II
propre dans des verres sales1. Pour Juvénal, c’est un devoir d’humanité ; il veut que dans l’esclave on respecte l’homme, « car leur âme et la nôtre, dit-il, sont formées des mêmes principes2 ». Personne aussi ne s’est fait dans l’antiquité une idée plus élevée de la famille que Juvénal; personne ne s’est occupé avec plus de tendresse de l’enfance, du respect qu’on lui doit, des bons exemples qu’il faut mettre sous ses yeux et des spectacles qu’il convient de lui épargner. « Éloigne, dit-il, du seuil où ton enfant grandit tout ce qui peut blesser son oreille ou ses regards. Loin d’ici les femmes galantes ! Loin d’ici les chansons nocturnes des parasites ! On ne saurait trop respecter l’enfance. Prêt à commettre quelque honteuse action, songe à l’innocence de ton fils et qu’au moment de faillir, la pensée de ton enfant vienne te préserver3. » Même envers les gens qui nous sont étrangers et ennemis, Juvénal trouve que nous avons des devoirs à remplir ; il ne veut pas qu’on réponde par le mal au mal qu’ils nous font, et il condamne la vengeance aussi rigoureusement que le ferait un chrétien. Les sots la regardent comme le bien le plus doux de la vie ; Juvénal l’appelle « le plaisir d’une âme faible et médiocre4. » En laissant le coupable à ses remords, en l’abandonnant « à ce bourreau qu’il porte nuit et jour dans son âme5, » on n’est que trop vengé. Térence et Virgile avaient déjà célébré cette sympathie universelle qui, sans intérêt personnel, en dehors des liens du sang et de l’amitié, porte les hommes, parce qu’ils sont hommes, à souffrir des maux de leurs semblables et à se croire atteints dans leurs malheurs ; mais ce n’était chez eux qu’une réflexion touchante.
1. Horace, Sat., n, 2, 66. — 2. Sat., xiv, 15. — 3. Sat., xiv, 44. Je me sers ici cl ailleurs de l’excellente traduction de M. Despois, en la modifiant le moins possible. — 4. Sat., xui, 190: inârmi est arivmi exiguique voluptas. — 5. Sat., xni, 198.
Juvénal y insiste et la développe dans des vers admirables. « L’homme est né pour la pitié, la nature ellememe le proclame. Elle lui a donné les larmes, c’est le plus beau titre de l’humanité. Oui, la nature le veut, il faut que l’homme pleure quand il voit paraître devant les juges son ami éperdu et les vêtements en désordre. Oui, la nature gémit en nous quand nous rencontrons le convoi d’une jeune fille, quand nous voyons mettre dans la terre un petit enfant. Où est-il l’homme vraiment honnête qui croit que le malheur de ses semblables ne le touche pas ? C’est là ce qui nous distingue des bêtes : aux premiers jours du monde, Dieu, notre créateur, accorda aux animaux la vie seulement; aux hommes, il donna une âme, pour qu’une mutuelle affection les portât à s’entr’aider*. »
Ces grandes idées venaient à Juvénal de la philosophie. C’est elle qui avait proclamé par la bouche de Chrysippe que la vengeance est coupable, qui avait dit avec Sénèque que l’esclave est un homme, qui répétait tous les jours, avec les stoïciens, que tous les hommes sont frères. Juvénal n’était pas un philosophe de profession; il faut probablement le ranger parmi ceux dont il dit qu’ils n’ont jamais eu que les enseignements de la vie 2 ; mais personne alors, quels que fussent ses origines et son passé, n’échappait à la philosophie, comme aujourd’hui personne ne peut se soustraire au Christianisme, même en le combattant. Les satires de Juvénal nous montrent qu’à ce moment elle était sortie des écrits et des écoles des maîtres, qu’elle s’insinuait partout, qu’elle s’emparait de tous les esprits, qu’elle formait cette opinion commune dans laquelle les générations sont obligées de vivre et qu’elles respirent comme l’air.
L Sat., xv, 131 — 2. Sat., xiu, 20.
