Horace, Sat., i
rissoirs {puticuli) : il y en avait de célèbres sur l'Esquilin, à l'endroit même où Mécène fit plus tard construire sa belle maison, et où se trouvent aujourd'hui les thermes de Titus. Échapper à cet outrage qui attendait ses restes était la pensée constante de l'esclave ; il se privait de tout pendant sa vie pour avoir une tombe après sa mort. «Ce tombeau, dit l'un d'eux dans son épitaplie, je l'ai fait de mes économies ^ » Quand les économies n'y suffisaient pas, ce qui arrivait fréquemment, les amis s'entendaient quelquefois pour en faire les frais. Les inscriptions de Naples nous montrent trois esclaves qui se sont réunis pour élever un tombeau à un camarade, et qui même y ont fait graver deux vers touchants^. Souvent l'esclave ou l'affranchi devenu riche se faisait construire un monument spacieux et y gardait des places pour ses amis. La plus grande marque d'affection qu'on pût donner à quelqu'un, c'était de le recevoir dans son tombeau ; aussi en trouvons-nous un qui, après avoir indiqué ceux auxquels il accorde cette faveur, s'excuse timidement auprès des autres : vos ceteri ignoscetis ^. Mais, comme on ne pouvait pas toujours compter sur la complaisance de ses camarades, le plus sage était de se pourvoir soi-même d'une tombe. Beaucoup se faisaient agréger à ces associations pour les funérailles dont j'ai parlé plus haut ou achetaient une place dans quelque columbarium. On a retrouvé plusieurs de ces culumharla dans la campagne romaine, et ce n'est pas sans attendrissement qu'on les revoit aujourd'hui. Le sol y est couvert d'une sorte de poussière humaine que les urnes ont répandue en se brisant. Cependant plusieurs de ces niches sont encore intactes; elles contiennent les cendres de ces pauvres
1. Orelli, 2877 : hoc inonuinenlum ex mea frugalitate feci. — 2. Moinmseu, Inuci: Nei.p., 7o70. — 3. Orelli, 2877»
gens qui y reposent depuis dix-huit siècles. L'humilité de leur sépulture les a mieux protégés que le fastueux appareil des tombeaux de marbre des grands seigneurs et que ces menaces hautaines qu'ils adressaient à ceux qui se permettraient d'outrager leurs restes. Quand on parvient à lire les inscriptions que l'humidité a presque effacées, on y trouve des noms d'esclaves, d'affranchis, d'hommes libres, d'ouvriers, de négociants. L'un de ces columbaria contient même l'épitaphe de deux Grecs qui faisaient partie d'une ambassade d'un roi du Bosphore; ils moururent à Rome, et leurs collègues achetèrent deux places pour les faire enterrer. Toutes ces personnes de fortune et d'origine diverses reposent côte à côte, sans distinction, comme les Chrétiens aux catacombes ; mais ce sont les petites gens, surtout les affranchis et les esclaves, qui sont les plus nombreux ; et quand on se souvient qu'ils ne se sont procuré ces tombes modestes qu'en épargnant sur leur maigre régime, quand on pense à toutes les privations et à toutes les douleurs que représentent cette urne de terre et cette petite plaque de marbre, on se sent disposé à les regarder avec plus d'émotion que le mausolée de Caecilia Metella ou la pyramide de Cestius.
L'autre manière et la meilleure d'échapper à la servitude, c'était l'affranchissement. Il avait lieu de deux façons : ou l'esclave achetait la liberté de son argent, ou il la recevait de la générosité du maître. Le prix qu'il donnait pour la payer n'était pas toujours le même. Un affranchi nous dit sur sa tombe qu'il a payé 7000 sesterces (1400 francs) pour être libre; mais c't/st un savant homme qui s'appelle lui-même medi'cus, climcus, chimirgus, ocularius^. Voilà bien des talents, ot l'on comprend