‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 34 sur 98 · Voyez tout le chapitre G du De deo Socratis · texte numérisé non relu

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latin de génies 1 : il y avait en effet beaucoup de rapport entre tous ces petits dieux de la mythologie populaire de Rome, lares, génies, mânes, que Yarron plaçait dans les airs, entre la sphère de la lune et la région des orages2, et les êtres divins imaginés par Platon pour combler la distance entre le ciel et la terre. La nouvelle doctrine se trouva donc profiter du respect qu’inspirait la religion ancienne ; de son côté, l’ancienne religion n’a pas dû se mal trouver d’être ainsi rajeunie par la philosophie. Ce qui est sûr, c’est que la dévotion aux génies ou démons avait pris une grande importance à la fin de l’empire , et que ce fut une de celles que le Christianisme eut le plus de peine à déraciner. Il fallut faire une loi tout exprès pour la défendre. « Que personne, dit l’empereur Théodose, ne s’avise d’allumer des lampes en l’honneur des lares, d’offrir du vin aux génies, de l’encens aux pénates, ou de suspendre des couronnes à leurs autels3. » Ce qui achève de prouver la popularité dont jouissait alors chez les païens la croyance aux démons, c’est qu’elle s’est imposée, même aux ennemis du paganisme. Les Pères de l’Église n’ont pas hésité à l’accepter; ils n’y ont fait qu’une modification, très-grave à la vérité : tandis que les disciples de Platon regardent les démons comme des êtres en général secourables et bons, ce sont toujours pour les Pères des esprits méchants auxquels Dieu permet de tromper les hommes. Mais cette réserve faite, ils ne songent pas à mettre en doute leur existence ou à contester leur pouvoir. Ils expliquent par eux toute la religion païenne, ainsi que le faisaient déjà les platoniciens.

1. /)e deo Socr., 15. Cicéron fait déjà le même rapprochement ( Timæus , ii). — 2. S. Aug., De civ. Dei, vu, 6 — 3. Code Théod . xvi, 10, 12.

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Il n’y a sur ce point aucune différence entre Tertullien et Apulée ; ils s’expriment tout à fait dans les mêmes termes. Tous les deux croient fermement à toutes les prédictions des devins et acceptent tous les miracles. Tertullien ne doute pas que la vestale Claudia n’ait porté de l’eau dans un crible *, comme Apulée était convaincu que le rasoir de l’augure Navius avait coupé une pierre en deux : ce sont les démons qui ont accompli ces tours de force. « Ils se cachent, disait saint Cyprien, dans les statues et les images des dieux, ils inspirent les devins, ils animent les fibres des victimes, ils dirigent le vol des oiseaux, ils préparent les sorts, ils font parler les oracles , ils envoient les songes qui troublent nos nuits 2. » C’est tout à fait de la même façon que se les figurait Apulée 3.

Avec Apulée, la philosophie romaine est arrivée au dernier terme de l’évolution que nous avons voulu étudier. Partie d’une hostilité déclarée contre la religion , nous l’avons vue s’en rapprocher peu à peu jusqu’à se confondre tout à fait avec elle. Au IIe siècle, leur rôle est presque semblable. La philosophie devait produire à ce moment dans les classes élevées à peu près les mêmes effets que les cultes orientaux chez le peuple : elle trouvait des raisons pour autoriser toutes les superstitions populaires; par la façon dont elle se représentait la divinité, elle excitait le besoin de croire et de prier, elle enflammait la dévotion. Ainsi de tous les côtés les âmes recevaient les mêmes impulsions,

1. Terlull., Apolog , 22. — 2. S. Cyprien, De idol. vanitate, 7. — 3, Voyez De cleo Socratis, 6. Cette opinion, exprimée par S. Cyprien et les autres Pères de l’Église, que les démons habitent dans les statues des dieux, se retrouve dans un ouvrage attribué à Apulée et certainement antérieur à S. Augustin (Hernies, 37).

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et I on dirait vraiment que les philosophes et les prêtres, si longtemps ennemis, s’étaient alors entendus pour préparer cette société sur laquelle ils avaient pris tant d empire à bi»n accueillir un grand mouvement religieux.

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