C’est beaucoup que les principes qu’elle proclamait soient entrés dans le monde, qu’ils aient été accueillis et répétés par des gens qui ne faisaient pas profession d’être des philosophes ; mais s’en est-on tenu là? N’ont-ils jamais été qu’une sorte de parure dans leurs ouvrages, ou faut-il croire qu’ils ont produit à la longue quelques effets pratiques? Ici encore les lettres de Pline nous répondront. Elles s’accordent cette fois avec les satires de Juvénal : au lieu de les contredire, elle les complètent; elles nous montrent que ces nobles idées qui ont inspiré de si beaux vers au poète sont passées des livres dans la vie. Il n’y a rien de plus aisé que de prouver, avec la correspondance de Pline, que cette société essayait de conformer sa conduite à ses opinions et que ces principes d’humanité qu’on accueillait avec tant d’applaudissements dans les écoles ou dans les ouvrages des littérateurs renommés ne sont pas restés toujours à l’état de préceptes et de théories. Je le montrerai plus tard pour les esclaves ; on verra combien leur sort s’adoucit à cette époque, et comment la loi elle-même, cédant à la pression de l’opinion publique, finit par reconnaître, avec Sénèque et Juvénal, qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’esclave et l’homme libre. J’ai cité tout à l’heure ces beaux vers du satirique où l’on trouve un si tendre souci de l’enfance : la société tout entière s’en préoccupe comme lui. Sénèque et Tacite sont pleins de réflexions justes et profondes sur l’éducation; c’était pour tous le6 sages d’alors un sujet d’études, et l’on discutait déjà dans les écoles les théories de X Émile de Rousseau. Dans un discours plein d’émotion, le philosophe Favorinus conseillait aux mères de nourrir leurs enfants: « N’est-ce pas outrager la nature, leur disait- il, n est-ce pas être mère à moitié que de rejeter son enfant loin de soi au moment où l’on vient de lui donner le jour? Gonvient-il de nourrir de son sang dans ses entrailles
je ne sais quoi qu’on ne connaît pas, et de ne plus vouloir le nourrir de son lait quand on le voit vivant et que c’est un homme 1 ? » Ces conseils ont été entendus, et nous voyons à la même époque des femmes se faire gloire dans leurs épitaphes d’avoir allaité leurs fils 2, et des fils rappeler sur la tombe de leur mère qu’elle a été aussi leur nourrice3. Cette tendresse pour l’enfance mérite d’autant plus d’être remarquée que c’était à peu près un sentiment nouveau. Cicéron dit brutalement, dans ses Tusculanes : « Quand un enfant meurt jeune, on s’en console facilement; s’il meurt au berceau, on ne s’en occupe même pas4. » Et lui-même, parlant, dans seslettres, d’un pauvre petit enfant de sa fille qui naquit à sept mois et ne vécut pas, s’exprime en des termes d’une froideur et d’une sécheresse qui révoltent B. Sénèque trouve de même trèsnaturel et tout à fait raisonnable qu’on noie les enfants estropiés ou difformes6. L’opinion avait changé sous les Antonins et les mœurs s’étaient adoucies. Il suffit de voir, dans les lettres de Fronton, la tendre affection que Marc- Aurèle témoigne pour ses enfants. Si jeunes qu’ils soient, leurs maladies font son tourment. Il faut voir avec quelle tristesse il parle des angines de ses filles et de la toux obstinée dont souffre « son cher petit Antonin 7 ». Cette charmante petite couvée, comme il l’appelle 8, l’occupe
1. Aulu-Gelle, xii, 1. — 2. Orelli, 2677. — 3. Mommsen, Inscr. Neap., 1092. — 4. Tusc., i, 39. — 5. Ad Atticum, x, 18, 1. — 6. De ira, I, 15. Le droit accordé au père de tuer ses enfants nouveau-nés paraît avoir été restreint ou supprimé, probablement à l’époque des Antonins ; mais Tertullien dit qu'il n’y avait pas de loi qu’on éludât plus impunément ( Apolog ., 9, Ad nat., 15). Tacite s’étonne que cet abominable usage n’existe pas chez les Juifs et les Germains (Hist., v, 5; Germ., 19). Auguste n’hésita pas à faire tuer l’enfant de sa fille, qu’il soupçonnait d’être le fruit de l’adultère (Suét., Aug., 65). Cet usage ne fut définitivement aboli que sous les empereurs chrétiens. — 7. Ad Anton- imp., I, 1 (édit. Naber). — 8. Ibid. : in nidulo nostro.
