‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 44 sur 92 · Voyage arch. de Lebus, m, n · texte numérisé non relu

Voyage arch. de Lebus, m, n

L’APOTHÉOSE IMPÉRIALE

devint en droit quand la lutte avec le christianisme dot.na aux empereurs la pensée de créer une hiérarchie sacerdotale dans le clergé païen. Les grands prêtres des provinces reçurent alors l’autorité sur les prêtres des campagnes et des villes et le droit de juger leurs actes *. « Ce n’est pas assez, écrivait Julien au grand prêtre de la Galatie, que tu sois seul irréprochable ; tous les prêtres de la province doivent l’étre comme toi. Menace, persuade pour les rendre vertueux, ou bien destilue-les de leur ministère sacré, s’ils ne donnent pas, avec leurs femmes, leurs enfants et leurs serviteurs, l’exemple du respect envers les dieux 2. » Ils devinrent donc alors, c’est Julien qui nous l’apprend, les chefs olficiels du paganisme 3, et l’on peut jusqu’à un certain point prétendre que toute la religion romaine, dans le dernier combat qu’elle livra aux chrétiens, se groupa autour du culte de Rome et d’Auguste.

Au-dessous du culte impérial de la province, il y avait celui des municipes : les cérémonies qui se célébraient d’une façon si pompeuse à Tarragone, à Lyon et dans les autres capitales, se reproduisaient avec un peu moins d’éclat dans toutes les villes importantes de la contrée ; il n’y en avait pas où l’on n’eût élevé des autels, institué des prêtres, établi des jeux et des fêtes en l’honneur des Césars4. Le culte des municipes avait quelquefois un

t. Julien, lettre 63. — 2. Jul., lettre 49. —3. Id, ibid. Le grand prêtre d’Asie y est dit : ap^eiv xiov jtepï xr)v ’Aotxv tepù>v aTrâvxwv. Tous les historiens ont été frappés des ressemblances que cette hiérarchie présente avec la hiérarchie chrétienne j Tap^tepeùç occupe par rapport aux autres prêtres la même position que les métropolitains chrétiens par rapport aux autres évêques et au clergé inféricui . La législation clle-meme semble le reconnaître, quand elle donne aux évêques chrétiens les titres de sacerdos provincice et de coronatus qui appartenaient aux prêtres du paganisme (Cod Theod . xvi, 2, 38). — 4. Suét., Aug., 59.

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caractère plus personnel que celui des provinces; il arrivait que les divers empereurs divinisés y étaient adorés à part. Quand on avait reçu de l’un d’eux quelque bienfait, quand on voulait effacer le souvenir d’une faute qu’on avait commise à son égard1, quand on pensait faire ainsi plaisir à son successeur, on s’empressait de lui construire un temple et d’y nommer des prêtres. Mais souvent cette première ferveur ne durait pas; ces temples qu’on avait entrepris de bâtir étaient négligés après que l’enthousiasme des premiers jours s’était refroidi, ou lorsque la vérité, longtemps dénaturée par les mensonges officiels, commençait à se faire sur le nouvel hôte dos cieux : on ne les achevait pas, ou bien on les laissait tomber en ruine2. Ceux des bons princes dont la mémoire n’avait rien à craindre du temps, lorsqu’ils étaient terminés, servaient d’ornement à la ville qui les avait fait construire. Les décurions s’y rassemblaient pour délibérer sur les affaires municipales, les corporations venaient y signer leurs décrets, et c’était souvent la beauté du temple qui conservait le souvenir du dieu3. Dans les villes riches, comme Ostie, et qui tenaient à montrer leur dévouement pour leurs maîtres, presque tous les empereurs divinisés avaient des temples distincts. Celles dont les ressources étaient moins abondantes, et peutêtre aussi le zèle un peu moins vif, se trouvèrent bientôt embarrassées par le grand nombre des princes que la reconnaissance ou la servilité publique plaça dans le ciel. Il fut difficile, même aux mieux disposées, de bâtir un

1. C’esi ainsi que les habitants de Nîmes, qui avaient renversé les statues de Tibère pendant son exil à Rhodes (Suét., Tib., 13), s’empressèrent de le prier comme un dieu et de lui élever des autels quand il fut tout-puissant. — 2. Pline, Epiai-, x, 70 et 71 (édit. Keil). — 3. En 289, sous Dioclétien, les décurions de Cumcs se réunissaient core dans le temple de Vcspasien (Orelli, 22G3).

