‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 5)Chapitre 95 sur 100 · Luc, la Déesse Syr., 28. — 2. Plut., Marins · texte numérisé non relu

Luc, la Déesse Syr., 28. — 2. Plut., Marins

temps elles y furent seules admises, et même après qu'une prêtresse eut imaginé d'y recevoir aussi des hommes, Tite-Live nous dit que les femmes continuaient d'y être en majorité K Quand la Grande Mère de l'Ida, la première divinité orientale que Rome ait officiellement accueillie, arriva de Pessinonte, les matrones furent envoyées à sa rencontre jusqu'à l'embouchure du Tibre : on sait qu'à cette occasion la déesse daigna faire un miracle en faveur de l'une d'entre elles. Quinta Claudia, qu'on soupçonnait de se mal conduire parce qu'elle aimait beaucoup la toilette « et qu'elle paraissait en public avec les cheveux trop habilement arrangés^ ». A l'époque d'Auguste les cultes orientaux s'étaient surtout répandus parmi ces belles affranchies, de mœurs faciles, que les poètes ont chantées. Tout ce monde léger, que rebutait la froide gravité des cérémonies officielles , pratiquait volontiers des religions qui laissaient plus de place aux mouvements passionnés de l'âme. « Prête-moi tes porteurs, dit une d'elles à son amant dans Catulle, je veux aujourd'hui rendre visite à Sérapis^. » La Délie de Tibulle est une dévote d'Isis, qui exécute avec soin les ablutions commandées, qui observe les abstinences, qui s'habille de lin , et agite scrupuleusement son sistre quand elle prie la déesse. Mais toutes celles qui fréquentaient si assidûment ces temples n'y venaient pas seulement pour prier. Beaucoup s'y rendaient par caprice ou par mode, quelques-unes y allaient chercher fortune. Le lieu était favorable pour donner sans danger un rendez-vous ou nouer une intrigue d'amour. Quand Ovide, dans l'Art d'aimer, énumère les endroits où l'on peut se pourvoir aisément d'une maîtresse, après avoir parlé des théâtres et des portiques, il n'oublie pas les temples, et surtout ceux des

1 XXXIX, 15. — 2. Ovide, Fa»t., iv, 309. — 3. Catulle, 10, 26.

divinités de TÉgypte. Comme les mythologues confondaient Isis avec lo qui avait été la maîtresse de Jui)itcr, ce souvenir donnait l'espoir au poëte que la déesse inspirerait à d'autres les sentiments qu'elle avait elle-même éprouvés pour le maître des dieux*. Aussi Juvénal l'appelle-t-il sans respect « l'entremetteuse de Pharos^ ». Le culte juif était aussi en grande faveur chez les femmes qui cherchaient les émotions religieuses après avoir épuisé les autres; elles jeûnaient rigoureusement et se gardaient hien de rien faire le jour du Sabbat. On sait que Poppée, au dire de Josèphe, « avait de la piété ^ », et qu'elle fut ensevelie d'après les rites orientaux "*.

Les femmes du grand monde, si l'on en croit les moralistes et les satiriques, n'étaient guère moins zélées que les autres pour les cultes de l'Orient. Juvénal les représente recevant chez elles « la confrérie de la violente Bellone ou celle de la Mère des dieux », consultant les haruspices d'Arménie ou de Gomagène, les sorciers chaldéens ou les vieilles Juives, « qui vendent autant de sottises qu'on leur en demande, mais à des prix modérés ». 11 les montre effrayées par les menaces d'un prêtre et s'imposant les plus rudes pénitences pour désarmer le ciel : (( Elles font casser la glace en hiver pour se plonger trois fois le matin dans le Tibre, et parcourent tout le champ de Mars en se traînant nues et tremblantes sur leurs genoux ensanglantés^.» Les inscriptions confirment la vérité des tableaux présentés par le satirique : il y est très-souvent question d'autels, de statues, de monuments de tout genre élevés par les femmes aux divinités de l'Orient. Leur dévotion a déjà quelques-uns des carac-

