Epist., 89, 2t. - 2. Epist. , 90, 7 - 3. Epist
4. Epist., 90, 25, et De provul., 4, 9. — 5. Epist., 95, 24. boni! quantum hominum mus venter exercet l
sont ordinairement si funestes et qui lui font dire spirituellement : « Ne vous étonnez pas que nous ayons tant de maladies, nous avons tant de cuisiniers1 ! » Ces défauts si vivement décrits sont de ceux que tout le monde ne peut pas se permettre, et il serait fort inutile d’essayer d’en corriger les pauvres gens. Ce n’est pas non plus à eux qu’il songe quand il se moque de ces personnes qui font de la nuit le jour « et ne commencent à ouvrir leurs yeux appesantis par les débauches de la veille qu’après que le soleil s’est couché2 » ; quand il raille ces petits-maîtres, uniquement occupés de leur toilette, « qui tiennent conseil avec un barbier devant un miroir et qui aimeraient mieux voir le trouble dans l’État que dans leur chevelure3 » ; quand il nous dépeint les agitations stériles des désœuvrés, « qui les font ressembler aux fourmis, lorsqu’elles montent en toute hâte au sommet d’un arbre pour en descendre aussitôt4». Ce sont là des travers de grands seigneurs qui ont du temps et de l’argent à perdre, des excentricités d’hommes du monde qui veulent se mettre à la mode en se singularisant, qui savent qu’on ne remarque plus les gens qui ont des maîtresses ou qui se ruinent, tant ils sont nombreux, « et que dans une ville si affairée, pour faire parler de soi, il faut imaginer des extravagances 5 ».
On comprend du reste que Sénèque s’adressât de préférence aux gens du monde et aux grands seigneurs : il avait toutes les qualités nécessaires pour réussir auprès d eux. Les historiens, même les moins bien disposés pour lui, rendent hommage aux agréments de son esprit et « aux grâces dont il savait parer la sagesse 6 ». Il avait fré-
Epxst., 95, 23. — 2. Epist., 122, 2. — 3. De bvevit. vitæ,
z’J-.r . De tran(i ' animi> 12> 3- — 5. Epist., 122, 14. — 6. lacitc, Ann. xm, 2 : comitate honesta, et plus loûi, ingenium
quenté de bonne heure la plus haute société de Rome ; dès le règne de Caligula, nous le trouvons intimement lié avec les sœurs de l’empereur, qui étaient des personnes d’esprit et dont l’une écrivit des mémoires. Il vivait dans ces réunions agréables où l’on allait oublier les misères du temps présent et dire en cachette un peu de mal de l’empereur, pour se consoler des éloges qu’on était force de lui prodiguer en public. Il connaît le monde à merveille, et tout en s’y plaisant beaucoup, il n’en est pas dupe. Il sait combien les dehors y sont trompeurs, que de haines et de rivalités s’y cachent sous ces airs de bienveillance générale, et les combats qui s y livrent sans cesse entre les intérêts et les vanités. Il le compare à ces écoles de gladiateurs où de pauvres esclaves apprennent en vivant ensemble à se tuer les uns les autres1. On a souvent fait remarquer combien la connaissance du cœur humain a dû faire de progrès dans cette vie commune où chacun n’est occupé qu’à observer son voisin pour abuser de ses qualités ou profiter de ses défauts. C’est à cette école que Sénèque est devenu si habile dans l’étude des caractères et l’analyse des passions. Ses ouvrages sont pleins de réflexions délicates et d’observations profondes qu’il n’a pas tirées des livres, et l’on voit en les lisant que la pratique du monde lui a été aussi utile pour les composer que l’étude de Chrysippe et de Zénon.
Ce ne sont en général que des entretiens, et le nom de dialogues que les manuscrits leur donnent leur convient assez, quoique d’ordinaire il y garde seul la parole. Comme il arrive quand on cause, il n’y est jamais entièrement l’esclave de son sujet, et ne s’astreint pas à suivre un ordre bien régulier. Il craindrait de paraître pédant