‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 117 sur 155 · Juvv^nal · texte numérisé non relu

Juvv^nal

LES FEMMES. lJ3

desordres, à ces crimes qui troublent les familles et la société, il faut répéter ici ce qui a été dit ailleurs au sujet des peintures de Juvénal. On ne peut pas prétendre sans doute qu'elles soient entièrement fausses : ni ce poëte, ni les autres moralistes n'ont inventé les faits honteux qu'ils racontent; mais rien n'empêche de croire que, selon leur usage, ils ont fait de l'exception la règle. Je suis frappé de trouver chez presque tous ceux qui ont si mal parlé de leur temps des contradictions qui m'étonnent. Par quel étrange hasard arrive-t-il que ce que nous savons d'eux-mêmes et de leurs familles proteste contre leurs sévérités? Tacite traite en général assez durement les femmes ; on voit bien que ce conservateur obstiné goûte peu les changements qui se sont accomplis dans leur manière de vivre et qu'il est médiocrement partisan des libertés qu'on leur accorde. Quand il dit des Germaines : « Elles vivent sous la garde de la chasteté, loin des spectacles qui corrompent les mœurs, loin des festins qui allument les passions; hommes et femmes ignorent également l'art d'écrire de mystérieuses correspondances» », il est clair que cette admiration aes mœurs lointaines couvre un blâme pour son pays. Cette intention est plus visible encore lorsqu'il ajoute : « Là on ne rit pas des vices; corrompre et céder à la corruption ne s'appelle pas vivre «elon le siècle*.» Paroles amères et vraiment dignes de Juvénal. Cependant on vivait honnêtement autour de Tacite, quoiqu'on allât quelquefois au théâtre et qu'on eût le malheur de savoir écrire. 11 laisse deviner, en (juelqnes mots voilés et touchants, l'estime qu'il avait |jour sa femme ; elle au moins ne devait pas «vivre selon le siècle!» Il célèbre avec attendrissement Texcellent

4. Tac, Germ., 19. — 2. Id, ibid. : nemo Ulic vitia ridet, nec corrumpere aul corrumpi sœculum vocant.

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itïéhàgë d*Âgricdla, sOfi bea(i-|ïère, ti dé Dâmitlà Décidîâna. «Ils vécUM^nt, noUs dit-il, dâfis Utier admirable? concordé, péHétrés d'U&e tendresse tnuttiellë, et chacun donnant à l'autre lâ ptéféreilce siit lui-mérfie*. b II semblé que dâfis Ce milieu honnête il aurait dû ptetidte dès îffipfessiotis moins défavorables à sdfi tefîlpâ, ou qdê, à'il èd voulait difé du mal, il lui fallait faite âU mC^itiâ qdél^ ques réserves, êcnêquc eèt plus dur ebcofe qUe Tacite, quoiqu'il tïè fasse pas profession, comme lUl, d'âdmifé^ toujours lé passé. tJùné les Ouvragés que tiàùs àrons dé lui, il ne manqué pas Uiié occasion dé mâltrâiti'f àes ddii^ temporâiriés. «Elles eii sont Veriaëâ à t-é point, dit-Il, qu^elles ttë pfclihént plUâ Un mâH que paiit éitcitéf léOfà dlnënts. Quâfid (irié femme est dhaste âujoUtd'hril, c'ësl Une preuve certaine qu'elle est laide'. » 11 avait UiêMS coinposé Ufa traité spécial contre elles {De fndtHmoniù), qui est pefdU, niais qUé les Pèf^eS de l'Église, dolit 11 flattait les idées. Citent avec plaisir. Il y reprenait tous léà ârgumetttS bons ou mauvais qUé les pOetes comiques développaient dépuis des èiêdies COUtfe lô mariage. Il Rappelait, ce qui était tout à fait conforme âU* usagéâ fomainâ, qU'dil ne choisissait pas êR femme, et qu'il fâN lait la garder éomme le hasard vous la donnait. « Si elle est colère, sotte, laide, malpropre, si elle à qUelqué autre défaut, noUs ne lé découvrons jamais qu'après la noce. tJu cheval, un âUe, un bdeuf, UU chien, un esclaYe, urt vêtement, une chaise, une cdUpe, des Vâsës dé terre, on les examiné aVant de les acheter ; la femme est la seule clio^e qu'on prenne sans la voir. On â craint sans doute qii'oh ne i'épOUiàt jamais si On l'avait Vue auparavant. » II ajouté que du resté on né serait guère plus avancé

1. Agric., 6. — 2. />è bértef.» Ut, lé : argutHèntam at defbrthi'

talis pudicitia.