1. Militas illa facit qiiod fuit ipsa Jovi. {Ov.,Ars am., i, 78.) — 2. Juv., VI, 489.-3. Ant. Jiid., xx, 8, 11. — 4. Tac, Ann., xvi, 6, - 5 Juv. VI, 523.

tères qu'elle doit garder dans ces contrées du Midi. Elles supposent volontiers qu'on aime autant la toilette dans le ciel que sur la terre, et prodiguent les ornements et les bijoux à la déesse qu'elles veulent se rendre favorable. Une Italienne nous dit qu'elle a fait dorer la statue de Cybèle et placer sur la tète d'Attis une chevelure d'or et une lune d'argent *. Une Espagnole consacre , en l'honneur de sa petite fille, une statue d'argent à ïsis et nous fait avec complaisance l'énumération des diamants dont la statue est ornée. Elle porte un diadème composé d'une grosse perle et de six petites , d'émeraudes , de rubis, d'hyacinthes, des pendants d'oreilles d'émeraudes et de perles, un collier de trente-six perles, avec dix-huit émeraudes, et deux pour les agrafes, des bracelets pour les bras et pour les jambes , des bagues pour tous les doigts, enfin huit primes d'émeraudes placées sur les sandales^. C'est, comme on voit, une vraie parure de madone. Du reste, ces cultes se montraient reconnaissants des services que leur rendaient les femmes : elles y participaient à tous les sacrifices, elles y étaient libéralement admises à toutes les dignités et à tous les sacerdoces : nous voyons, par exemple, qu'elles font souvent les frais des tauroboles et y figurent au premier rang en compagnie des prêtres accourus des pays voisins pour prendre part à ces imposantes cérémonies. Dans les cultes égyptiens le service religieux est accompli par les deux sexes ^. Bellone a une prêtresse qui se déchire les épaules avec des fouets, s'enfonce des couteaux dans les bras et se livre ainsi toute sanglante à l'admiration des fidèles*. Le clergé de la Grande Mère contient des joueuses

1. Mommsen, Inscr. Neap., 5354. — 2. Corp. tnscr. lat., ii, 3386. — 3. Orelli,6666 • là c'est un homme qui est sacerdos Isidis, ailleurs (6385) c'est une femme. — 4. TibuUe i, 6, 45.

de tambour {tympanistriœ) à côté des joueurs de flûte, et des prêtresses de divers rangs qui partagent les attributions des prêtres et sont nommées comme eux par les quindécimvirs *. Si les initiés, dans les mystères de Bacchus, prennent quelquefois le titre de Pères, les femmes obtiennent aussi celui de xMères , et nous voyons l'une d'elles construire un autel pour célébrer l'honneur qu*on lui a fait en l'élevant à cette maternité sacrée {ob honorem sacrimatratus)'^.

Les cultes où les prêtres et les femmes prennent tant d'importance ont d'ordinaire un caractère commun : ils recherchent volontiers les émotions religieuses, ils se plaisent à développer chez leurs adhérents une ardente dévotion. Cette dévotion se manifeste partout d'une manière à peu près semblable : dans toutes les religions, le croyant qui prie avec ferveur souhaite sortir de lui-même, échapper à sa nature mortelle pour atteindre Dieu et se perdre en lui. Les mystiques chrétiens essayent d'y parvenir en surexcitant chez eux l'âme et l'esprit : c'est dans le silence de la retraite, par des efforts et des élans de méditation et de contemplation solitaires, qu'ils tâchent de se délivrer des obstacles du corps et de se rapprocher de la divinité. Les païens voulaient plutôt y arriver par la surexcitation des sens. Au lieu de s'enfermer et de s'isoler, ils se réunissaient en grandes foules, ils s'abandonnaient ensemble à toutes les séductions de la nature; ils s'étourdissaient de mouvement , ils s'enivraient de bruit : le son des llùtes et des trompettes, les chants passionnés, l'agitation dps danses vertigineuses, les mettaient hors d'eux-mêmes ; ils perdaient le sentiment de leur existence propre, ils échappaient aux conditions de

