Plut., Nonposm suaviter vivi sec. Epie, p
peut consoler ceux qui souffrent et les accoutunier à regarder la mort sans terreur en leur annonçant que la \ie n'a pas de lendemain. « Ce n'est pas Cerbère ou le Cocyte qui rendent la mort elï'rayante, c'est la menace du néant, et ceux-là sont les vrais ennemis de l'homme, les plus opposés à son repos et à son bonheur, qui veulent lui persuader qu'il n'y a pas après la vie de retour possible à l'existence ^ »
Il n'est pas douteux que ces objections n'aient été souvent faites à l'épicurisme par les Romains et ne lui aient enlevé beaucoup d'adeptes. D'ailleurs les temps lui devinrent bientôt contraires. Lorsqu'à la veille des proscriptions, les esprits, attristés déjà par les malheurs publics, éprouvèrent le besoin de se préparer aux désastres qu'on prévoyait, l'espoir du néant ne leur parut plus suffisant pour soutenir leur courage. Précisément Gicéron faisait paraître alors ses Tusculanes, où il expose avec tant d'éclat les opinions de Platon sur la vie future. Cet admirable ouvrage montrait à quelle philosophie il faut s'adresser pour se donner du cœur et attendre la mort sans crainte; il dut produire une impression profonde sur des lecteurs que les événements disposaient à le comprendre et à le goûter. Non-seulement il entraîna tous ces disciples douteux d'Épicure dont Lucrèce nous dit qu'ils se vantent d'être sceptiques par forfanterie, tant qu'ils sont heureux et bien portants, et qu'ils s'empressent au premier revers d'aller sacrifier dans les temples^, mais nous savons aussi qu'il fit hésiter les plus résolus. Si Atticus lui-même, quoique épicurien obstiné, se trouvait ému, ébranlé, en lisant le livre de son ami, beaucoup d'autres, mieux préparés que lui et sentant leurs forces se retremper dans ces nobles doctrines, devaient dire, comme