‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 101 sur 155 · S. Aug., De civ. Dei, su · texte numérisé non relu

S. Aug., De civ. Dei, su

Jupiter omnipotens, rerum rex ipse deusque, Progenitor geaitrixque, ûeum Deu^, unus et omnes

2. Serv., ^n., iv, 638. Le nom de l'auteur de ces vers n'est pas cité dans Servius, mais c'est avec la plus grande vraisemblance qu'on les attribue à Valerius. Les voici :

Cœlicolae, mea membra, dei, quos nostra potestas Officiis divisa facit.

8. S. Aug., De cw. Dei, vn, 6.-4. Ennius, Thyestes, 7 (p. 48, édit. Ribbeck) : Atpioe hoc sublime canderis, quem invocant omnef

LA THÉOLOGIE ROMAINl. 135

que la personnification des phénomènes de la nature ou des divers éléments du monde. Il n'est pas douteux qu'à partir de ce moment et pendant toute la durée de l'empire, l'explication donnée par les stoïciens de la mythologie n'ait joui d'un grand crédit dans la société intelligente de Rome; il suffit, pour en être certain, de voir avec quelle ardeur les Pères de l'Église l'ont combattue. Ils ne peuvent lui pardonner c de jeter un voile décent sur toutes ces fables, et, à la faveur de ces prétendues expli cations naturelles, d'atténuer l'invincible répugnance qu'elles soulèvent dans l'àme humaine * ». Ces reproches qu'ils lui adressent nous font connaître le genre de services qu'elle a pu rendre. Elle rassurait les consciences alarmées, et en trouvant quelque raison plausible d'accepter les vieilles légendes et les anciens dieux, elle rattachait à la religion populaire les classes éclairées, qui étaient toujours prêtes à s'en éloigner.

i. S. Aug., De civ. Dei, vu, 5 : Interpretntiones phtpicas andiamus, quihus turpitudinem miserrimi erroris velut allions doctrinte specie colorare videntur. Ce serait un snyd U'éliule furi intéres.sant que decherclier /C prolit qu'ont tiré les Pères de l'Église de ces iulerprélations de la mythologie ancienne. Naturellomont ils jje servent beaucoup du système d'Évhénière et sont fort heureux de prouver aux païens par le témoignage de leurs propres savants qu'ils n'adorent que des hommes. Quant à l'explication stoïcienne qu'ils ont beaucoup combattue, on a soupçonné qu'elle n'a pas été sans inlluence sur leur propre théologie. N'est-ce pas en partie de là que leur e.sl venu ce goût, qui est si fréquent chez Origùne et les Pères grecg, de tout interpréter subtilement et de chercher dans tons les réiMts des livres s;iints un sens allégorique? Il est curieux de remarquer que, dans les éc(de8 clirétiennes ot païennes du môme siècle, on 9c livrait aux mêmes travaux et l'on émdi.iii raiiti.(iiité dans le mè.ae esprit.

La théologie platonicienne. — En quoi elle se distingue de celle des autre» écoles. — Doctrines d'Apulée, qui la popularise à Rome. — Les démons. — Comment leur intervention permet d'accepter et d'expliquer toutes les fables de la mythologie. — Les Pères de l'Église acceptent les données principales de la théologie platonicienne.

Le système stoïcien ne devait pas être le dernier terme de la théologie païenne. Il fallait qu'elle se mît tout à fait en rapport avec l'esprit qui animait la philosophie au II* siècle. Quelques concessions que le stoïcisme eût faites aux religions populaires, Topinion publique ne s'en contentait pas. Elle demandait encore davantage, et c'est pour la satisfaire que prit naissance une école nouvelle de théologie qui se donnait pour platonicienne.