1. Moinmsen, Inser. Neap., 1399. Ailleurs la prêtresse est dite consaserdos du prêtre (:i3981— 2. ûrelli, 1491

la vie ; ils s'unissaient au dieu dont ils célébraient la fèlo, ils croyaient le voir et le suivre, et il leur semblait assister aux aventures merveilleuses qu'on racontait de lui ^ Ces aventures sont à peu près les mêmes partout; les détails peuvent varier, mais le fond de la légende sacrée se retrouve dans toutes les religions de l'Orient : il s'agit toujours de la mort et de la résurrection d'un dieu, et comme pour enflammer davantage la sensibilité religieuse, dans tous ces récits le dieu est aimé d'une déesse, qui le perd et le retrouve, qui gémit sur sa mort et finit par lui rendre la vie. En Egypte, c'est Isis qui cherche Osiris tué par un frère jaloux; en Phénicie, c'est Astarté ou Ténus qui pleure Adonis; sur les bords de l'Euxin, c'est la Grande Mère des dieux qui voit mourir le bel Attis dans ses bras. Les fidèles s'associent toujours à la douleur divine; seulement leur façon d'y compatir change avec les pays. Dans la Syrie et l'Egypte elle prend un caractère sensuel et voluptueux, elle s'exprime par des chants d'amour , au son langoureux des flûtes ; elle est sauvage dans les rudes contrées de l'Asie du nord : là les prêtres se frappent et se mutilent pour manifester leur désespoir. Mais partout, quand le dieu est revenu à la vie, des explosions de joie succèdent aux gémissements et aux larmes, et l'on entend retentir de tout côté les mots mystiques: « Il est retrouvé, nous nous réjouissons^! î>

Le culte égyptien était peut-être celui qui s'occupait le plus de donner un aliment à la dévotion des fidèles. Dans aucun autre la divinité n'était censée plus présente et plus visible à ses adorateurs. On la consultait sans

1. Nulle part cet état extatique n'a été mieux dépeint que dans les Bacchantes d'Euripide — 2. Schol Juv.y vin, 29 : E'jpr,v afxsv,

cesse, on ne faisait rien sans son aveu. A tout moment elle révélait sa volonté par des apparitions ou par des songes. « Pas une de mes nuits, dit un dévot d'Isis, pas un seul instant de repos n'a été privé pour moi de la vue de la déesse et de ses saints avertissements *. » Elle iiuliquait elle-même ceux qui devaient être admis à ses mystères ; elle fixait pour chacun d'eux le jour où elle voulait qu'on fît la cérémonie ; elle lui indiquait le prêtre qui devait l'instruire et l'assister. Elle aj)pelait à elle, elle désignait directement ceux à qui elle réservait l'honneur de la servir. Aussi lisons-nous sur un monument élevé à l'un de ses prêtres qu'il a été choisi (( par un jugement particulier de la déesse » pour faire partie d'une association qui lui est consacrée^. Il se faisait dans ses temples une sorte d'office régulier, ce qui n'avait i)as lieu d'abord dans ceux des divinités romaines. Les fidèles s'y rassemblaient deux fois par jour. Le matin, à la première heure, ils réveillaient la déesse (excitatio) avec des chants pieux que la flûte accompagnait. Le soir, aproe lui avoir annoncé solennellement l'heure qu'il était, on lui souhaitait un bon sommeil (salutatio), et le temple se fermait jusqu'au lendemain. Dans ces cérémonies se produisaient souvent des spectacles singuliers, mais propres à réveiller la piété des fidèles. C'étaient des femmes qui, les cheveux épars, imploraient la protection « de la sainte mère Isis », ou la remerciaient des faveurs qu'elle leur avait accordées ; c'étaient quelquefois des pénitents qui se croyaient coupables envers elle et venaient faire devant sa statue l'aveu public de leurs fautes pour en obtenir le pardon ^. Une peinture très-curieuse d'Herculanum, interprétée par Bœttiger, nous fait assister à l'un

