Orelli, 4073 ; Convictores, qui ima epulo vesci êoUiU
5L Mommsen, De colleg., p. 3.
les collèges avaient beaucoup changé, les anciennes coutumes s*y étaient presque entièrement perdues ; cependant ceux qui en faisaient partie, qui s'asseyaient sans cesse à la même table, qui devaient souvent reposer dans le même tombeau, persistèrent toujours à ne pas se regarder entre eux comme des étrangers. Certains collèges avaient pris l'habitude de célébrer chez eux toutes les solennités qu'on fêtait dans la famille. On s'y donnait des étrennes au premier de l'an; on se rassemblait aux fêtes des morts; on dînait ensemble le 8 des calendes de mars, jour où, d'après l'usage, tous les parents devaient se réunir autour d'une table commune, c afin que si quelque querelle s'était élevée entre eux dans l'année, la joie du festin qui porte à la concorde et à l'oubli les an»enât à se réconcilier». C'était, comme on l'appelait d'un nom touchant, cle jour de la chère parenté*». Aussi arrivait-il plus d'une fois que lorsqu'on n'avait pas d'héritier, on laissait sa fortune à ses collègues. En Bétique, où l'on avait coutume d'inscrire sur la tombe de quelqu'un dont on voulait faire l'éloge : Il fut pieux envers les siens, pius in suos, on disait aussi qu'il l'avait été envers ses associés, pius in collegio^ ; ces deux devoirs semblaient donc être mis sur la même ligne. Ce qui achevait de faire ressembler ces associations à la famille, c'était la façon dont on désignait souvent les associés et les dignitaires. Le protecteur et la protectrice prenaient le nom de père et de mère du collège, les associés s'appelaient quelquefois entre eux des frères : c'est ainsi que dans une inscription de Rome quelqu'un nous fait savoir qu'il donne un monument qu'il a restauré c à ses frères du collège des habitants du Vélabre^», et que
i. Orelli, 2417. Ovide, Fast., u, «17. — t. Corp imcr. lut , u, 19T6. — 3. Or«Ui, 1485.
deux dévots qui ont élevé un autel à Jupiter, père de tous les dieux, nous apprennent quMls Tout dédié t avec l'aide des frères et des sœurs *>.
Ces beaux noms n'étaient pas tout à fait des mensonges, et l'on ne peut étudier la constitution intérieure des collèges sans reconnaître qu'il y régnait une sorte de fraternité. Malgré le respect qu'on y témoignait pour la hiérarchie sociale, tous les membres avaient des droits égaux. Ils étaient tous appelés à voter les lois et les décrets de l'association, et l'on mentionnait quelquefois dans ces décrets, pour leur donner plus de force et d'autorité, qu'ils avaient été faits « en assemblée générale*». Cette assemblée n'était regardée comme régulière et ne pouvait faire des lois que si le nombre des votants atteignait un chiffre fixé d'avance^ : de cette façon le règlement supprimait les coups de surprise et d'autorité. Il en était de même pour l'élection des dignitaires de l'association : tout le monde avait le droit d'y concourir, et il est dit expressément qu'ils sont nommés par le suffrage de tous*. Quelquefois sans doute le vote a lieu d'une façon assez sommaire. Quand la société a le bonheur de posséder quelque homme important, dont elle espère de grandes libéralités, on le nomme par acclamation, sans prendre la peine d'aller aux voix; mais on a soin de dire que ces acclamations sont unanimes, et que par conséquent les plus pauvres ont manifesté leur opinion comme les
i. Orelli, 1238. II n'est pas douteux qu'on ne se soit asseï souvent donné ce nom de frères dans les collèges. Voyez Corp. inscr. /at, ni, 2509; Orelli, 2318, et cette inscription où il est question du colleginm fratrum sdlariorum, Bull, de l'inst. de corr. archet 1850, p. 152. Mais Borghesi est allé trop loin quand il a cru qu'on se le donnait aussi dans les jfrarids collèges sacerdotaux de Rome. Voyer, Œuvres, m, 414 et la note de M. Mommsen. — 2. Orelli, 2417 : conventupleno. — 3. Orelli, 4134 : numerum habenlibui. — 4. Muratori, 518, 6 : suffragio universorum.
