Epist., 48, 8. — 2. Epist. , 45, 5. — 3. Epist
peuvent suffire à convaincre l’esprit; il faut plus d’eiïorts quand on veut ébranler le cœur. Si l’on cherche à produire un effet durable, il convient de redoubler les coups. De là ces répétitions qu’on remarque dans ses écrits, ces diverses formes qu’il donne volontiers à la même idée, et qui ont quelquefois choqué les critiques. Le principe entre ainsi peu à peu dans l’âme1 : à chaque fois il s’y enfonce davantage, et finit si bien par s’y établir qu’il n’en peut plus être arraché.
La morale que Sénèque enseigne à ses disciples frappe d’abord par ses côtés sévères, et c’est un lieu commun de prétendre qu’elle dépasse les forces de l’humanité. Il exige qu’on se détache de ses biens, qu’on s’attende et qu’on se résigne à tout, qu’on supporte tous les malheurs, toutes les peines sans émotion, et qu’on regarde comme indifférentes la misère, la souffrance et la mort. C’était demander beaucoup à ces gens du monde auxquels s’adressaient ses leçons, et l’on a d’abord quelque peine à comprendre qu’ils n’aient pas été rebutés par ces exigences; mais quand on regarde de plus près, on s’aperçoit que cette morale, dont les principes paraissent si rigoureux, est plus accommodante dans la pratique. Elle cède de bonne grâce aux circonstances, et transige, quand il le faut, avec les nécessités de la vie. Comme elle sait qu’elle n'obtiendra pas tout ce qu’elle réclame, elle prend le sage parti de se contenter de ce qu’on voudra bien lui donner. Dans la même lettre où Sénèque blâme durement un père de pleurer son fils qu’il a perdu, il avoue pourtant qu’il n’est pas toujours possible d’être le maître de sa douleur : « Il y a des mouvements indépendants de la volonté ; les larmes échappent à ceux mêmes qui s’efforcent de les retenir et soulagent le cœur en se répan-