Cette école différait assez sensiblement de celles qui l'avaient précédée. Les stoïciens semblaient éprouver parfois quelque honte de leurs complaisances pour les opinions de la foule. Il leur arrivait de prononcer dea jugements sévères sur ces légendes qu'ils essayaient d'expliquer. Tout en y trouvant au fond un sens assez raisonnable , ils les appelaient des fables impies * ; ils avouaient, quand on les pressait dans la discussion, que c'étaient des sottises de poètes * et des contes de vieilles femmes^. La nouvelle école n'avait pas ces scrupules. Plutarque, qui en est un des maîtres, est d'avis que toutes les légendes reproduisent la vérité « comme l'arc-

1. Cic, De nat. deor., n, 24 : physica ratio non inelegans mclusa est in impiag fabulas. — 2. Sénèque, Fragm., 26 : ineptiœ poetarum. — 3. Cic, I>e nat, deor,, li, 28 : tupentitiones pœne aniUê.

cn-ciel réfléchit les couleurs du soleil », qu'on doit en rendre raison c saintement et philosophiquement * j, et il tient encore plus, dans les explications qu'il en donne, à être saint qu'à être philosophe. Il prétend que les Égyptiens eux-mêmes, qui passent pour les plus superstitieux des hommes, « n'ont rien introduii dans leurs cérémonies religieuses qui soit contraire au bon sens, rien de fabuleux, rien qui prenne sa source dans la superstition; elles ont toutes des raison de morale ou d'utilité, ou bien elles rappellent des traits intéressants d'histoire, ou enfin elles ont rapport à quelque phénomène de la nature - >. Le culte même qu'ils rendent aux animaux n'est pas si ridicule qu'on le croit : le bœuf et l'ichneumon sont des bêtes fort utiles; le chat, l'ibis, le crocodile, ont des ressemblances lointaines et obscures avec les dieux, et il est naturel qu'on adore en eux la divinité qu'ils représentent'.

Une autre difTérence sépare les nouveaux théologiens de ceux de l'école stoïcienne. Ces derniers s'en tenaient généralement à l'interprétation des fables de l'ancien culte; ils partaient des récits d'Hésiode et d'Homère et ne s'en éloignaient pas volontiers. Les autres, venus en un temps où les religions étrangères s'étaient librement établies à Rome et dans la Grèce, témoignaient beaucoup de goût pour elles et s'en occupaient avec plus d'empressement encore que des vieilles mythologies nationales, dont le crédit était fort diminué. L'Egypte était pour eux c une terre sainte et comme le temple de l'univers* i; ils avaient une grande vénération pour tous les cultes de

1. Plutarque, De Iside, p. 355 :é(r{a)C xa\ çiXoaoçwc Si cet ouvrage n'est pas de Plutarque môme, comme on le croit, il est d'un de ses disciples, et contient les doclrines de l'école. — 2. Plut., De Iside, p. 353.— 3. Plut , De hide, p. 380. — 4. Apulée, Hermès, 24.

l'extrême Orient : ils vantaient la sagesse des Chaldéens, ils s'appuyaient sur les opinions de Zoroastre, les gymnosophistes de l'Inde leur semblaient les gens les plus vertueux du monde S et ils ne pouvaient se lasser d'admirer les Brachmanes, qui ont obtenu du ciel la faveur de s'élever en l'air de deux coudées ^. Pour être sûrs de mieux connaître ces religions lointaines, ils allaient les étudier dans les pays où elles florissaient. Tandis que les philosophes stoïciens voyageaient surtout dans les livres, eux couraient le monde, visitant les temples, assistant aux cérémonies sacrées et recueillant les fables que leur racontaient les prêtres. C'est ce que faisait Apulée dans sa vie errante. Gléombrote de Lacédémone avait parcouru l'Egypte et les bords de la mer Rouge, € non pour faire le commerce, car il était riche, mais pour rassembler les éléments de ses études théologiques ^. » Les stoïciens, qui étaient des raisonneurs acharnés, ne demandaient leur science religieuse, comme toutes les autres connaissances, qu'à la réflexion et à la dialectique; les platoniciens pensaient qu'on n'arrive pas à connaître la divinité sans le secours des dieux. Il faut donc les prier humblement < de nous donner l'intelligence d'eux-mêmes* ». Ils l'accordent surtout à ceux « qui persévèrent dans une vie sobre, éloignée des plaisirs des sens, qui s'exercent dans les temples à ces pratiques sévères, à ces abstinences rigoureuses dont la fin est la connaissance du premier et souverain être que l'esprit seul peut comprendre ». Ceux qui l'ont ainsi obtenue, Plutarque ne les appelle pas des philosophes; il leur donne le nom qui leur convient le mieux : ce sont « les initiés

i. Apulée, Floride», 1, 6. — 2. Philostrate, Vita Apotl., m, 15.— 8. Plutarque, De defeclu arac., p. 410. — A, De Iside, p. 351. — 5. De IndSf p. 351 : Tolc tcXou^Ivoi^ 6ewa<7»(i»^