tdl LES CLAS8ÈS INrËRtEUtlËS
autres*. Si tous les associés sont électeurs, ils sont aussi tous éligibles. En réalité, dans les collèges comme dans la cité, les honneurs appartiennent presque toujours aux plus riches. On a vu qu'ils coûtent très- cher, et il ne convient pas qu'on les recherche si l'on ne p^ut pas les payer; mais il n'y a point d'article dans le règlement qui défende expressément aux plus humbles d'y parvenir, et Ton a des exemples qui prouvent qu'ils y sont quelquefois arrivés. Dans les associations qui contiennent des hommes libres et des esclaves, on réserve d'ordinaire à ces derniers une petite part d'autorité dans un ordre inférieur. Les fonctionnaires libres appelés magistri ont sous leurs ordres des fonctionnaires esclaves sous le nom de ministri*. C'est quelque chose déjà; on est allé plus loin encore. L'esclave s'est quelquefois glissé parmi les fonctionnaires les plus élevés et il a pris place au milieu d'eux ^. Il pouvait donc se faire qu'il commandât à des hommes libres : qui l'aurait souffert il y a quelques années dans la république chrétienne des États-Unis? On peut dire d'une manière générale que c'est l'esclave qui gagna le plus à la fraternité des collèges. Jusque-là les esprits les plus généreux, ceux qui souhaitaient sincèrement rendre son existence plus douce, s'étaient contentés de lui assurer un peu plus de bien-être et de liberté dans le sein de la famille. « Je permets aux miens, dit Pline le jeune, de faire des testaments et je les respecte ; je les laisse libres de partager, de donner, de léguer ce qu'ils possèdent, à la condition que ce soit à des personnes de chez moi, car la maison est une sorte de république et de cité four l'esclave*. » L'association l'en fait sortir; elle
i. Orelli, 4057 : sme suffragis, ex omnium sententia. — 2. Corp. inscr. lat., i, 1129. — 3. Corp. inscr. lat., i, 1406. — 4. Plin«> Episty Yiii, 16.
tT LES ASSOCIATIONS POPULAIRES. 2^5
ouvre pour lui ces portes si rigoureusement fermées, elle l'introduit dans un monde qui lui est nouveau, où il fréquente des hommes libres dont il se trouve l'égal, dont il peut devenir quelquefois le supérieur. A la vérité, pour qu'un esclave puisse être reçu dans un collège, la loi exige qu'il obtienne le consentement de son maître ; mais une fois le consentement donné, il lui échappe en partie. Il a des réunions, des intérêts, des amitiés, des appuis hors de la famille; on le consulte, on l'écoute, on le sollicite, on le flatte ; pendant les quelques heures qu'il passe dans son collège, il peut oublier qu'il est esclave. C'est une trêve à la servitude ; elle est malheureusement bien courte : de retour chez son maître, il y retrouve le travail, les outrages et les coups; rien ne lui appartient, pas même son corps. Il a beau payer avec exactitude la contribution funéraire, après sa mort, son maître, s'il le veut, peut refuser son cadavre à l'association qui le réclame; il peut le garder chez lui, s'il a quelque vengeance à exercer, et le faire jeter dans ces excavations fétides où pourrissent ensemble tous les esclaves imprévoyants qui n'ont pas pris la peine de se préparer une sépulture. Mais si la société ne peut pas venir le lui arracher, elle se permet au moins de flétrir la conduite du maître : elle dit qu'il est injuste, et célèbre en face de lui une cérémonie funèbre en l'honneur de cet esclave qu'il veut outrager. Le droit dassociation, qui, comme on vient de le voir, relève l'individu dans le collège, relève aussi le collège dans la cité. Ces pauvres gens isolés ne comptaient guère; réunis, ils prennent une certaine importance. Dans les inscriptions où l'on énumère les libéralités faites par les magistrats municipaux à la ville qui les a élus, les collèges sont toujours nommés avant la plèbe et on leur donne une somme plus forte. Ils interviennent aussi quelquefois dans les afl'aires publiques. Parmi les aftl-
ches électorales qu'on rencontre en si grand nombre sur les murs de Pompéi, plusieurs sont l'œuvre des collèges de la ville. Ils ont leurs candidats qu'ils recommandent au peuple. Quelques-uns s'expriment d'une façon modeste : f Les marchands de bois et les charretiers vous demandent d'élire Marcellinus*. > D'autres ont un ton plus décidé : « Les pêcheurs nomment pour édile Popidius Rufus *. » Ces pêcheurs connaissent la force que donne l'association; c'est ce qui les fait parler avec tant d'assurance.