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temple et de créer un service religieux pour chacun d’eux. On se contenta souvent de charger le même prêtre de les honorer tous ensemble : le titre qu’il portait s’allongeait à chaque.apothéose nouvelle l. Quelquefois on construisait pour tous ces princes un temple commun dans lequel chacun avait sa chapelle particulière 2.

Mais, en somme, ces cultes d’empereurs isolés ne lurent pas les plus nombreux. Ils n’ont jamais été trèsrépandus que dans l’Italie et les provinces de l’Orient. On n’en trouve presque pas de trace en Espagne et en Afrique. Cette façon de trop personnifier l’apothéose, de rendre des honneurs divins à des gens dont la vie avait été si mêlée, répugnait peut-être au bon sens des peuples occidentaux. Ils aimaient mieux imiter dans les divers municipes ce qui se faisait au chef-lieu de la province : tous les hommages qu’ils voulaient rendre aux princes morts et à l’empereur vivant étaient souvent résumés par le culte da Rome et d’Auguste 3. Les caractères que ce culte avait pris dans les assemblées provinciales, il les garda dans chaque ville particulière ; là aussi il représentait les sentiments de reconnaissance et de soumission dont on était pénétré envers le pouvoir impérial; il devint partout le culte officiel et général de la cité, et les prêtres en furent quelquefois désignés par le titre de Ha mines du municipe*. C’étaient toujours des personnages importants, qui avaient rempli toutes les charges municipales, ou qui s’étaient distingués parmi les fonctionnaires

1. Orelli, 2222. 11 y est question d’un personnage qui est flamen divorum Vespasiani, Trajani, Hadriani. — 2. Orelli, 2417 : « In templo divorum, in œde divi Titi. » — 3. M. Hübner semble croire que le culte de Rome et d’Auguste était réservé aux provinces ( Corp . inscr. lat., il, 4224) ; mais cette affirmation est beaucoup trep généiooo \°^cz > 5997, 7174, 2204, et Mommsen, Inscr. Neap.,

4336, 376, etc. — 4. Corp. inscr. lat., h, 1941.

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civils ou militaires de l’empire. 11 n’est pas rare de voir un centurion ou un préfet de cohorte, revenu chez lui avec un congé honorable, devenir le prêtre des princes sous lesquels il avait combattu. Comme tous les autres magistrats municipaux, ceux-là ne recevaient pas de salaire ; au contraire , ils devaient payer une certaine somme en entrant en charge. La somme honoraire ( hono varia summà), comme on l’appelait, était sans doute réglée sur l’importance du municipe. En Afrique, elle variait de deux mille à dix mille sesterces (de 400 francs à 2000 francs). Mais un prêtre de Rome et d’Auguste ne pouvait guère se contenter de payer ce que la loi demandait; qu’auraient pensé de lui ses compatriotes, s’il n’avait pas été plus généreux? Aussi le plus souvent y joignait-il des munificences supplémentaires, des repas publics, des distributions d’argent, des jeux et des fêtes, s’il cherchait la popularité, des monuments qu’il faisait construire ou réparer, s’il préférait les travaux utiles. Un décurion d’une ville obscure de la Pannonie, pour reconnaître l’honneur qu’on lui avait fait en l’élevant au sacerdoce ( ob honoran flaminatus ), bâtit tout un marché à ses frais, avec cinquante boutiques et des portiques à double étage *.

Ce n’est pas tout, et le culte impérial descendait plus bas encore. Au-dessous des (lamines de la province, nous venons de voir qu’il y avait ceux des municipes; dans les municipes on avait organisé un culte spécial pour une classe particulière de citoyens auxquels leur naissance ou leur situation ne permettait guère de devenir prêtres de leur province ou de leur ville. C’est ce qui, d’après l’opinion générale, fut l’origine de la corporation des Augus-

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