‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 4)Chapitre 68 sur 93 · OreUi · texte numérisé non relu

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que le maître n'ait pas consenti à se défaire à bon marché d'un homme aussi utile. S'il a tenu à nous faire savoir le prix de son affranchissement, c'est qu'il était exceptionnel et témoignait de son importance. Un autre raconte dans Pétrone que sa liberté lui a coûté 1000 deniers (900 francs *). La somme est déjà plus modeste, et pourtant je la crois encore exagérée. Ce personnage est un vaniteux qui voudrait bien nous faire croire qu'il était très-précieux à son maître et lui rendait beaucouj) de services. C'est le même qui, parlant des esclaves qu'il possède, emploie cette expression impertinente : « Je nourris vingt ventres et un chien», viginli ventres pasco et canem. Il faut, je crois, abaisser un peu ces chiffres et supposer que le prix moyen de raffranchissoment d'un esclave était à peu près celui de l'achat, c'est-à-dire 500 ou 600 francs*. C'était encore beaucoup pour lui, et l'on se demande par quelle merveille d'épargne ou d'industrie il arrivait à réunir cette somme. Sénèque dit que les esclaves économisaient sur leur nourriture. «Ils donnent pour leur liberté l'argent qu'ils ont réuni aux dépens de leur ventre^. » On est un peu surpris de celte source d'économie quand on connaît le triste régime des esclaves : que pouvaient-ils donc épargner sur l'ordinaire de Caton? Heureusement ils avaient d'autres ressources. A la campagne, celui dont le maître était content pouvait cultiver à ses loisirs un coin de terre dont on lui abandonnait Ie3 revenus. On laissait au pâtre une brebis qu'il soignait comme il voulait : c'était toujours la plus belle du troupeau. A la ville, les bénéfices étaient encore plus abondjints pour l'esclave. Sans parler des libéralités du maître quand il était de bonne humeur, il avait les gratifications

1. Pétrone, Sat., 57. — 2. Voyez Wallon, Hist. de l'escl., u, ch. x, -> 3. Sénèque, Epist., 80, 4

des amis de la maison *, l'impôt qu'il levait sur les clients pour leur obtenir une audience et les introduire avant leur tour. Il pouvait faire aussi d'autres profits moins avouables que nous ne connaissons pas tous aujourd'hui, parce qu'il les tenait très-cachés. Apulée nous parle de deux cuisiniers d'une grande maison qui, tous les soirs, emportaient dans leurs cellules les restes de somptueux repas ^. C'était sans doute pour les vendre, et à l'insu du maître, car l'esclave était très-voleur. Pline se plaint amèrement qu'on soit obligé de mettre le boire et le manger sous clef, et regrette l'époque innocente où rien n'était renfermé dans la maison 3. La mère de Gicéron, qui avait plus d'ordre que son fils, poussait la précaution jusqu'à cacheter même les bouteilles qui ne contenaient rien. Elle ne voulait pas qu'après les avoir vidées, on pût dire qu'elles avaient toujours été vides. C'est de tous ces profits, honnêtes ou non, que l'esclave composait ce qu'on appelait son pécule. Il le formait peu à peu, et, comme on dirait aujourd'hui, sou à sou {unciatim) ; mais on devine avec quel plaisir il le voyait croître, quelle joie lui causaient les quarts d'as qui s'ajoutaient aux quarts d'as et les sesterces aux sesterces. C'était l'espoir de la liberté qui grandissait avec ce petit trésor. Le maître lui voyait volontiers ces préoccupations de fortune et les favorisait. Elles étaient une garantie de travail et de moralité : généralement on hésite un peu plus à se mal conduire quand on a quelque chose à perdre. Aussi disait-on d'un mauvais esclave : Il n'a pas un morceau de plomb dans son pécule*. Au contraire, celui qui était honnête

1 . Lucien raconte qu'on faisait un présent de cinq drachmes à l'esclave qui venait apporter une invitation de la part de son maître {Sur ceux qui sont aux gages des grands); cet usage subsiste encore en Italie. — 3. Apulée, Met., x, 14. — 2. Pline, xxxiii, 1 (6). — 4. Plaute, Casina, ii, 3, 40.

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