Quand on songe aux services que les collèges ont rendus aux classes laborieuses et souffrantes de l'empire romain, l'idée vient aussitôt de les comparer à nos associations charitables, et l'on est tenté de voir en eux de véritables sociétés de secours mutuels. Il est certain qu'organisés comme ils Tétaient, ils n'avaient qu'un pa» à faire pour le devenir; mais ce pas, l'ont-ils fait? Peut-on établir que d'une manière régulière et permanente ils venaient en aide à leurs membres malades ou indigents? Se regardaient-ils comme institués pour soulager ces misères? a-t-on la preuve qu'ils avaient des fonds réservés à ces dépenses? M. Mommsen est assez porté à le croire ; j'avoue qu'après avoir étudié avec soin les inscriptions qui les concernent, il ne me paraît pas possible de l'affirmer. Ils possédaient, comme on le sait» des caisses communes alimentées par des contributions mensuelles ; seulement la loi exigeait que cet argent ne fût affecté qu'aux frais des funérailles. Ils recueillaient des libéralités nombreuses qui leur venaient de leurs magistrats ou des gens riches qui s'intéressaient à leur oeuvre; mais le produit en était presque toujours employé au même usage : il servait à des repas solennels célébrés
t. C07'i), inscr. lat., iv, 48â. — 1 Corp. tiwcr. lat., iv, 826.
Eî LES ASSOCIATIONS POPULAIRES, «7
en mémoire du donateur à des époques qu'il avait fixées. Sans doute ces libéralités, à les prendre par leurs résultats plutôt que par leur principe, avaient souvent les mêmes effets que les secours qu'un homme charitable distribue aux malheureux; ces festins éternels que le protecteur offrait aux associés devaient diminuer leurs dépenses particulières; ils y trouvaient en réalité autant de profit que de plaisir. Le profit fut plus grand encore quand on eut l'idée de remplacer les repas par des distributions de vivres et d'argent. La veuve d'un riche affranchi de l'empereur, chargé de la surveillance de ses musées, en laissant au collège d'Esculape et d'Hygie 50 000 sesterces (10 000 francs), règle d'avance, selon l'usage, la manière dont les revenus de cette somme importante doivent être em|)loyés. Elle veut notamment que deux fois par an on distribue aux magistrats ies plus élevés de l'association, administrateurs et protecteurs, 6 deniers (4 fr 80 c.) et 8 setiersde vin, à des fonctionnaires inférieurs 4 deniers (3 fr. 20 c.) et 6 setiers,aux associés ordinaires 2 deniers (1 fr. 60 c.) et 3 setiers, et qu'on leur donne à tous quatre pains ^ Ces dons que chacun emporte chez soi sont ud secours utile pour ces pauvres ménages et les aident à vivre; cependant ce n'est pas là véritablement une aumône, une distribution de charité, comme nous l'entendons aujourd'hui. Si le donateur, dans la libéralité qu'il fait i\u\ membres du collège d'Esculape et d'Hygie, avait eu le dessein spécial de soulager leur misère, il aurait donné à chacun selon ses besoins; au contraire, ce sont les magistrats de la société, c'est-à-dire les plus riches, qui reçoivent le plus.
Une particularité remarquable, c'est que jusqu'à présent les associations formées par le» soldats sont celles
i. OreUi, iii7.