1. Apulée, Mctam., xi, 19. — 2. Orelli, 602^ — Ponto, I, 1, 51.

3 Ovide, De

de ces offices d'Isis. Devant le temple, deux groupes de fidèles à la figure extatique et passionnée, sous la conduite d'un prêtre, chantent les louanges de la déesse ; du haut des marches l'officiant, les mains enveloppées dans une sorte de voile, tient une urne avec précaution et la présente aux assistants *. C'est l'eau lustrale qu'il leur fait ainsi adorer ; l'eau du Nil est sacrée pour un Égyptien : à ses yeux, elle représente la fertilité et la vie, comme la plaine ardente et aride du désert lui paraît l'image de la mort. Il était naturel aussi que, chez un peuple si préoccupé de ce qui suit l'existence, elle devînt le symbole du bonheur éternel et de la vie qui ne finit pas. C'est l'origine de cette formule qu'on lit sur la tombe des Égyptiens pieux : « Qu'Osiris t'accorde l'eau qui rafraîchit î » Les Chrétiens , qui la trouvaient conforme à leurs aspirations, se l'approprièrent, et sur leurs plus anciennes sépultures on trouve souvent ces mots : « Que Dieu donne le rafraîchissement à ton âme ! »

Quand on croit être toujours en présence d'un dieu, si l'on se fie en sa protection , il est naturel aussi qu'on redoute beaucoup sa colère. Plus la dévotion devient ardente, plus elle rend scrupuleux, plus elle nous alarme sur la conséquence des fautes que nous pouvons commettre. Il y avait même alors quelques esprits rigoureux qui prétendaient qu'une fois commises, elles ne pouvaient plus être expiées^ ; mais ce n'était pas l'opinion ordinaire, et toutes les religions se flattaient d'avoir des moyens sûrs d'en obtenir le pardon. Rien ne fut plus utile au succès des cultes étrangers qui s'établirent à Rome ; ils avaient toute sorte d'expiations et de purifications à l'usage des pécheurs efîrayés. Elles consistaient ordinai-

1. Bœtliger, Isisvesper. Cette dissertation a été reproduite par Millin dans le Magasin encycJopéilique, 1810. — 2. Serv., /En., vu, 597,

rement en sacrifices répét(''S, en pratiques bizarres et souvent pénibles, en libéralités faites aux temples et aux prêtres. Les abstinences étaient aussi considérées comme un moyen de désarmer la colère céleste. On évitait de manger de certains animaux qu'on regardait comme impurs; aux approches des fêtes, on s'imposait des jeûnes rigoureux; on s'y préparait surtout par une continence sévère. Cette prescription , à laquelle Délie et Corinne ellesmêmes ne refusaient pas de se soumettre, impatientait beaucoup leurs amants : Ovide et Tibulle s'en plaignent avec amertume, mais on leur répondait que les ordres des dieux étaient formels. C'était, disait-on, pour ne pas les avoir respectés que Laocoon avait été puni de mort avec tous les siens *, et l'on ajoutait qu'au contraire les gens qui s'étaient toujours conservés chastes voyaient directement les dieux ^. Ces religions, dont le naturalisme était le fond, devaient, ce semble, faire une loi de se conformer à la nature. On voit pourtant naître chez elles un principe contraire : elles ordonnent quelquefois de lui résister, elles font un mérite à l'homme des privations qu'il s'impose , elles recommandent l'abstinence et le jeûne, elles proclament qu'il est agréable aux dieux qu'on dompte le corps et qu'on le punisse. Voilà pourquoi les galles, prêtres errants de la Mère des dieux^ se mutilent comme les origénistes et se déchirent la chair avec des fouets comme les flagellants. Quand les prêtres de Bellone s'étaient frappés aux bras et aux cuisses avec leurs couteaux , ils prenaient leur sang dans leur main et le buvaient. Ce sang avait à leurs yeux une vertu purifiante; ils croyaient, en le buvant, se laver des fautes qu'ils avaient commises^.

