtres de son successeur L Dans le temple de Tarragone, les génies des principales contrées de la province étaient rangés autour de 1 autel d’Auguste, comme pour se mettre sous la protection et à l’ombre du pouvoir impérial C Le culte de Rome et d Auguste n’était donc en réalité que l'adoration de la puissance romaine et de l’empereur qui la

1. Voyez les nombreuses médailles qui portent pour exergue Provulentui Aug. - 8. Tac., Ann., ,, 57. - 3. Tac., Ann , x.v, 31 p 54ii 0'SSleU’ W’ de Lyon’ P- 95- - 5- Corp. iriser, lut., n,

L’APOTHÉOSE IMPÉRIALE

représentait, qu’une sorte d’acte public de reconnaissance et de soumission pour ce gouvernement protecteur sous lequel le monde vivait en paix.

C’est ce qui explique qu’il ait pris si vite une si grande extension. La plupart des autres cultes n’étaient que des dévotions particulières et personnelles auxquelles on se livrait selon ses croyances ou ses besoins, et qui n’engageaient qu’autant qu’on le voulait bien ; celui-là s’imposait à tout le monde : tous les habitants étaient tenus d’y prendre part, en tant qu’ils jouissaient de la paix romaine et qu’ils vivaient sous la protection de l’empire. Aussi le temple d’Auguste appartenait-il à toute la province; il était construit et réparé à frais communs; on levait des contributions sur tout le monde pour subvenir aux dépenses des fêtes. C’était le seul culte qui pût avoir un caractère aussi général. Chaque grande ville avait ses sanctuaires, objet d’une vénération plus ou moins ancienne et étendue, mais dont l’administration et les cérémonies ne concernaient pas les villes voisines. M. Waddington fait remarquer, à propos de la province d’Asie, qu’il n’y a pas d’exemple qu’elle ait élevé un temple à une divinité de l’Olympe. « Ce n’était pas possible, dit-il : Éphèse aurait réclamé la préférence pour Artémis, Pergame pour Esculape, Cyzique pour Proserpine L » On ne pouvait se mettre d’accord que sur le culte de l’empereur, que toutes les villes reconnaissaient et respectaient également. Ce fut une raison de plus pour ce culte de prendre une grande importance. Tandis que l’autorité des autres prêtres était enfermée dans le lieu où ils exerçaient leurs fonctions, celle du {lamine de Rome et d’Auguste, choisi par la province, s’étendait à la province entière. Il était donc en fait au-dessus des autres ; il le

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