‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 15 sur 98 · Epist., 38, 1 : minutatim inrepit animo · texte numérisé non relu

Epist., 38, 1 : minutatim inrepit animo

dant. » On peut donc les laisser couler à la condition qu’elles soient naturelles et non forcées, permittamus illis cadere , non imperemus i. C’est un homme de bon sens qui parle ainsi, ce n’est plus tout à fait un stoïcien. On retrouve le même esprit dans les conseils qu’il donne sur la manière de vivre. Il a l’air de regretter beaucoup l’âge d’or et le temps où l’on habitait dans de pauvres cabanes : « Le chaume couvrait alors des hommes libres ; sous nos lambris de marbre et d’or habite aujourd’hui la servitude2. » En attendant qu’on revienne à ce temps heureux, il trouve bon qu’on règle ses dépenses, qu’on vive de peu. Il recommande quelques abstinences volontaires, qui prouvent au corps que l’âme le tient sous sa dépendance, mais il ne fait pas une nécessité de pousser les choses à l’extrême. 11 sait qu’il y a des situations qui demandent un certain luxe et ne veut pas forcer un grand seigneur à vivre tout à fait comme un cynique. « Évitez, leur dit-il, un extérieur trop négligé, une chevelure en désordre, une barbe hérissée; n’ayez pas l’air de ne pouvoir souffrir l’argenterie; ne couchez pas sur la terre... C’est par l’âme qu’il faut différer des autres; par les dehors on peut leur ressembler. Pas de vêtement qui éblouisse les yeux, mais pas de vêtement non plus qui les choque; n’ayons pas de vaisselle incrustée d’or massif, mais ne croyons pas qu’il soit nécessaire, pour prouver notre frugalité, de bannir 1 or et 1 argent de chez nous. Travaillons à vivre mieux que tout le monde, et non à vivre autrement3. » Il va même très-loin dans les permissions qu’il accorde : un jour qu’il veut guérir un mélancolique, il lui conseille do se, bien traiter de temps en

1. Epist., 99, 16. Il reconnaît qu’il avait pleuré amèrement la mort de sa femme et (le son ami (De vita beala, 17, 1). Plus lard il condamna cette faiblesse, mais ce fut seulement quand le temps l’eut consolé (Epist., 63, 14). — 2. Epist., 90, 10. 3. Epist., 5,

temps et même, s’il le faut, de noyer ses soucis dans le vin, usque ad ebrietatem veniendum l. Caton le faisait bien; et qui oserait blâmer Caton?

Il nous semble que Sénèque devait être un peu plus gêné quand il avait à donner des préceptes au sujet des biens de la fortune. La morale stoïcienne était à cet égard très-sévère ; le sage devait n’en faire aucun cas. Malheureusement Sénèque était suspect de ne pas les dédaigner. Il possédait, dit-on, trois cents millions desesterses (60 millions de francs), et plusieurs de ses disciples devaientétre presque aussi riches que lui. On a vu qu’ils appartenaient tous au grand monde de Rome; ce n’étaient pourtant pas, en général, des nobles d’ancienne race dont l’incurable orgueil avait été froissé par le succès rapide de ce provincial ; ils sortaient plutôt de cette seconde noblesse que le mérite personnel et le séjour dans les emplois publics formaient au-dessous de la première : c’étaient des officiers, comme Serenus, des procurateurs impériaux , comme Lucilius, des fermiers de l’impôt, des administrateurs de l’annone, de ces gens instruits et intelligents qui s’étaient enrichis dans des charges de finance. Gomme ils devaient surtout leur importance à leurs richesses, il n était pas aisé de leur prêcher la pauvreté. Sénèque a su se tirer assez habilement de cette difficulté. Il ne leur commande pas tout à fait de quitter leurs biens, mais seulement de n’y pas être trop attachés: il faut être prêts à les perdre et savoir s’en passer si le hasard nous en prive, .nais rien n’empêche, en attendant, de les conserver et de s’en servir. « C’est le propre d’un esprit bien laible, dit-il, de ne pas savoir supporter sa fortune2»; un esprit vigoureux la méprise et en jouit. Et ailleurs : « Le sage n’aime pas les richesses, mais il les préfère ; il

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