‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 5)Chapitre 70 sur 100 · VIII, 520. — 2. IV, 261. — 3. iv · texte numérisé non relu

VIII, 520. — 2. IV, 261. — 3. iv

blier un moment la mission divine dont il est chargé : les plus graves et les plus dévots ne sont pas toujours à l'abri de ces surprises; mais l'apparition de Mercure le rend à lui-même. En recevant les ordres de Jupiter qu'un dieu lui apporte, il est saisi d'une sorte d'ardeur de sacrifice; il abandonne Didon, comme Polyeucte,dans le feu d'une conversion nouvelle, oublie Pauline ^ S'il se livre encore dans son cœur quelques combats secrets, ils n'ébranlent pas sa résolution et ne troublent qu'un moment la sérénité de son âme, mens immola manet ^. Ce qui serait ailleurs une coupable insensibilité peut passer ici pour un détachement et un sacrifice méritoires. Ce n'est qu'en triomphant de ses goûts et de ses passions, en se résignant à s'ouMier et à s'immoler qu'il peut obtenir la laveur de porter ses dieux en Italie et d'y établir leur culte. Plus la victoire qu'il remporte sur lui-même est rapide et complète , plus il est digne du choix qu'a fait de lui le destin pour exécuter ses arrêts, plus il se montre le véritable héros d'un poëme religieux.

Ses adversaires représentent plutôt les passions et les sentiments humains, et c'est peut-être pour ce motif qu'ils nous plaisent davantage. Quelle séduisante figure que ce Turnus, si sensible à l'honneur, si brave, si dévoué aux siens, qui aime tant les aventures audacieuses et se jette le premier dans la mêlée sans attendre ses soldats ! Il est le hardi Turnus, comme son rival est le pieux Énée. Ce n'est pas qu'il ne respecte aussi beaucoup les dieux : il leur fait volontiers des sacrifices et leur adresse de longues prières ^ Sa dévotion a pourtant un air plus

1. Ce rapprochement n'a rien de forcé. Le ton d'Énée, quand il dit à Didon : « ûesine meque tuis incendere teque querelis » (iv, 3G0), est tout à fait celui de Polyeucte lorsqu'il répond à Pauline : « Vivez avec Sévère 1 » (acte v, se. 3). — 2. iv, 449. — 3. ix, 24 : muUa deos orans.

libre que celle d'Énée; il ose parler des destins d'un ton plus léger, et s'il ne leur résiste pas ouvertement, il veut qu'on les interprète et qu'on les tourne *. Ce ne sont là que des irrévérences; mais Mézence, son allié, est un impie avéré, contemptor deum. Il déclare qu'il n'a aucun souci des dieux, qu'il les méprise et s'en moque, qu'il n'en veut pas reconnaître d'autre que son bras et le javelot qu'il va lancer. Cependant, quand on lui rapporte le corps de son fils, le premier mouvement de cet impie est de lever les bras au ciel ^. Chateaubriand a fait remarquer que, parmi les personnages secondaires de V Enéide, Mézence est le seul « qui soit fièrement dessiné ». Il est remarquable que le parti de Turnus renferme le plus grand nombre de ces figures vivantes; les compagnons d'Énée sont en général beaucoup plus ternes. Le poëte ne l'a peut-être pas fait sans dessein : il n'était pas mauvais, pour qu'on vît mieux la main des dieux dans les événements, que celle de l'homme n'y fût pas trop apparente, et la médiocrité générale des vainqueurs rendait plus éclatant le triomphe de la volonté divine.

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