‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 21 sur 98 · Epist., 95, 47. — 2. Fragm., 12t · texte numérisé non relu

Epist., 95, 47. — 2. Fragm., 12t

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doctrines qui lui permet de se passer de religion. Le surnaturel lui paraît inutile, puisque son Dieu se confond avec la nature, et il l’aurait poursuivi de ses railleries cruelles partout où il l’aurait rencontré. Il ne s’est moqué que des dévots païens par la raison qu’il n’en connaissait pas d’autres, mais on voit bien que ce n’est pas seulement un culte épuré qu’il demande; au fond, il voudrait, si l’on était sage, qu’on se passât entièrement de culte. « On n’a pas besoin, dit-il, de lever les mains au ciel, ni de prier un sacristain de nous laisser approeber la bouche des oreilles d’une statue pour que notre pnere soit mieux entendue : Dieu est près de chacun de nous, chacun le porte en soi-même L Gardez-vous de lui construire des temples en entassant des monceaux de pierres : il faut vous contenter de lui bâtir un autel dans votre cœur2. Dieu n’a pas besoin de serviteurs; qu’en terait-il , 11 est lui même le serviteur du genre humain et pourvoit a tous ses besoins. Le premier hommage qu’il laut rendre aux dieux, c’est de croire à leur existence; le second, c’est de reproduire leur majesté et leur bonté. Voulez vous qu’ils vous soient propices, soyez vertueux: le seul culte qu’ils exigent, c’est de les imiter3. »

J’ai parlé tout à l’heure de Virgile à propos de ces sages de 1 antiquité qui semblent avoir été les prédestinés ae la religion du Christ. Sénèque ne lui ressemble guère.

n avait pas, comme lui, le respect des traditions et le goût du passé. Presque jamais on ne trouve dans ses ouvrages ces éloges de l’ancien temps qui étaient un lieu commun de la sagesse romaine. Étranger à Rome par sa naissance, il y arriva dégagé de toutes ces superstitions , {^SSé,qu on y Preilait dans les familles. A l’exception de Légulus et de Caton, dont il a dénaturé le caractère

1 EpisL’ 41> *• — * Frarjm., 123 — 3. Epist., 95, 50.

SÉNÈQUE ET SAINT PAUL

pour en faire des sages et des saints du Portique, il est sobre d’éloges pour tous les grands hommes de la république qu’il était d’usage d’admirer sans fin. Les écrivains antiques ne sont pas non plus de son goût. Il maltraite beaucoup Ennius, et fait un crime à Virgile de l’imiter1. L’étude des vieilles coutumes et des anciens mots mise en honneur par Varron lui semble une futilité indigne d’un homme de sens. 11 a toujours parlé fort mal de l’érudition : « Cette science, dit-il, ne fait que des ennuyeux, des bavards, des maladroits, des vaniteux, des gens qui n’apprennent pas les choses nécessaires, pour se donner le temps de savoir les inutiles 2. » Comme les religions se composent en partie d’usages et de traditions que le temps a rendus vénérables, ce mépris du passé, ces railleries dirigées contre ceux qui l’étudient, qui l’admirent, indiquent un esprit mal disposé pour les choses religieuses. Ce qui le montre encore mieux, c est la confiance qu’il exprime souvent dans la puissance de l’homme. 11 n’admet pas, ainsi que le font la plupart des religions, que la nature l’ait créé méchant ou qu’il le soit devenu par quelque déchéance inévitable. « Nous naissons, dit-il, sains et libres3», et si la vie nous a gâtés, nous pouvons toujours nous guérir par un effort de notre volonté. Il ne croit pas non plus que tout marche vers une décadence nécessaire, que la nature et 1 humanité s’affaiblissent en vieillissant, qu’il faut se tourner toujours vers les siècles écoulés et placer son idéal derru re soi. Il regarde volontiers vers l’avenir; il est convaincu que nos conquêtes ne s’arrêteront jamais, et il n’hésite pas à placer devant nos yeux l’espérance d un progiès indéfini. « Un jour viendra, dit-il, où le temps et le travail de l’homme découvrirai, das vérités qui sont aujour-

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