LA THÉOLOGIE ROMAIiNE. 139

Des gêna qui apportaient des dispositions pareilles aux études religieuses ne pouvaient pas être entièrement satisfaits des interprétations qu'on avait données jusquelà de la mythologie. L'évhéniérisme les indignait; ils ne tarissaient pas de colère contre ces philosophes « qui es^iyent d'éteindre et d'arracher des esprits cette foi vive empreinte dans tous les hommes dès leur enfance et déclarent la guerre à toute l'antiquité * ». Quoique le système imaginé par les stoïciens servît les religions populaires, ils ne l'acceptaient pas non plus sans réserve. A propos d'une de ces allégories singulières dans lesquelles se complaisait Chrysippe , Plutarque ne peut retenir sa mauvaise humeur. « Vous voyez, dit-il, en quel abîme d'impiété nous tombons si nous faisons des dieux nos passions, nos facultés, nos vertus^! > Ils en voulaient aux stoïciens de n'avoir pas créé des divinités assez personnelles, assez vivantes. Ils trouvaient sans doute que le dévot reste froid en présence de ces dieux qui ont commencé et qui doivent finir, qui ne sont qu'une émanation de l'àme universelle et ne paraissent pas avoir d'existence propre. Ce n'est pas ce qui arrive chez eux, et il faut avouer que la théologie de Platon , ayec les changements qu'ils lui firent subir et Timportance qu'ils donnèrent aux êtres divins, intermédiaires entre l'homme et Dieu, était bien plus favorable à la dévotion.

Ce système fut popularisé chez les Romains par Apulée'. Voici en quelques mots de quelle façon il l'expose. Audessus de tout il place le Dieu suprême, celui du Timée

1. De hide, p. 359. — 2. Amatorimy p. 757. — 3. Parmi les philosophes qui enseignèrent aux Romains cette doctrine, je crois qu'il

faut ranger ce Cornélius Labeo, dont le temps est ignoré, mais qui parait avoir été postérieur au Christianisme. S. Augustin le place parmi les dœmonicolœ (De civ. Dfi, ix, 19j, et il dit qu« c'était un des théologiens Ici plus iuipurtanls de Rouie (u, 11).

de Platon, c le Dieu unique et solitaire, qui est tout esprit, qui vit hors du monde, le père et l'architecte de ce divin univers* ». Il est tellement au-dessus de nous qu'il nous est presque impossible de nous en faire une idée. La parole est impuissante à le décrire, l'intelligence ne peut arriver à le comprendre ; « c'est à peine si les plus sages, ceux qui savent le mieux par un effort d'esprit se délivrer de leur corps, ont pu le saisir un instant, comme on aperçoit au passage un éclair rapide qui sillonne des nuages obscurs^». Au-dessous de lui sont les dieux inférieurs, ses ministres, ses serviteurs, « ses satrapes ». Apulée ne nous dit pas comment il accorde leur existence avec l'unité divine qu'il vient d'affirmer. Il les partage en deux catégories. D'abord le soleil et les astres, qui, étant visibles, sont adorés chez tous les peuples : a Est-il quelqu'un, dit Apulée, parmi les Grecs et les Barbares, qui hésite à proclamer leur divinité^? » Ensuite les dieux de la mythologie, Jupiter, Junon, etc., qui échappent à nos regards et ne nous sont connus que par leurs bienfaits. Les uns et les autres sont de purs esprits, qui existent de toute éternité et doivent durer toujours. Comme ils jouissent du bonheur parfait, ils n'éprouvent le besoin de communiquer avec personne. Leur dignité même les éloigne de nous, et leur nature spirituelle leur rend difficile tout contact avec des corps mortels. Entre eux et l'homme il n'y a donc pas de rapport possible, et rien ne comble le vide qui sépare la terre du ciel. Cette pensée arrache au philosophe un véritable cri de désespoir. « Ainsi, dit-il, se trouverait brisé le lien qui unit toute la nature! D'un côté l'homme, de l'autre Dieu, et entre eux un abîmel... Que deviendront les hommes, si