qui paraissent s'approcher le pJus de nos sociétés charitables. Les collèges de ce genre présentent pour nous un grand intérêt. La loi les interdisait sévèreniient * : on craignait avec raison que le droit d'association transporté dans les camps n'y répandît l'indiscipline; mais la loi fut encore ici impuissante. A près s'être glissés dans les armées malgré elle, les collèges s'y développèrent sans qu'elle osât s'y opposer. Il s'en forma autour des légions, parmi les vivandiers qui les approvisionnaient, les ouvriers qui fabriquaient ou réparaient les armes; il s'en forma dans les légions elles-mêmes entre les soldats et les officiers de tout grade. Les inscriptions romaines de l'Algérie nous donnent à ce sujet des détails curieux et nouveaux. La ville de Lambèse a été pendant trois siècles le séjour d'une légion, la m' Augusta, chargée de défendre la Numidie; on a retrouvé l'emplacement du camp qu'elle occupait, et, parmi les débris qui le couvrent, il reste des ruines nombreuses de monuments élevés par les collèges de la légion. L'administration les connaissait; elle semblait même les protéger. C'est le légat impérial qui dédie solennellement les autels et les statues que les officiers ou les sous-officiers érigent sur leurs épargnes. La sckola des lieutenants était située tout près du quartier général, et le commandant de la légion pouvait lire tous les jours en sortant de chez lui l'inscription par laquelle les associés déclarent c que du produit très-abondant de leur solde et avec les libéralités des empereurs, ils l'ont fait construire et l'ont ornée des images de la famille impériale * » . Ces collèges étaient organisés à peu près de la même manière que les associations civiles. Chaque membre versait une somme assez importante à son entrée dans la
1. Digeste, XLvii, 22, i : neve inililes collegia in casttit habeant. — î. Renier, li\&cr. de C Algérie, 60
ET LES ASSOCÎAflO^S l-CPOLAUES. «09
société (750 deniers, c'est-à-dire 600 francs, dans celui des officiers qu'on appelait coimicularii)) le reste était fourni sans doute par des retenues sur les traitements. Seulement il n'est plus ici question de la loi qui veut que l'argent des collèges ne serve qu'à la sépulture de leurs membres. La caisse commune fournit à beaucoup d'autres dépenses : on y puise pour donner des frais de route aux associés qui vont faire un voyage sur le continent, et quand ils ont reçu leur congé, on leur compte une somme de 500 deniers (400 francs) qui les aide à s'établir dans les pays où ils vont se fixer*. M. Léon Renier voit dans cet usage l'origine lointaine de nos caisses de retraite*. Oui se serait douté qu'il existât quelque chose de semblable cîiez les Romains, si par hasard on n'avait trou\é au fond de l'Afrique les inscriptions de la m* légion? Il est donc possible que l'avenir nous réserve des découvertes semblables et aussi peu attendues. Nous ne pouvons pas nous flatter de connaître toutes les formes que la bienfaisance avait revêtues dans les associations antiques; mais, en admettant qu'il s'en rencontre qui avaient tout à fait devancé nos sociétés charitables, nous pouvons être sûrs qu'elles n'ont jamais formé qu'une très-rare exception. 11 en resterait plus de traces si elles ayaient été
\. Renier, Intcr. de VAlg., 70. — 2. Kenier, Archives des missions, 1851, p. 218. Cette somme payée à l'offlcier qui prend son congé s'appelle anularium. En voyant qu'on paye pour Vanularium lemémi prix que pour le funeratitium, j'ai émis l'opinion que l'un étail né de l'aulre. Quand un associé ne mourait pas pendant son ser vice, et qu'il quittait le corps pour aller vivre ailleurs, le collège n*é' lait plus en mesure à sa mort de s'occuper de ses funérailles. Il étail juste qu'avant son départ on lui donnât la somme à laquelle il aurail eu droit s'il était mort pendant qu'il faisait partie de la légion. L'anulariwn n'est donc autre chose que le funeratitium payé d'avance à un vivant. De cette sorte, on peut conjecturer d'où celle insUlution pro- 't'vle et par quels degrés on s'y était acheminé. Voyez VËtude sur quelques collèges funéraires romains (Hevue arch.t 1872).
son LES CLASSES INFÉRIEURES
nombreuses. Sur le fronton des scholœ, dans les lois de« collèges, sur les tombes de leurs protecteurs, au bas des statues qu'on leur élève, quelque part enfin, il serait question de malades secourus, de pauvres assistés; parmi tant de gens qui ènumèrent le bien qu'ils leur ont fait et qui s'en glorifient, il s'en trouverait qui ne manqueraient pas de nous dire qu'ils ont laissé des fonds pour faire vivre les indigents, pour subvenir aux besoins des veuves et des orphelins. Puisque cette mention n'existe nulle part, on peut en conclure que les libéralités de ce genre n'étaient pas ordinaires dans les associations romaines. Colles que nous connaissons jusqu'ici formaient de» réunions destinées à rendre la vie plus facile et plus agréable aux pauvres gens; au moyen de contributions payées par tous, tous les m ' )lles subvenaient à certaines dépenses extraordinaires, comme la sépulture de leurs membres, mais on peut dire qu'au moins d'un© manière fixe et régulière elles n'ont jamais été tout à fait des sociétés de secoiirs mutuels.