LÉS ÈËJhMÉè. *S5

qtiatîd on aluralt j)ris la peine de regarder, Qu'elle* ont toiites des inconvénients, et qu'entre elles oti ne peut faire qu'aft mauvais choix. « Si elle est belle, elle sera comblée d'hommages ; si elle est laide, elle se jettersl à la tête du premier venu. 11 est difficile de biett garder celle que tant de gens désirent, et, quand elle n'est désirée de personne , il est désagréable de vivre avec elle *. f Sénèque était vraiment bien ingrat de traiter ainsi les femmes ; il n'y a pas de philosophe qui ait eu à s'en louef plus que lui. Depuis sa naissance jusqu'à sa indrt, elleé l'ont entoure de leur affection, il leur doit sa fortune politique et son bohheur intérieur. Ce grand ennemi dii mariage s'était marié deux fois, et l'on ne voit pas qu'il ail eii à le tegteiiet. Il nous dit que, tout stoïcien qu'il était, il pleufa beâUfcoUp sa première feiîlrtie. Quand il époUsà là seconde, Pafulina, il était déjà vieux, tnûls ce mariage sembla lui retidte là jeunesse. Il avait dit quelque part : « Il est honteux d'aimer de quelque façon qUe ce soit là fedime d'un aut^e, il l'est aussi d'aimée la siehne avec eîCê§. Le sage doit s'attacher à sa femme par faison et nan par affection ^ » Il paraît, dans sa vie, avoir oublié ce précepte, comme il êtt a oublié tant d'autres. Quand il fjârle de Pâulina, l'affectiori la plus vîVfe et la plus touchante semble animer ses paroles. Dëns due de ses lettreàj il tacdnte qu'il est malade et que Paulinâ le force à se soigner. « Comme sa vie, dit-il, dépend de ma vie, je prends soin de moi pour prendre soiti d'elle. Qu'y a-t-il de plus agréable qiië d'être si aimé de sa femme que, pour l'amour d'elle, on s'aime soi-même davantage' ?* On sait qu'elle voulut moUrit avec ce mari qui

1. Voyez les fragments du De matrimonio dans l'édition de Baase. — 2. De malrim.y 84 : in aliéna uxore oinnùi amor lurpia est, in sua nimius. — 3. Epist., 104, 1

l'aimait si tendrement et dont elle était si fière, et que, ramenée malgré elle à la vie, elle ne lui survécut que quelques années, gardant pieusement son souvenir et honorant sa mémoire.

L'exemple de Paulina nous montre que les grandes éprenvesdu règne des Césars ne furent pas perdues pour les femm<,'s. Juvénal avait raison de dire que la prospérité les avait gâtées; le malheur les rendit meilleures. Elles donnèrent d'admirables spectacles dans ces temps horribles. Beaucoup se résignèrent volontairement à la pauvreté après avoir vécu dans l'opulence, d'autres accompagnèrent leurs maris en exil, quelques-unes surent héroïquement mourir. Telle fut cette jeune Politta, la fille du consulaire Antistius Vêtus, dont Tacite nous a raconté la fin touchante*. Néron lui avait enlevé son mari, le sage Rubellius Plautus; elle avait tenu dans ses bras sa tète coupée, et depuis ce moment elle vivait dans le deuil et les larmes, se privant de tout, et gardant ses vêtements ensanglantés comme une relique; mais, quand elle apprit que la vie de son père était menacée, elle oublia ses douleurs et ses colères et alla se jeter aux pieds de Néron. Elle n'épargna rien pour le toucher, et, le trouvant insensible, elle revint annoncer à son père que tout espoir était perdu et mourir avec lui. Il ne m'est pas possible de croire qu'à la suite de ces crises violentes, après les règnes de Néron et de Domitien, la société n'ait pas été purifiée par la souffrance. La vertu des femmes s'y est certainement retrempée. Le Palatin, où avaient régné Messaline et Poppée, est occupé sous Trajan par des princesses honnêtes, < modestes dans leur toilette, simples dans leur train, affables dans leurs manières' », et qui pratiquaient toutes les vertas domestiques. Dans le grand monde, qui

t. Tac., Ann. xvi, 10. — 2. Pline, Paneg., 84.

prend modèle sur ses maîtres, les mœurs semblent aussi df%eiiir plus pures. C'est au moins l'impression que laisse la lecture des lettres de Pline. Rappelons-nous ce qu'il nous racoiiti' de cette admirable lignée de Thrasea, où trois générations de femmes ont successivement fait preuve de tous les dévouements et de tous les sacrifices. Ce sont des exemples que, pour être juste, il convient d'opposer aux tableaux de Juvénal. Ils montrent que dans cette société, comme dans toutes les autres, de grandes vertus se mêlaient à de grands scandales, et que leg femmes n'y étaient pas aussi dépravées qu'il plaît au satirique de le prétendre»

THAIMTBE TROISIÊiME

Les CLASSES INFÉRIEURES ET LES ASS0CIATI05S

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