î. Apulée, De dogm. Plat., l, i\. — % De deo Socr., 3. — 3. Vc

deo Socr., t.

les dieux immortels les repoussent, s'ils les tiennent en exil dans cet enfer de la terre, s'ils leur refusent tout accès auprès d'eux ; si, moins heureux que les troupeaux de moutons, de chevaux ou de bœufs qui ont leurs bergers et leurs chefs, nous n'avons pas un seul habitant de l'Olympe qui vienne nous visiter pour calmer les violents, guérir les malades, secourir les malheureux. C'en est donc fait '. il ne faut plus espérer qu'un dieu s'occupe des alTaires humaines ! Et vers qui désormais s'élèveront mes prières? A qui adresser mes vœux? Pour qui sacrifier mes victimes ? Qui sera mon secours dans mes souffrances, mon confident dans mes prospérités? Qui appelk'rai-je à mon aide dans mes infortunes * ? » C'est donc le premier besoin d'une nature religieuse de trouver des intermédiaires entre elle et Dieu ; pour Apulée et son école, cet oflice important est rempli par les démons. « Il y a des puissances divines, dit-il, qui résident entre l'éther et la terre et en occupent l'intervalle; elles le traversent sans cesse, portant aux dieux nos supplications et nous rapportant leurs bienfaits. Ce sont des interpr tes et des messagers par lesquels le ciel et la terre communiquent ensemble -. » Ces démons, qui devaient leur naissance à l'imagination de Platon, la nouvelle école platonicienne prit plaisir à en augmenter le nombre et à en accroître l'importance; ils devinrent à la finie pivot sur lequel tout le système reposa. Plutarque, quand il parle d'eux, va bien plus loin que Platon, et Apulée ajoute encore à ce qu'avait dit Plutarque. Il accorde aux démons l'immortalité comme aux dieux ^; Plutar(jue, au contraire, croit qu'ils meurent, et l'on connaît le récit dramatique qu'il.a fait de la mort du grand Pan. Apulée pense aussi qu'on peut les voir; il racoRte que les pythagoriciens

• i. Dedeo Socr., 5 — i. De deo Socr., 6. — 3. De deo Socr., 13.

m LA TËÉOLOGIÈ ROMAINE.

8*étouiiaient beaucoup quand quelqu'un leur disait qu*il n'avait jamais rencontré de démon *. Ce n'était pas l'opinion de Plutarque, qui affirme que Socrate n'a jamais vu le sien, et qu'il n'a fait que l'entendre*; mais Apulée était en toute occasion bien plus crédule et bien plus dévot que ses devanciers.

Ce qui nous importe surtout, c'est de savoir comment Apulée et Plutarque se servaient des démons pour rendre raison des religions populaires. Les stoïciens dénaturaient les légendes en les interprétant; les platoniciens les acceptaient sans y rien changer et la plupart du temps avec le sens que leur donnait le peuple. Yoici le biais qu'ils prenaient pour conserver tous les récits fabuleux qu'on faisait des dieux sans trop porter atteinte à leur dignité. Il est certain, disaient-ils, que les dieux, étant au-dessus de la condition humaine, ne sont accessibles à aucune des passions qui troublent le cœur de l'homme. Us ne connaissent ni la joie, ni la douleur, ni la colère, ni la pitié, ni la haine, ni l'amour ; « toutes ces tempêtes sont bannies de leur paisible séjour^ ». On se trompe quand on vient nous dire qu'ils ont aimé ou haï quelqu'un ; ce n'est pas d'eux qu'on veut parler, on leur attribue des actions ou des sentiments qui appartiennent à leurs démons; car chacun d'eux possède un démon particulier, qui lui est attaché et qui prend plaisir à porter son nom*. C'est ainsi que la théologie platonicienne n'hésite pas pour sauver l'honneur des dieux à sacrifier les démons. Comme ils tiennent de Dieu et de l'homme, on peut supposer chez eux une partie des imperfection»

