De ira, m, 15, 3 : triste ergastulum
M En recevant des outrages et en remerciant *. » Même dans son traité De la clémence, qui est dédié à Néron, et où il étale les sentiments d'un sujet soumis, il semble tenir pourtant à montrer par quelques saillies qu'il n'a pas tout à fait renoncé à la liberté de sa parole. C'est là qu'il a mis ce mot amer contre le chef de la dynastie impériale, le dieu Auguste, dont on ne parlait qu'à genoux : «Je ne puis appeler clémence ce qui n'est chez lui qu'une cruauté fatiguée ^. » Il tenait, on le voit, à concilier, au moins pour l'extérieur, les complaisances qu'on exigeait de l'homme d'État avec ce franc-parler qu'on attend d'un philosophe. Par cette conduite habile, tout en gagnant les amis nouveaux qu'on est toujours sûr d'acquérir quand on devient ministre, il sut ne pas perdre tout à fait ceux qui lui étaient venus avant sa puissance, parce qu'ils le soupçonnaient d'être un ennemi de la cour et qu'ils le voyaient victime de la colère de César.
11 était pourtant difficile que, dans cette haute position qui lui donnait tant d'occasions d'exciter l'envie et de faire des mécontents, il ne soulevât pas aussi d'ardentes inimitiés. Il avait des rivaux auxquels il a malheureusement fourni dans sa vie trop de prétextes pour l'attaquer. Ils devinrent si violents contre lui, surtout quand ils virent qu'ils pouvaient l'être sans danger et que sa puissance décUnait, qu'il fut forcé de leur répondre. Il le fit dans un de ses traités les plus curieux, où il s'excusait d'être riche, d'avoir un grand train de maison, des esclaves habiles à découper avec grâce, une femme « qui portait à ses oreilles les revenus de plusieurs domaines ^ »,
\. De ira, n, 33, 2. — 2. De clementia, i, 11. Il est vrai qu'il ne rabaisse la clémence d'Auguste que pour exalter celle de Néron. En somme, ici, l'épigramme contre le souverain mort n'est qu'une flatterie pour l'empereur vivant. — 3. De vita beata, 17, 2. Il veut sans doute parler non pas de Paulina, mais de sa première femme qu'il venait alors de perdre.
et de faire boire, dans ses festins, des vins plus vieux quo lui. Après tout, leur disait-il, le sage n'est pas tenu de se condamner à l'indigence. « De même qu'un homme qui pourrait faire une route à pied aime mieux, quand il le peut, monter en voiture, de même le pauvre, s'il se présente quelque occasion de s'enrichir, la saisira » ; et il fera bien, pourvu qu'il ne s'attache pas trop à sa fortune, qu'il se résigne d'avance à s'en passer, s'il la perd, et qu'il ne souffre pas qu'elle soit à charge aux autres ou à lui-même'. Un des passages les plus énergiques de cette apologie est celui où il soutient, contre les insinuations de SCS détracteurs, que les sources de sa richesse sont pures. « Le philosophe, dit-il, pourra posséder de grands biens, à condition que ces biens n'aient été pris à personne, qu'ils ne soient pas souillés du sang des autres, qu'il ne les ait acquis ni par l'injustice ni par de sordides métiers, et que sa fortune ne fasse gémir que l'envie... Il n'éprouvera ni orgueil ni honte d'être riche ; il lui sera pourtant permis d'en tirer quelque vanité quand, ouvrant sa maison à ses concitoyens, il pourra leur dire avec assurance : Si quelqu'un trouve ici quelque chose qui lui appartienne, qu'il l'emporte^! » C'était une réponse à ceux qui lui reprochaient de s'être enrichi par l'usure et d'avoir accepté des biens de proscrits.
On ignore quel fut le succès de cet ouvrage et s'il lui ramena ceux que sa fortune politique avait indisposés contre lui ; mais en supposant qu'ils n'aient pas été convaincus par ses arguments, qui en vérité ne sont pas toujours irréfutables, le malheur de ses dernières années et la fermeté de sa fin durent certainement les désarmer. Sa disgrâce, si courageusement supportée, lui rendit sans doute l'estime de ceux qui l'avaient abandonné et attacha