1. Serv.,^n., il, 201. - 2. Serv., /En., ii. 604. — 3. TertuUien, A})ol., 9.

La même croyance se retrouve dans les rites célèbres des tauroboles : c'étaient des sacrifices solennels en l'honneur de la Mère des dieux et d'Attis, son amant. On ignore à quel moment et dans quel pays ils ont pris naissance : la première fois qu'il en est question, c'est dans une inscription du règne d'Hadrien (133 ans après J. C.) qui a été trouvée aux environs de Naples *. On y voit « qu'une femme, Herennia Fortunata, avait accompli pour la seconde fois le sacrifice du taurobole par les soins du prêtre Ti. Claudius. » L'usage était assurément plus ancien, et comme presque toutes les autres superstitions de cette époque , il devait être originaire de l'Asie ^. Nous savons que le midi de l'Italie avait des rapports nombreux avec l'Orient, et que Pouzzoles était un des ports les plus fréquentés des marchands de l'Egypte et de la Syrie. Ce pays, traversé si souvent par les étrangers

1. Mommsen, Inscr. Neap., 2602. On ne sait si les tauroboles re» montent beaucoup plus haut; il serait pourtant fort utile de le savoir pour connaître quelle fut, sur ces sacrifices, l'influence du Christianisme. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que la croyance à la vertu purifiante du sang était assez ancienne dans le culte de Cybèle. Lucain dit que les galles agitent leur chevelure ensanglantée (Phars., i, 5G6): c'était sans doute leur propre sang qu'ils répandaient sur leurs cheveux; de là on arrive assez facilement à cette habitude de se faire arroser par le sang du taureau. On ne sait pas non plus si les rites du taurobole n'ont pas subi avec le temps quelques altérations. 11 est assez naturel de le soupçonner. Les plus anciennes inscriptions portent ces mots : Taurobolium fecit, tandis qu'on lit sur les plus récentes ' Accepit ou percepit taurobolium. Ne peut-on pas croire que cette différence dans les termes indique quelque variété dans les cérémonies? Toute cette question de l'origine du taurobole est fort obscure; la découverte d'inscriptions nouvelles pourra seule l'éclairer. — 2. L'origine asiatique du taurobole est admise par tout le monde. Diodore de Sicile (m, 59, 8) dit qu'à Pessinonte les Phrygiens font en l'honneur de la Mère des dieux des sacrifices tout à fait grandioses. N'y a-t-il pas dans ce passage quelque allusion aux tauroboles ? U est pourtant assez surprenant, si le taurobole vient de la Phrygie, qu'on n'ait pas cncirc trouvé d'inscription taurobolique en Asie, et que celles qu'on rencontre en Grèce soient assez récentes.

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et familiarisé d'avance par ses relations avec toutes ces religions bizarres, fit un bon accueil au rite nouveau. I' est pratiqué dès le second siècle dans le Samnium et la Campanie, à Formies, à Venafre, à Bénévent. De l'Italie méridionale, le taurobole passe en Gaule ; c'est à Lyon qu'on l'y rencontre pour la première fois. Lyon était déjà un grand centre industriel , une de ces villes de passage que visitaient des gens de tout pays : on y a retrouvé la tombe d'un armateur de Pouzzoles, d'un marcband de Carthage et d'un négociant arabe. Dans la Gaule, le taurobole semble avoir pris plus d'éclat, plus de solennité et un caractère officiel qui, en général, lui est resté. Répandu dès lors dans tout l'empire, il fut un des moyens dont usa le plus volontiers le paganisme mourant pour ranimer la dévotion de ses fidèles.

Quoique nous ne connaissions pas exactement tous les détails de ces fêtes, nous en savons assez pour nous rendre compte du grand effet qu'elles devaient produire. Elles étaient sans doute fort coûteuses, car nous voyons souvent qu'une corporation ou qu'une ville tout entière s'unit pour en payer les frais. Quand c'est un particulier qui subvient à la dépense, il a grand soin de s'en faire honneur et de nous dire « qu'il a fourni tout l'argent qu'exigeaient les préparatifs et les victimes ^ ». Une cérémonie aussi chère, on le comprend, ne pouvait pas être renouvelée tous les jours; elle n'avait lieu que dans des occasions importantes. D'ordinaire, c'était la déesse ellemême qui la réclamait par des songes ou des oracles^. Deux fois à Lyon elle s'accomplit par suite des prédictions de l'archigalle Pusonius Julianus^. Elle attirait,

1. Orelli, 2332 : cum suis hostiis et apparamentis omnibus. —

2. Inscr. Neap., 2602 : imperio dece. Orelli, 6033 : jiissu ipsius. —

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