i. DedM Socr., 20. — 2. Plut., De genio Socr., p. 588. — 3. De

deo Socr., 12. - i. Plutarque, De defectu orac, p. 42i : « Chaque démon est attaché à un dieu, et comme il tient de lui son pouvoir, ii aime à être appelé de son Dom. »

qu'on remarque chez nous. Il y en a de meilleurs et de moins bons; il s'en trouve même dans le nombre de tout à fait méchants. Ils sont susceptibles de se mettre en colère et de se calmer; la négligence ou le mépris les irritent, on s'attire leur faveur par des prières et des offrandes. De là la nécessité des pratiques religieuses, qu'on ne saurait rendre trop fréquentes. Dans ces hon>^ mages qu'ils réclament, ils apportent les caprices les plus singuliers. « Les uns veulent être honorés la nuit, les autres le jour; ici ils demandent des fêtes gaies, là'des cérémonies tristes. On honore les divinités de l'Egypte par des lamentations, celles de la Grèce par des danses, celles des barbares par le bruit des trompettes et de^ cymbales », et l'on a raison de le faire, si l'on est sûr par ce moyen de les contenter. D'où cette conclusion « qu'il faut obéir aux prescriptions des divers cultes* ., et voilà toutes les religions autorisées par la théologie, comme elles étaient tolérées dans l'État. L'intervention des dé. mons fournit encore aux platoniciens un moven commode d'expliquer la Providence. Dieu n'est pas 'seulement le créateur du monde, il en est aussi le conservateur ^ Mais comment s'y prend-il pour le conserver? Il parait plus juste et plus convenable aux platoniciens de penser que ce pouvoir souverain, « enfermé dans les palais des cieux », ne s'abaisse pas à se mêler directement aux affaires de ce monde et à s'occuper des intérêts particuliers et mesquins de chaque homme. « Il ne convient pas que celui qui a la puissance d'un maître remplisse loftice d'un serviteur \ ,, II s'en décharge sur les démons. C'est grâce à eux que l'action divine pénètre partout; les plus

i. De deo Socr.,U: unde etiam religionum diverti* observation nibusetsacro'un. vants suppiwiis fides imperfienJa fst - i D« muiuio, U : so^^^ator et yeuUor. - 6. De Ln^o, i5. '

petitiîs choses comme les plus grandes s'accomplissent par leur intermédiaire. « Chacun d'eux a ses fonctions : celui-ci envoie les songes, celui-là dirige le vol des oiseaux ou les coups de la foudre, un autre place dans le foie des victimes ces indices qui font prévoir l'avenir. > Ils inspirent les devins, ils préparent les présages, ils font réussir les prodiges des magiciens*. Aussi Apulée, qui le sait, déclare-t-il qu'il ajoute foi à tous ces miracles. Il ne doute pas de la science infaillible des augures, il accepte les prédictions de la sibylle; il fait profession de croire à toutes les fables qu'on raconte des temps passés, à la flamme qui brillait autour des cheveux de Servius sans les consumer, à l'aigle qui planait sur la tête de Tarquin Tancien lorsqu'il est entré à Rome, à l'augure Attus Navius qui partagea un jour une pierre avec un rasoir, etc. Tous ces prodiges lui semblent aisés à croire et faciles à expliquer, quand on se persuade qu'ils sont l'œuvre des démons.

Cette façon de personnifier la Providence dans une foule innombrable d'êtres divins qui entourent l'homme à tout moment, toujours prêts à venir à son aide, à lui dévoiler l'avenir, à s'enquérir de ses besoins et de ses désirs pour les porter à Dieu, était singulièrement propre à exciter la dévotion. Combien les prières devenaient plus ardentes quand on se savait écouté de plus près ! Quelle émotion causait à l'âme pieuse la pensée qu'elle communiquait sans cesse avec Dieu par des intermédiaires vivants! Ajoutons que les platoniciens, pour rendre leur doctrine plus populaire à Rome, cherchèrent à l'approprier aux anciennes croyances du pays; et il ne leur fat pas difficile d'y parvenir. Apulée se demande quelque part s'il n'est pas permis de donner aux démons le nom

Page 1