Ovide, Fast., m
Lucus Aventino suberat niger ilicis umbra Quo puteras viso dicere : numen inest.
Ce» mots, numeji inest, paraissent avoir été une expression consalée. On la reirouvr che» Ovide (FasL, v, 674) et dans Martial (De spect., I, 33).
certaines doctrines philosophiques, on eut la pensée de faire du génie de chaque homme une sorte d'ange gardien qui le surveille et le dirige, et même on admit l'existence de deux de ces démons, l'un bon, l'autre mauvais, quand prévalut la croyance aux deux principes ; mais primitivement le génie d'un homme n'était pas un être en dehors de lui, c'était la partie spirituelle et divine de lui-même, son âme, selon Varron *. Horace prétend qu'il meurt avec nous' ; mais Horace est toujours resté un peu épicurien, malgré sa conversion. L'opinion générale croit que le génie, c'est-à-dire l'âme, survit au corps et que la mort en fait un dieu : ce qui suppose que ces vieilles religions avaient entrevu confusément que le corps est un principe de corruption, et que la parcelle divine qui est en nous, après s'en être dégagée, reprend sa pureté et revient à son origine. Les dieux aussi ont leur génie, et nous voyons, dans des inscriptions, que les dévots implorent le génie de Jupiter, de Junon, de Mars, d'Apollon, etc. ^. C'est une croyance singulière, qu'on a expliquée de différentes manières et dont le sens paraît s'être perdu même dans l'antiquité ; ce qui me semble le plus naturel, c'est de supposer qu'à l'origine le génie devait avoir pour les dieux à peu près la même signification que pour l'homme. Peutêtre les premiers Romains, qui ne tenaient pas autant que les Grecs à rapprocher d'eux la divinité, qui voulaient au contraire reculer le plus loin qu'ils le pouvaient de la terre et des hommes cette puissance mystérieuse qui était l'objet de leurs adorations, éprouvèrent-ils le besoin, après avoir imaginé des dieux, d'aller au delà, et de distinguer dans ces dieux qu'ils avaient faits une partie encore plus divine ouô le reste *. Toutes ces idées sur la
1. S. Aug., De civ. Dei, vu, 13. — 2. Horace, Epist., ii, 2, i«7. "— 8. Prellar» Romische Myth., p. lA. — 4. Le génie des dieux étant
LA THÉOLOGIE ROMAINE. l3$
présence de la divinité dans le monde où elle se mêle à tout, sur l'existence des génies qui représentent la partie spirituelle et divine de chaque chose, idées que je viens de préciser pour les faire comprendre, mais qui existaient confusément au fond des plus vieilles croyances des Romains, se rapprochaient déjà beaucoup des doctrines stoïciennes. On fit un pas de plus lorsqu'à une époque inconnue les théologiens imaginèrent de créer une sorte de génie universel dans lequel réside toute la vie de la nature et dont émanent tous les génies particuliers qui animent les choses et les hommes *. La ressemblance était dès lors complète, et Varron pouvait prétendre avec raison que ce génie n'était autre que l'àme du monde, c'est-à-dire le Dieu même des stoïciens.
Il n'est donc pas surprenant que les Romains aient fait un bon accueil à des doctrines qui s'accordaient si bien avec leurs plus anciennes croyances. Ce fut encore Fnnius qui les leur fit connaître ; il traduisit en latin un ouvrage attribué à Épicharme, dans lequel elles étaient développées. Vers l'époque de Sylla, un savant italien, Q. Valerius de Sora, en fit l'objet d'un poëme dont nous avons conservé deux fragments curieux. Dans le premier, le poète salue le Dieu suprême en ces termes : c Tout-puissant Jupiter, pèje et mère de la nature, Dieu des dieux, toi
ce qu'ils avaient de plus éthéré, de plus subtil, et par conséquent de plus mobile, on en vint à penser que c'est par le moyen de leurs génies qu'ils parcourent le monde, qu'ils visitent les sanctuaires où on les prie, pour accueillir les hommages d»; leurs adorateurs. Stace demande à Hercule de vouloir bien envoyer son génie dans un temple qu'on élève en son honneur : IIuc ades et genium templis nascentibus afjer. {Silvœ, ni, i, 18.)
1. Varron définissait ainsi ce génie universel : Deiu e$t qui propo» siius est ac vim habet omnium rerum gigneiularum (S. Aug , De civ Dei, vil, 13). La croyance à ce génie ne parait pas être très-ancienne. Titc-Live dit ù la vi-rilé : genio majores hosluB cœsœ (xxi, &1) ; mais il s'agit très-probablement ici du geniutpopuli rumam.
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qui es seul et qui es tout *. > Dans l'autre, Jupiter s'adre89€ aux autres dieux et leur dit : « Habitants du ciel, qui êtes mes membres et mes parties, vous qui devez la naissance aux fonctions diverses dans lesquelles ma puissance unique à été divisée *. » Il était difficile de résumer en moins de mots toute la doctrine de l'école. Peu de temps après, Varron, dans le seizième livre de ses Antiquités divines y donna une exposition scientifique du système des stoïciens appliqué à la religion romaine. Il faisait voir, d'après eux et avec leurs arguments., que « Dieu est l'âme d 1 monde, c'est-à-dire le principe animé qui se mêle à la masse do l'univers, qui la gouverne par le mouvement et la raison, » anima motu ac rntione mundum gubemans^. L'éther est le siège du principe vital, il y réside dans toute sa pureté. « Levez les yeux, dit un poëte, vers les espaces brillants du ciel : c'est ce que tout le monde invoque sous le nom de Jupiter *. > De là la vie se répand dans les divers éléments, les pénètre, les anime, et dans chacun d'eux la partie divine qu'ils contiennent a été appelée dieu. Prenant ensuite ces dieux l'un après l'autre, Varron cherchait à leur trouver une explication raisonnable en faisant voir qu'ils n'étaient