presque autant que l’empire; on est sûr de lui plaire en lui en parlant, et Fronton ne manque pas, lorsqu’il lui écrit, d’envoyer le bonjour « aux petites dames», et de le prier d’embrasser pour lui « leurs petits pieds gras et leurs mains mignonnes 1 ».
Ce souci qu’on témoigne pour l’enfant dès le berceau devient plus vif encore quand il a grandi. On lui cherche un précepteur ; c’est une affaire importante2, dont tous les amis de la maison s’occupent. Pour en trouver un qui convienne à des gens qu’il aime, Pline s’adresse à Tacite et lui demande de le choisir parmi les savants personnages que sa renommée attire autour de lui 3 4 ; ou bien il va écouter les professeurs en renom, il se remet à l’école, il s’assied parmi les jeunes gens, joyeux de revenir à l’âge heureux où il était lui-même un écolier i. Il nous raconte avec de grands détails qu’ayant appris qu’il n’y avait pas de maîtres à Corne, son pays, et qu’on était obligé d’envoyer les enfants étudier à Milan, il persuada aux pères de famille de se réunir et de faire les frais nécessaires pour instituer chez eux des écoles publiques 5. L’établissement des écoles devient à ce moment la préoccupation de tout le monde; pour la première fois l’État comprend la nécessité de pourvoir à l’enseignement public. Il avait négligé de le faire jusque-là, et les gens sages, comme Polybe et Cicéron, s’en étonnaient 6. L’empire répara cet oubli de la république. Vespasien donna le premier de3 émoluments aux rhéteurs grecs et latins7. Le biographe dTIadrien nous dit que cet empereur « honora et enri-
1. Ad Marc. Cœs., iv, 12. — 2. Pline, Epist., ji, 18,4: super
tanta re. Juvénal s’indigne contre un père « à qui rien ne coûte
moins cher que son fils » (Sat., vu, 187). —8. Epist., iv, 13, 10.
4. Epist., n, 18. — 5. Epist. iv, 13. — 6. Cic., De republ., iv, 3.
— 7. Suét., Vesp., 18.
chit les professeurs de toute sorte, et que, lorsqu’il ne les trouvait pas capables de bien remplir leurs fonctions, il les éloignait de leurs chaires, après les avoir bien payés1». Il institua à Rome, dans le Capitole même, une sorte d’université ou d’académie qu’on appelait V Athénée, où l’on venait entendre les orateurs ouïes poètes en renom2. Antonin le Pieux accorda des distinctions et des salaires aux rhéteurs et aux philosophes dans toutes les provinces 3 ; enfin Marc-Aurèle établit et dota quatre chaires de philosophie dans Athènes : chacun des maîtres devait enseigner les principes d’une école différente et recevait 10000 drachmes du trésor public4. N’est-il pas curieux de voir ce mouvement commencé dans lesécrits des sages, dans les leçons des philosophes, dans les vers des poètes, se communiquer par là aux gens du monde et finir par entraîner l’opinion ; d’en suivre les effets dans la vie privée, et d’en retrouver ensuite l’influence dans la législation de l’empire, en sorte que ce qui n’était d’abord qu’un souci plus tendre pour le bien-être et l’éducation de 1 enfance a fini par devenir tout un système d’instruction publique qui s’est étendu au monde entier?
