Sen., De benef., iv, il, 3. — 2. Sen., De clem., n
3 L’institution alimentaire est une de celles dont les écrivains nous parlent peu et que nous ne connaîtrions qu’imparfaitement sans l’épioraphie : elle nous est surtout connue par l’inscription des Ligures Bæbiani sur laquelle M. Henzen a écrit un important commentaire (Ann. de l'inst. arch., 1844), et par celle de Veleia qui a été étudiée par M. Desjardins {De tabulis alimentariis). J’ai résume dans les quelques lignes qui suivent le travail de M. Uenzen.
traités tout à fait comme les adultes; ils recevaient une tessera ou contre-marque, sur laquelle on avait inscrit quel jour et à quel endroit ils devaient se présenter pour qu’on leur donnât la mesure de blé qui leur revenait. Mais dans l’Italie, qui n’avait pas eu part encore aux libéralités impériales, tout était à faire. Voici de quelle façon on s’y prit pour assurer la perpétuité de ces secours et les rendre profitables au plus grand nombre. C’était l’empereur qui faisait les premières dépenses; il accordait des sommes quelquefois considérables aux villes dans lesquelles il voulait établir l’institution alimentaire : celle de Veleia reçut de Trajan en deux fois 1 116 000 sesterces, c’est-à-dire plus de 200000 francs. Par une combinaison ingénieuse, cet argent, dans chaque ville, était prêté, à "des intérêts très-modiques \ aux principaux propriétaires du pays, et 1 on prenait hypothèque sur leurs biens. C’était une façon de venir en aide à l’agriculture, en lui procurant les capitaux dont elle a besoin. Les intérêts servaient à «fournir des aliments » aux enfants pauvres. Les secours qu’on leur donnait étaient payés tantôt en nature et tantôt en argent. A Veleia, les garçons recevaient 16 sesterces (3 fr. 20 c.), et les filles 12 sesterces (2 fr. 40 c.) par mois. Ces libéralités paraîtront peut-être assez modestes, mais il faut songer que les garçons y avaient droit depuis leur naissance jusqu’à dix-huit ans, et les filles jusqu’à quatorze. Telle étaif cette célèbre institution alimentaire, qui fut accueillie partout avec tant d’enthou-
Cy'l'm'MmHp’ Üinté,:êt 6St à 5 pour 100 ; chez Ies Bæbiani, 4 21/2
ord in- ire ÎenenT f ép°qUe °Ù rintérêt à 12 Pour 100 était assez ordinaire. Cependant nous savons par Pline que les propriétaires
ETS’t’ot" “rtai" r4«"“»»S,re débiteur, des gnance. ’ ma‘S n°US 'S"orons les molifs de cette répu-
siasme, et qui probablement a duré autant que l’empire. En réalité, c’est dans un intérêt politique qu’elle avait été établie. Trajan était effrayé, comme tous les esprits sages, de la dépopulation croissante des contrées qui environnaient Rome l. Pour y remédier, il cherchait à donner aux Italiens le goût du mariage et de la vie da famille; il voulait ôter tout prétexte à ceux qui ne souhaitaient pas d’enfants pour n’avoir pas la charge de les nourrir. Il tenait à préparer des citoyens et surtout des soldats à l’empire 2. Aussi la libéralité de l’État s’arrêtaitelle quand le jeune homme était d’âge à s’enrôler: Ges secours publics le conduisaient jusqu’au moment où il pouvait toucher la solde 3, et l’on peut dire que toute sa vie, enfant, soldat ou vétéran, il ne vivait que du trésor • du prince. Cette politique n’avait au fond rien de nouveau ; elle était conforme à celle des premiers empereurs, et Pline remarque avec raison que les institutions alimentaires ne font que compléter les lois d’Auguste sur le mariage 4. Cependant on ne peut nier que les largesses de Trajan n’aient un air plus désintéressé, plus généreux que celles de ses devanciers. Elles ne sont plus le salaire exclusif de ces flatteries que la plèbe de Rome prodigue à tous les princes qui la nourrissent et qui l’amusent.
1. Voyez les plaintes éloquentes que cette dépopulation inspire à Lucain (. Phars ., i, 24). — 2. Pline, Paneg., 28 : ex his castra, ex his tribus replebuntur. — 3. Pline, Paneg. , 26 : alimentis tuis ad stipendia tua pervenirent. — 4. Paneg., 26. Quelques écrivains ont voulu voir une influence chrétienne dans les institutions alimentaires, mais elles n’étaient pas tout à fait inconnues avant Trajan. On en trouve des traces à l’époque même d’Auguste tOrelli, 4365). Pline, à l’endroit du Panégyrique que nous venons de citer, semble même dire que l’institution avait eu un caractère officiel avant Trajan et que les prédécesseurs de ce prince avaient quelquefois accordé aux enfants des secours publics. Mais c’était une exception; Trajan en fit la règle
Elles s’étendent à toute l’Italie, c’est-à-dire à des gens qui ne viendront jamais saluer l’empereur à son réveil ni l’applaudir quand il entre au théâtre ou au cirque. Sans doute elles sont avant tout utiles et commandées par l’intérét de l’empire, mais il semble qu’il s’y joint aussi une pensée d’humanité. Lorsque Antonin perdit sa femme Faustine, qu’il aimait beaucoup, quoiqu’elle le méritât médiocrement, il ne crut pas pouvoir mieux honorer sa mémoire que par une fondation charitable : il donna de l’argent pour ajouter un certain nombre de jeunes filles à celles qui recevaient déjà les secours publics, et voulut qu on les appelât puellce Faustinianœ l. C’était se conduire comme le ferait aujourd’hui un prince chrétien.
L’exemple donné par l’État fut suivi par les particuliers. Tous ceux qui approchaient l’empereur se firent un devoir de l’imiter, et il y eut dans les rangs élevés de cette société comme un élan de bienfaisance, dont la trace est restée dans la correspondance de Pline et dans les inscriptions du h* siècle. Pline a fait de grandes largesses pendant sa vie à tous ceux qu’il aimait, et, comme il ne connaissait pas cette vertu chrétienne qui consiste à cacher ses bienfaits, il ne nous les a pas laissé ignorer. Il nous apprend qu’il a acheté à sa vieille nourrice un champ de 100000 sesterces (20000 francs)2, qu’il a complété le cens équestre pour l’un de ses amis3' qu d a doté la fille d’un autre « qui avait plus de qualités que de fortune4». Il donne surtout, et sans trop compter, à toutes les villes auxquelles il est uni par quelque lien de reconnaissance et d’affection; il leur donne des bibliothèques plutôt que des spectacles de gladiateurs6, car il