Orelli
à retrouver sous leurs baisers la trace des étrivières * ! » Parmi ces grandes dames, il y avait quelquefois des princesses. Tacite nous raconte qii'Emilia Lepida, la femme de Drusus, fut condamnée pour avoir eu des relations avec un esclave, ob servum adultervm^. Sous Claude, un sénatus-consulte décida que cette faute entraînerait la perte de la liberté; mais cette rigueur n'arrêta pas le mal, puisque Constantin fut obligé d'aggraver la peine et de punir de mort la coupable. Dans tous les cas, il arrivait assez souvent aux femmes de naissance libre d'épouser leurs affranchis. Elles ne paraissent pas s'en faire trop do scrupule, et on le dit ouvertement dans leur épitaphe. Nous avons conservé une inscription curieuse d'un de ces esclaves que sa maîtresse a épousé : il ne peut pas se faire à cet honneur; il est humble, respectueux; il l'appelle « son excellente maîtresse » ; il parle de sa bonté, de ses bienfaits envers lui ; il dit qu'il l'a déposée dans le tombeau de ses pères, et ne semble pas oser prendre place à côté d'elle ^ Celui-là, on devenant mari, n'avait pas cessé d'être esclave. Son exemple semble bien confirmer ce que nous dit TertuUien, que les femmes n'épousaient quelqu'un qui n'avait pas le droit de les contraindre qu'a fin de conserver la liberté de tout faire*.
1. Pétrone, 126. — 2. Tacite, Ann., vi, 40. — 3 Orelli, J024. — 4. TertuUien, Ad ucror., n, 8
Comment l'esclave sort de la famille. — Mort et sépulture des esclaves. — Arfranchisseincnt payé. — Affranchissement gratuit — Influence détestable de l'esclavage sur la société romaine. — Personne dans l'aiiliquilé n'a eu l'idée de l'abolition de l'esclavage.
J'ai fini d'étudier les rapports de l'esclave avec ses maîtres et ses camarades. Je l'ai suivi, comme je l'avais annoncé, dans son passage a travers la famille. Après avoir montré de quelle façon il la traverse, il me reste à faire voir comment il en sort. Il n'y a pour lui que deux manières de la quitter, l'affranchissement et la mort. La mort préoccupait beaucoup l'esclave. Ce n'est pas qu'il la redoutât pour elle-même : on a vu que les supplices ne l'effrayaient pas, sa vie lui appartenait si peu qu'il en faisait facilement le sacrifice ; mais il songeait avec terreur à ce qui suit la mort, à la sépulture. La préoccupation de la sépulture devait naturellement inquiéter davantage ceux qui couraient le plus de risques d'en être privés. Le riche possédait le tombeau de sa famille sur la voie Appienne ou la voie Latine, il était sûr de trouver une place à côté de ses pères qui l'attendaient. 'Le sort réservé à l'esclave était beaucoup plus triste ; s'il ne laissait pas de quoi se faire ensevelir honnêtement, ses funérailles étaient assez sommaires. Ses camarades se hâtaient de venir le prendre dans cette étroite cellule où il était mort ; on le plaçait dans une bière grossière*, on l'emportait la nuit avec le moins de bruit possible, et l'on allait le jeter dans des sortes de puits ou d'excavations naturelles qu'on appelait des pour-