Nous allons voir le même spectacle dans une question encore plus grave. On se souvient de ce passage admirable de Juvénal que je viens de citer, où il rappelle aux hommes qu’ils sont frères et leur fait un devoir de s’entr’aider. Ces sentiments étaient alors ceux de tous les honnêtes gens. Ce serait une grave erreur de croire que l’antiquité païenne n’a pas connu ou pratiqué la bienfaisance; on a pensé de tout temps « qu’elle est la vertu qui
i Spart., Hadr., 16. — 2. Aur. Victor, Cœs., U. — 3. Capitol., Anton., il. —4. Philos tr., Vitæ sap., H, 2. Zeller, Philos, der Grieelien, in, 608.
convient le mieux à la nature humaine1 », et que le riche s’honore quand il fait quelque part aux autres de sa fortune. Mais les motifs qui poussaient à être généreux n’ont pas été d’abord les mêmes qui chez nous inspirent la charité. A Rome, la bienfaisance fut regardée longtemps comme un devoir civil et politique. Dans cette société aristocratique les honneurs semblaient appartenir de droit à la noblesse. Il paraissait tout simple que ce fût presque toujours le descendant d’une grande maison qui fût édile ou consul ; mais on trouvait aussi qu’il était convenable que l’élu reconnût et payât de quelque façon les su Orages que la multitude lui donnait. Il lui fallait la nourrir et l’amuser, célébrer des jeux, construire des monuments, distribuer de l’argent ou des vivres. Il se devait à lui-même et à ses aïeux d’être magnifique, et le moindre soupçon de parcimonie l’aurait perdu sans retour aux yeux de ses égaux et de ses inférieurs 2. Sa libéralité s étendait souvent au peuple tout entier. M • Seius, pendant une grande disette, trouva moyen de maintenir le prix du blé à un as le boisseau 2, ce qui lui fit grand honneur. Il était pourtant naturel que ceux qui vivaient plus près de ces grands personnages eussent une part plus abondante dans leurs largesses. C’était un devoir pour eux de ne laisser manquer de rien leurs affranchis et leurs clients : la maison d’un riche ne devait pas avoir de pauvres; l’aisance de ceux qui l’entouraient et formaient sa cour rendait témoignage à sa générosité; leur misère aurait fait honte à son avarice. Tant que dura cette noblesse républicaine, elle se fit un point d’honneur
Clc'’ Dte °Wc-i *> 14 : <tua quidem nihil est naturce humanæ accommodatius. - 2. Tubéron qui, en sa qualité de stoïcien, aimait la simplicité, pour avoir traité trop simplement le peuple aux funé-
ron P^M? °nclc’ Sc'lpl0on l’Africain, n’obtint pas la préture. Cicéion, P, o Murena, 3G. - 3. Cio., De offic., n, 17.
d’être prodigue pour tous ceux qui l’approchaient. Un affranchi de M. Aurelius Gotta, qui vivait sous Auguste, nous dit, dans son inscription funèbre, que son patron lui a fait plusieurs fois des cadeaux de 400 000 sesterces, (80 000 francs), qu’il l’a encouragé par ses libéralités à se marier et à se faire une famille, qu’il a protégé son fils et doté ses filles comme un père 4. Tels étaient alors les devoirs d’un grand seigneur ; quand on les remplissait avec exactitude, on risquait beaucoup de se ruiner. C’est ce qui arriva précisément à Gotta et à beaucoup d’autres2.
Vers la fin de la république on commence à se faire d’autres idées, et cette bienfaisance fastueuse et aristocratique ne paraît plus la meilleure. Cicéron, après avoir appelé des prodigues ceux qui s’épuisent adonner au peuple des festins et des spectacles, ajoute : « L’homme vraiment libéral use de sa fortune pour racheter les captifs, payer les dettes de ses amis, les aidera doter leurs filles, à amasser des biens ou à augmenter ceux qu’ils ont3. » Sans doute en agissant ainsi, le riche croit encore remplir un devoir de citoyen, « car, dit ailleurs Cicéron, racheter les captifs, enrichir les pauvres, c’est encore servir l’État4 ». Cependant la préférence donnée à ces libéralités modestes et désintéressées sur celles qui s’adressent au peuple entier et qui ne sont que le salaire des honneurs qu’on a reçus indique que la bienfaisance s’inspire d’un sentiment nouveau. C’est la philosophie qui conseille « de payer la rançon des malheureux tombés aux mains des pirates, de défendre les orphelins et les veuves, d’ensevelir
1. Annal, de l'inst. arcli., 1865, p. 1. — 2. Cotta se ruina par ses dépenses (Tac., Ann., VI, 7), et 'Son fils fut réduit à vivre d’une pension de Néron (Tac., Ann. xm, 34). C’est un de ceux dont Juvénal loue et regrette la générosité (v, 109 ; vu, 94). — 3. De offic., il, 16. — 4. De offic., il, 18.