Cette conclusion est importante; elle aide à marquer la différence qui sépare les collèges qu'on vient d'étudier d'autres associations qui grandissaient autour d'eux et à qui appartenait l'avenir. L'époque où les sociétés funéraires ont pris tant d'extension est précisément celle où le Christianisme commençait dans l'ombre la conquête de l'empire. Comme on marchait des deux côtés dans la même route et qu'on se recrutait dans le môme milieu, il était difficile qu'on n'arrivât pas à se rencontrer; entre des sociétés si semblables et si voisines, des communications ont dû s'établir de bonne heure. S'il n'est pas aisé d'indiquer sûrement quels furent le caractère et l'importance de leurs rapports, il est tout à fait impossible d'en Dier l'existence. L'illustre explorateur def
catacombes, M. de Rossi, qui n'est pas suspect de faire des concessions aux ennemis du Christianisnne, reconnaît que les premiers Chrétiens ont du profiter avec empressement de la tolérance accordée aux collèges funéraires. C'était pour eux un moyen si simple de désarmer la loi et de protéger leurs tombes, qu'ils ne devaient pas hésiter à s'en servir; mais, pour être confondus avec ces collèges et jouir des mêmes droits, il fallait chercher à leur ressembler. Les ressemblances sont en effet très-nombreuses entre les associations des deux cultes. Les Chrétiens possèdent aussi une caisse commune, alimentée par les contributions des fidèles; chez eux aussi les contributions se payent ti»us les mois ; ils n'ont pas moins de souci de la sépulture de leurs morts, et l'Église a dû dépenser une grande partie de ses revenus à construire ses immenses cimetières. Des deux côtés, le respect de la hiérarchie sociale se mêle à un grand esprit d'égalité; les morts de toute condition sont confondus dans les colwnbaria comme dans les catacombes. C'est le suffrage de tous qui nomme les chefs, et il va quelquefois chercher le plus himible pour le mettre à la première place. Au moment où de pauvres affranchis arrivent aux dignités les plus élevées des collèges, un ancien esclave, le banquier Calliste, s'assoit sur la chaire de Pierre, qu'avait occupée un Cornélius. Enfin les repas communs ont autant d'importance dans les réunions des Chrétiens que dans les associations païennes; l'Église célèbre dans toutes ses fêtes le festin fraternel des agapes, et, pour honorer les martyrs, les fidèles dînent sur leurs tombeaux à l'anniversaire de leur mort. Oi»sait combien les évêques eurent de ()eine à détruire plus tard ces usages quand ils furent devenus des abus, et que d'éloquentes invectives saint Augustin dut prononcer contre t ces adorateurs de sépul-
cres qui, en servant des repas aux cadavres, s'ensevelissent vivants avec eux* ».
Ce sont là des ressemblances qui frappent au premier abord et qu'on est même tenté d'exagérer quand on regarde à distance; dès qu'on s'approche, les différences se montrent. Sans vouloir diminuer les services que les collèges ont rendus à l'humanité, il faut reconnaître que le bien qu'ils ont fait n'a pas dépassé certaines limites et surtout qu'il est souvent resté à la surface. Il leur a manqué, pour atteindre la société dans ses profondeurs, cette force que donne un principe et que rien ne remplace. C'est dans le sentiment religieux que le Christianisme a trouvé la puissance de renouveler le monde. Ce sentiment, dans les collèges, s'était fort attiédi ; il n'était plus assez énergique pour communiquer aux âmes l'élan nécessaire à l'accomplissement des grands desseins. Si l'on veut connaître les merveilles que la foi fait accomplir, on n'a qu'à comparer les caves exiguës des columharia avec ces immenses galeries des catacombes qui ont 580 kilomètres d'étendue et qui, mises au bout l'une de l'autre, égaleraient la longueur de l'Italie ; les collèges n'étaient pas capables de si grands efforts. On a montré que l'égalité régnait chez eux, c'était un précieux avantage; et même il ne faudrait pas prétendre, comme on l'a fait, qu'elle s'arrêtait brusquement à la porte de la schola. L'effet devaits'en faire sentir plus loin. Ces pauvres esclaves, accoutumés aux mépris et aux insultes, étaient traités là avec égard. Quand ils avaient revêtu pendant quelques heures la robe des magistrats et qu'on les avait salués respectueusement au passage, ils revenaient sans doute chez eux avec une idée plus nette de leur dignité, ils de valent être tentés de se dire au retour qu'après tout \\>