les étrangers et les pauvres1 ». Elle enseigne que les hommes sont frères, qu’avant d’être membres de la même cité ils sont habitants du même monde, qui est la cité universelle; elle est donc amenée à imposer à tous l’obligation de secourir ceux qui sont misérables, nonseulement comme citoyens, mais comme hommes. Dès lors l’humanité se joint à la politique pour recommander d’être généreux. On croit sans doute encore que les gens qui nous touchent de près, qui nous sont unis par des liens de famille ou de clientèle, ont des droits particuliers à nos bienfaits. Virgile ne place dans les enfers que « ceux qui n’ont pas fait part de leur fortune à leurs proches2 ». Cependant on commence à dire que la bienfaisance doit s’étendre plus loin. Les préceptes que donnent les sages ont un tour général, et ils semblent exiger que, dans les générosités qu’on veut faire, on embrasse même les indifférents et les inconnus. Horace, s’adressant à un prodigue qui dépense sa fortune à de bons repas, lui dit: « Ne pourrais-tu pas en faire un meilleur usage? Pourquoi, tandis que tues riche, reste-t-il des malheureux qui ne méritent pas de l’être3 ? » Sénèque est plus explicite encore: « Nous secourons, dit-il, des gens qui viennent de débarquer dans nos ports, et qui doivent en repartir demain; nous fournissons une barque au naufragé pour qu’il s’en retourne chez lui. Il part, connaissant à peine le nom de son sauveur, sans espoir de le retrouver jamais; il ne peut en partant que confier sa reconnaissance aux dieux et les prier de rendre en son nom le
1. Laclance reconnaît que les philosophes avaient recommandé toutes ces libéralités (vi, 12). — 2. vi, 611 : nec partem posuere suis. On retrouve quelquefois dans les épitaphes les expressions suivantes : omnibus nuis bme feci (Fabretti, p. 21 et 122). — 3. Hor., Sat., il, 2, 103 : Cur eget indignus quisquam, te divitef
bienfait qu’il a reçu1. » En agissant ainsi, l’homme généreux ne cherche pas à se faire des protégés et des clients ; il veut simplement remplir un devoir d’humanité : « il donne comme un homme doit donner à un homme » , ut homo homini 2. »
Ces principes ne sont pas restés enfermés dans les livres des sages; ils ont eu des conséquences pratiques qu’il importe de constater. A partir du 11e siècle, les libéralités de l’État elles-mêmes se ressentent du caractère nouveau qu’a pris la bienfaisance. Jusque-là, en donnant du pain à la populace de Rome, les empereurs n’avaient d’autre dessein que de la maintenir dans l’obéissance : ils achetaient leur sécurité par leurs largesses. Les Antonins semblent obéir à des sentiments plus élevés. C’est ce qu’on remarque surtout dans ce grand système de charité légale qu’on appelle « les institutions alimentaires », et qui fut l’œuvre capitale de Nerva et de Trajans. 11 consistait en des distributions de secours qui se faisaient tous les mois aux enfants des familles pauvres de Rome et de l’Italie. A Rome, 1 institution nouvelle ne fit que s'ajouter à celles qui existaient déjà; le cadre était tracé depuis les Gracques, il y avait des précédents et des modèles, et l’on n’eut besoin de rien innover. Aux deux cent mille citoyens qui vivaient du blé de l’État, on se contenta d’adjoindre cinq mille enfants auxquels on accorda la même faveur. Ils étaient